• La pérennisation au niveau mondial

    Le cheminement vers l’autosuffisance : points de vue des représentants du Sri Lanka, du Honduras et de l’Angola

    Les représentants de trois ministères de la santé partagent leurs expériences durement acquises sur ce qu’il faut pour s’affranchir du soutien de Gavi.

    Au début de 2016, quatre pays se sont affranchis du soutien de Gavi. Pour chacun de ces pays, ce jalon historique a marqué la fin d’une longue route vers l’autofinancement intégral de leurs vaccins et le maintien de leurs propres programmes de vaccination. Mais cela a également marqué le début d’un autre cheminement encore plus difficile pour notre Alliance.

    Avec 20 pays en transition qui devraient devenir autonomes vers 2020, le modèle économique de Gavi se trouve désormais confronté au plus grand test de son histoire.

    Les exemples du Bhoutan, du Honduras, de la Mongolie et du Sri Lanka montrent que le modèle fonctionne tant que les pays élaborent des plans en amont, mobilisent efficacement la volonté politique et travaillent en étroite collaboration avec Gavi dès le début. Mais certains pays en transition, comme l’Angola, sont confrontés à des défis considérables. Pour ces pays, les conseils prodigués par Gavi sont particulièrement importants.

    Nous avons invité la Dre Yolani Batres, Secrétaire d’État à la Santé du Honduras, la Dre Deepa Gamage, Consultante en épidémiologie médicale au ministère de la Santé du Sri Lanka, et le Dr Luis Sambo, Ministre de la Santé d’Angola, à partager leurs expériences sur les écueils qui guettent les pays sur la voie de la transition au cours des prochaines années.

    • Dre Yolani Batres
      Secrétaire d’État, Bureau de la santé, Honduras

    • Dre Deepa Gamage
      Ministère de la santé, Sri Lanka

    • Dr Luis Sambo
      Ministre de la santé, Angola

    Dre Batres, Dre Gamage, pourriez-vous nous dire comment le Honduras et le Sri Lanka s’en sont sortis après le retrait du financement de Gavi ?

    Dre Yolani Batres : 2016 a été une très bonne année pour la vaccination au Honduras. La couverture a été supérieure à 95%, même dans les municipalités qui avaient des taux en baisse en 2015. Nous avons payé 99% des vaccins sur notre propre budget. Gavi a financé l’introduction du vaccin polio inactivé (VPI) et 50% du coût de l’introduction du vaccin contre le virus du papillome humain (VPH). En 2017, nous financerons à 100% le vaccin contre le VPH. L’année dernière, l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) a en outre confirmé que nous avions éliminé la rougeole.

    Dre Deepa Gamage : Le Sri Lanka était en bonne position à la fin de l’année 2016. Nous n’avons pas rencontré de problèmes particuliers. Nous avons acheté nous-mêmes tous nos vaccins, à l’exception du pentavalent.

    Dr Sambo, où en était l’Angola par rapport au processus de transition ?

    Dr Luis Sambo : L’Angola était en phase de transition accélérée – la phase finale avant le retrait du soutien de Gavi, prévu pour 2018. Nous avons été confrontés à un certain nombre de défis. Le prix du pétrole s’est effondré, ce qui a réduit le revenu national et le montant des fonds publics disponibles. Nous avons malgré tout dû financer l’introduction de nouveaux vaccins, renforcer les ressources humaines et améliorer l’efficacité de notre gestion de la vaccination. L’épidémie de fièvre jaune a affecté nos progrès mais, comme nous avions commencé à nous préparer à la transition dès 2013, cela n’a pas trop ralenti notre rythme.

    Dr Sambo, vous avez réglé tous les arriérés de cofinancement de l’Angola de 2015 et payé d’avance pour 2016 et 2017. Pourquoi ?

    LS : Parce que je sais que la vaccination est une intervention de santé publique rentable qui est facile à administrer. Je la considère comme le fer de lance de l’expansion de l’ensemble de notre réseau de santé publique et de l’augmentation du nombre de centres de santé.

    Quels ont été ou quels sont les défis les plus importants pour vos pays respectifs en matière de vaccination ?

    YB : Pour nous, le plus difficile a été d’atteindre et de maintenir le niveau de couverture le plus élevé possible. Nous avons également dû négocier avec Gavi pour continuer à bénéficier du même prix pour les vaccins et avoir la possibilité d’introduire de nouveaux vaccins avec le soutien de l’Alliance. Nous avons surmonté ces difficultés en travaillant dur, en partenariat avec Gavi.

    DG : Pour être franche, nous n’avons pas rencontré de problèmes particuliers. Nous n’avons pas eu à affronter de réticence importante de la part de la population à vacciner. Nous avons continué à mettre en place de nouvelles technologies pour la chaîne du froid.

    LS : Nous avons continué à travailler au renforcement du système de vaccination de notre pays et à la mise en place d’une réforme de la santé. Cela permettra d’assurer, entre autres, le financement des vaccins et autres produits essentiels, d’améliorer l’intégration de notre système logistique et de renforcer la saisie et la qualité des données. Nous ouvrons de nouveaux postes de santé à travers tout le pays et je voudrais que chaque poste soit en mesure de fournir des services de vaccination, avec tout le personnel de santé formé pour administrer les vaccins.

    Comment Gavi vous a-t-elle aidée à relever ces défis ?

    DG: Gavi a couvert 50% du coût de l’introduction du vaccin contre le VPH en 2016 et fourni une subvention pour l’introduction du vaccin. Pour s’assurer que l’approvisionnement en VPI continue malgré la pénurie, Gavi nous a aidés à introduire l’utilisation de doses fractionnées.

    YB : Le Honduras a adopté en 2013 une loi qui garantit d’une part la gratuité des vaccins pour toute la population et d’autre part un financement suffisant pour maintenir l’approvisionnement en vaccins. Gavi nous a aidés pour la rédaction du projet de loi et a fourni un excellent support technique. Cette loi est aujourd’hui essentielle pour notre travail.

    LS : Outre les conseils qu’elle nous fournit, Gavi nous a accordé une subvention au titre du renforcement du système de santé, subvention qui nous aide à développer notre réseau de postes fixes de vaccination, à remplacer les équipements obsolètes et à acquérir des chambres froides et des systèmes de contrôle continu de la température. Cette subvention nous aide aussi à former des cadres intermédiaires et du personnel de santé de première ligne. Nous avons également été en mesure d’augmenter notre flotte de véhicules. La subvention nous aide aussi à améliorer la qualité et l’utilisation des données.

    Quels conseils donneriez-vous aux pays en transition qui vont devoir se passer de l’aide de Gavi ?

    LS : Je leurs dirais qu’il leur faut assumer durablement le financement de la vaccination, malgré la concurrence d’autres programmes de santé. Il faut aussi qu’ils remplacent le soutien de Gavi par leurs propres ressources nationales et celles d’autres partenaires.

