• PRÉVENTION DU CANCER DU COL DE L’UTÉRUS :
    DES LEÇONS APPRISES EN DEHORS DU CADRE SCOLAIRE

    Jusqu’ici, la vaccination contre le virus du papillome humain (VPH), qui permet de prévenir le cancer du col de l’utérus, s’est effectuée essentiellement dans le cadre de campagnes menées dans les écoles. Mais qu’en est-il des adolescentes qui ne vont pas à l’école ? Comment atteindre les communautés où la fréquentation scolaire est faible ? Une nouvelle approche qui est davantage axée sur les communautés est testée actuellement dans le Comté de Bong, au Libéria, et pourrait apporter la réponse à ces questions.

    La jeune Princess Ko, âgée d’une dizaine d’années, attend patiemment avec les autres lles que l’on appelle son nom. Sous le regard de ses parents, elle rentre dans la petite hutte qui sert de centre de santé communautaire pour recevoir

    sa première injection de vaccin contre le virus du papillome humain (VPH). On sent planer une certaine anxiété ; pourtant au moment de la piqûre, elle ne sourcille pas et ne fait même pas la grimace. Princess regarde la marque de la piqûre et sourit avec erté et peut-être aussi une pointe de soulagement. Ayant traversé l’épidémie d’Ebola qui a ravagé l‘Afrique de l’Ouest et l’épidémie de rougeole qui a suivi, elle comprend, de même que ses parents, l’importance de la vaccination et la chance qu’elle a d’être parmi les premières au Libéria à recevoir ce vaccin qui peut lui sauver la vie.

    Princess a même encore plus de chance qu’elle ne croit. C’est l’une des premières séances de vaccination contre le VPH mettant à pro t les enseignements des précédentes introductions ; la vaccination s’adresse aussi bien aux jeunes lles qui sont à l’école qu’à celles qui n’y vont pas. Le projet pilote de vaccination contre le VPH qui se déroule dans le comté de Bong, à 200 km de la capitale Monrovia fait partie du lancement simultané de deux vaccins : contre le VPH et contre le rotavirus.

    Depuis que Gavi a commencé à soutenir les vaccins contre le VPH, la demande a été extrêmement élevée. Les pays reconnaissent l’importance de la vaccination VPH pour réduire l’incidence des cancers du col de l’utérus, mais il n’est pas facile d’atteindre la population cible – les lles âgées de 9 à 13 ans – car les programmes de vaccination sont plus adaptés à la vaccination des nourrissons. Les 21 comtés qui ont déjà introduit le vaccin avec l’aide de Gavi, dont 6 en 2015, l’administrent essentiellement dans le cadre de campagnes de vaccination organisées dans les écoles. Cette approche a permis de vacciner beaucoup de lles, mais elle ne résout pas le problème de celles qui ne vont pas à l’école.

    Princess Ko est l’une des huit jeunes lles qui ont participé à la séance de vaccination pour les enfants de Bong qui ne vont pas à l’école. L’école la plus proche se trouve à plus de 8 km, à faire à pied le long d’une grande route très fréquentée – trajet que la plupart des parents considèrent trop dangereux pour laisser leur enfant le faire tous les jours.

    Pour arriver à vacciner contre le VPH les jeunes lles comme Princess et ses amies, le Liberia lance des actions locales de sensibilisation sur la prévention du cancer du col de l’utérus en organisant des rencontres personnelles avec les chefs communautaires. Cela permet d’assurer une forte participation aux séances de vaccination dans les centres de santé communautaires comme celui de Bong.

    D’autres pays observent avec intérêt la nouvelle stratégie utilisée par le Libéria pour mettre en place la vaccination VPH. Comme la plupart des pays n’ont introduit le vaccin que dans des districts où la fréquentation scolaire est élevée, nous avons très peu d’informations sur ce qui marche quand ce n’est pas le cas. Mais nous pensons que combiner les projets de mobilisation sociale comme celui de Bong avec des séances de vaccination dans les écoles permettra d’augmenter les taux nationaux de couverture vaccinale et de réduire les inégalités en matière de santé, car on atteint ainsi certains des membres les plus marginalisés de la société. L’expérience du Libéria apportera également des informations sur la possibilité d’utiliser la vaccination VPH comme plateforme pour introduire d’autres interventions qui concernent plus largement la santé des adolescents et leur éducation dans ce domaine, comme l’administration de traitements antiparasitaires et la diffusion d’informations sur la nutrition, sur le fonctionnement de l’organisme et sur l’hygiène menstruelle. Il faut absolument trouver les moyens d’atteindre les jeunes lles comme Princess si l’on veut arriver à in échir la courbe ascendante des décès attribuables au cancer du col de l’utérus.

    Actuellement, 266 000 femmes meurent chaque année de ce cancer, c’est- à-dire pratiquement une toutes les deux minutes. Ce chiffre pourrait déjà dépasser celui des décès maternels et, si l’on ne fait rien, il pourrait atteindre 416 000 en 2035.

    Mais pour Princess, la bonne nouvelle, c’est qu’il est question de construire une école dans son village et qu’elle ne sera plus exclue du système éducatif. En ce qui concerne le vaccin VPH, Princess est rayonnante quand elle montre sa carte de vaccination. Voilà une chose de faite.

