• Collaboration

    Burkina Faso : Collaborer en faveur du changement

    Le Burkina Faso peut être fier non seulement d’avoir l’un des taux de couverture vaccinale les plus élevés d’Afrique, mais aussi d’utiliser avec succès la vaccination pour fournir d’autres services de santé. L’expérience du pays montre ce que l’on peut atteindre avec un soutien politique solide et la volonté de tous les acteurs concernés de collaborer dans le secteur de la santé.

    • Prof. Nicolas Meda,
      ministre de la Santé
      du Burkina Faso

    • Delphine Sandwidi
      infirmière du PEV,
      Burkina Faso

    Bien souvent les programmes de vaccination ne répondent pas aux attentes par manque de volonté politique. Cela n’a pas été le cas au Burkina Faso. La gratuité de la vaccination a été introduite en 1987 par le président Thomas Sankara, et elle se poursuit aujourd’hui. « L'engagement du Président actuel se manifeste concrètement par la gratuité des soins accordée en 2015 pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, avec un budget dédié de 5 milliards de francs CFA [8,9 millions de dollars US] pour 2018, contre à peine 2 milliards en 2015, » souligne le professeur Nicolas Meda, ministre de la Santé du Burkina Faso. Et le Ministre entend augmenter cette allocation budgétaire année après année.

    Fort de ce soutien de haut niveau pour la santé des enfants, le secteur de la santé du Burkina Faso utilise les programmes de vaccination comme plateforme pour d’autres interventions. « La vaccination est une formidable porte d’entrée pour les soins » reconnaît Delphine Sandwidi, infirmière responsable du Programme élargi de vaccination (PEV) au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Dassasgho à Ouagadougou, au Burkina Faso. Delphine, qui occupe ce poste depuis 23 ans, est intarissable quand il s’agit de décrire le rôle irremplaçable de la vaccination en termes d’accès aux soins.

    Les centres de vaccination offrent au personnel de santé l'occasion idéale de repérer les enfants, leurs parents et accompagnants qui ont besoin d'autres soins. « Tous les jours, je profite du passage des enfants pour être pesés et mesurés, pour les orienter si besoin vers d’autres services, en particulier ceux qui souffrent de malnutrition », explique Delphine Sandwidi.

    Pour beaucoup de femmes enceintes, le premier contact avec les services de santé se fait au centre de vaccination. Quand une femme amène ses enfants pour les faire vacciner et qu’elle est enceinte, les infirmières et les médecins en profitent pour lui fournir des conseils, lui faire subir des examens médicaux et la vacciner si besoin, et l'encouragent à revenir pour se faire suivre. « Si elles sont bien accueillies au centre de santé, elles se sentiront en confiance et elles reviendront », ajoute Delphine.

    Les discussions qui ont lieu avant les séances de vaccination permettent également d’aborder avec les parents d’autres problèmes de santé. Au Burkina Faso où, en 2017, près de la moitié des consultations médicales et un quart des hospitalisations étaient dues au paludisme, les discussions préalables à la vaccination peuvent servir à diffuser des informations sur la prévention de cette maladie dévastatrice.

    PEV : une plateforme pour la santé

    Bien que le PEV soit par définition centré sur la vaccination, il ne fonctionne pas de façon isolée. Pour être efficace, il lui faut une certaine infrastructure sanitaire, et notamment une chaîne d’approvisionnement assurant le transport des vaccins des magasins centraux jusqu’aux villages les plus reculés, ainsi que du personnel qualifié pour les administrer. Ce système peut servir de plateforme pour les autres services de santé primaires, ce qui est le cas dans pratiquement tous les pays.

    Le PEV est bien implanté au Burkina Faso. « En mettant à profit l’organisation et les acquis du PEV, nous pouvons réussir dans les autres domaines du système de santé, » assure la Dre Anne Vincent, représentante de l'UNICEF dans le pays. « Le PEV joue un rôle essentiel dans la mise en place et le renforcement du système de santé ; d’autres programmes peuvent s’y greffer. »

    L'intégration du PEV au système de santé au sens large est particulièrement évidente dans les zones rurales du pays. Ici, ce sont généralement les infirmières ou les sages-femmes communautaires qui sont responsables de tous les aspects des soins. « Nous encourageons vraiment les agents de santé à profiter de chaque occasion pour offrir un maximum de soins et adopter une vision globale de la santé de l’enfant », expose la Dre Alimata Jeanne Diarra-Nama, représentante de l’OMS au Burkina Faso. « Nous incorporons aux services de vaccination d’autres activités qui se sont révélées utiles, comme la supplémentation en vitamine A, la chimioprophylaxie saisonnière ou d'autres interventions essentielles. Cela doit dorénavant faire partie de notre culture. »

    Cette approche ne s’applique pas uniquement aux centres de santé, elle fait également partie de la philosophie de nombreuses organisations à base communautaire (OBC). À Tanghin-Dassouri, zone rurale située à une cinquantaine de kilomètres de Ouagadougou, l’infirmier responsable du PEV, Albert Sekoué, travaille en étroite collaboration avec ALAVI, une association de lutte contre le SIDA, crée en 1995. Outre leurs programmes de base axés sur l’amélioration de l'accès aux soins pour les plus vulnérables, ALAVI organise des sessions de sensibilisation sur le VIH, le paludisme et la vaccination avec l'aide de ses agents de santé communautaires.