    YB : Je leur dirais de faire équipe avec Gavi. N’essayez pas de tout faire par vous-mêmes. Dans la période précédant le retrait du financement de Gavi, l’équipe technique de Gavi est venue au Honduras et nous nous sommes assis autour d’une table et avons établi des plans ensemble. Gavi nous a aidés à voir la réalité de notre situation et à identifier nos besoins réels. D’après notre expérience, lorsqu’un pays est en transition, il faut absolument qu’il gère correctement les fonds et qu’il bénéficie du soutien technique adéquat. C’est ce que Gavi nous a offert et c’était inestimable.

    DG : Le Sri Lanka a toujours eu la volonté de s’approprier durablement son programme national de vaccination et d’éviter de trop dépendre de soutiens extérieurs, même si nous avons dû nous y résoudre quand c’était nécessaire. Je recommanderais au pays de fonder leurs décisions sur les données factuelles recueillies dans leur propre pays.

    Comment voyez-vous l’avenir immédiat de votre pays et de la vaccination, et quel est le rôle de Gavi ?

    DG : Nous continuerons de maintenir les niveaux élevés de couverture vaccinale et d’équité que nous avons atteints. En même temps, nous allons nous occuper de l’introduction du vaccin contre le VPH.

    YB : La population du Honduras a confiance en notre programme de vaccination, car il est très efficace. Nous avons le budget nécessaire pour maintenir les vaccins dans le programme. Mais nous voulons toujours garder une fenêtre ouverte pour introduire de nouveaux vaccins à l’avenir, par exemple, contre le virus Zika et le paludisme, qui font beaucoup de dégâts au Honduras. En étant partenaires de Gavi, nous pourrons acheter de nouveaux vaccins.

    L’une des choses que j’apprécie le plus chez Gavi, c’est sa capacité à écouter le point de vue des pays en développement. Pour nous, il ne s’agit pas uniquement de recevoir des fonds. Et, avec sa politique concernant les situations de fragilité, en particulier dans les pays en développement, Gavi construit un nouveau programme qui nous donne beaucoup d’espoir pour l’avenir. Vraiment, la relation entre le Honduras et Gavi ne pourrait pas être meilleure.

    LS : Nos priorités immédiates sont le financement de la vaccination dans une perspective à long terme et le renforcement des équipes de santé dans tout le pays. Cela représente un réel défi, compte tenu de notre crise financière et du déficit du budget de la santé. Gavi suit nos progrès vers notre émancipation et s’assure que ce que nous faisons correspond à ce que nous devrions faire.

    Nous allons continuer à travailler avec Gavi pour déterminer ce qu’il convient de faire pour que notre programme de vaccination perdure après le retrait de son soutien. Quoi qu’il arrive, nous sommes décidés à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour accroître et maintenir la couverture vaccinale et l’équité en Angola.

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    Les marchés mondiaux

    Quand la perturbation des marchés devient une force bénéfique

    La perturbation des marchés défaillants peut remettre en question les anciennes présomptions et faire émerger de nouvelles solutions.

    Gavi a été créée pour résoudre un problème apparemment insoluble : comment réagir face aux défaillances du marché qui ont conduit à la stagnation des taux de vaccination dans le monde. Depuis sa création, Gavi et ses partenaires des secteurs public et privé ont réussi à réduire considérablement le prix de plusieurs vaccins et à sécuriser l’approvisionnement pour les pays en développement.

    En 2016, Gavi a commencé à appliquer la même approche aux systèmes de distribution des vaccins. Nous avons commencé par lancer la plateforme d’optimisation des équipements de la chaîne du froid (ECF), pour stimuler le développement et la production d’équipements innovants pour la chaîne du froid, destinés aux pays en développement. Nous ne nous sommes pas arrêtés là.

    Avec nos objectifs de 2020 au premier rang de nos préoccupations, l’Alliance entend perturber de nouveaux marchés. Au cours des 12 derniers mois, nous avons noué des partenariats avec des entreprises de toutes tailles. Chacune développe une gamme de produits innovants, allant des drones aux dispositifs d’agrégation des données, qui pourraient aider à lever les obstacles à la couverture vaccinale universelle.

    1. Faire décoller la demande

    Les parents feront plus volontiers vacciner leurs enfants s’ils ont conscience des bienfaits de la vaccination. C’est pourquoi Gavi s’est associée à des entreprises et des fondations pour mettre à profit leur expérience en marketing social et stimuler la demande de vaccination dans les marchés frontaliersa et émergents.

    Pour citer un exemple, Unilever et Gavi se sont associés pour promouvoir conjointement la vaccination et le lavage des mains au savon – deux des moyens ayant le meilleur rapport coût-efficacité pour prévenir la diarrhée et la pneumonie. S’appuyant sur l’expérience d’Unilever pour promouvoir le savon Lifebuoy, le projet utilisera les outils du 21e siècle pour augmenter la couverture vaccinale et sauver la vie des enfants.

    Il est possible également de promouvoir les vaccins en synergie avec des marchés ou des services qui ne font pas partie du secteur de la santé, comme l’éducation. Sachant qu’il existe une corrélation forte entre les taux de vaccination et l’accès à l’éducation, nous avons entamé un partenariat avec la Fondation Education Above All (EAA) du Qatar. Gavi s’appuiera sur les ressources et les partenaires de la Fondation EAA à travers l’Asie et l’Afrique pour venir en aide aux communautés ayant des taux de scolarisation et de vaccination faibles.

    Cette initiative est la première du genre et va dans le sens de deux des objectifs de développement durable (ODD) de l’Organisation des Nations Unies : Permettre à tous de vivre en bonne santé (ODD 3) et assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité (ODD 4). C’est aussi un exemple de l’ODD 17, qui souligne la nécessité de partenariats intersectoriels pour parvenir à un développement durable.

    2. Créer un marché pour l’innovation

    L’insuffisance des infrastructures représente l’un des plus grands problèmes auxquels sont confrontés les systèmes de distribution des vaccins dans les pays en développement. La chaîne d’approvisionnement, c’est-à-dire l’acheminement des vaccins depuis les dépôts centraux jusqu’aux centres de santé primaire, repose toujours sur des réfrigérateurs, des générateurs et autres technologies qui, la plupart du temps, datent de plusieurs dizaines d’années. Cela peut ralentir ou même bloquer complètement la distribution des vaccins essentiels. Il existe de nombreuses solutions potentielles, mais les conditions du marché ne sont pas favorables à leur développement à grande échelle. Les entreprises qui ont mis au point ces nouvelles technologies ont souvent du mal à obtenir le financement nécessaire pour se développer, tandis que les gouvernements ont du mal à choisir les solutions les plus appropriées et les plus rentables.

