Kenya
    Des données essentielles
    Une étude de recherche sur l’efficacité du vaccin antipneumococcique
    au Kenya montre qu’extraire les données des dossiers médicaux
    électroniques est essentiel pour transformer la santé
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    Plus de 16 000 Kenyans sont morts
    d’infections à pneumocoques en 2000
    selon l’Organisation mondiale de la Santé.
    Les enfants de cinq ans étaient particulièrement exposés au risque
    de contracter le principal agent pathogène à l’origine de la pneumonie.
    La situation évolue depuis 2001, date à laquelle le Gouvernement kényan, avec le
    soutien de GAVI, a introduit le vaccin antipneumococcique conjugué (VPC) - un vaccin
    ciblant 10 types de la bactérie pouvant provoquer une pneumococcie invasive.
    Neema Kalama maintenant âgée de 12 ans vit à Kilifi
    sur la côte kényane de l’océan Indien. Elle a failli
    mourir d’une pneumonie à l’âge de trois mois.
    Ses deux plus jeunes frères et sœurs ont été vaccinés contre cette maladie.
    Tous les bébés reçoivent désormais le vaccin VPC partout dans le pays.
    L’opérateur de saisie Oscar Kai (en bleu) se rend
    à moto vers une clinique mobile avec un ordinateur
    portable et une glacière contenant des vaccins.
    Aujourd’hui, il va recueillir des données dans le cadre
    d’un important projet de recherche – soutenu par GAVI
    – dont l’objectif est d’évaluer l’efficacité du VPC sur
    la morbidité et la mortalité dans le district de Kilifi.
    Cette étude cartographie le taux croissant de couverture
    avec le vaccin VPC ainsi que l’incidence de la pneumococcie invasive.
    Après un trajet de 20 minutes, Oscar Kai pose son ordinateur
    portable sur le bureau d’une classe située en zone rurale.
    Des vaccins vont être administrés aux enfants et les données
    de leurs dossiers médicaux seront saisies électroniquement.
    Des mères pèsent leurs bébés avant de les faire vacciner
    au dispensaire mobile installé dans les classes au
    toit en étain de l’école primaire de Ngamani.
    Oscar Kai remet à une mère le dossier médical de son enfant. Kai
    saisit les données du patient dans son ordinateur ainsi que celles
    sur le VPC et sur les autres vaccins administrés aux enfants aujourd’hui.
    Ces informations seront ensuite enregistrées sur des disques
    durs portables puis, une fois par semaine, envoyées au siège
    de l’étude où est actualisée la base de données.
    Les opérateurs de saisie de Kemri – l’Institut kényan de
    recherche médicale – entrent les données médicales
    nécessaires à l’étude sur l’efficacité du VPC.
    Les ordinateurs sont connectés à une base de données qui
    s’étend. Elle couvre près d’un quart de million de bébés
    et d’enfants de moins de cinq ans et leurs mères vivant
    dans ce district principalement rural.
    Parallèlement à cette étude sont régulièrement menées des actions de sensibilisation.
    Au centre Vipingo, des femmes sont réunies pour parler de santé
    avant d’aller à la clinique maternelle et infantile réaliser des bilans et se faire vacciner.
    Dans ce centre de santé, 50 agents communautaires et 14 sages-femmes
    diplômées desservent 31 000 habitants de 13 villages avoisinants.
    « Les autorités kényanes se fondent sur les données de l’étude sur le VPC pour améliorer
    la prestation des soins de santé à Kilifi », explique le Dr. Benjamin Tsofa,
    Chef de liaison de cette étude au Ministère kényan de la santé.
    « Cela nous aide à gérer prioritairement le personnel et
    l’allocation des ressources, mais aussi à assurer le suivi
    du VPC, de tous les autres vaccins et de la plupart des
    interventions sanitaires destinées aux enfants dans notre district. »
    Les chercheurs de Kemri sont enthousiasmés par les premiers
    résultats qui montrent une baisse de la mortalité chez les jeunes enfants.
    Depuis son introduction en janvier 2011, le VPC a permis de
    réduire de près des deux tiers l’incidence de la pneumococcie
    invasive chez les enfants de moins de cinq ans de Kilifi.
  • Une étude de recherche sur l’efficacité du vaccin antipneumococcique au Kenya montre qu’extraire les données des dossiers médicaux électroniques est essentiel pour transformer la santé

    De bon matin, par une matinée sans nuages, Oscar Kai, perché sur une moto Yamaha, son ordinateur portable agrippé contre la poitrine, cahote sur une route de terre longeant cocoteraies et champs de blé.

