• Sri Lanka:
    SIX ÉTAPES VERS UNE INDÉPENDANCE DURABLE EN MATIÈRE DE VACCINATION

    Le Sri Lanka, qui enregistre des taux de couverture vaccinale de près de 100%, est l’un des quatre pays qui devrait s’affranchir de l’aide de Gavi en 2016. Le Dr Ananda Amarasinghe, de l’Unité d’épidémiologie du Ministère de la santé révèle les secrets du succès de la vaccination dans ce pays.

    1. SENSIBILISER LES FAMILLES AUX BIENFAITS DES VACCINS

    Fait remarquable, les mères qui avaient tout perdu au cours de la guerre civile qui a ravagé le nord-est du pays ou lors du tsunami de 2005 qui a dévasté le sud, n’ont pas perdu les carnets de vaccination de leurs enfants. « Cela montre bien que, pour elles, la vaccination est la garantie d’un avenir meilleur pour leurs enfants, » explique le Dr Ananda.

    L’importance de l’alphabétisation se traduit également par des mères et des pères parfaitement informés des bénéfices des soins préventifs. Par exemple, les femmes préfèrent accoucher à l’hôpital plutôt qu’à la maison. Quand l’administration du vaccin pentavalent a été suspendue en 2008, suite à la notification d’effets indésirables, le ministère de la Santé a pu rapidement rassurer les familles sur l’innocuité du vaccin cinq- en-un. « Les mères se sont temporairement posé des questions sur le pentavalent, mais elles n’ont jamais perdu confiance dans la vaccination, » ajoute le Dr Ananda.

    2. SE RAPPROCHER DE LA POPULATION AU NIVEAU DES COMMUNAUTÉS LOCALES

    Le Sri Lanka a pu atteindre un taux de couverture vaccinale proche de 100% grâce à un réseau d’agents de santé communautaire qui couvre tout le pays. Au Sri Lanka, il y a un agent de santé pour 5 000 habitants environ. Ces agents effectuent régulièrement des visites à domicile, généralement à vélo ou en scooter, ce qui a l’avantage qu’ils sont bien informés de l’état de santé de leurs patients.

    Les agents de santé installent régulièrement des dispensaires de santé locaux qui contribuent à l’information sur les soins prénataux, la vaccination et la santé maternelle et infantile – et qui enregistrent aussi chaque naissance. Si un père ou une mère omet d’amener son enfant à une séance de vaccination, l’infirmière va les voir à la maison et, dans certains cas, accompagne elle-même l’enfant à son dispensaire pour le vacciner.

    3. ÉTABLIR UNE STRUCTURE SANITAIRE QUI FONCTIONNE DE BAS EN HAUT ET DE HAUT EN BAS

    Le système sanitaire du Sri Lanka, qui date des années 1920 et du temps de la domination britannique, fournit un mélange de services préventifs et curatifs au niveau de la nation, du district et de la division. « Nos colonisateurs ont établi de bonnes fondations, » reconnaît le Dr Ananda. Ce système assure un flux constant d’informations qui émane de la base des communautés et remonte jusqu’au ministère de la Santé, ce qui permet d’assurer un suivi et de faire des évaluations. Des mises à jour régulières sur la couverture vaccinale au niveau des localités sont envoyées à Colombo et souvent disponibles sur internet grâce à un nouveau système de notification en ligne.

    Le système fonctionne dans les deux sens. Quand le vaccin pentavalent a été lancé en 2008, le Ministère a imposé une nouvelle politique sur l’utilisation des flacons ; pour cela, il a rencontré 26 responsables PEV de districts qui, à leur tour, ont informé les 330 bureaux divisionnaires. « On leur a dit que, s’il restait quelques doses, il ne fallait pas les jeter, » explique le Dr Ananda. Au lieu des 10% de pertes habituelles, le ministère de la Santé en a compté moins de 1% - une économie de vaccins qui correspond à un mois de vaccinations.

    4. ASSURER LE SOUTIEN POLITIQUE

    Même en pleine guerre civile, des cessez-le-feu temporaires ont permis aux hôpitaux et aux dispensaires de vacciner et de fournir des services de santé de base. Les administrations sri lankaises successives ont donné la priorité à la gratuité des services de santé et d’éducation.

    En 2014, le Gouvernement a introduit une politique nationale de vaccination qui garantit à chaque citoyen le droit à la vaccination. Il y a une ligne particulière dans le budget pour l’immunisation réservée à l’approvisionnement en continu de vaccins sans aucune rupture de stock. « Il est de la responsabilité de la population de se faire vacciner, aussi le gouvernement se doit-il d’assurer la disponibilité des vaccins ! » dit le Dr Ananda.