    En 2016, Gavi a cherché à remédier à cette défaillance du marché en créant une nouvelle plateforme appelée Innovations en faveur de l’utilisation, de l’expansion et de l’équité de la vaccination (Innovation for Uptake, Scale and Equity in Immunization) ou INFUSE en abrégé.

    Lancée lors de la réunion du Forum économique mondial de 2016 à Davos, l’initiative INFUSE identifie des innovations éprouvées qui pourraient améliorer la distribution des vaccins dans les pays en développement. Elle leur « infuse » ensuite des capitaux et des compétences pour les aider à se développer dans les pays soutenus par Gavi, créant ainsi un nouveau marché pour des solutions innovantes dans les pays qui en ont le plus besoin.

    Au cours de sa première année d’existence, un panel d’experts de haut niveau, composé de chefs d’entreprise, de pionniers de la technologie, d’investisseurs et de spécialistes mondiaux de la vaccination, a sélectionné sept des innovations les plus prometteuses. Gavi aidera à accélérer leur introduction dans les marchés émergents et en développement. Tous les « projets phares » de 2016 permettront d’améliorer la disponibilité des données, leur qualité et leur utilisation. Appliqués à grande échelle, chacun aura un impact considérable sur la distribution des vaccins.

    3. Pénétrer de nouveaux marchés

    Dans le but d’ouvrir de nouveaux marchés, Gavi a travaillé en étroite collaboration avec des gouvernements, des entreprises et des organisations situées au Moyen-Orient et en Chine.

    Suite à la participation financière d’Alwaleed Philanthropies (AP) basée en Arabie Saoudite, Gavi a renforcé sa présence au Moyen-Orient. En 2016, AP a engagé plus d’un million de dollars US – montant qui a été multiplié par deux par la Fondation Bill & Melinda Gates – pour financer des programmes de vaccination tout au long de la période stratégique 2016–2020. Les programmes soutenus par Gavi font partie des milliers de projets dans plus de 90 pays soutenus par AP au cours des 35 dernières années.

    a – On appelle marchés frontaliers des marchés de petite envergure, plus importants que ceux des pays en développement, mais trop petits pour être généralement considérés comme des marchés émergents.

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    Les marchés mondiaux

    Des bonds technologiques pour franchir le “dernier kilomètre” des systèmes de distribution

    Au Rwanda, la longue saison des pluies emporte souvent de vastes portions de route, privant les centres de santé éloignés des vaccins et autres fournitures médicales essentielles. Dans les situations d’urgence médicale extrême où le temps presse, le manque de médicaments de base et de sang pour les transfusions peut faire basculer de la vie à la mort. Cet état de choses est commun dans le monde en développement, où ce sont généralement les derniers kilomètres jusqu’au dispensaire qui sont les plus longs et les plus difficiles à couvrir.

    Pour surmonter ces obstacles et « sauter par-dessus le dernier kilomètre » de la chaîne d’approvisionnement, le gouvernement rwandais s’est tourné vers la toute nouvelle technologie des drones, mise au point par la société de robotique californienne Zipline. Zipline assure le transport d’urgence du sang destiné aux femmes souffrant d’hémorragie du postpartum. Le nouveau service devrait réduire à quelques minutes les délais moyens de livraison, qui se comptaient jusqu’ici en heures.

    C’est Gavi qui a jeté les bases de ce partenariat, son rôle consistant d’une part à faciliter la collaboration entre le gouvernement et le secteur privé et d’autre part à obtenir des financements de la Fondation United Parcel Service (UPS). UPS a fourni une subvention de 1,1 million de dollars US pour la mise en place du projet et a mis son expertise logistique au service du déploiement de Zipline au Rwanda. En collaboration avec le gouvernement, Gavi étudie maintenant la possibilité d’utiliser les drones de Zipline pour transporter des vaccins.

    Cette initiative illustre la façon dont notre Alliance tire profit des capacités d’innovation et de l’expertise du secteur privé pour améliorer la vaccination. En faisant appel à l’expertise logistique d’UPS, à la mobilisation du gouvernement rwandais et à la technologie de pointe de Zipline, Gavi a peut-être trouvé le moyen d’éliminer le problème critique du dernier kilomètre, dernière étape, la plus difficile, de la chaîne d’approvisionnement. La transformation du marché de la livraison des produits médicaux pourrait être la clé qui ouvre la voie menant aux enfants jusqu’ici trop difficiles à atteindre.

  • L’égalité au niveau mondial

    Les collaborations au sein des communautés aident à prévenir le cancer du col de l’utérus

    La vaccination systématique avec le vaccin contre le VPH protège la santé des femmes et des jeunes filles.

    Les hommes et les femmes ne sont pas toujours égaux face aux maladies infectieuses. Un virus en particulier a un impact disproportionné sur la santé des femmes et des jeunes filles dans le monde – le virus du papillome humain (VPH).

    Bien que ce virus infecte les hommes aussi bien que les femmes, ce sont les femmes qui en subissent les conséquences les plus graves. Le VPH est la principale cause du cancer du col de l’utérus, qui tue actuellement 266 000 femmes chaque année. Plus grave, les taux de mortalité sont en augmentation, et si rien n’est fait, le cancer du col de l’utérus risque de faire encore plus de victimes que les accouchements.

    La grande majorité des femmes atteintes (85%) vivent dans des pays à faible revenu où l’accès au dépistage et au traitement est limité. Avec des taux de morbidité et de mortalité aussi élevés chez les femmes, ce sont des communautés entières qui sont atteintes, avec des enfants privés de leur mère et des familles amputées de leur principal soutien.

    « Ces femmes meurent toutes seules – voilà la réalité », explique le professeur Mamadou Diop, oncologue et directeur de l’Institut Curie de Dakar, au Sénégal, pays au 15e rang mondial pour l’incidence du cancer du col de l’utérus. « Ce sont en fait des femmes très actives, qui ont des enfants à élever, une maison à gérer et qui sont les piliers de leur famille et de leur communauté. »

    Jusqu’à 90% des cas de cancer du col de l’utérus peuvent être évités avec le vaccin contre le VPH, administré aux filles âgées de 8 à 14 ans. Mais dans les pays en développement, il n’est pas facile d’atteindre cette population cible pour la vacciner. Les services de santé ne s’adressent généralement pas aux adolescentes et ces dernières ne vont pas toutes à l’école. De plus, beaucoup de femmes, et même, dans certaines régions, des communautés entières ne réalisent pas l’importance du vaccin contre le VPH.

    Face à ces obstacles à la vaccination, il est nécessaire de communiquer et de collaborer avec tous les secteurs et dans tous les recoins de la communauté si l’on veut que la promesse de prévention vaccinale du cancer s’accomplisse.