  • LA LUTTE CONTRE
    LA PNEUMONIE AU NÉPAL :
    L’IMPORTANCE DES CHIFFRES

    À l’hôpital Patan de Katmandou, Gavi finance des études pour déterminer l’impact de deux vaccins qui protègent les enfants contre les principales causes de pneumonies mortelles : Haemophilus influenzae de type b (Hib) et le pneumocoque. Pour les trois médecins qui mènent ces études, la recherche pionnière de Patan participe à l’élaboration de la politique vaccinale du Népal de quatre façons.

    QUANTIFICATION DU POIDS DE LA MALADIE

    « Certains pays ignorent le poids des infections à Hib et à pneumocoques chez les jeunes enfants, » explique le Dr Andrew J Pollard, Professeur d’infectiologie et d’immunologie pédiatriques à l’Université d’Oxford, université qui soutient les études d’impact de Patan aux côtés de Gavi. « Il est essentiel de produire des données qui prouvent l’étendue de ces maladies ; les gouvernements ont besoin de ces informations pour mettre en place les programmes de vaccination qui permettent de prévenir ces causes de pneumonie chez les jeunes enfants. »

    ADAPTATION DE LA POLITIQUE VACCINALE

    Lorsqu’il a introduit le vaccin contre le pneumocoque en 2015, le Népal a été le premier pays soutenu par Gavi à utiliser le schéma de vaccination 2+1 – deux doses en primovaccination plus une dose de rappel – au lieu du schéma standard 3+0 – trois doses en primovaccination – utilisé dans la plupart des pays. Cette décision repose sur les données obtenues à l’hôpital Patan montrant que l’immunité dans la deuxième année de vie est meilleure avec le schéma 2+1 qu’avec le schéma 3+0.

    « Il est évident que notre étude a aidé le gouvernement à prendre la décision d’utiliser un schéma de vaccination 2+1 pour la vaccination contre le pneumocoque, » constate le Professeur Shrijana Shrestha, doyen de l’Académie des sciences de la santé de l’hôpital Patan. « Notre expérience pourrait également être très utile pour les pays voisins. »

    DÉMONSTRATION DE L’IMPACT DE LA VACCINATION SUR LA PNEUMONIE

    Le Dr Imran Ansari, pédiatre en chef de Patan, estime qu’avant l’introduction du vaccin contre Haemophilus influenzae de type b (Hib) dans le calendrier de vaccination systématique du Népal, plus d’un quart des quelque 1 500 à 2 000 enfants admis dans son service chaque année souffraient de pneumonie. « Même si les études d’impact n’ont pas encore été publiées, je suis persuadé que l’incidence des pneumonies a baissé depuis l’introduction du vaccin Hib, » affirme-t-il.

    DÉMONSTRATION DE L’IMPACT ÉCONOMIQUE

    La recherche menée à Patan concerne non seulement l’efficacité du vaccin dans la réduction de la pneumonie, mais aussi l’impact économique à long terme de la prévention de la maladie pour les familles comme pour le gouvernement. « Nous nous intéressons à l’économie de la santé, » relève le Dr Pollard. « En prévenant la maladie, comment avons-nous modifié la santé de la population ? Quel en est l’impact économique, pour les familles qui n’ont plus à garder leur enfant malade et pour le système de santé ? »

  • LA MISSION ARC-EN-CIEL PROMET UN AVENIR
    MEILLEUR AUX ENFANTS INDIENS SOUS-IMMUNISÉS

    Près d’un cinquième des enfants sous-immunisés dans le monde vit en Inde. En 2015, avec le soutien de Gavi, le gouvernement indien a lancé la Mission Indradhanush – Mission Arc-en-ciel, une initiative nationale pour administrer les vaccins vitaux aux millions d’enfants vivant « cachés » dans des bidonvilles et autres zones difficiles à atteindre.

    De la fenêtre du 11e étage, la vue sur la ville d’Agra est fascinante. Au loin dans la brume, au-delà des toits qui scintillent dans la chaleur de l’Inde, on peut distinguer le dôme d’ivoire et les quatre minarets familiers du Taj Mahal. Cette vue est normalement réservée à la classe moyenne émergente qui a suffisamment d’argent pour pouvoir s’offrir des appartements dans de grands immeubles. Mais aujourd’hui, les seuls à bénéficier de cette vue, ce sont des migrants, des ouvriers du bâtiment qui construisent ce complexe immobilier et qui, ironie du sort, n’ont pas de toit.

    Ces ouvriers vivent dans un bidonville au pied de la tour – dans des cabanes provisoires qui servent d’abri à des centaines de travailleurs ainsi qu’à leurs familles, tout au moins jusqu’à la fin des travaux. Après, ils prendront leurs affaires et iront là où ils pourront trouver du travail. Ces campements que l’on retrouve un peu partout en Inde sont au centre des activités de la Mission Indradhanush – Mission Arc-en-Ciel – une initiative nationale qui vise à améliorer l’accès des enfants à la vaccination. Lancée en 2015, cette initiative politique audacieuse a pour mission de faire en sorte que tous les enfants de moins de deux ans et les femmes enceintes soient totalement vaccinés avec les sept vaccins que comprend le Programme de vaccination universelle indien.