    5. INVESTIR DANS LA FORMATION À LONG TERME

    Pour assurer la viabilité de son programme de vaccination à long terme, le Ministère de la santé investit dans la formation de la nouvelle génération d’inspecteurs et d’agents de santé, dans six centres régionaux et un centre national de formation. « Peu importe le nombre de dispensaires, on ne peut pas offrir de services sans du personnel compétent, » insiste le Dr Ananda.

    « Nous voulons que nos successeurs œuvrent encore mieux que nous. Depuis la fin de la guerre civile en 2009, le centre de formation de Vavunya, au nord du Sri Lanka, a formé plus de 600 agents de santé pour reconstruire le système de santé dans la zone du conflit. »

    Sous l’administration coloniale, tous les employés du gouvernement apprenaient leur métier dans les zones rurales avant d’être mutés dans les grandes villes. Maintenant, les agents de santé sri lankais doivent aussi acquérir de l’expérience au niveau de la division, puis du district, avant d’être mutés à Colombo pour travailler au Ministère. « Avant de pouvoir aller au centre, il nous faut découvrir la réalité sur le terrain, » explique le Dr Ananda.

    6. CONTINUER À BÉNÉFICIER DE L’EXPERTISE DEGAVI

    Quand on a demandé au Dr Ananda de rédiger en 2000 la première demande de soutien du Sri Lanka auprès de Gavi, il a dû fouiller dans les dossiers pour trouver des informations sur l’Alliance du Vaccin. Maintenant, il sait très bien comment Gavi peut continuer à assister les pays comme le Sri Lanka après le retrait de son soutien.

    Le ministère de la Santé a déjà demandé à l’Alliance du Vaccin de les aider à négocier le prix du vaccin anti-VPH que le Sri Lanka a l’intention d’inclure prochainement dans son calendrier de vaccination systématique. « C’est là où Gavi peut nous aider, » dit le Dr Ananda, « Nous voulons nous débrouiller seuls. Nous savons que nous pouvons nous adresser au service des achats de l’UNICEF, mais nous avons l’argent et nous pouvons acheter le vaccin nous-mêmes. Etant donnée la taille réduite de notre population, nous ne sommes pas en position de force pour négocier avec les fabricants. C’est pourquoi nous demandons à Gavi : pouvez-négocier de notre part ? »

  • MENAFRIVAC :
    DÉGELER LA CHAÎNE DU FROID

    En supprimant l’obligation d’utiliser des blocs réfrigérants pour la dernière étape du transport de certains vaccins sur la route entre le fabricant et le dispensaire, le concept de ‘chaîne à température contrôlée’ (CTC) est en train de modifier complètement la chaîne d’approvisionnement des vaccins.

    Pour les agents de santé et les vaccinateurs de Boulohou, un village dans la région centrale du Togo, la journée commence à 5h30 du matin avec la préparation de ce qui est indiscutablement la seconde marchandise la plus précieuse pour eux – la glace. Elle protège les précieux flacons de vaccins de l’impitoyable soleil africain, afin qu’ils conservent toute leur efficacité et soient sans danger lors de leur administration.

    Aussi utile que soit la glace, son utilisation n’est pas si simple. Il faut des ressources et de l’énergie pour la produire, et elle impose des contraintes de temps au vaccinateur qui doit apporter les vaccins jusqu’à la communauté, et les rapporter si des flacons ne sont pas utilisés. La glace doit également être conditionnée, processus chronophage qui consiste à ramener la température de la glace à 0°C en la faisant fondre partiellement, pour éviter de geler les vaccins avec une température en-dessous de zéro, ce qui les endommagerait. En effet, le froid extrême, de même que la chaleur, peut endommager les vaccins.

    En 2014, le financement de Gavi a permis aux agents de santé du Togo de participer à l’essai d’une nouvelle approche révolutionnaire de distribution de vaccins, qui permet d’effectuer la dernière étape de l’acheminement du vaccin sans recourir à la glace.

    Grâce à la chaîne à température contrôlée (CTC), qui s’appuie sur un ensemble de pastilles de contrôle et d’indicateurs de seuil de température, les agents de santé togolais qui menaient une campagne de vaccination contre la méningite A de 10 jours, sont arrivés à maintenir les vaccins MenAfriVac hors de la chaîne du froid pendant quatre jours, en prenant garde que la température ne dépasse pas les 40°C.

    En simplifiant leur travail et en réduisant de plusieurs kilos le poids à transporter, la nouvelle approche CTC a eu un effet extrêmement positif sur la vie quotidienne des vaccinateurs et des agents de santé.

    D’après Dadja Essoya Landoh, épidémiologiste à l’OMS qui a travaillé précédemment pour le ministère de la Santé du Togo et a été impliqué dans la campagne de vaccination de l’année précédente, la CTC peut diminuer de moitié le nombre de vaccinateurs nécessaires, car l’élimination de la glace libère beaucoup d’espace dans le conteneur porte-vaccins. Le vaccinateur peut alors porter plus de vaccins.