    Lorsque Gavi a approuvé le projet pilote de vaccination contre le VPH au Sénégal en 2014, les ministères de la Santé et de l’Éducation ont uni leurs forces pour sensibiliser différents publics au cancer du col de l’utérus, au vaccin et à ses avantages. Dans les deux districts participant au projet pilote, Dakar Ouest et la zone rurale de Méckhé, située à une centaine de km, des enseignants ont été formés aux côtés des agents de santé.

    « Nous avons beaucoup communiqué à ce sujet avant même le début du projet » explique Mame Parie Diop, responsable de l’éducation sanitaire au centre de santé de Méckhé. « Nous avons réuni les chefs religieux locaux non seulement pour leur présenter le projet pilote de vaccination contre le VPH, mais aussi pour les informer sur la maladie et l’importance de sa prévention. » Le lancement du projet s’est transformé en un exercice de communication visant à instaurer la confiance, avec la participation des filles des médecins, des infirmières et des enseignants, et aussi celles des chefs religieux et communautaires : ces filles ont été vaccinées publiquement face à tout le district.

    Il n’y a pas eu de répit, même après le début du projet. Avec le soutien du ministère de la Santé, les messages ont été relayés par les chefs communautaires, par deux chaînes de radio et de télévision locales, par des affiches et des T-shirts. Dans de nombreuses communautés, les maladies sexuellement transmissibles peuvent constituer un sujet sensible, c’est pourquoi il est essentiel de commencer par informer que le vaccin contre le VPH protège contre le cancer. « La communication posait un véritable défi, il nous fallait anticiper et arrêter les rumeurs avant qu’elles n’aient le temps de se propager », ajoute Mame.

    Ce qui a aussi joué un rôle critique pour le programme, c’est que cette information a également été véhiculée par des personnes telles que Oumi Thioune, directrice de l’école élémentaire Elhadji Ndiayar Ndiaye à Méckhé. Pour elle, les raisons de s’impliquer étaient évidentes : « Toutes les femmes au Sénégal savent que le cancer du col de l’utérus est grave. Tout le monde en a entendu parler », affirme-t-elle.

    Dans chaque école, francophone ou religieuse (Daara), un enseignant formé spécialement a exposé l’intérêt du vaccin aux autres enseignants, aux parents et aux élèves. Souvent, ces enseignants se sont préoccupés de compter les filles qui devaient se faire vacciner contre le VPH et ont veillé à ce qu’elles reçoivent bien leur injection le jour de la vaccination. « Une fois que nous avons été informés par le médecin et son équipe locale, nous avons impliqué les parents, nous les avons sensibilisés, nous avons compté les filles en âge d’être vaccinées », raconte Oumi. « Et pour chaque injection, je me suis occupée personnellement des filles. »

    La campagne d’information du Sénégal a également ciblé la communauté au sens large ; les intervenants et les chefs religieux locaux ont été sollicités pour aider à identifier toutes les filles éligibles à la vaccination contre le VPH. Cela était particulièrement important dans la région rurale de Méckhé, où une forte proportion de filles ne va pas à l’école. Les réseaux communautaires ont aidé les agents de santé à identifier les filles qui risquaient de ne pas recevoir leur deuxième dose de vaccin contre le VPH. « Nous avons fait de notre mieux pour faire participer tout le monde à la vaccination, et cela a fonctionné », explique Ibrahima Mbaye, responsable du Programme élargi de vaccination (PEV) à Méckhé.

    Dans le district urbain de Dakar Ouest, Dioma Mbengue est infirmière et responsable des vaccinations au centre de santé Philippe Senghor. Elle a joué un rôle essentiel dans la communication avec les parents des jeunes filles, les aidant à comprendre ce qui était en jeu. « Nous avons expliqué aux parents que c’est un vaccin qui protège contre le cancer du col de l’utérus, une maladie très dangereuse », dit-elle. « Les parents l’ont accepté. Si vous parlez du cancer du col de l’utérus, les gens ont peur. »

    De sa clinique de Dakar, le Professeur Diop explique qu’ils ont de bonnes raisons d’avoir peur. Beaucoup de femmes ont du mal à payer le traitement du cancer du col de l’utérus et se tournent alors vers la médecine traditionnelle qui est inefficace. « Ce cancer peut être évité grâce à la vaccination et au dépistage. Pour moi, ce doit être une priorité nationale », ajoute-t-il pour conclure.

    Hélas, à ce jour, peu de pays sont passés du projet pilote à l’introduction du vaccin au niveau national. L’objectif de vacciner dans le monde 30 millions de filles contre l’infection à VPH d’ici 2020 est compromis. C’est pourquoi, en 2016, Gavi a pris des mesures pour inciter davantage de gouvernements à ajouter la vaccination contre le VPH à leurs programmes de routine.

    Suite à une recommandation du Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) sur la vaccination de l’OMS, Gavi ne demande plus aux pays de réaliser des études pilotes avant de déposer une demande de soutien pour l’introduction du vaccin au niveau national. Gavi financera également la vaccination des filles appartenant à différentes catégories d’âge situées entre 8 et 14 ans, dans le but de vacciner rapidement un plus grand nombre de sujets contre le VPH.

    « La vaccination est tellement importante, nous aimerions qu’il y ait du vaccin pour toutes les femmes du Sénégal, pour toutes les femmes dans le monde », insiste Oumi Thioune.

    L’introduction nationale du vaccin est prévue d’ici la fin de l’année 2017 ; les autres pays auraient tout intérêt à profiter de l’expérience du Sénégal et à s’assurer que le vaccin contre le VPH reçoit la publicité qu’il mérite. Grâce aux efforts de Dioma, d’Oumi, de Mame et d’autres encore, de plus en plus de femmes sénégalaises réclament maintenant le vaccin pour protéger leurs filles d’un cancer qui pourrait briser leur avenir. Pour Ibrahima Mbaye, responsable du PEV à Méckhé, il ne s’agit pas seulement de bâtir une société en meilleure santé. Il s’agit de protéger ceux qui nous sont chers. « Nous sommes fiers que ce soient nos familles, nos soeurs, nos nièces qui en profitent », ajoute-t-il. « Cela me touche personnellement. »

  • L’égalité au niveau mondial

    Lancement des soins de santé intégrés au Togo

    Le Togo utilise la vaccination contre le VPH pour fournir des soins de santé intégrés aux jeunes filles, soins qui pourraient améliorer leurs chances de réussite dans la vie.

    À l’échelle mondiale, les programmes de vaccination atteignent environ 100 millions de personnes chaque année – plus que toute autre intervention assurée par les systèmes de santé nationaux.

    Dans de nombreux pays à faible revenu, l’administration du vaccin anti- VPH aux jeunes adolescentes représente une occasion unique de leur fournir des informations précieuses sur la santé, non seulement en ce qui concerne la prévention de la propagation du VPH mais aussi à propos de la protection contre les autres maladies infectieuses.