    Regrouper les ressources pour réduire les doublons

    Abdoul Karim Ouedraogo est le coordinateur du Programme d'appui au développement Sanitaire (PADS), organisation chargée de veiller à la cohérence de l’attribution des fonds internationaux au secteur de la santé. D’après lui, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a financé en 2017 le fonctionnement de 263 organisations communautaires et payé une partie des salaires de 17 688 agents de santé communautaires.

    Mais le travail de ces organisations et de ces agents de santé communautaires ne se limite pas aux trois maladies couvertes par le Fonds mondial. Par exemple, une organisation aide à répertorier tous les enfants qui n’ont pas encore de carnet de vaccination.

    De la même manière, les motos du PEV financées par Gavi pour faciliter la vaccination dans les zones isolées servent pour diverses autres interventions. Il est en effet important pour le personnel de ces centres de santé ruraux qui couvrent des périmètres très larges, de pouvoir se déplacer pour atteindre les personnes qui ne disposent d’aucun moyen de transport.

    Cette mutualisation des ressources fait l’unanimité. Comme le souligne Abdoul Karim Ouedraogo : « Cela permet d’optimiser la gestion des fonds venant de nos partenaires internationaux. »

    Pour le Dr Issa Ouedraogo, directeur de Prévention par la vaccination, la mise en commun des actifs présente des avantages en termes d’équité dans l’allocation des ressources. « Les doublons auxquels nous étions confrontés sont évités, avec un impact immédiat sur le terrain. Les bénéficiaires sont plus nombreux, l'accès aux soins est plus facile et leur qualité s'est améliorée. »

    Collaboration entre les institutions

    L’accroissement de la collaboration entre les institutions présente également des avantages au niveau administratif. Le comité d’échange stratégique de gestion du PEV nouvellement créé et présidé par le ministre de la Santé du Burkina Faso, réunit un groupe élargi de partenaires aux compétences diverses.

    « Nous avons toujours planifié les choses avec Gavi pour éviter de dupliquer les ressources, » reconnaît Jean Nouboussi, gestionnaire de portefeuille du Burkina Faso au Fonds mondial, « mais notre collaboration va maintenant beaucoup plus loin. Nous coopérons étroitement pour nous coordonner à tous les niveaux, que ce soit pour l’aide accordée, pour les missions sur le terrain ou pour le renforcement des capacités. »

    Une chaîne humaine pour moderniser la chaîne d’approvisionnement

    De la collaboration entre les organisations est née une nouvelle initiative visant à remplacer les vieux réfrigérateurs électriques par des appareils modernes à énergie solaire, un investissement qui profitera à tout le système de santé. « Pour nous, le passage à l'énergie solaire est une évidence », explique Abdou Diallo, infirmier responsable du centre médical Tanghin Dassouri. « Cela permettra une bien meilleure conservation des vaccins d'une part, et profitera à l'ensemble de notre structure d’autre part. Si l'investissement de départ est important, les économies réalisées à long terme ne font aucun doute. »

    Ce point de vue est largement partagé par le Ministre de la Santé qui souligne que, si la couverture vaccinale est de 90% au Burkina Faso, l’efficacité vaccinale est loin d’atteindre 90%. « Nous avons un problème avec la chaîne du froid, » reconnaît-il, « et nous travaillons à le résoudre avec Gavi en remplaçant tout le système. » L'UNICEF est également très impliquée dans le projet : étant donné son expérience dans le domaine de la chaîne du froid, elle apporte un appui technique et intervient pour l’achat du matériel.