    Il peut être difficile pour les vaccinateurs d’atteindre certaines personnes plus âgées de la population cible parce qu’elles partent souvent au travail tôt le matin pour rentrer tard le soir. Mais les vaccinateurs qui utilisent la CTC ne sont pas limités par l’état de leur glace et n’ont pas à remettre dans les réfrigérateurs les doses non utilisées.

    Selon Landoh, certains peuvent même passer la nuit dans les villages, pour rencontrer les fermiers quand ils rentrent de leurs champs ou avant qu’ils ne partent le matin. Avec plus d’un million de personnes âgées de 0 à 29 ans, âge cible de la campagne togolaise contre la méningite A, la CTC devrait permettre de vacciner un grand nombre de personnes qui aurait sinon échappé à la vaccination.

    Outre le fait que l’injection de vaccin semble moins douloureuse quand elle est administrée à température ambiante, on tend à penser de plus en plus que la CTC permettra également de réduire les coûts de

    la vaccination. Avec un vaccin pneumocoque pré- approuvé pour l’approche CTC en 2015, et plusieurs autres à venir, la CTC pourrait révolutionner la chaîne d’approvisionnement.

  • VACCIN CONTRE LA FIÈVRE JAUNE :
    L’AUGMENTATION DE LA DEMANDE NÉCESSITE DES SOLUTIONS INNOVANTES

    Le travail acharné de Gavi et de ses partenaires pour accroître la vaccination contre la fièvre jaune au cours des 15 dernières années a été un succès tel qu’il faut maintenant de toute urgence davantage de vaccins pour répondre à la demande mondiale.

    Il y a à peine plus de dix ans, seulement 20 millions de doses de vaccin contre la fièvre jaune étaient nécessaires pour répondre à la demande mondiale. Avec l’intégration du vaccin contre la fièvre jaune dans les programmes de vaccination systématique d’un nombre croissant de pays et la nécessité de reconstituer régulièrement le stock de réserve, la demande a explosé pour atteindre près de 80 millions de doses par an uniquement dans les pays soutenus par Gavi.

    Avec uniquement quatre vaccins contre la fièvre jaune préqualifiés disponibles dans le monde, un des plus grands challenges pour Gavi en 2014 a été de trouver les moyens de stimuler le développement de capacités de production supplémentaires. S’appuyant sur l’OMS et les autres partenaires de l’Alliance, l’Institut Pasteur de Dakar au Sénégal et Sanofi Pasteur en France ont décidé d’investir dans des installations qui viendront augmenter la capacité de production, et assurer ainsi un approvisionnement adéquat de ce vaccin dont l’Afrique a tant besoin.

    L’Institut Pasteur de Dakar (IPD) fabrique le vaccin contre la fièvre jaune depuis les années 1930, ce qui en fait le fabricant le plus ancien et le plus expérimenté au monde. Le vaccin lui-même – comme tous les vaccins contre la fièvre jaune – date aussi du début du siècle dernier. Le vaccin vivant atténué est produit sur des œufs de poule embryonnés, et les niveaux de stérilité nécessaires sont difficiles à atteindre. Avec l’accroissement de la demande et l’augmentation rapide de la population des pays endémiques, il était urgent d’obtenir des investissements de l’extérieur pour garantir la viabilité durable de l’usine de l’IPD.

    « Comme la population africaine continue d’ augmenter, il va certainement falloir intensifier la production de vaccins contre la fièvre jaune, » reconnaît André Spiegel, directeur de l’IPD. Selon lui, la meilleure réponse à cette demande accrue ne peut venir que d’un fabricant et fournisseur basé en Afrique qui se consacre au problème de santé de ce continent. Aussi, quand l’équipe de l’Alliance du Vaccin est venue lui rendre visite, il était incontestablement favorable à un partenariat qui permettrait à son institut d’investir dans la production de vaccin contre la fièvre jaune et d’en assurer un approvisionnement suffisant pour l’avenir.

    « Le travail de Gavi dans ce domaine nous permet de maintenir durablement la production du vaccin pour l’Afrique en Afrique, » a conclu le Dr Spiegel.

    Alors que l’IPD se consacre presque exclusivement à la demande pour l’Afrique, Sanofi Pasteur vise deux marchés distincts : les habitants des zones endémiques et les voyageurs qui se rendent dans ces zones. Pour répondre à la demande croissante de ces deux marchés, Sanofi Pasteur a investi dans une nouvelle usine qui produira suffisamment de vaccins pour pouvoir contribuer au stock international d’urgence et satisfaire la demande annuelle des pays en développement. Ce sont ici deux solutions viables.