    Il se rend dans un dispensaire temporaire situé au fin fond de la campagne kényane, qui fait partie des 33 participants à une étude numérique unique en son genre. Elle est destinée à cartographier l’efficacité d’un nouveau vaccin dans la lutte contre les maladies infantiles.

    Après un trajet de 20 minutes – une mère avec son bébé aurait mis plus de deux heures pour parcourir cette distance à pied – M. Kai, âgé de 28 ans, pose son ordinateur portable sur le bureau de l’une des trois classes au toit d’étain de l’école primaire de Ngamani.

    Des mères vêtues de châles colorés, arrivent avec leurs bébés sur le dos. Chacune tient entre les mains un petit livret violet qui constituait, avant cette nouvelle étude, le principal moyen de consigner leurs antécédents médicaux et ceux de leurs enfants.

    Une base de données médicales numérique

    Les choses évoluent, grâce à M. Kai et à ses collègues, qui mènent l’étude sur l’efficacité du vaccin antipneumococciqueconjugué destinée à constituer une base de données médicales numérique sur les 270 000 habitants du district de Kilifi situé sur la côte kényane de l’océan Indien.

    Cette étude, financée par GAVI Alliance, établit une cartographie de la couverture croissante du nouveau vaccin antipneumococcique conjugué (VPC), tout en surveillant l’incidence actuelle de la pneumococcie que ce vaccin est destiné prévenir. La pneumococcie est la cause première de pneumonie – la maladie la plus meurtrière dans le monde chez les enfants de moins de cinq ans.

    Assis au bureau du professeur, dans l’école de Ngamani, M. Kai parle avec Kadzo Chai, âgée de 28 ans, dont la fille de trois mois, Nuru, hurle encore après avoir reçu une deuxième dose de vaccin antipneumococcique conjugué.

    En plus d’inscrire le moment et le lieu où Nuru a reçu ce vaccin, Oscar Kai met à jour sa taille et son poids, puis ajoute des informations sur les vaccinations reçues contre la polio, la fièvre jaune, la rougeole, la diphtérie, le tétanos et l’hépatite B ainsi que sur les vaccins pentavalents et BCG.

    Amélioration de tout le service de santé

    Ces notes ainsi que celles concernant tous les patients auscultés au dispensaire ce matin-là seront ensuite enregistrées sur un disque dur et envoyées à l’Institut kényan de recherche médicale (Kemri) de la ville de Kilifi qui réalise cette étude, en partenariat avec The Wellcome Trust.

    « La numérisation de la base de données facilite énormément la mise à jour de nos données, même lorsque les enfants déménagent et accèdent aux services de santé dans d’autres endroits », explique le Dr Benjamin Tsofa, Chef de liaison de cette étude au Ministère kényan de la santé.

    « Il s’agit d’une étude de surveillance, au moyen de la saisie de données numérisées, qui est intégrée dans les structures de prestation des services de santé. L’avantage qui en découle nécessairement est celui de nous aider à améliorer l’ensemble de la prestation des services de santé. »

    « Cela nous aide à gérer prioritairement le personnel et l’allocation des ressources, mais aussi à assurer le suivi du VPC, de tous les autres vaccins et de la plupart des interventions sanitaires destinées aux enfants dans notre district. »

    Suivre les admissions à l’hôpital

    Cette étude permet également de surveiller séparément les cas de pneumococcie en suivant les admissions à l’hôpital et d’enregistrer la prévalence du portage nasopharyngé du pneumocoque décelé par prélèvement aléatoire d’écouvillons sur des enfants et des adultes.

    Le lendemain de la visite de M. Kai dans cette clinique mobile, l’un de ses collègues cahote à son tour le long des chemins de terre sur une motocyclette tout terrain.

    Stephen Mangi, agent de terrain âgé de 30 ans, rend visite aux familles sélectionnées de façon aléatoire par l’ordinateur, pour effectuer les prélèvements dans le cadre de l’étude sur le portage nasopharyngé.

    Chute des cas de pneumococcie

    Tel est l’autre aspect crucial de cette étude sur l’efficacité : prouver par la collecte de preuves que ce vaccin contribue effectivement à une chute des cas de pneumococcie.

    En 2008, l’Organisation mondiale de la Santé estimait à plus de 16 000 le nombre de Kényans morts des suites d’infections à pneumocoques pendant l’année 2000 ; la maladie avait provoqué 235 000 cas de pneumonie dans le pays cette même année.

    Plus tard dans l’après-midi, M. Mangi envoie les prélèvements au siège de l’étude situé à Kilifi, où Jane Jomo, technicienne de laboratoire, les transfère dans des boîtes de Petri puis les laisse incuber jusqu’au lendemain afin d’y déceler la présence de bactéries.