    Au cours des deux dernières années, le Togo a mené des projets pilotes de vaccination contre le VPH dans deux districts, en bénéficiant des conseils des partenaires de Gavi, notamment du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), de l’UNICEF et de l’OMS. En partenariat avec le ministère de l’Éducation, les vaccinateurs ont non seulement vacciné les filles contre le cancer du col de l’utérus, mais ils ont également travaillé main dans la main avec les enseignants pour éduquer les adolescentes sur la santé. Avant l’administration du vaccin, les filles ont reçu pendant une heure des informations sur la puberté, la santé menstruelle et l’importance du lavage des mains.

    A travers de ces projets pilotes d’éducation sanitaire, le Togo et les partenaires de Gavi ont pu tirer de précieux enseignements sur la meilleure façon d’administrer le vaccin anti-VPH et d’offrir des services de santé aux adolescents au niveau national. « C’est une excellente étude de cas », reconnaît Danielle Engel, spécialiste de la santé des adolescents pour le FNUAP. « C’est l’illustration de l’importance du soutien des partenaires dans la mise en oeuvre de tels projets. C’est également la preuve que si les bonnes décisions sont prises au bon moment, il est vraiment possible d’aider les pays à mettre en pratique le concept de soins de santé intégrés. »

    Le Togo est actuellement en train d’élaborer des programmes éducatifs qu’il adapte à partir des matériaux développés et testés dans les pays voisins. « Nous aimerions que les filles et les garçons soient non seulement les destinataires des messages clés, mais aussi les agents de leur propre santé », explique Danielle.

    Alors que ce pays d’Afrique de l’Ouest qui compte 7 millions d’habitants s’apprête à déployer le vaccin contre le VPH à l’échelle nationale, il va falloir traduire ces premiers succès en un modèle durable, applicable à 300 000 adolescentes chaque année, ce qui représente un véritable défi. S’il réussit, le Togo servira d’exemple montrant qu’il est possible d’utiliser les programmes de vaccination pour offrir des services de santé intégrés à des groupes d’âge généralement mal desservis.

  • Couverture vaccinale et équité au niveau mondial

    Les absents

    Il est nécessaire de faire des progrès dans la collecte des données, dans la technologie et la formation pour permettre à un plus grand nombre d’enfants d’avoir accès aux vaccins.

    Il peut s’avérer difficile de retrouver juste un enfant absent. On peut alors imaginer ce que cela représente de tenter de retrouver des millions d’enfants qui manquent à l’appel, surtout quand aucun dossier officiel ne peut témoigner de leur existence. C’est le défi auquel Gavi doit maintenant faire face si elle veut continuer à améliorer l’accès aux vaccinations des tout petits et des jeunes enfants les plus pauvres du monde.

    Depuis 2000, année de la création de notre Alliance, la couverture vaccinale de base a régulièrement augmenté. Néanmoins, dans les communautés difficiles à atteindre il existe encore de grandes poches où la couverture vaccinale est faible, problème souvent masqué par des moyennes nationales élevées. Tant que nous n’arriverons pas à trouver ces enfants et à leur administrer les vaccins qui peuvent leur sauver la vie, les progrès risquent de stagner, et les inégalités en matière de vaccination continueront à se creuser.

    C’est pourquoi les données constituent un axe majeur pour Gavi dans cette période stratégique. Pour améliorer à la fois la couverture vaccinale moyenne et l’équité en matière de vaccination, nous avons besoin de données précises et en temps réel sur le nombre de vaccins expédiés, stockés et administrés. Nous devons également mieux répertorier les endroits où vivent les gens et, au niveau le plus élémentaire, nous assurer qu’il existe des documents officiels où sont enregistrées toutes les naissances.

    Au niveau mondial, une naissance sur trois n’est pas enregistrée. Sans certificat de naissance, ces enfants risquent d’être oubliés des autorités et privés du droit d’accès aux services vitaux de santé et d’éducation.

    Laissés sans défense face aux maladies infectieuses et négligés de tous, ils peuvent être durablement impactés et mis à l’écart de la société.

    Certains des enfants non recensés et les plus difficiles à atteindre vivent dans des zones rurales reculées. Mais tout aussi nombreux sont les enfants « manquant à l’appel » et vulnérables résidant dans les bidonvilles qui ne cessent d’enfler un peu partout dans le monde. Les enfants y passent tout aussi inaperçus et échappent à la vaccination. Plus que jamais, nous avons besoin de données fiables pour savoir qui ils sont, où ils vivent et de quels soins ils ont besoin.

    Alors que 86% des enfants reçoivent maintenant l’ensemble des vaccins essentiels, notre Alliance identifie déjà les moyens qui lui permettront d’atteindre un grand nombre des millions d’enfants manquants.

    En faisant le meilleur usage de la technologie moderne, nos efforts pour soutenir la vaccination commencent à donner des résultats. Ce n’est pas un hasard si les enfants qui possèdent une carte de vaccination sont maintenant plus nombreux que ceux qui possèdent une carte d’identité.

    Au cours des dernières années, plusieurs pays ont adopté différentes approches novatrices pour mieux collecter les données essentielles sur la vaccination. Parmi ces nouvelles approches figurent l’utilisation des téléphones portables pour suivre le mouvement et la gestion des vaccins le long de la chaîne du froid, et l’analyse des données de géolocalisation obtenues par satellite pour identifier les communautés délaissées.

    L’expérience du Pakistan en particulier montre comment des systèmes de suivi et de surveillance efficaces peuvent remédier aux déficiences en matière d’équité, en augmentant considérablement la couverture vaccinale.

    Mais l’information doit circuler dans les deux sens. Nous devons innover pour améliorer la collecte d’informations sur la vaccination et nous devons trouver de nouvelles façons de parler à la population des bienfaits de la vaccination. Des individus, des familles ou même des communautés entières ignorent souvent l’impact positif des vaccins. Ce sont eux que nous devons cibler si nous voulons accroître la demande de vaccination et de services de santé connexes.

    Tout au long de l’année 2016, Gavi a soutenu des actions en ce sens. U-Report est une application textuelle automatisée de chatbot (robot conversationnel), développée par l’UNICEF pour les téléphones mobiles, qui recueille les commentaires de la communauté sur les campagnes de vaccination. D’après les données recueillies par l’application U-Report, l’utilisation de cette technologie a permis d’augmenter de 20% le taux de participation dans les centres de vaccination au Cameroun.

    Les données de U-Report ont également révélé que plus de la moitié des personnes interrogées au Cameroun ont entendu parler des campagnes de vaccination par des mobilisateurs communautaires chargés de promouvoir les avantages des vaccins dans leur quartier. Par comparaison, seulement 5% ont déclaré avoir obtenu leurs informations par les médias, canal traditionnel pour les activités de sensibilisation. Depuis lors, le gouvernement camerounais a concentré sur les mobilisateurs ses investissements en éducation pour la santé. Le système U-Report est maintenant utilisé dans 36 pays.