    En encourageant un plus grand nombre de pays à introduire le vaccin contre la fièvre jaune dans leurs programmes de vaccination systématique, l’Alliance du Vaccin et ses partenaires ont contribué à l’augmentation d’une demande auparavant stable. Après avoir investi avec succès du temps et des efforts dans le renforcement des principales sources d’approvisionnement, Gavi espère qu’il sera bientôt possible de répondre à la totalité des besoins des pays et de maintenir bien fourni le stock international d’urgence qui sert à répondre aux épidémies de fièvre jaune.

  • RÉALISER DES PROJETS ENSEMBLE :
    UNITED PARCEL SERVICE ET
    L’ALLIANCE DU VACCIN

    En 2014, United Parcel Service (UPS) a annoncé un partenariat avec Gavi. Ed Martinez, Président de la Fondation UPS, explique comment UPS entend appliquer plus d’un siècle d’expérience dans la gestion des chaînes d’approvisionnement et plus de 50 ans dans le monde de la philanthropie pour moderniser la chaîne d’approvisionnement des vaccins.

    Quelle est l’origine du programme de responsabilité sociale d’UPS ?

    Notre fondateur, Jim Casey, a vu les États-Unis traverser les périodes les plus difficiles – la Grande Dépression, la Première et la Seconde Guerre mondiale, les mouvements pour les droits civiques et pour les droits de la femme. Il en a conclu que, pour que les affaires marchent, il fallait une société saine et prospère. C’est ainsi qu’il a créé la Fondation UPS en 1961.

    Un demi-siècle plus tard, nous aidons 4 000 organisations dans le monde, des organisations non gouvernementales de la taille d’une communauté jusqu’à de grandes entités de la taille de l’Alliance du Vaccin. Notre objectif a changé au cours des années, mais notre philosophie reste la même, que ce soit à Atlanta ou à Hanoï : faire bénéficier la société civile de notre expertise, de nos ressources et du travail acharné de nos employés autour du monde. Si un employé d’UPS nous demande une contribution financière pour une ONG locale, il doit consacrer au minimum 50 heures de son propre temps et de ses compétences à la cause qu’il a embrassée.

    La plupart de vos partenaires sont des organisations humanitaires axées sur la réponse d’urgence, comme l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), le Programme alimentaire mondial (PAM) ou Care. Pourquoi avoir choisi Gavi ?

    UPS peut aider les programmes humanitaires à trois niveaux : la préparation, la réponse d’urgence et le redressement après la crise. À ce jour, nous aidons 11 organisations internationales spécialisées dans une ou plusieurs de ces branches d’activité : des agences des Nations Unies comme l’UNHCR, l’UNICEF, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), des ONG comme Care et l’Armée du Salut. Mais nous cherchons toujours à avoir plus d’impact c’est pourquoi nous sommes entrés en contact avec Gavi.

    Certains de nos partenaires sont soit associés soit clients ; de ce fait les possibilités de synergies sont énormes. A titre d’exemple, nous travaillons avec l‘UNICEF, et l’un de vos partenaires, Merck (une société pharmaceutique) est un client UPS. C’est une parfaite opportunité pour partager notre savoir-faire et construire une chaîne du froid plus efficace pour les vaccins.

    Du fait du nombre élevé de nouveaux vaccins, la chaîne d’approvisionnement en vaccins est sous tension. Comment la Fondation UPS peut-elle soutenir la stratégie de l’Alliance du Vaccin pour cette chaîne d’approvisionnement en vaccins ?

    Gavi travaille avec des organisations très professionnelles comme l’UNICEF et les ministères de la Santé, mais je pense qu’UPS peut apporter des compétences différentes. Les chaînes d’approvisionnement et de transport sont au cœur de nos compétences depuis une centaine d’années et je pense que nous sommes à même d’améliorer certains éléments de la chaîne. La gestion des stocks est capitale pour éviter les gaspillages. La technologie de traçage permet aux destinataires de recevoir des produits qui peuvent être vitaux plus rapidement et avec plus d’efficacité.

    UPS Relief Link est un exemple de la technologie moderne de traçage. Elle permet à l’UNHCR d’accélérer la livraison de produits dans les camps de réfugiés et aussi de suivre le niveau de nutrition dans les camps. La technique est parfaitement applicable aussi à la distribution de vaccins.

    Le soutien d’UPS se limite-t-il à la logistique ?

    La livraison de colis ne représente qu’une partie du partenariat. Nous pensons que, en-dehors du gain de temps, beaucoup de choses peuvent être faites dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement afin d’économiser les ressources et augmenter le nombre de produits.