    En face de son espace de travail, un autre collègue prépare les échantillons sanguins des enfants admis dans les services de l’hôpital du district de Kilifi.

    Incidence de la maladie

    Ces derniers effectuent des tests de dépistage du streptococcus pneumonia, de l’Haemophilus influenzae type b et du staphylococcus aureus ; tous leurs résultats seront ensuite enregistrés dans la base de données de l’étude.

    « Ici, à Kilifi, l’incidence de la maladie chez les enfants de moins de cinq ans a d’ores et déjà reculé de près des deux tiers depuis l’introduction du vaccin VPC en janvier 2011 », indique Anthony Scott de l’Institut kényan de recherche médicale (Kemri).

    Médecins et chercheurs scientifiques se gardent cependant d’aboutir à des conclusions significatives, car l’étude remonte, pour le moment, à moins de 30 mois.

    Donnez-nous des preuves

    « Il est extrêmement important pour nous de pouvoir mesurer l’efficacité de ce vaccin », souligne le Dr Juliet Otieno, pédiatre à l’hôpital du district de Kilifi.

    « En tant que clinicienne, je partirais du postulat que, si l’on constate une réduction des cas après utilisation du vaccin, alors celui-ci est efficace. Il s’agit toutefois d’un postulat. L’étude nous en fournit la preuve. »

    Oscar Kai

    J’aime beaucoup être en contact avec les gens et savoir comment ils vivent.

    Nom : Oscar Kai
    Profession : commis à la saisie des données relatives à l’étude sur l’efficacité du vaccin antipneumococcique, étude menée par l’Institut kényan de recherche médicale (Kemri) et par The Wellcome Trust à Kilifi (Kenya).
    Expérience:28 ans
    Principal défi à relever : de nombreuses personnes résident loin des établissements de santé modernes. Kemri doit acheminer jusqu’aux zones rurales, les vaccins, les fournitures médicales, les ordinateurs portables servant à l’étude sur l’efficacité ainsi que du matériel.
    Lieu : Kilifi, côte kényane de l’océan Indien
    Population:74,000 habitants
     
  • Kenya

    Points forts

    Couverture relativement équitable eu égard au revenu et entre zones rurales et zones urbaines ; la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans recule progressivement.

    Points faibles

    Dépenses de santé par habitant en dessous de la moyenne régionale ; problèmes liés à la distribution des vaccins.

    Résumé

    Les premiers résultats d’une étude de recherche sur le vaccin antipneumococcique menée à Kilifi révèle que, depuis l’introduction du vaccin en janvier 2011, l’incidence de la pneumococcie invasive chez les enfants de moins de cinq ans a diminué de près des deux tiers. Les autorités kényanes se fondent sur les données de l’étude pour améliorer globalement la prestation des soins de santé à Kilifi.

     

    Soutien de GAVI en faveur du Kenya

    • Vaccin pentavalent
    • Vaccin antipneumococcique
    • Vaccin antirotavirus
    • Vaccin antiamaril
    • Projet de démonstration vaccin antipapillomavirus humain
    • Étude sur l’efficacité du vaccin antipneumococcique menée conjointement par l’Institut kényan de recherche médicale et The Wellcome Trust
     
    • 83%  
     

    Fonds engagés 2001-2016 : 348,995,015 US$

    Kenya support breakdown  
  • Question&Answer

    Dr SK Sharif, Directeur de la santé publique et de l’assainissement, Kenya

    Le Dr SK Sharif, Directeur de la santé publique et de l’assainissement au Kenya, parle du combat contre les maladies à prévention vaccinale, des raisons pour lesquelles son pays a été le premier pays en Afrique à recevoir un soutien de GAVI pour la mise en place d’un projet de démonstration pour le vaccin antipapillomavirus humain (VPH), et, enfin, de l’importance du soutien de GAVI Alliance.

    Q Comment le Kenya aurait-il traité les maladies évitables par la vaccination, s’il n’existait pas de vaccin ?

    Dr Sharif: S’il n’existait pas de vaccin contre les maladies évitables par la vaccination, le système de santé se serait effondré. Dans les années 80, le vaccin contre la rougeole n’était pas disponible ou alors, la couverture était faible, et les cas de rougeole étaient courants dans les services pédiatriques.

    Je me souviens que diarrhée et rougeole faisaient le quotidien du service pédiatrique de l’hôpital de Kenyatta [l’hôpital central national du Kenya]. Les enfants partageaient des petits lits et je passais le plus clair de mon temps à administrer de la pénicilline et des fluides intraveineux. Un enfant au moins mourait durant la nuit.

    Q Quelle est, par conséquent, l’enjeu autour de l’augmentation de la couverture vaccinale, aussi bien sur le plan de la santé, qu’en matière de contraintes budgétaires ?