    Actuellement, l’Inde abrite près d’un cinquième des enfants sous-vaccinés dans le monde. Ce qui veut dire que 3,2 millions d’enfants ne reçoivent même pas la totalité des vaccins les plus basiques (trois doses de vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche). En concentrant leurs efforts sur les districts dont les performances sont les moins bonnes, le gouvernement indien espère arriver à changer les choses, avec l’aide de l’OMS, de l’UNICEF et de Gavi ; il se donne cinq ans pour atteindre 90% des enfants.

    Les migrants, comme cet ouvrier d’Agra, représentent une des communautés les plus difficiles à atteindre. Sans domicile fixe, ils vivent cachés, souvent sans électricité, et pourtant à la vue de l’administration locale. Même s’il leur arrive d’être en contact avec les services de santé, la continuité des soins est impossible alors qu’ils vont à la dérive d’un district à l’autre.

    Pour réussir, la Mission Indradhanush doit, dans un premier temps, faire en sorte que les communautés de migrants demandent à bénéficier de la vaccination. Il faut pour cela une double approche. Fort de l’expérience de son programme qui a permis l’élimination de la poliomyélite, le gouvernement indien a déjà répertorié 256 000 campements de migrants et élabore des microplans de vaccination systématique pour ces communautés, ainsi que pour d’autres zones « à haut risque » qui échappent à la vaccination. Parallèlement, le Gouvernement travaille avec ces communautés « invisibles » pour les sensibiliser aux bienfaits des vaccins et démonter les fausses idées sur les problèmes de sécurité.

    Les années qui viennent seront critiques, en partie à cause des objectifs ambitieux que l’Inde s’est fixés. Le gouvernement projette non seulement d’ajouter un certain nombre de vaccins à son Programme de vaccination universelle, comme les vaccins contre le rotavirus, la rubéole, le pneumocoque et le virus du papillome humain (VPH), mais il espère se passer progressivement du soutien de Gavi. L’Inde devrait financer intégralement ses programmes de vaccination à partir de 2021.

    Pour l’aider dans ce processus, le Conseil d’administration de Gavi a adopté en décembre un nouveau partenariat stratégique avec l’Inde, qui comprend un nouveau soutien aux vaccins, le renforcement du système de santé et la collaboration pour l’achat et la distribution des vaccins. Ce nouveau partenariat stratégique fait suite au soutien qu’avait apporté Gavi pour étendre à toute l’Inde l’utilisation du vaccin pentavalent. Avec l’introduction du vaccin cinq-en-un dans l’Uttar Pradesh en décembre dernier, la totalité des états indiens ont maintenant introduit le vaccin.

    Le déploiement rapide du vaccin pentavalent a donné un nouvel élan aux initiatives gouvernementales visant à obtenir une couverture vaccinale plus équitable et plus durable. Pour les migrants indiens qui travaillent à Agra et à travers le pays, l’avenir et la santé s’annoncent incontestablement sous un meilleur jour.

  • LE SUCCÈS AVEC LES DONNÉES DANS LA PROVINCE DU PENDJAB :
    RELIER LES POINTS ENTRE EUX

    Jamais la technologie a offert autant de possibilités pour le recueil de données sur la vaccination. Mais ce qui compte, ce n’est pas tant l’information que la façon dont on l’utilise – ce que le Pakistan découvre à toute allure.

    Ce serait trop facile d’attribuer à la seule technologie moderne l’augmentation spectaculaire de la couverture vaccinale de base observée en 2015 dans la province du Pendjab. Si l’utilisation de smartphones pour collecter les données de vaccination a incontestablement joué un rôle essentiel, la vraie raison de ce succès, c’est la capacité à utiliser ces données pour brosser un tableau détaillé des services de vaccination – pour relier les points entre eux.

    Entre octobre 2014 et avril 2015, les 3 750 vaccinateurs travaillant dans la province ont reçu un smartphone, dénommé E-vacc. Ces appareils sont équipés d’une application qui leur permet de s’enregistrer à des points de contrôle situés dans les zones rurales et de recueillir des informations précises grâce aux cartes de vaccination électroniques qui enregistrent quotidiennement les détails des vaccinations administrées aux enfants dans les dispensaires et les centres de santé. A Lahore, une équipe dédiée d’analystes puise dans cette mine d’informations, en faisant appel à d’autres technologies, pour créer un ux continu de données relatives à la vaccination qui peuvent servir à contrôler le taux de participation, le nombre d’enfants vaccinés, le nombre et le type de vaccins administrés et, ce qui est tout aussi important, la couverture de la zone.

    Là où E-vacc excelle vraiment, c’est dans sa capacité à identifier les zones où la couverture vaccinale est faible et à localiser, grâce aux images satellites et à Google Maps, les communautés et les familles qui n’ont pas été atteintes précédemment. Cette information est renvoyée aux vaccinateurs qui, armés des informations exactes sur la localisation des enfants non vaccinés, peuvent se rendre dans ces zones pour leur offrir leurs services de vaccination. A leur arrivée, ils enregistrent leur localisation avec E-vacc et chargent les nouvelles données qui permettent au Programme élargi de vaccination (PEV) de mettre à jour la carte de la couverture vaccinale.