    Comme dans toutes les entreprises, les initiatives liées à la chaîne d’approvisionnement demandent un leadership fort. Nous avons proposé à Gavi des formations en gestion de la chaîne d’approvisionnement, ainsi que des formations en management et gestion d’équipes. Cela permettra de disposer de responsables de la chaîne d’approvisionnement bien formés dans les pays soutenus par Gavi.

    Comment la Fondation UPS a-t-elle déjà puisé dans ses ressources mondiales pour aider les agences humanitaires ?

    L’année dernière, nous avons utilisé l’avion d’UPS basé à Cologne, en Allemagne, pour transporter les équipements de l’UNHCR et de l’UNICEF dans les pays les plus durement frappés par l’épidémie d’Ebola. Lorsque le PAM a fait part du besoin d’un état des moyens de capacité logistiques au Nigéria, nous avons contacté notre bureau sur place. Quelques semaines plus tard, ils nous envoyaient un rapport complet d’évaluation.

    Quelles sont les premières étapes et comment allez-vous évaluer le succès de votre partenariat avec Gavi ?

    Tout d’abord, nous collaborons pour établir des fondations solides en nous appuyant sur les meilleures pratiques de chaîne d’approvisionnement en vaccins. Ensuite, nous nous plongerons dans les besoins spécifiques de la chaîne du froid des différents pays d’Afrique et d’Asie, pour appliquer les meilleures pratiques et trouver des solutions.

    Nous travaillons avec l’Alliance du Vaccin pour développer des indicateurs qui permettront de mesurer les progrès accomplis sur les cinq années à venir. Mais finalement, l’objectif, c’est d’améliorer la santé des populations, partout dans le monde. Nous saurons que nous avons réussi quand ces populations n’auront plus besoin de note aide.

  • SMARTPHONES
    EN INDE :
    COMPOSER LE V DE VACCIN

    Même dans les zones les plus isolées de l’Uttar Pradesh, les agents de santé utilisent des smartphones pour suivre en temps réel le niveau des stocks de vaccins. Désormais, grâce au soutien de Gavi pour le renforcement des systèmes de santé, cette approche innovante fonctionnera dans trois vastes États de l’Inde.

    À la fin d’une longue session de vaccination, Mitra Kumari a besoin de faire l’inventaire, au sens littéral. Gestionnaire de la chaîne du froid pour le Centre de santé primaire Bareilly dans l’Uttar Pradesh, État le plus peuplé de l’Inde, elle a besoin de savoir si elle

    a assez de doses de vaccins en stock pour la séance de vaccination du lendemain. Au lieu de retourner à l’entrepôt frigorifique, Mitra prend son téléphone. Il lui suffit d’appuyer sur quelques touches et elle peut savoir combien de doses elle a en stock et quand ces stocks ont été rentrés.

    Expérience pilote menée dans deux districts, le nouveau réseau Vaccine Intelligence Network (eVIN) transforme complètement la gestion des stocks de vaccins et augmente l’efficacité de la distribution des vaccins.

    « Depuis l’introduction de cette technologie, c’est bien plus facile pour moi de maintenir mes registres à jour, » reconnaît Mitra. Le système interactif est conçu pour pouvoir fonctionner avec différentes plateformes, avec non seulement les derniers smartphones mais également les téléphones plus basiques pouvant intégrer du texte. « C’est très facile à utiliser, » ajoute Mitra.

    Outre la vérification des stocks, eVIN permet aux gestionnaires de la chaîne du froid comme Kumari et sa collègue Surajmukri Gangawar, de mettre à jour le système en temps réel, en rentrant le nombre de flacons utilisés, ouverts ou jetés. Le système peut même donner les niveaux de température dans les entrepôts frigorifiques.

    En standardisant et rationalisant la gestion logistique de la vaccination, eVIN a déjà eu un profond impact sur la chaîne d’approvisionnement des deux districts où les expériences pilotes ont eu lieu. Dans les six premiers mois de leur mise en œuvre, les ruptures de stock de vaccins ont pratiquement disparu.

    « Maintenant, avec le soutien de Gavi pour le renforcement des systèmes de santé, on prévoit d’étendre cette approche à trois États indiens très peuplés – l’Uttar Pradesh, le Rajasthan et le Madhya Pradesh – représentant à eux trois une population de 345 millions d’habitants, » déclare Bhrigu Kapuria, Chef d’équipe de Vaccine Logistics & Cold Chain Management pour l’Unité de soutien technique à la vaccination du Gouvernement indien. « Cela nous permettra d’améliorer la couverture vaccinale, » ajoute-t-il.

  • UNE PREUVE VIVANTE :
    L’IMPACT DU VACCIN CONTRE LE PNEUMOCOQUE AU KENYA

    Les études de surveillance soutenues par Gavi, à l’Institut de recherche médicale du Kenya (KEMRI) de Kilifi permettent d’établir dans quelle mesure la vaccination contre le pneumocoque a contribué à la diminution récente de l’incidence de cas de pneumonie.