    Dr Sharif: Cette intervention est non seulement la plus rentable de la médicine, mais aussi la plus efficace. Les vaccins représentent la découverte la plus importante de la médicine, plus importante encore, à mon avis, que celle des antibiotiques. Un pays doit en priorité investir dans les vaccins, améliorer la couverture vaccinale et introduire de nouveaux vaccins. Nous devons dépenser notre argent judicieusement et veiller à constamment investir dans ces programmes.

    Q Le Kenya est le premier pays d’Afrique à mettre en œuvre un projet de démonstration relatif au nouveau vaccin anti-VPH. Pourquoi a-t-il été choisi ?

    Dr Sharif: J’appellerais cela une démarche progressive vers l’introduction d’un vaccin au niveau national. Nous avons été choisis car nous sommes réputés pour le sérieux avec lequel nous prenons la vaccination. Je me souviens que notre ancienne Ministre de la santé, Beth Mugo, attachait une importance énorme à la lutte contre le cancer. Elle nous interrogeait tous sur la meilleure manière de prévenir les cancers parmi la population, et nous lui avons dit qu’au moins pour le cancer du col de l’utérus, il existait un vaccin. Elle a aussitôt souhaité que nous l’utilisions.

    Il est également juste de dire que nous disposons d’une grande expérience dans l’introduction d’autres nouveaux vaccins, en particulier le vaccin antipneumococcique. Dans ce cas, le président s’est montré extrêmement enthousiaste, à mon avis parce que le pneumocoque figurait parmi les trois premières causes de mortalité chez les enfants.

    Nos principaux dirigeants sont de fervents partisans de la vaccination, et nous rassemblons très bien les preuves scientifiques sur la vaccination, un autre atout du Kenya.

    Q Pourquoi de telles données et études d’efficacité sont-elles importantes ?

    Dr Sharif: Lorsque l’on nous demande de justifier l’introduction des vaccins, la question qui revient toujours est la suivante : « Quels en seront les effets ? » Pour ce qui est du vaccin antipneumococcique, il était facile d’y répondre. Nous disposions d’études menées avant et après l’introduction de ce vaccin, et celles-ci montraient tout d’abord la véritable charge de la pneumococcie, puis une diminution de 70% des admissions après l’introduction du vaccin. En ce qui concerne le vaccin anti-VPH, nous nous efforçons d’assurer un suivi avec le fournisseur et d’autres encore afin de réaliser une étude similaire sur le cancer du col de l’utérus : est-il en hausse, est-il en baisse ?

    Avec des preuves scientifiques à l’appui, les Kényans se montrent très favorables à la vaccination. En disposant de données fiables, il devient aisé de montrer au Ministre et aux dirigeants du pays l’importance de l’utilisation d’un nouveau vaccin au Kenya.

    Q Quelle a été l’aide apportée par GAVI ?

    Dr Sharif: L’avantage évident de GAVI a été de mettre les nouveaux vaccins à la portée financière du Kenya, autrement il nous aurait fallu attendre au moins 20 ans avant de pouvoir les acheter. Grâce au soutien de GAVI et à sa Garantie de marché, nous pouvons facilement obtenir les vaccins antipneumococciques, anti-VPH et pentavalents à un prix abordable. Prenons le vaccin anti-VPH à titre d’exemple : GAVI est parvenue à obtenir du fabricant un prix par dose nettement réduit.

    Je dirais tout de même que GAVI est une organisation dont la démarche reste généralement théorique, qui tend à ne pas tenir compte des problèmes spécifiques du pays. Il lui est donc quelque peu difficile certaines fois, de comprendre le contexte kényan. Je dois cependant souligner que GAVI n’existe que depuis une période de temps relativement courte comparativement à d’autres organismes internationaux, et que cette dernière apprend et s’adapte.

    Q Quelles sont les priorités du Kenya en matière de vaccination ces dix prochaines années ?

    Dr Sharif: Au Kenya, nous disposons déjà d’une quantité de choses que d’autres pays n’ont toujours pas. Nous possédons une bonne infrastructure, un entrepôt de vaccins, et nos chaînes du froid sont opérationnelles dans tout le pays. Ces domaines ne constituent pas des problèmes majeurs pour nous. Nous aspirons maintenant à élargir la couverture de tous les vaccins déjà disponibles pour atteindre 95%, l’objectif que nous nous sommes fixés. Nous cherchons parallèlement à introduire de nouveux vaccins contre le rotavirus, la rubéole, et même le paludisme si un vaccin efficace est commercialisé.

    SK Sharif

    Dr SK Sharif,
    Dr SK Sharif, Directeur de la santé publique et de l’assainissement, Kenya

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