    « Je pense que c’est de la technologie utilisée à bon escient » déclare le Dr Umar Saif, chef du Comité Technologies de l’information du Pendjab, l’organisation qui a joué un rôle central dans le développement et l’introduction du pack E-vacc.

    En 2015, l’analyse des données a commencé à payer. La participation des vaccinateurs a augmenté de façon impressionnante de 67% et a entraîné un accroissement substantiel de la couverture pour le vaccin pentavalent cinq-en- un, de 64% à 86% en seulement 12 mois – ce qui correspond à la vaccination de 500 000 enfants supplémentaires. « Nous avons travaillé en étroite collaboration avec tous ceux qui sont impliqués dans la vaccination dans la province du Pendjab, » précise le Dr Saif, « de nos partenaires jusqu’aux vaccinateurs. Ils ont été consultés et formés, et leurs commentaires ont été pris en compte. »

    Cette initiative a bénéficié d’une adhésion politique venant du sommet. La surveillance du Ministre en chef a joué un rôle essentiel, ajoute le Dr Saif. « Nos données de surveillance remontent jusqu’à lui, il les regarde personnellement pour voir où se situent les lacunes. Il vérifie que tout le monde continue à utiliser le système.

    Les autres provinces du Pakistan reconnaissent l’intérêt du recueil et de l’analyse des données. Le Baloutchistan, le Khyber Pakhtunkhwa et le Sindh ont toutes of ciellement demandé l’aide du gouvernement du Pendjab pour reproduire sa méthode avec E-vacc.

    C’est le Khyber Pakhtunkhwa qui est le plus avancé ; il a commencé à introduire E-vacc en 2015. « Un des problèmes que nous avons mis en évidence, c’est le manque d’efficacité des vaccinateurs quand il s’agit de se rendre dans les régions reculées. Maintenant, notre programme PEV apprend à tous les vaccinateurs à plani er les tournées sur le terrain, avec l’aide de l’OMS et de Gavi, » explique le Dr Nasreen, qui coordonne la formation de l’équipe du PEV dans la province. « Grâce à E-vacc, les gestionnaires de district et de la province pourront alors vérifier si ces plans sont bien respectés. Cette stratégie permettra aux responsables d’identifier les zones habitées où les vaccinateurs omettent de se rendre. »

  • ÉVALUATION COMPLÈTE DES PAYS :
    LE BIG DATA À L’ÉCHELLE LOCALE

    L’évaluation complète des pays effectuée par Gavi permet de recueillir des données détaillées et de très bonne qualité sur les programmes nationaux de vaccination en cours. Cela permet aux pays comme l’Ouganda, conjointement avec les partenaires de l’Alliance du Vaccin, d’identifier les problèmes dès qu’ils surgissent et d’apporter des améliorations quasiment en temps réel.

    Reconnaître et faire sauter les goulots d’étranglement lors de la prestation de services représente une part essentielle de l’évaluation des programmes de vaccination. Mais la plupart des évaluations des programmes sont rétroactives et ont lieu après les campagnes de vaccination ou après l’introduction d’un vaccin en routine. En revanche, l’évaluation complète permet aux pays financés par Gavi d’identifier les obstacles à l’amélioration de la couverture vaccinale et d’ajuster les programmes en cours.

    En 2015, quand l’Ouganda a introduit le vaccin contre le virus du papillome humain (VPH) dans son calendrier de vaccination de routine, l’évaluation a révélé que certaines jeunes filles échappaient à la vaccination. En examinant la couverture vaccinale à l’échelle du district, il est vite apparu que certaines régions n’avaient pas introduit le vaccin parce que les agents de santé n’étaient pas correctement formés.

    « Le processus d’évaluation nous a indiqué où porter nos efforts pour obtenir une meilleure couverture, » reconnaît le Dr Patrick Banura, membre du Programme élargi de vaccination (PEV) en Ouganda. « Grâce à cette approche novatrice, les interventions lors du prochain cycle de renforcement du système de santé seront mieux ciblées. L’équité reste un problème, et nous devons utiliser les données pour améliorer l’accès à la vaccination. »

    L’évaluation effectuée en Ouganda a non seulement permis d’identifier les variations locales dans l’administration des vaccins. Dans le cadre de cette évaluation, l’équipe a aussi mis au point un outil qui permet de contrôler les ressources allouées à la vaccination – par le gouvernement et par les donateurs. Quand il est apparu que les dépenses du gouvernement pour la vaccination diminuaient, le Groupe technique consultatif national pour la vaccination (NITAG) a utilisé ces données pour demander de modifier la Loi relative à la vaccination en Ouganda ; la nouvelle loi est passée en décembre 2015.

    « Chiffres à l’appui grâce à l’évaluation, nous sommes arrivés à faire examiner deux points importants : la responsabilité du gouvernement dans le nancement des services de vaccination de base et la création d’un fonds national pour la vaccination, » ajoute Celia Nalwadda, Secrétaire du NITAG.