    Parallèlement, la collaboration avec le Fonds mondial est au cœur d'un projet qui utilise des tablettes numériques pour collecter des données sur les maladies infantiles et la vaccination. Ahawo Komi M. Alain, représentant de Gavi au Burkina Faso, décrit la naissance de cette initiative : « En février dernier, je me suis rendu au centre de santé de Ouahigouya avec mon homologue du Fonds mondial pour assister à une démonstration sur l’utilisation de mHealth pour le recueil des données sur les maladies infantiles. Les données se réfèrent à la même tranche d'âge que la vaccination. Alors, nous avons eu l’idée d’utiliser cet outil pour collecter également les données de vaccination. »

    Cette collaboration est indispensable pour renforcer le système de santé du Burkina Faso. Comme le rappelle Abdou Diallo, les bénéfices sont immédiats : « Grâce à la vaccination et une efficacité améliorée du système de santé, les enfants sont en meilleure santé et ne manquent plus l’école, et les parents, qui n’ont plus à s’absenter de leur travail pour les soigner, peuvent maintenir leur niveau de revenu. Ensemble nous luttons contre la pauvreté. »

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    Chaînes d’approvisionnement

    Moderniser les chaines d’approvisionnement pour atteindre ceux qui échappent à la vaccination

    Dans certaines régions du monde, il est désormais possible de commander en ligne des provisions ou d’autres produits et de se les faire livrer à domicile dans les 24 heures. Mais c’est une autre histoire dans la plupart des pays à faible revenu. Le mauvais état des routes et la vétusté ou l’absence d’infrastructures peuvent rendre les livraisons pratiquement impossibles.

    La logistique de la livraison des vaccins peut être particulièrement problématique. Ce n’est pas seulement parce que les vaccins doivent être conservés au frais pendant leur transport entre le dépôt et le dispensaire, mais aussi parce que souvent, les personnes qui en ont le plus besoin vivent dans les endroits les moins accessibles.

    Depuis 2000, Gavi a soutenu près de 400 introductions de vaccins, et le nombre d’enfants vaccinés a sensiblement augmenté. Mais malgré cela, il reste des poches où la couverture vaccinale est basse, même dans les pays où la couverture semble globalement bonne. Ces points chauds de faible couverture concernent les enfants les plus vulnérables du monde. Si nous voulons continuer à augmenter la couverture vaccinale, nous devons trouver les moyens de vacciner ces enfants.

    Les vaccins ne sont efficaces que s'ils sont administrés, et ils ne peuvent être administrés que si les chaînes d'approvisionnement fonctionnent bien. C’est pourquoi le renforcement des systèmes d’approvisionnement est un élément central des activités de Gavi. En 2017, Gavi a collaboré avec divers partenaires du secteur privé et du secteur public, pour lancer ce qui sera probablement la plus importante refonte de l'infrastructure et de la gestion de la chaîne d'approvisionnement en vaccins depuis la mise en place du Programme élargi de vaccination (PEV), il y a plus de quarante ans.

    Remettre à niveau les chaînes du froid obsolètes

    La plateforme d’optimisation de la chaîne du froid de Gavi (CCEOP) est un élément clé de la refonte de la chaîne d’approvisionnement. Pour accélérer l'introduction de nouveaux équipements à la fois innovants et d’un prix abordable, au niveau des 135 000 points de la chaîne d'approvisionnement des pays bénéficiant de son aide, le CCEOP fait appel aux mêmes stratégies de façonnage du marché qui ont permis à Gavi de faire baisser le prix des vaccins.

    Dans certains pays, les équipements de la chaîne du froid ont à peine été améliorés depuis la création du PEV, il y a plus de 40 ans. Avant l’introduction de la plateforme CCEOP, une installation sur cinq ne disposait pas du matériel nécessaire à la chaîne du froid, et dans celles qui en avaient, un cinquième des appareils ne fonctionnait pas. Lorsque l’équipement fonctionnait, les performances étaient inférieures aux normes. Environ 60% des unités de stockage risquaient d’exposer les vaccins à des températures excessivement basses ou excessivement élevées.

    Le CCEOP vise à résoudre précisément ce type de problèmes en encourageant les fabricants à accroître leur production, en stimulant l'innovation et en faisant baisser le coût des équipements de pointe pour la chaîne du froid. Avec un investissement initial de 50 millions de dollars US, la plateforme a été conçue pour donner aux fabricants l’assurance nécessaire pour développer et produire des équipements innovants, adaptés aux besoins des pays en développement. En aidant les pays à acheter et à entretenir cet équipement, Gavi élimine l'un des principaux obstacles à la modernisation de la chaîne du froid. Le montant de l’engagement initial a été multiplié par cinq pour correspondre à la demande prévue pour les cinq prochaines années.

    Depuis le lancement du CCEOP, Gavi s'est engagée à aider les pays à acheter plus de 66 000 pièces d’équipement de la chaîne du froid pour plus de 55 000 sites. Deux tiers de ces articles remplaceront des équipements obsolètes ou cassés, tandis que le tiers restant permettra d’élargir les installations existantes.

    Haïti a été le premier pays à profiter du CCEOP pour revoir son infrastructure de chaîne de froid désuète avec l'aide des partenaires de l'Alliance. En 2017, un premier envoi de plus de 190 réfrigérateurs solaires à la pointe de la technologie a été livré dans des zones rurales et montagneuses.