    Couché sur un lit d’hôpital, un nourrisson cherche son souffle, les mains bandées pour l’empêcher d’arracher le tube à oxygène de son nez. « On voit énormément de cas de pneumonie, » reconnaît Mwanavua Boga.

    « Certains enfants sont dans un état très grave quand ils arrivent ici. Il leur faut des soins intensifs. Ils sont souvent très malades et les mères sont très inquiètes. »

    « Cet enfant fait partie de ceux qui ont eu de la chance. Il a passé le pire et il est en voie de guérison, » ajoute Mwanavua, infirmière en chef à l’Unité de soins intensifs de l’hôpital départemental de l’Institut de recherche médicale du Kenya (KEMRI, pour Kenya Medical Research Institute). Au cours des 13 dernières années, la pneumonie a toujours été la maladie la plus meurtrière chez les enfants de moins de cinq ans. « C’est la première cause d’admission dans le service, » dit-elle. Mais depuis 2011, il apparaît que le nombre de cas de pneumonie a chuté, après que le Gouvernement du Kenya, avec le soutien de Gavi, ait introduit les vaccins contre le pneumocoque.

    Comme la pneumonie peut avoir différentes origines qui peuvent varier dans les différentes parties du monde, il n’était pas évident de savoir quelle était la part de cette diminution due au vaccin contre le pneumocoque. Pour aider à déterminer l’impact du vaccin, les chercheurs du KEMRI ont mené une série d’études visant à établir si le vaccin était aussi efficace que dans le contexte contrôlé des essais cliniques. « Ces études sont importantes, » dit Mwanavua. « Elles nous indiquent où sont nos problèmes et, en termes de planification pour l’avenir, de quels vaccins nous avons besoin pour nos enfants. »

    Mais ce n’est pas si simple d’identifier la cause de la pneumonie et cela demande souvent d’avoir recours à des méthodes indirectes. Par exemple, dans une étude, les chercheurs de terrain sont allés faire des prélèvements de gorge au sein de la population, chez des sujets en bonne santé choisis au hasard. Le pneumocoque est une bactérie qui vit dans l’arrière- gorge et le nez des sujets sains aussi bien que des sujets malades. En mesurant la prévalence de la

    bactérie dans la communauté, il est possible d’évaluer sa capacité à se propager. Les chercheurs ont trouvé que, dans les six mois qui ont suivi l’introduction du vaccin, le portage des souches ciblées par le vaccin avait diminué de deux tiers, aussi bien chez les sujets vaccinés que chez les sujets non vaccinés.

    Le succès de cette étude est dû aux chercheurs du KEMRI qui avaient
    eu la clairvoyance de commencer la surveillance des maladies à pneumocoque, avec l’aide de Gavi, quatre ans avant l’introduction du vaccin dans la région. Les chercheurs ont ainsi disposé d’un point de référence clair qui leur a permis de mesurer l’impact du vaccin.

    De surcroît, le traçage des admissions hospitalières a montré que le nombre de cas de pneumonie avait diminué d’un quart. La radiologie a confirmé la diminution des cas de pneumonie essentiellement dus au pneumocoque. En outre, une diminution importante du nombre de cas de maladie invasive à pneumocoque (MIP) – forme de maladie à pneumocoque très grave mais moins fréquente – a été observée. « À Kilifi, nous avions l’habitude de voir plus de 40 cas de MIP par an, » rapporte le Dr Anthony Scott, du Programme de recherche KEMRI-Wellcome Trust. « Quand nous avons introduit le vaccin, ce chiffre a chuté très rapidement, » ajoute-t-il.

    Pour l’ensemble de 2013 et 2014, un seul cas de MIP lié à une souche de pneumocoque ciblée par le vaccin a été rapporté, ce qui représente une diminution de 95% par rapport aux niveaux antérieurs à la vaccination. « C’est un changement vraiment spectaculaire de l’épidémiologie de la maladie » reconnaît le Dr Scott, qui en est ravi. « On en est au point où l’on peut dire que la maladie est contrôlée. Elle a presque disparu. »

  • ASSAUT FINAL CONTRE
    LA POLIOMYÉLITE :
    LE PENDJAB MONTRE LA VOIE

    Le succès de l’introduction du vaccin inactivé contre la poliomyélite dans la province du Pendjab dépendra d’un nouveau plan visant à renforcer le système de vaccination systématique.