    Gilbert Asiimwe, membre de l’équipe d'évalutation complète en Ouganda, estime que ses possibilités sont encore bien plus larges. « L’évaluation complète des pays est très importante pour le système de vaccination, » conclut-il. « Notre Ministre de la santé a été très clair : ce type de travail ne fait que commencer ; on cherche maintenant comment l’améliorer et l’élargir dans les années à venir. »

  • SUR LA VOIE DE
    LA TRANSITION :
    LA GÉORGIE PRÉPARE LE TERRAIN

    En 2018, après 16 ans de soutien de Gavi, la Géorgie assumera la pleine responsabilité du financement de la totalité de ses vaccins. Le pays est bien préparé et bien établi sur la voie de la transition. En 2016, la Géorgie reçoit le soutien de Gavi pour un seul vaccin, le vaccin contre le pneumocoque, et finance seule l’introduction d’un nouveau vaccin hexavalent. Cinq personnes – qui toutes travaillent aux avant-postes de la vaccination – expliquent ce qui se cache derrière le succès de la Géorgie.

    HIÉRARCHISATION DES PRIORITÉS

    Valeri Kvaratskhelia, Vice-ministre du travail, de la santé et des affaires sociales de Géorgie  

    Rien n’illustre mieux la détermination de la Géorgie de s’affranchir du soutien de Gavi que son programme tout récent de réforme sanitaire. Fin 2017, le gouvernement devrait être en mesure de fournir à chacun de ses citoyens l’accès à un centre de santé primaire.

    « La vaccination est efficace dans les pays où le système de soins de santé primaire fonctionne bien, » constate Valeri Kvaratskhelia, Vice- ministre du travail, de la santé et des affaires sociales. « En 2018, la moindre communauté, le moindre village aura un centre de santé primaire qui fonctionne. »

    Depuis 2013, la Géorgie a pratiquement doublé son budget de la santé, ce qui lui permet d’offrir une couverture sanitaire universelle à tous ses citoyens. « Le ministère de la santé et le gouvernement ont fait de la vaccination une priorité, » ajoute Valeri Kvaratskhelia. « Les deux prochaines années, l’état va continuer à augmenter sa participation à l’achat des vaccins pour qu’en 2018, nous soyons entièrement prêts à assumer la totalité des coûts. »

    SURVEILLANCE

    Nana Jintcharadze, responsable régionale de la vaccination, région de l’Adjara  

    L’implication de la Géorgie dans la vaccination s’étend jusqu’aux hameaux perdus au coeur des montagnes de l’Adjara. Nana Jintcharadze et son équipe sont responsables de la distribution des vaccins dans cette vaste région difficile à atteindre près de six mois par an à cause de la neige.

    « Quand j’ai commencé il y a 18 ans, beaucoup d’enfants de la région n’étaient pas vaccinés, » admet Nana Jintcharadze, responsable régionale de la vaccination. « Je me souviens de l’épidémie de diphtérie, nous allions chercher les gens jusque dans la rue pour leur faire des tests. Maintenant, on ne voit plus aucun cas de diphtérie. »

    L’introduction de registres régionaux de vaccination dans tout le pays, en septembre 2013, a radicalement modifié les taux de couverture vaccinale de l’Adjara et c’est ce qui permet à Nana et son équipe de suivre le statut vaccinal de pratiquement chaque enfant vivant dans la région.

    « Tous les médecins de famille ont appris à inscrire des informations détaillées sur les enfants – leurs noms et prénoms, leur âge, le type de vaccins administrés, la date d’administration et le dosage, ainsi que le nom du médecin, » explique-t-elle.

    « Je peux à tout moment vérifier combien d’enfants ont été vaccinés et calculer combien de vaccins ont été utilisés tel jour ou tel mois. Je me rends aussi tous les mois dans les dispensaires pour vérifier que les données électroniques et le journal du dispensaire correspondent et éliminer ainsi tout risque d’erreur. Ce système nous permet également d’identifier les médecins qui rencontrent des problèmes et nous pouvons alors les aider à les résoudre. »

    BUDGÉTISATION

    Ekaterine Kavtaradze, Directrice générale adjointe du Centre national pour la lutte contre les maladies et la santé publique  

    Quand la Géorgie a annoncé son projet d’introduire le vaccin polio inactivé, les parents ont signalé qu’ils préféraient le vaccin hexavalent six-en-un plutôt que d’avoir à faire injecter à leurs enfants un vaccin supplémentaire contre la poliomyélite. Ekaterine Kavtaradze, la directrice générale adjointe du Centre national pour la lutte contre les maladies et la santé publique a aidé le ministère de la santé à convaincre le gouvernement et le parlement d’augmenter le budget de la vaccination de 40% pour assurer l’accès universel au vaccin multivalent.

    « Ce fut une étape importante dans la préparation du budget, » se souvient-elle, « nous avons collaboré très étroitement avec le ministère de la santé et le parlement de la Géorgie pour apporter les preuves de l’importance du vaccin hexavalent pour le programme de vaccination. »

    « Quand le ministre des finances a présenté le budget au parlement, il a accepté d’accorder le montant demandé par le ministère de la santé. C’est un succès collectif énorme d’être arrivés à convaincre tous les décideurs qu’il est important d’accorder la priorité au programme national de vaccination lors de l’établissement des budgets. »

    PRÉPARATION

    Tamar Ugulava, spécialiste de la santé, UNICEF Géorgie  

    En 2008, les parents géorgiens se sont alarmés d’une série d’articles fallacieux qui établissaient un lien entre la vaccination contre la rougeole et la rubéole et certains effets indésirables. Du fait de la méfiance généralisée vis-à-vis des vaccins, la couverture vaccinale obtenue avec la campagne de vaccination rougeole- rubéole n’a pas dépassé 50%. Cette expérience a marqué un tournant dans la stratégie vaccinale du gouvernement géorgien.