    Alimentés par l’énergie solaire renouvelable, ces réfrigérateurs produisent une couche de glace pendant la journée, ce qui permet de conserver le froid toute la nuit ou par temps nuageux. Contrairement aux anciens modèles, ces réfrigérateurs n’ont pas besoin de batterie ou de bloc de commande, et ne dépendent pas de composants susceptibles de tomber en panne. Grâce à cette innovation toute simple, le transport sur de longues distances de lourdes et coûteuses bouteilles de propane n’est plus nécessaire.

    La plupart des pays soutenus par Gavi sont éligibles au soutien de la plateforme CCEOP. En fonction du revenu national brut par habitant, Gavi couvre entre 50% et 80% du coût total de l’achat, de la livraison et de l’installation des nouveaux équipements. Les pays eux-mêmes sont censés couvrir le coût restant.

    L'innovation, clé pour l’amélioration de la distribution des vaccins

    La CCEOP n'est pas la seule approche mise en place par Gavi pour stimuler les innovations visant à améliorer la chaîne d'approvisionnement. Lancée en 2016, l’initiative INFUSE (Innovation for Uptake, Scale and Equity in Immunisation - Innovations en faveur de l’utilisation, de l’expansion et de l’équité de la vaccination), a pour but de repérer les technologies innovantes ayant déjà fait leurs preuves et qui sont aptes à améliorer l'administration des vaccins dans les pays en développement. Les entreprises et les innovateurs sélectionnés reçoivent alors une « infusion » de capitaux leur permettant de développer leurs solutions à grande échelle.

    En janvier 2017, Gavi et Google.org ont annoncé un partenariat INFUSE pour aider la start-up Nexleaf Analytics à développer une plateforme d'analyse qui permet de surveiller le fonctionnement de la chaîne du froid en temps réel. Des capteurs de température et d'autres indicateurs sont reliés à la plateforme cloud de Nexleaf, qui, au moyen de sa technologie ColdTrace, envoie en temps réel diverses informations sur les vaccins et sur la température aux responsables de la chaîne d’approvisionnement.

    Après avoir été mise en place au Kenya, au Mozambique, au Sénégal et en République-Unie de Tanzanie, cette innovation devrait tôt ou tard pouvoir aider tous les pays soutenus par Gavi à mieux gérer leurs réseaux de chaîne du froid et à améliorer leur efficacité.

    Ces technologies innovantes sont également utilisées en Inde, pays qui s’est battu dans le passé pour arriver à surveiller de manière fiable ses stocks de vaccins. Par le biais de son appui au renforcement du système de santé, Gavi aide le Gouvernement indien à mettre en place dans tout le pays un réseau électronique de renseignements sur les vaccins (eVIN). Ce système aidera à suivre la progression des vaccins tout au long des 27 000 points de la chaîne du froid du vaste réseau indien eVIN. Les responsables de la santé publique utilisent une application de téléphonie mobile qui permet d’enregistrer la température et de localiser les vaccins en temps réel. Les données sont téléchargées dans le système, puis utilisées pour créer et mettre à jour l’inventaire des stocks de vaccins.

    Par le biais d’INFUSE, Gavi travaille avec des sociétés comme Logistimo pour étendre à d’autres pays ces systèmes de gestion électronique de la logistique.

    L'année 2017 a également été marquée par une première mondiale : le lancement (dans tous les sens du terme), du premier service de livraison par drone de produits médicaux (sang et produits sanguins), qui a eu lieu au Rwanda. Ce projet exceptionnel, géré par le Gouvernement rwandais, a été initié par Gavi qui a mis en contact la société américaine de drones Zipline et la Fondation UPS.

    Les drones à voilure fixe sont catapultés dans les airs et volent de manière autonome, suivant les coordonnées GPS paramétrées. Juste avant son arrivée à destination, le clinicien qui a commandé le sang ou le plasma reçoit un texto l'informant de l’imminence de la livraison. Proche de l’arrivée, le drone réduit son altitude, libère sa cargaison dont la descente est ralentie par un parachute, puis retourne à sa base.

    Actuellement, la moitié des livraisons de produits sanguins se font de cette manière au Rwanda. Ce service permet au gouvernement de centraliser les approvisionnements à Kigali, la capitale, et d’éliminer presque complètement les gaspillages. Les avantages sont évidents quand il s’agit d’effectuer une transfusion sanguine en urgence dans un district rural éloigné, car les délais de livraison moyens sont passés de 4 heures à 20 minutes à peine. Gavi travaille actuellement avec Zipline et d'autres sociétés de drones pour adapter cette technologie remarquable à la distribution des vaccins.