    Gavi travaille également en étroite collaboration avec les pays pour éliminer les goulets d’étranglement et les lacunes des chaînes d’approvisionnement en vaccins. Cela consiste notamment à remplacer tout équipement défectueux ou sous-performant utilisé pour le stockage et le transport des vaccins.

    Haïti fait partie des nombreux pays soutenus par Gavi qui comptaient habituellement sur des réfrigérateurs fonctionnant au kérosène pour stocker les vaccins à la bonne température. Mais le tremblement de terre dévastateur de 2010 et l’ouragan Matthew de 2016 ont gravement endommagé le réseau électrique déjà peu performant et la sécurité vaccinale s’est trouvée prisonnière d’un marché des carburants turbulent, contrôlé par des bandes de criminels. Avec la collaboration des partenaires de l’Alliance, le gouvernement remplace maintenant ces réfrigérateurs par de nouveaux modèles fonctionnant à l’énergie solaire. De même, les problèmes d’approvisionnement en bouteilles de gaz obligeaient les responsables de la chaîne du froid de la République démocratique du Congo (RDC) à parcourir fréquemment de longues distances pour acheter du carburant pour leurs réfrigérateurs, en payant souvent de leur poche. Pour résoudre ce problème et améliorer la sécurité de la chaîne du froid à travers le pays, le gouvernement a fourni plus de 2 500 réfrigérateurs fonctionnant à l’énergie solaire.

    Fin 2016, Gavi avait également financé la construction de 26 nouveaux centres de santé primaire dans des zones précédemment mal desservies de la RDC, et 14 autres sont prévus pour 2017. Dans des endroits tels que Bokuda, dans la province du Sud-Ubangi, cela a permis non seulement de combler les trous de la couverture vaccinale, mais aussi de progresser vers l’objectif à long terme de couverture sanitaire universelle. Les centres de santé primaires constituent aussi une plateforme pour toute une gamme d’interventions sanitaires, telles que les soins prénatals, la nutrition maternelle et infantile, les services de santé infantile et de santé reproductive, le planning familial, ainsi que pour d’autres activités de conseil.

    Les équipements de pointe et les centres de santé primaires n’ont d’impact sur la couverture vaccinale et l’équité que si des personnes compétentes peuvent les faire fonctionner. À cette fin, des formations se mettent en place dans tous les pays soutenus par Gavi. L’inauguration récente du Centre régional d’excellence pour les vaccins, la vaccination et la gestion de la chaîne d’approvisionnement en santé, situé à l’Université du Rwanda à Kigali, représente un exemple innovant en matière de cours de formation. Son programme de formation stratégique pour les cadres (STEP – Strategic Training Executive Programme) rassemble des universités de cinq pays africains pour encadrer les gestionnaires de la chaîne d’approvisionnement.

    Toutes ces initiatives aident Gavi à éliminer les trous dans la couverture vaccinale et à remplacer les maillons manquants ou défectueux de la chaîne d’approvisionnement en vaccins, et à atteindre ainsi deux de ses objectifs, lesquels sont étroitement liés l’un à l’autre. Il ne suffit pas en effet de trouver les millions d’enfants qui manquent à l’appel. Une fois que nous les avons trouvés, il nous faut disposer des systèmes adéquats pour faire en sorte que chacun de ces enfants reçoive la totalité des vaccins qui lui manquaient.

  • Couverture vaccinale et équité au niveau mondial

    Vaccination dans les bidonvilles du Pakistan : l’histoire de deux mégapoles

    Lahore et Karachi sont les deux villes les plus grandes et les plus dynamiques du Pakistan, dont la population se compte par dizaines de millions. Pourtant, à Lahore, le nombre d’enfants vaccinés contre les maladies infectieuses est beaucoup plus élevé. Connaître les raisons de cette différence peut s’avérer salutaire.

    Lahore

    Depuis 1998, la population de Lahore a presque doublé. Malgré cela, la couverture par trois doses de vaccin diphtérie-tétanoscoqueluche (DTC3) est passée de 24% en 2014 à 76% en 2016. Fait unique au Pakistan, le tétanos a été éliminé dans la province du Pendjab dont Lahore est la capitale. La dernière épidémie de rougeole est survenue en 2013.

    Ces succès sont dus à une conjonction de facteurs parmi lesquels un leadership fort, des collaborations et des efforts concertés pour localiser les enfants non vaccinés. « Nous n’avons rien fait de révolutionnaire, nous avons simplement amélioré le suivi et la surveillance », déclare le Dr Munir Ahmed, responsable du Programme élargi de vaccination (PEV) pour la province du Pendjab et désigné par beaucoup comme l’artisan de l’amélioration impressionnante de la couverture vaccinale.

    « Nous avons bénéficié d’un soutien sans faille au plus haut niveau. Le Ministre en chef du Pendjab s’est complètement investi. Nous avons fourni des solutions informatiques et élaboré un tableau de bord de surveillance qui est à la disposition de tous les districts et tous les partenaires », confie le Dr Ahmed. Autre étape importante, les vaccinateurs communautaires et le personnel de communication engagé par l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) se sont mobilisés pour soutenir les efforts du PEV visant à atteindre les familles qui vivent dans les bidonvilles de Lahore et qui ne sont pas enregistrées. Fait important, la gestion du PEV et de l’IMEP a été confiée à une même équipe. « C’est notre force. Aucune autre province n’a été capable de le faire », ajoute-t-il.

    Ensemble, le PEV et l’IMEP établissent des cartes des bidonvilles de Lahore, ce qui permet de déceler les endroits où peuvent se trouver des enfants non vaccinés. Ils s’occupent également de doter en personnel les centres de vaccination communautaires et persuadent les parents hésitants que la vaccination systématique est bénéfique pour leurs enfants.

    Karachi

    La population de Karachi, à 1 000 km au sud-ouest de Lahore, a également connu une croissance rapide, gonflée par des migrants attirés par l’activité portuaire et la dynamique économique de la ville. La majorité d’entre eux se sont retrouvés dans des bidonvilles, dont la taille a doublé depuis 2000. En proie à la violence et à la criminalité, beaucoup de ces bidonvilles sont devenus des zones interdites aux agents de santé et aux organisations non gouvernementales (ONG) internationales.

    À Karachi, la conjonction des problèmes de sécurité et du manque de chiffres précis sur la population ont bloqué le taux de couverture du DTC3 à moins de 50%. Les vaccinateurs locaux ne sont présents que dans 125 des 986 bidonvilles de Karachi.