    Cela n’arrive pas tous les jours de décrocher son téléphone pour entendre, à l’autre bout du fil, la voix d’un ministre qui vous demande votre avis sur la façon d’améliorer les services locaux de vaccination. C’est pourtant ce qui va se passer dans la province du Pendjab où le ministre en chef de la Province, Shehbaz Sharif, s’implique dans les services de santé publique à tel point qu’il a enregistré un message téléphonique personnel invitant les citoyens à faire part de leur expérience de la vaccination.

    Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres démontrant la ferme volonté du gouvernement de la province du Pendjab, qui compte plus de la moitié de la population du Pakistan, d’améliorer son programme de vaccination systématique et au final, éliminer la poliomyélite.

    « Le Pakistan comptabilise près de 80% des cas de poliomyélite au monde et nous avons des épidémies de rougeole – maladies que le reste du monde a largement maîtrisées. Je pense que c’est dû essentiellement à la mauvaise exécution et à la mauvaise gestion de notre système de vaccination, » déclare le Dr Umar Saif, chef du Conseil sur la technologie de l’information du Pendjab.

    Le Pakistan, un des trois seuls pays où la poliomyélite existe encore à l’état endémique, devrait introduire le vaccin polio inactivé (VPI) avec l’aide de Gavi, à la fin de l‘année 2015. Si l’on veut pouvoir vacciner chaque enfant du Pendjab, il faut un système de vaccination de routine solide ; la province a introduit un nouveau plan dans ce but.

    Soutenu par des partenaires tels que le ministère britannique du Développement international (DFID) et l’UNICEF, le plan comprend une modification de l’emploi du temps des vaccinateurs qui auront à s’occuper de la vaccination systématique plutôt que des campagnes de vaccination, la formation des vaccinateurs et même le versement d’une indemnité pour le carburant, pour les aider à se déplacer d’une communauté à l’autre.

    Ce plan devrait donner un nouvel élan qui permettra de renforcer également l’administration de vaccins contre d’autres maladies.

    « La vaccination systématique est la clé de l’éradication de la poliomyélite, » explique Aizaz Akhtar, chef de l’Unité spéciale de suivi du Bureau du ministre en chef. « Toutes les études le confirment : quand la couverture par la vaccination systématique atteint 95%, les cas de poliomyélite disparaissent. Nous devons le faire savoir. »

    Pour aider les responsables de la santé publique à suivre les progrès et à se fixer des objectifs, le Dr Saif et son équipe ont développé, grâce à un financement de la Banque mondiale, une application pour smartphones qui permet aux vaccinateurs d’enregistrer rapidement chaque injection sur une base de données centrale. Les résultats

    sont impressionnants. « Nous avons été témoins d’un changement radical dans la façon dont les vaccinations sont effectuées. Avant, les vaccinateurs atteignaient 21% de la population ciblée. Avec la nouvelle application, on est passé à 91% en seulement quatre mois, » dit-il.

    Le Dr Capitaine Asif, responsable de la santé dans le district de Jhelum, est optimiste. « Nous sommes ravis de ce nouveau système. Notre expérience est un excellent exemple pour le reste du Pakistan ! »

    Le plan du Pendjab marque une étape dans la longue marche vers l’éradication de la poliomyélite et le renforcement des programmes de vaccination systématique. Le Dr Saif, M. Akhtar et le Dr Asif pensent tous les trois que le plan pourrait fonctionner dans les autres provinces parce que, selon le Dr Asif, il « permet d’apporter les vaccins au seuil de la porte de chaque enfant. »

  • TAUX MONDIAUX DE COUVERTURE VACCINALE :
    LES TROIS GRANDS PAYS

    Alors que Gavi concentre ses efforts de plus en plus sur l’augmentation de la couverture vaccinale et de l’équité, il est important de souligner que l’atteinte des objectifs au niveau mondial dépend essentiellement de ce qui se passe dans trois grands pays très peuplés.

     

    INDE

    En 2014, l’Inde a accéléré l’adoption du vaccin pentavalent au niveau fédéral, avec l‘introduction du vaccin dans 12 États supplémentaires avec l’aide de Gavi. À eux seuls, ces États représentent 50% de la cohorte de naissances de l’Inde - qui est de 25,5 millions -, et 15 États, qui représentent 35% de la cohorte nationale des naissances, devraient achever l’introduction du vaccin au début de l’année 2016. Le gouvernement prendra en charge le coût du vaccin pentavalent à partir de 2016. Depuis 2010, l’Inde a augmenté la couverture du DTC3, qui est passée de 79% à 83%. Le passage au vaccin pentavalent permettra en outre d’assurer une protection contre l’hépatite B et les infections à Hib.