    La bonne formation pour les bonnes personnes

    Le recours aux technologies innovantes et la bonne qualité des infrastructures sont des éléments importants, mais ils ne suffisent pas à eux seuls. Les chaînes de distribution doivent également être bien gérées. Pour aider les pays à améliorer leur gestion, Gavi a lancé en 2015, à Kigali (Rwanda), un programme de formation stratégique des cadres dénommé STEP (pour Strategic Training Executive Programme). Il s’agit d’un programme novateur visant à améliorer les compétences des gestionnaires de la chaîne de distribution.

    STEP s’appuie sur l'expertise des secteurs public et privé, notamment sur des partenaires comme UPS et la Fédération internationale des répartiteurs pharmaceutiques. En 2017, cette formation a été dispensée par le Centre régional d'excellence de la Communauté d'Afrique de l'Est à l'Université du Rwanda, et par le Centre LOGIVAC au Bénin. STEP combine formation à distance et en personne pour renforcer les compétences des responsables de la chaîne de distribution des vaccins. Le tutorat fourni par les dirigeants du secteur privé constitue une partie cruciale du cours. Depuis son lancement, le programme a été étendu à 15 pays.

    STEP a connu un tel succès que l’Alliance cherche maintenant à l’intégrer dans un cadre plus large de formation au leadership, à la gestion et à la coordination dans tous les pays soutenus par Gavi.

    Une initiative similaire, le programme de formation au leadership et à la gestion du PEV, permettra aux professionnels de santé d’acquérir des compétences en gestion. Ce programme a été développé en partenariat avec la Global Health Leadership Initiative de Yale, l’University of Global Health Equity (Université créée en 2015 au Rwanda, dédiée aux sciences de la santé et visant à promouvoir l’équité en matière de santé mondiale), et PATH.

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    Les marchés mondiaux

    Pour bien vacciner, il faut des données rigoureuses

    Comment le Nigéria surmonte les difficultés à obtenir des données précises sur la couverture vaccinale

    Comment pouvons-nous atteindre les enfants qui ne sont toujours pas vaccinés alors que nous ne savons même pas combien il y en a, ni où ils vivent ?

    C’est le défi auquel est confronté le Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique. Ce grand pays aux paysages variés, d'une beauté exceptionnelle, incarne à lui seul les principales difficultés auxquelles sont confrontés Gavi et ses partenaires lorsqu'ils tentent de faire en sorte que tous les enfants vulnérables soient vaccinés contre les maladies infectieuses.

    Selon les estimations, le Nigéria compterait plus de 3,9 millions d’enfants sous-vaccinés - plus que nulle part ailleurs. Beaucoup de ces enfants vivent dans des endroits difficiles d'accès, loin des villes, et les prestataires de santé ignorent même jusqu’à leur existence.

    Le pays présente également d’importantes inégalités en matière de couverture vaccinale. Par exemple, il existe une énorme différence dans le taux de couverture vaccinale obtenu avec la vaccination systématique entre la ville de Lagos, où il est de 80%, et la ville de Sokoto, dans le nord-ouest du pays, où seulement 3% des enfants reçoivent les vaccins de base.a Les inégalités fondées sur les niveaux de revenu sont également très évidentes, avec une différence de 73 points de pourcentage entre les catégories les plus riches et les catégories les plus pauvres de la société.b 

    Mais en réalité, ces chiffres correspondent au mieux à des estimations éclairées. En effet, dans le passé, le Nigéria n’était pas capable d’obtenir ni de communiquer des statistiques démographiques et sanitaires fiables, et il n’a toujours pas pu fournir d’informations correctes sur le nombre d’enfants vaccinés chaque année. Il est urgent de rendre compte avec précision de l'état de santé et de la vaccination de l'ensemble de la population, pour pouvoir concevoir et mettre en place des services de santé capables de répondre véritablement aux besoins.

    Identifier ceux dont on ignore l’existence

    D’après les différentes estimations démographiques pour le Nigéria, le nombre d’habitants varie entre 170 millions et 198 millions, soit un écart de 28 millions. Il existe également de grandes différences dans les taux de couverture vaccinale rapportés. « Historiquement, les rapports administratifs sur la vaccination de routine donnaient une couverture vaccinale élevée au Nigéria », explique la Dre Dorothy Nwodo, directrice du Centre de vaccination et de lutte contre les maladies de l’Agence nationale pour le développement des soins de santé primaires, basée à Abuja. « Mais les résultats des enquêtes indiquent en fait que la couverture vaccinale obtenue en routine est très faible. »

    En 2017, le point critique a été atteint. Selon les rapports administratifs, le Nigéria se targuait, l’année précédente, d’une couverture de 98% avec trois doses de vaccin pentavalent qui protège contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche (DTC), l’hépatite B et Haemophilus influenzae de type b. Cela signifiait que le Nigéria avait largement dépassé l’objectif 2020 de l’OMS pour la région, à savoir une couverture vaccinale de 90% avec trois doses de vaccin DTC.