    « Suite aux évènements de 2008, nous avons mené plusieurs enquêtes qui ont montré que pour communiquer efficacement avec les parents, il fallait passer par les médecins », relate Tamar Ugulava, spécialiste de la santé du bureau géorgien de l’UNICEF.

    « Nous avons travaillé avec le gouvernement pour former les professionnels de santé et leur permettre de répondre aux craintes de la population, en leur transférant des connaissances, en leur présentant des études de cas et en les aidant dans des jeux de rôle. Avec le temps, nous avons vraiment pu mesurer l’implication du gouvernement dans ce domaine. »

    SENSIBILISATION

    Amiran Gamkrelidze, Directeur général du Centre national pour la lutte contre les maladies et la santé publique  

    Le problème de méfiance vis à vis des vaccins de 2008 souligne la nécessité de mettre en place des campagnes d’éducation à la santé pour mieux informer la population sur les bienfaits de la vaccination systématique.

    « Le rôle des campagnes de sensibilisation est énorme. Il est très important de communiquer le plus possible dans les médias, à la télévision et dans les journaux, » déclare Amiran Gamkrelidze, directeur général du Centre national pour la lutte contre les maladies et la santé publique. « Il nous faut expliquer à la population que la vaccination est l’intervention la plus importante de toute l’histoire de la santé publique. »

    En 2015, la Géorgie a développé une application pour téléphones mobiles qui rappelle les calendriers de vaccination aux parents et à ceux qui ont la responsabilité d’enfants, et qui leur permet de retrouver les vaccins que leur enfant a reçus. L’application permet également de trouver facilement des informations sur les vaccins et sur les maladies qu’ils préviennent.

    « Immédiatement après la naissance de son bébé, la mère reçoit gratuitement cette application, » précise le Dr Gamkrelidze. « Elles recevront par la suite des SMS pour leur rappeler quand il faut aller chez le médecin de santé primaire pour le prochain vaccin. »

  • CENTRE D’EXCELLENCE
    POUR LES RESPONSABLES
    DES CHAÎNES D’APPROVISIONNEMENT :
    « STEP », UN PAS DANS LA BONNE DIRECTION

    United Parcel Service (UPS), entreprise internationale active dans le domaine de la logistique, est spécialisée dans la distribution de colis aux quatre coins du monde ; elle offre aux responsables de la chaîne de distribution de vaccins des pays en développement des cours qui peuvent avoir un impact vital.

    Quand les vaccins arrivent dans un pays en développement, les conditions de leur acheminement dans les dispensaires et les centres de santé – dont certains sont situés dans des régions extrêmement isolées – sont entre les mains de quelques agents de santé dévoués. Le personnel responsable de la qualité de la conservation et de la distribution des vaccins avait rarement la possibilité de recevoir une formation spécialisée sur la gestion de la chaîne de distribution – tout au moins jusqu’à ce que le numéro un mondial de la logistique, United Parcel Service (UPS), propose un cours au Centre régional d’excellence pour les vaccins, la vaccination et la gestion de la chaîne d’approvisionnement, qui vient d’ouvrir à Kigali.

    « Même si le matériel, l’infrastructure et la technologie sont importants, le succès de l’installation et de la gestion de la chaîne d’approvisionnement repose sur la solidité de ceux qui en ont la charge, » reconnaît Kevin Etter, un des directeurs d’UPS. « Il est essentiel de former des dirigeants dévoués et compétents et du personnel responsable et motivé à tous les niveaux du système de santé. »

    Après avoir introduit plus d’une centaine de vaccins au cours des cinq dernières années, les chaînes d’approvisionnement en Afrique ont atteint la limite de leur capacité. Les responsables de la distribution des grands entrepôts centraux aussi bien que des petits dépôts ont besoin d’augmenter le niveau de leurs compétences. Le partenariat de Gavi avec UPS a été établi en 2014 dans le but spéci que de mettre à profit l’expérience acquise par l’entreprise tout au long de ses 100 ans d’existence, pour améliorer l’efficacité des chaînes de distribution des vaccins des pays en développement. « UPS a une longue tradition d’innovation dans la gestion des programmes de développement, et c’est pour nous un honneur de partager quelques-unes de nos meilleures pratiques avec Gavi, » conclut Kevin Etter.

    Entre 2015 et 2020, Gavi et UPS espèrent former 200 responsables de chaînes d’approvisionnement au Centre d’Excellence qui pourrait bien devenir un pôle régional pour l’éducation et l’innovation. Les étudiants recevront une formation en salles de cours et à distance, mais ils seront, de plus, jumelés à des tuteurs d’UPS et d’AmerisourceBergen, entreprise faisant partie d’IFPW, un autre partenaire de Gavi appartenant au secteur privé – voir l’encadré Prospectus. Avec les conseils des experts, ils peuvent mettre en pratique leurs nouvelles compétences, et établir un réseau avec les autres responsables pour partager leurs connaissances.