    INDONÉSIE

    L’Indonésie a achevé l’introduction du vaccin pentavalent dans les 6 000 îles du pays en moins de deux ans – moins de la moitié du temps qui a été nécessaire pour introduire le vaccin tétravalent (DTC et hépatite B). La couverture du DTC3 a néanmoins diminué, et se situe à 78% en 2014. Le programme national de vaccination a également notifié une rupture de stock de quatre mois au premier semestre de l’année, ce qui souligne combien les problèmes d’approvisionnement et la situation géographique peuvent avoir un impact important sur la capacité des grands pays à obtenir et maintenir une couverture vaccinale élevée.

    NIGÉRIA

    Après être tombée à 42% en 2012, la couverture vaccinale du Nigéria pour une troisième dose de vaccin contenant le DTC est remontée à 66% en 2014 – niveau encore jamais atteint. Alors qu’il est un des pays les plus riches d’Afrique, le Nigéria a le plus grand nombre de décès par maladies évitables par la vaccination du continent. En 2014 cependant, le gouvernement, avec le soutien de Gavi, a renforcé ses programmes de vaccination systématique en améliorant l’infrastructure de la chaîne d’approvisionnement en vaccins historiquement médiocre. Cela incluait l’achat et l’installation de plus de 1 500 réfrigérateurs et congélateurs solaires.

  • DERNIÈRES NOUVELLES DE L’AFAR :
    LES DIRIGEANTS ISLAMIQUES DÉFENSEURS DE LA VACCINATION

    Les Imams de l’une des régions les plus reculées d’Ethiopie aident à lever les obstacles culturels et géographiques à la vaccination.

    Une salle d’attente pleine à craquer de femmes et d’enfants qui attendent leur tour pour la vaccination systématique, c’est un tableau relativement courant dans beaucoup de communautés rurales en Afrique. Mais en Éthiopie, dans la région de l’Afar, où les familles se déplacent sans arrêt à la recherche d’eau et de pâturages pour leur bétail, ce sont plutôt les agents de santé qui doivent aller chercher les patients.

    La situation géographique n’est qu’une barrière parmi de nombreuses autres qui empêche d’augmenter les taux de couverture vaccinale dans une région où moins d’un quart des enfants reçoit l’ensemble des vaccins fondamentaux. Même lorsque les agents de santé vont à la rencontre des communautés nomades, il leur faut vaincre la peur et la méfiance des gens vis-à-vis des vaccins, profondément enracinées. Une infirmière

    a raconté qu’elle avait été menacée par un père en colère parce qu’elle avait approché son enfant pour un contrôle dans le cadre de la vaccination systématique.

    Pourtant, les enfants de l’Afar ne peuvent pas se permettre de se passer de la protection des vaccins. Dans cette région, quand un enfant tombe malade, il faut parcourir des distances considérables pour recevoir le moindre traitement, même le plus basique.

    Reconnaissant la nécessité d’un changement fondamental dans les opinions et croyances de la communauté, le Bureau sanitaire régional de l’Afar s’est tourné vers les chefs religieux influents tels que Cheikh Mussa Mohammed, musulman très respecté et directeur adjoint du Bureau régional des affaires islamiques.

    Avec le soutien de PATH et de Gavi, le Bureau sanitaire et le Bureau des affaires islamiques ont invité plus de 40 imams à participer à un atelier de sensibilisation à la vaccination et à préparer des plans sur la façon de faire passer le message sur l’importance de la vaccination des enfants. Cheikh Mussa a cité un passage de Réflexions de l’Islam dans le Coran sur le soin et la protection des enfants (Reflection of Islam in the Quran on Child Care and Protection) qui enseigne aux musulmans que c’est leur devoir religieux de protéger les enfants de la maladie, dont les maladies à prévention vaccinale.

    D’autres ateliers ont par la suite réuni plus de 100 imams de tout l’Afar et ont été suivis d’une large diffusion des messages de vaccination dans les mosquées durant les prières du vendredi et à l’occasion d’évènements religieux. Lors du Nika –cérémonie des vœux de mariage – les imams appellent souvent les couples à vacciner leurs futurs enfants.

    Un an après les premiers rapprochements avec la communauté musulmane, Ibrahim Gudelle, chef l’Unité de santé maternelle et infantile au Bureau régional de la santé de l’Afar a déjà noté une augmentation des taux de vaccination.

    Suite au succès de son projet pilote initial dans l’ Afar, le Bureau régional de la santé étend son partenariat avec PATH et Gavi et ranime les comités de mobilisation sociale dans toute la région. Créés initialement il y a plusieurs années, les comités sont composés de membres respectés de la communauté dont des administrateurs, des chefs claniques et religieux, des groupes de femmes et des autorités des domaines de la santé et de l’éducation.

    « J’ai le plaisir de vous informer que nous avons eu de nombreux succès, particulièrement dans l’augmentation de la couverture vaccinale avec les vaccins pédiatriques fondamentaux dans notre région. C’est le résultat de l’implication des chefs islamiques, » conclut Mr Gudelle.

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