    « Tout le monde peut survivre à Karachi, il y a à manger pour tout le monde dans cette ville », affirme le Dr Muhammad Amjad Ansari, préposé provincial de l’UNICEF aux vaccinations. « Mais il n’y a aucun contrôle sur le nombre de personnes qui arrivent à Karachi. Personne ne connaît la population exacte ni la situation dans laquelle se trouvent ces personnes. Si vous ne connaissez pas la population, comment pouvezvous planifier des services comme la vaccination ? »

    Mais il y a un début de changement et l’équipe PEV de Karachi commence à être plus optimiste. Les difficultés rencontrées par les autorités locales dans le suivi des enfants non vaccinés vont pouvoir être surmontées grâce à un projet de cartographie des bidonvilles mené conjointement par CHIP, une organisation de la société civile locale et l’UNICEF, avec le soutien de Gavi et du PEV. L’approbation d’un nouveau financement à long terme de Gavi a également permis au gouvernement provincial de Sindh de doubler son investissement dans la vaccination de routine. Près de 200 employés supplémentaires ont déjà été embauchés et 1 000 vaccinateurs ont été demandés.

    Surtout, la nomination d’un nouveau directeur de projet du PEV, le Dr Agha Muhammad Ashfaq, est en train de créer une nouvelle dynamique qui ouvre la voie à l’amélioration du programme de vaccination systématique de la province.

    « Nous avons fait beaucoup au cours des deux dernières années », reconnaît le Dr Ashfaq. « Je crois que le prochain sondage montrera que la couverture du DTC3 est passée à 60%–65%. » C’est un progrès considérable, sachant que la couverture était de 45% en 2015.

    « La situation s’est beaucoup améliorée. Il y a eu de graves carences pendant beaucoup d’années, tant au niveau de la formation, que des activités de surveillance. Mais maintenant, grâce à Gavi et à l’excellente équipe de l’UNICEF ici présente, nous pouvons non seulement nous remettre debout, mais commencer à courir, » conclut-il.

  • Sécurité sanitaire mondiale

    Le risque croissant d’épidémies

    Les événements de 2016 soulignent la nécessité d’une action internationale pour lutter contre les risques nouveaux et émergents de maladies infectieuses.

    En février 2016, le monde a été confronté à une nouvelle crise sanitaire. Le virus Zika, déjà implanté au Brésil, a montré des signes de propagation vers de nouveaux continents. Plus inquiétant, le virus, dont on pensait auparavant qu’il ne causait que peu ou pas de symptômes, était à l’origine de milliers de cas de malformations congénitales ou de lésions nerveuses chez les nouveau-nés.

    Cette urgence de santé publique inattendue a suivi l’épidémie dévastatrice de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, la plus importante de l’histoire. Entre 2014 et 2016, cette épidémie a tué plus de 11 000 personnes et en a infecté plus de 28 000.

    Comme chacune de ces maladies s’est manifestée avec des comportements nouveaux, soit dans la façon de se propager soit dans la façon d’affecter la population, la communauté mondiale de la santé a été prise au dépourvu.

    Jusqu’ici, le virus Zika était considéré comme la cause d’une maladie asymptomatique ou pseudo-grippale relativement bénigne. L’épidémie du Brésil a changé cette perception au vu des preuves grandissantes d’un lien entre l’expansion de l’infection et un pic soudain du nombre d’enfants nés avec des têtes anormalement petites, syndrome connu sous le nom de microcéphalie. Le virus est transmis par le moustique Aedes aegypti, mais les scientifiques craignent qu’il ne se transmette aussi sexuellement.

    De même, pendant des décennies, la maladie à virus Ebola est restée confinée à de petites épidémies dans des régions rurales reculées et relativement peu peuplées d’Afrique, moyennant quoi elle avait un impact relativement faible. Les épidémies précédentes avaient été tellement agressives qu’elles immobilisaient et tuaient leurs victimes avant que le virus ne puisse se transmettre. Mais fin 2014, la maladie a atteint des zones urbaines densément peuplées où elle a pu se propager avec une extrême rapidité. Comme les épidémies d’Ebola et de Zika représentaient une menace pour les autres pays, l’OMS les a déclarées toutes deux urgences de santé publique de portée internationale et a lancé un appel à la communauté internationale pour mettre à exécution un plan de riposte.

    De telles épidémies sont déjà, à elles seules, très préoccupantes. Mais si l’on considère que ces événements récents peuvent devenir de plus en plus courants et avoir des conséquences encore plus catastrophiques, il y a vraiment de quoi s’inquiéter.

    Il existe un réel danger que le changement climatique et l’augmentation des déplacements massifs de populations humaines et animales disséminent les maladies et leurs vecteurs dans de nouvelles parties du monde. Du fait de l’augmentation de la population, de la dégradation des sols, des conflits armés et de la pauvreté qui alimentent la migration vers les zones urbaines, les virus auront de plus en plus d’occasions de proliférer dans les mégapoles à travers le monde. On pourrait voir réapparaître les grandes épidémies urbaines de maladies infectieuses mortelles.

    Comme les virus peuvent changer soudainement de comportement ou de mode de transmission, il est très difficile de prévoir les futures grandes menaces pour la santé publique. Cette situation, conjuguée à l’augmentation prévue du nombre et de l’ampleur des épidémies urbaines, mettra à l’épreuve notre capacité de riposte, en imposant des pressions sans précédent sur nos lignes de défense et nos stocks de vaccins essentiels.

    Des millions de personnes à risque

    L’été 2016 a été le témoin d’un autre avertissement sérieux pour la communauté sanitaire mondiale, lorsque la pire épidémie de fièvre jaune en 30 ans est survenue en Angola. Pendant des années, il s’était produit des épidémies relativement peu importantes de cette maladie transmise par les moustiques, épidémies qui étaient restées confinées dans les zones rurales d’Afrique et d’Amérique du Sud. Mais en 2016, l’épidémie s’est propagée à Luanda, la capitale de l’Angola, où les taux de couverture vaccinale antiamarile étaient faibles.

    Malgré la distribution de plus de 13 millions de doses de vaccin contre la fièvre jaune, le virus s’est également propagé à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC) voisine. Il a fallu 15 millions de doses supplémentaires pour réussir à contenir l’épidémie.

    Environ 90 millions de doses de vaccin contre la fièvre jaune sont produites chaque année dans le monde. Les stocks d’urgence s’élèvent à 6 millions de doses. Pour contenir l’épidémie en Angola et en RDC, il a fallu détourner les doses prévues pour des campagnes de prévention au risque d’apparition d’épidémies dans d’autres régions, et les stocks d’urgence se sont trouvés épuisés. Pour pouvoir vacciner plus de monde avec les vaccins disponibles, dans certaines régions, l’OMS et l’UNICEF ont préconisé de fractionner les doses, en administrant un cinquième seulement de la dose normale.