    L’expérience de formation que nous proposons n’est pas du tout traditionnelle, ajoute Kevin Etter. Les participants ont adhéré avec enthousiasme à cette nouvelle façon de s’instruire et d’appliquer ensuite ce qu’ils ont appris au domaine dont ils ont la responsabilité.

    L’un des premiers diplômés de STEP, Lucy Kanja, responsable d’un dépôt de vaccins à Dagoretti dans le Comté de Nairobi au Kenya, applique déjà ce qu’elle a appris. « A Dagoretti, le taux de rotation du personnel est élevé et je me demandais comment j’allais y arriver, » avoue-t-elle.

    « Grâce au programme STEP, j’ai appris à souder l’équipe et à attirer et retenir les meilleurs éléments. Maintenant, j’encadre trois agents de santé. Je les aide à acquérir les compétences nécessaires pour pouvoir gérer efficacement la chaîne de distribution des vaccins. »

    Le directeur des opérations, Joshua Obel, est rentré à son bureau de l’Agence pour l’approvisionnement médical du Kenya (Kenya Medical Supplies Authority ou KEMSA), convaincu que le cours de formation STEP représente un pas vers l’objectif à long terme des pays, à savoir la mise en place de systèmes de vaccination autonomes. « J’ai participé à un tas de formations durant ma carrière, mais le cours STEP est le seul que je puisse vraiment mettre en pratique, » constate-t-il.

  • UN AVENIR SOLAIRE BRILLE SUR LA CHAÎNE DU FROID EN HAÏTI

    Premier pays dont la demande de soutien de Gavi pour la plateforme d’optimisation de l’équipement de la chaîne du froid a été approuvée, Haïti est prêt à améliorer sa couverture vaccinale.

    Platon Malanga, dans l’ouest d’Haïti, se trouve à au moins 10 heures d’un trajet épuisant, à pied ou à cheval, du centre de santé le plus proche.

    Haïti est extrêmement pauvre ; le pays n’a tout simplement pas les moyens d’acheter les motos ou les véhicules tout terrain nécessaires pour livrer les vaccins dans des endroits comme Platon Malanga. Mais pour la vaccination, le problème de loin le plus important, c’est le manque de moyens pour payer le gaz propane qui alimente la chaîne du froid. De ce fait, des quantités considérables de vaccins sont perdues à cause de la chaleur.

    Comme l’explique François Jeannot, responsable du Programme élargi de vaccination (PEV) en Haîti : « C'est la raison pour laquelle la couverture vaccinale est basse dans le pays. Par exemple, si l’on utilise comme indicateur les trois doses de DTP ou de vaccin pentavalent, le pays n’atteint jamais les 86%. »

    Avec des réfrigérateurs solaires, on n’aurait plus besoin de transporter dans les régions difficiles à atteindre comme Platon Malanga des bouteilles de propane qui sont lourdes et qui coûtent cher. Cela permettrait de réduire considérablement la pression sur la chaîne du froid du pays.

    Quand le soutien de Gavi à la plateforme d’optimisation de l’équipement de la chaîne du froid (ECF) a été annoncé en 2015, le Ministère haïtien de la santé, l’UNICEF, l’OMS et les Centers for Disease Control and Prevention n’ont pas tardé à profiter de l’occasion pour moderniser la chaîne du froid du pays qui était en bien mauvais état.

    Grâce à une étroite collaboration entre l’équipe du PEV, les partenaires techniques et les autres parties intéressées, Haïti a été le premier pays à bénéficier du soutien de Gavi pour les plateformes d’optimisation de l’ECF, et à obtenir des fonds pour couvrir l’achat de plus de 700 réfrigérateurs solaires.

    « Le dossier soumis par Haïti remplissait toutes les conditions, » relate Homero Hernandez, point focal de Gavi pour Haïti. « Il s’intégrait dans une approche globale visant à renforcer l’efficacité de la chaîne du froid et correspondait tout à fait aux priorités nationales de vaccination. La demande a également démontré comment le soutien pouvait venir compléter les autres investissements dans la chaîne d’approvisionnement. »

  • À LA RECHERCHE
    DES PERSONNES
    EXPOSÉES À EBOLA :
    LA VIE SUR LA LIGNE DE FRONT

    Emmanuel Lasanah, superviseur du service de soins ambulatoires de l’Hôpital de la Rédemption à Monrovia, a été l’un des principaux responsables de la recherche des personnes ayant été en contact avec des malades durant l’épidémie récente d’Ebola ; il a retrouvé plus de 900 personnes potentiellement infectées. Étant donné le statut à haut risque de sa fonction, il a été le premier au Libéria à recevoir le nouveau vaccin contre Ebola.
    Voici son histoire.

    La peur était partout. La caractéristique, c’était la peur. Elle était toujours là, on l’avait toujours à l’esprit. C’était vraiment dur parce que des cas, il y en avait trop. Les centres de santé étaient submergés de malades. Les gens appelaient et on répondait qu’il n’y avait pas de place. Alors les familles venaient déposer les malades et les corps devant l’hôpital de la Rédemption et repartaient. Parfois ils laissaient plus de 15 morts à la fois. Dans chaque foyer, il y avait des morts. C’était terrible.