    D’autres estimations de la couverture vaccinale, établies à partir d’enquêtes par grappes à indicateurs multiples et d’enquêtes nationales sur la vaccination, donnaient des chiffres beaucoup plus faibles, autour de 33% seulement. Il semble que cet écart soit dû à une falsification des données fournies par certaines régions pour se prévaloir d’atteindre les objectifs stratégiques.

    Le manque de données fiables dans le pays n’est pas surprenant. « Le système de santé du Nigéria est de piètre qualité, tout comme les services de soins », reconnaît la Dre Nwodo. D’après elle, le pays ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour assurer les soins primaires, dont la vaccination, et il peine à coordonner les services. Du fait du manque de services de première ligne, il est difficile pour le Nigéria d’obtenir régulièrement des informations sur la santé de la population nigériane.

    « Les centres de santé manquent souvent de personnel correctement formé, de financement et de matériel pour saisir les données », ajoute le Dr Omotayo Bolu, directeur des programmes de vaccination au Bureau nigérian des centres de prévention et de lutte contre les maladies, à Abuja. « Les agents de la santé ne comprennent pas toujours la nécessité de collecter des données alors que, dans certaines régions du pays, les problèmes de sécurité empêchent tout simplement leur recueil. »

    Le fait de ne même pas connaître la taille de la population totale n’aide pas. « Le chiffre avancé actuellement d’après le recensement national n’est pas réaliste, ce qui rend la planification difficile », explique Dorothy Nwodo. « Par ailleurs, les zones rurales transmettent peu de données par rapport aux zones urbaines. »

    2017 : un tournant

    Même si 2017 a marqué la fin de la récession causée par l’effondrement des prix du pétrole, la croissance économique du Nigéria est restée modeste. L’état de santé de la population est médiocre par rapport à celui des autres pays, et il continue d’être affecté par des épidémies de fièvre jaune, de méningite et de choléra.

    En septembre, la grande épidémie de fièvre jaune qui a éclaté autour d'Ifelodun, dans l'ouest du Nigéria, s’est avérée déterminante. Suite à l’épidémie, le Gouvernement nigérian a annoncé son intention de vacciner 25 millions de personnes contre la fièvre jaune dans le cadre de la plus vaste campagne de vaccination jamais menée dans le pays.

    Cette campagne ambitieuse traduisait l’intention du Nigéria de prendre en charge ses programmes de vaccination. Ce changement d’attitude résultait à la fois de l’ampleur des épidémies récentes et du débat suscité par les disparités entre les différents rapports concernant les taux de couverture avec le vaccin pentavalent. « Dans le passé, le gouvernement s’en était toujours tenu aux rapports administratifs faisant état d’une couverture vaccinale élevée. Le fait que la direction actuelle de l’Agence nationale pour le développement des soins de santé primaires et le ministère fédéral de la Santé aient accepté les résultats des enquêtes de 2016 témoigne de la volonté du gouvernement actuel de régler les problèmes de vaccination systématique en suspens », ajoute la Dre Nwodo.

    L’acceptation des données des enquêtes a été suivie d’action. Le 17 juin 2017, le Gouvernement nigérian a reconnu officiellement l’existence d’un grave problème de santé publique, en raison du nombre élevé de sujets sans protection contre les maladies infectieuses. « Le pays a dû déclarer la vaccination comme une urgence de santé publique pour revoir les services de vaccination et toute la logistique de distribution des vaccins, et améliorer la qualité des données de routine », expose le Dr Bolu.

    Le 4 juillet, le gouvernement a créé le nouveau Centre national de coordination d'urgence de la vaccination systématique (NERICC, pour National Emergency Routine Immunization Coordination Centre). « Cela a permis de relancer rapidement les performances de la vaccination de routine du pays », a déclaré Dorothy Nwodo.

    Exploiter la technologie mobile pour combler les lacunes en matière de données

    L'amélioration des systèmes de gestion des données recueillant les informations sur le nombre de personnes vaccinées est devenue la priorité. En décembre 2017, le Nigéria a testé un nouvel outil permettant de suivre les statistiques de vaccination dans deux régions de l'État de Nasarawa, dans le nord du pays.

    Le projet pilote tire pleinement parti de la technologie mobile. Chacun des 55 centres de santé participant à ce test a reçu un téléphone portable solide et facile à utiliser, possédant une longue autonomie et doté d’une carte SIM. Le numéro de téléphone de la carte SIM permet d’identifier le centre de santé sur un serveur informatique central.