    La fièvre jaune tue déjà près de 60 000 personnes par an. À ce jour, elle ne s’est pas propagée en Asie où vivent plus de 1,8 milliard de personnes qui ne sont pas vaccinées et toute épidémie sérieuse pourrait être catastrophique. Personne ne sait pourquoi la fièvre jaune n’a pas réussi à s’établir en Asie, car le moustique Aedes aegypti, vecteur de la fièvre jaune ainsi que du virus Zika et de la dengue, est fortement endémique dans la région. En 2016, 11 cas sont survenus Chine, mais ils ont pu être circonscrits.

    Tout est dans la prévention

    Les stocks de vaccins contre la fièvre jaune n’ont pas été prévus pour faire face à de grandes épidémies urbaines. Mais le monde change. En 1950, les deux tiers de la population mondiale vivaient dans les zones rurales et un tiers en milieu urbain. D’ici 2050, cette répartition entre zones rurales et zones urbaines se sera probablement inversée. Et comme le nombre de mégapoles d’au moins 10 millions d’habitants augmente, nos stocks de vaccins d’urgence pourraient ne plus être suffisants.

    Ces nouvelles réalités ont contraint à une réévaluation des risques posés par les maladies infectieuses transmissibles de même que de l’approche actuelle pour la prévention des épidémies. En décembre 2015, l’OMS a réuni un groupe d’experts pour dresser la liste des 11 maladies pour lesquelles il n’existe actuellement aucun médicament ni aucun vaccin. La liste inclut la maladie à virus Ebola et d’autres fièvres hémorragiques telles que la maladie à virus de Marburg, la fièvre de Lassa, et la maladie à virus Zika.

    Afin de contribuer au développement accéléré de vaccins capables d’induire une protection contre les 11 maladies figurant sur la liste de l’OMS, Gavi a participé à la création de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI, pour Coalition for Epidemic Preparedness and Innovation). Les partenaires fondateurs comprennent les gouvernements de l’Inde et de la Norvège, la Fondation Bill et Melinda Gates, le Wellcome Trust et le Forum économique mondial.

    En outre, à la fin de l’année 2015, le Comité exécutif de Gavi a approuvé un engagement d’achat anticipé (Advanced Purchase Commitment, APM), prévoyant 5 millions de dollars US pour les coûts de développement d’un vaccin candidat contre le virus Ebola. En échange, le Comité exécutif a demandé que 300 000 doses soient disponibles et que le vaccin soit homologué d’ici la fin de l’année 2017. Une fois le vaccin approuvé, un stock d’urgence sera créé.

    Cependant, l’augmentation des stocks d’urgence, y compris pour les nouveaux vaccins une fois qu’ils auront été développés, ne représente qu’une partie de la solution. Le meilleur moyen de prévenir les grandes épidémies consiste à empêcher qu’elles n’éclatent en investissant dans les infrastructures de santé publique.

    Avec des systèmes de santé solides, il sera possible à l’avenir de prévenir les épidémies en organisant des campagnes de vaccination préventives et en maintenant chez les enfants des niveaux élevés de vaccination. De tels systèmes seront également utiles pour améliorer la surveillance et la capacité des pays fragiles à identifier les épidémies et à riposter rapidement.

    Les évènements de 2016 ont fourni des leçons qui pourraient s’avérer salutaires. Au Brésil, la surveillance efficace exercée par les agents de santé publique a permis d’établir rapidement le lien entre l’augmentation du nombre de naissances d’enfants microcéphales et la propagation du virus Zika. En revanche, en Afrique de l’Ouest où les systèmes de santé sont moins performants et où la surveillance des maladies est plus limitée, il s’est passé au moins trois mois entre le premier cas d’infection par le virus Ebola et la confirmation en laboratoire de la propagation du virus.

    La situation est claire. En renforçant les systèmes de vaccination de routine dans les pays les plus pauvres, on contribue non seulement à sauver la vie de personnes vulnérables, mais aussi à rendre le monde plus sûr en atténuant les menaces croissantes qui pèsent sur la sécurité sanitaire mondiale.

  • Sécurité sanitaire mondiale

    Une nouvelle forme de fragilité

    Du point de vue de la santé mondiale, la crise humanitaire en Syrie a révélé une nouvelle forme de fragilité qui a nécessité un nouveau type de réponse.

    Depuis le début du conflit actuel en 2011, la couverture vaccinale de la Syrie a chuté et n’est plus actuellement que de 42%, ce qui la situe au troisième rang des niveaux les plus bas parmi les pays soutenus par Gavi, précédée seulement par la Somalie et le Soudan du Sud. À mesure de la diminution de la couverture vaccinale, le risque d’épidémies de maladies infectieuses augmente. Les cas de polio, de rougeole et de méningite sont également susceptibles de devenir plus fréquents.

    En décembre 2016, le Conseil d’administration de Gavi a réagi à la crise humanitaire en Syrie en promettant de verser jusqu’à 25 millions de dollars par an pendant deux ans pour soutenir les campagnes de vaccination d’urgence et fournir des équipements pour la chaîne du froid. L’objectif est d’aider l’UNICEF et ses partenaires à vacciner 3 millions d’enfants syriens de moins de cinq ans.

    La difficulté consistera à atteindre ces 3 millions d’enfants alors que plus d’un tiers de la population restée en Syrie a été déracinée de ses foyers. En sept ans de conflit, plus de 11,1 millionsa de personnes ont été déplacées. Beaucoup ont rejoint des camps humanitaires, mais il reste 4,9 millions d’habitants pris au piège dans des villes assiégées et dans des zones difficiles d’accès.

    Ceux qui sont concernés par un conflit sont souvent invisibles aux yeux des organisations humanitaires, mais ils sont en revanche très vulnérables aux maladies infectieuses. La concentration d’un grand nombre de personnes non vaccinées, avec un accès limité à l’eau et aux mesures d’assainissement, représente un terreau fertile pour les épidémies.

    Cette situation n’est pas unique à la Syrie. En 2008, environ 60% de l’ensemble des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (PDI) se trouvaient dans des zones rurales, la majorité d’entre elles résidant dans des camps humanitaires. Aujourd’hui, près de 10 ans plus tard, à peu près le même pourcentage de personnes déplacées cherche refuge dans les zones urbaines alors que seulement 1% d’entre elles se réfugie dans des camps. Loin de fuir les villes, la plupart des 65 millions de personnes déplacées dans le monde semblent s’y cacher.

    Pour les organisations s’occupant de la santé mondiale, ce nouveau type de fragilité a de sérieuses conséquences. De nouvelles solutions sont nécessaires pour atteindre les personnes déplacées, qu’elles fuient les conflits, la persécution, le changement climatique ou la pauvreté. Pour commencer à aborder ces problèmes, Gavi a adopté une nouvelle politique relative aux états fragiles, qui offre à l’Alliance la possibilité d’adapter son soutien aux besoins individuels des pays.

    a – Sources : Rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Organisation des Nations Unies, décembre 2016

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