    Au pic de la maladie, l’Hôpital de la Rédemption a pris un coup terrible et les services de santé se sont effondrés. Le directeur médical responsable de l’hôpital est mort d’Ebola. Des infirmiers, des auxiliaires médicaux, des aides infirmiers, des médecins mouraient d’Ebola. C’était terrifiant. Les gens avaient peur et se sont enfuis. Mais j’étais resté. Alors j’ai pensé qu’il fallait que j’aide mon pays ; je savais comment identifier ceux qui avaient été en contact avec les malades. Je me suis dit que je devais me rendre utile au lieu de rester sans rien faire et d’avoir peur. Alors je me suis porté volontaire pour prendre ça en charge.

    Quand quelqu’un arrivait à l’hôpital avec de la fièvre, des vomissements, de la diarrhée et parfois des saignements, on
    allait immédiatement chez lui et on remplissait la fiche de renseignements que l’on transmettait ensuite au ministère. Dans cette fiche, nous listions tous ceux qui avaient été en contact avec le malade. On notait leur nom, leur âge, leur adresse et profession. Pour chaque cas d’Ebola, nous trouvions au minimum 15 contacts. Dans la zone qui m’était assignée, les gens vivent en groupes. Vous Il y a des maisons avec cinq, six ou huit familles. Chaque famille a autour de sept ou huit membres. Alors, si c’est une maison de ce style, il faut parfois retrouver près de 50 contacts.

    Ce n’était pas facile de retrouver les contacts. On avait peur d’attraper Ebola et on ne voulait pas entrer dans les maisons. Dans certaines communautés, ils nous prenaient pour cible, parce que les gens pensaient qu’on essayait d’inventer que leur proche avait Ebola. Beaucoup étaient dans le déni. Parfois, il a même fallu que l’on prévienne la police nationale pour empêcher la famille de prendre le corps pour l’enterrer.

    J’étais vraiment, vraiment très inquiet. Et mon équipe avait peur et il fallait que je les encourage. Si nous avions peur et si nous n’y faisions rien, si nous n’intervenions pas, qu’est-ce qui se passerait ? Nous pouvions aussi attraper l’infection, la transmettre à nos familles, à nos amis, à nos proches. Ma famille ne voulait pas me laisser sortir. Je disais non, je suis un agent de santé, il faut que je sorte, pour aider à sauver la population. Il faut que quelqu’un s’en charge.

    Les premiers symptômes d’Ebola ressemblent à ceux du paludisme. Alors, quand on commence à avoir de la fièvre, mal à la tête et mal aux articulations, la première chose à laquelle on pense, c’est je fais sûrement une crise de paludisme. L’introduction des caméras thermiques nous a beaucoup aidés. Avant cela, quelqu’un pouvait avoir de la fièvre et dire : « Non, non, ça va, » mais on voyait bien que ça n’allait pas. Puis on a commencé à utiliser le thermomètre sur le terrain. Quand les gens avaient de la fièvre, on pouvait leur dire « Vous n’allez pas bien, vous avez de la fièvre. Vous avez été en contact avec quelqu’un qui a été admis à l’Unité de traitement Ebola ou avec quelqu’un qui est mort d’Ebola. C’est très dangereux si vous commencez à avoir des symptômes et cachez que vous êtes malade, parce que vous exposez toute votre famille. Alors plus vite vous irez à l’hôpital, mieux ce sera pour vous. »

    Pour le Libéria, c’était une maladie inconnue. On n’avait jamais vu de cas d’Ebola auparavant. On n’y était pas préparé. Quand quelqu’un est malade, au Libéria, tout le monde vient le voir et le touche, et c’est souvent comme ça qu’Ebola s’est propagé. Quand les patients sont arrivés à l’hôpital, les agents de santé se sont occupés d’eux sans aucune protection. On n’avait pas l’habitude de porter des gants, des tabliers ou des bottes dans l’hôpital. C’est comme ça que beaucoup de nos collègues sont morts.

    En voyant mourir nos collègues, nous avons tous pris peur, plus personne ne voulait toucher un patient. Vous travaillez aujourd’hui avec un collègue et deux ou trois jours plus tard il est mort. Vous avez peur, mais les patients continuent à affluer à l’hôpital. Plus tard, on nous a appris ce qu’il fallait faire et on nous a donné l’équipement à mettre, des masques, des tabliers et des bottes à porter, des choses dont on n’avait jamais entendu parler jusqu’alors. Plus tard, des partenaires sont arrivés et ont commencé à construire des Unités de traitement Ebola.

    J’ai pris la décision d’être le premier à me faire vacciner dans le cadre de l’étude d’un vaccin Ebola quand j’ai pensé tout à coup au nombre de membres de la famille, au nombre d’amis, au nombre d’agents de santé, au nombre de personnes de la communauté qui sont morts d’Ebola. Je savais que j’étais exposé parce que je recherchais les personnes qui avaient été en contact avec des malades. J’avais peur parce que je ne connaissais pas les effets du vaccin, mais j’ai décidé qu’il fallait que je participe à cette étude et que j’en bénéficie. Puisque j’avais déjà pris l’initiative pour la recherche des contacts, j’ai aussi voulu prendre les devants pour le vaccin Ebola, même s’il s’agissait cette fois d’une étude. Depuis que j’ai eu le vaccin, je me sens très bien. J’en suis tellement heureux.

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