    Quand un enfant ou un adulte participe à une séance de vaccination, les agents de santé sélectionnent sur l'appareil mobile le symbole correspondant au vaccin et à la dose administrés. Ces informations sont ensuite transmises par SMS au serveur central, ce qui permet d’enregistrer toutes les vaccinations avec précision et en temps réel. Gavi et ses partenaires jouent un rôle clé dans la collaboration avec les compagnies de téléphone pour transformer ces téléphones mobiles basiques en smartphones et paramétrer l’application servant à envoyer les messages.

    Le système basé sur l’envoi de SMS a révolutionné la transmission des données de vaccination au Nigéria. Dès le premier mois de son introduction, 72% des établissements de santé proposant des vaccinations de routine envoyaient des informations. Les premiers résultats montrent qu’il est possible de suivre sur une base hebdomadaire chaque session de vaccination ainsi que les vaccins administrés aux enfants. Cela a permis de prendre immédiatement les bonnes décisions pour améliorer les programmes.

    Les données nationales de vaccination du Nigéria sont centralisées dans le Système d’information sanitaire au niveau du district (DHIS2), utilisé par le Programme élargi de vaccination pour mesurer les progrès accomplis dans la réalisation de ses objectifs globaux. La transmission immédiate de données précises permet au système DHIS2 d'afficher des tableaux et des graphiques en temps réel, et d'effectuer une analyse quotidienne des données. Les professionnels de santé travaillant au niveau des États et des districts sont ainsi en mesure de surveiller leurs programmes de vaccination et de les adapter rapidement aux besoins détectés en temps réel. Les données sont partagées tous les mois avec le Centre national de coordination (NERICC), ce qui aide à guider la mise en œuvre du projet.

    « L’utilisation de SMS complète le système DHIS2. La saisie des données en temps réel réduit considérablement le risque de falsification et d'erreurs », reconnaît le Dr Bolu. « Envoyées par SMS, les données provenant des points de vaccination sont reçues immédiatement et peuvent aider à prendre rapidement des décisions. Cela n’enlève cependant rien à l’intérêt des données nationales plus approfondies, fournies mensuellement par le système DHIS2. »

    « Le projet pilote fait déjà ressortir les lacunes du système de notification actuel et permet d’améliorer la qualité des données provenant des établissements de santé », ajoute la Dre Nwodo. Ce programme, initialement financé par le CDC dans 18 États, a connu un tel succès que le Nigéria l’étendra désormais à plus de 26 000 établissements de santé répartis dans tout le pays.

    Perspectives d’avenir

    Fin 2017, le Nigéria avait déployé le système DHIS2 dans tout le pays avec le soutien de la Fondation Bill & Melinda Gates et du Centre de lutte contre les maladies. Ce système favorise l’enregistrement électronique de toutes les données et leur transmission directe à la plateforme DHIS2, plutôt que via l'outil de gestion de données précédent. Par ailleurs, de nouvelles mesures visent à mettre en place dans les 36 états du Nigéria des enquêtes trimestrielles sur la vaccination, connues sous le nom d’enquêtes de routine sur l’assurance de la qualité. Ces enquêtes aident à établir des données de référence précises, qui permettront au Nigéria de mesurer l’amélioration de la qualité de son programme de vaccination systématique au fil du temps.

    Suite à ces progrès, l'Alliance a entamé fin 2017 un processus de coopération intensive avec les autorités nigérianes - notamment avec l'Agence pour le développement des soins de santé primaires du Nigéria - pour élaborer une stratégie nationale décennale de renforcement des systèmes de vaccination et de soins de santé primaires pour la période de 2018 à 2028.

    Dans la foulée de ces récentes réalisations, et compte tenu des défis uniques auxquels le pays est confronté, le Conseil d’administration de Gavi envisagera de prolonger son soutien au Nigéria pour 10 années supplémentaires.

    En prenant de telles mesures qui devraient améliorer considérablement la qualité et la fiabilité de ses données de vaccination, le Nigéria montre sa volonté d’atteindre ses objectifs en matière de couverture vaccinale. S’il y arrive, il aura évité au moins un million de décès d’ici à 2028. Cela permettra également de réduire radicalement la taille de la cohorte d’enfants sous-vaccinés, actuellement la plus importante au monde.

    a – Résultats 2016 de l’enquête par grappes à indicateurs multiples et de l’enquête nationale sur la vaccination.
    bSuccessfully transitioning Nigeria from Gavi support. Rapport (en anglais) présenté au Conseil d’administration de Gavi. 6–7 juin 2018, page 3.

  • Fragilité

    Des mesures spéciales pour les situations de fragilité

    Une approche rapide, flexible et coordonnée est nécessaire pour atteindre les personnes vivant dans des communautés fragiles ou les populations qui ont fui ces situations de fragilité.

    Mettez-vous à la place d’un enfant qui voit son monde s'écrouler, réduit en ruines par les bombes, rasé par une catastrophe naturelle ou rongé par l'instabilité politique et sociale. Imaginez qu’il doive quitter le seul monde qu’il ait jamais connu, chassé par des événements qui dépassent son entendement ou son contrôle pour affronter un futur incertain sur des terres étrangères.

    C'est ce qui est arrivé en 2017 à des millions d'enfants vivant dans des pays fragiles, notamment en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Ils ont dû non seulement affronter les conséquences directes des conflits et des crises humanitaires, mais aussi faire face à des conditions de vie dangereuses et insalubres qui menacent sérieusement leur santé. Déjà vulnérables, ces migrants sont en plus exposés à des épidémies de maladies infectieuses invalidantes et potentiellement mortelles.

    Malheureusement, ce qu’ils vivent est en train de devenir la norme. On estime qu'en 2017, plus de 1,6 milliard de personnes, soit 22% de la population mondiale, vivaient dans des environnements fragiles.a En outre, la même année, les pays fragiles hébergeaient près de 50% des enfants sous-vaccinés des pays soutenus par Gavi. Environ la moitié de ces enfants vivaient au Nigéria, les autres étant répartis dans 17 autres pays fragiles.

    Le sort des enfants vulnérables vivant dans des environnements fragiles exige une réponse innovante, rapide et flexible, avec une collaboration et une coordination optimales entre l’Alliance et ses partenaires, permettant d’apporter le soutien nécessaire à ceux qui en ont le plus besoin, au moment où ils en ont le plus besoin. C’est pour cela que le Conseil d’administration de Gavi a adopté, en juin 2017, une nouvelle politique sur la fragilité, les urgences et les réfugiés, qui vise à protéger les personnes les plus vulnérables vivant dans un monde de plus en plus fragile et fracturé.

    Cela signifie qu’en cas de crise inattendue, il est possible de mettre rapidement à disposition les vaccins nécessaires ainsi que les fonds requis pour l’assistance opérationnelle. Si besoin, les fonds alloués au renforcement du système de santé et des services de vaccination peuvent être réaffectés à la distribution des vaccins vitaux. Les pays qui accueillent un grand nombre de réfugiés ont également la possibilité d’obtenir des fonds supplémentaires pour les vacciner et Gavi peut accorder un soutien exceptionnel pour des vaccins qui ne font pas partie de son portefeuille habituel.

    Protéger les réfugiés

    Depuis septembre 2017, plus de 650 000 réfugiés rohingyas ont traversé la frontière qui les séparait du Bangladesh, fuyant la violence et les persécutions dont ils étaient victimes dans l'État voisin de Rakhine qui fait partie du Myanmar. Ils se sont réfugiés dans la région de Cox’s Bazar, située près de la frontière, et vivent dans des camps où le manque d’eau potable et d’hygiène, la surpopulation et la malnutrition ont rapidement contribué à la propagation de maladies contagieuses.

    Fin septembre 2017, reconnaissant la gravité de cette menace, le Gouvernement du Bangladesh s’est rapproché des partenaires du développement pour améliorer ensemble les taux de vaccination de ces réfugiés, et a notamment demandé à Gavi un soutien supplémentaire pour les vaccins.

    Une campagne de vaccination d'urgence contre le choléra, financée par Gavi par le biais du stock mondial, a permis d'éviter une épidémie à grande échelle. Gavi a également financé des vaccins supplémentaires pour les 150 000 enfants du camp de réfugiés, dans le but de prévenir différentes maladies comme la poliomyélite, la rougeole, la rubéole, la pneumonie, la diphtérie, la coqueluche et l'hépatite B.

    Mais en dépit des efforts considérables déployés par le ministère de la Santé et du Bien-être familial et par le personnel humanitaire, une épidémie de diphtérie s’est propagée dans le camp, affectant des milliers de réfugiés – la conséquence des taux de vaccination très faibles chez les Rohingyas au Myanmar - et a atteint des membres de la communauté d’accueil.

    Les agences de santé ont mené une nouvelle campagne de vaccination d'urgence afin de contenir l'épidémie de diphtérie. Cette situation montre d’une part à quel point les carences de la vaccination systématique augmentent le risque d'épidémies et d’autre part l'importance d'une réponse rapide et coordonnée dès leur apparition.

    Avec quelque 1,5 million de réfugiés, l’Ouganda est le pays d’Afrique qui en accueille le plus grand nombre. La plupart viennent du Soudan du Sud, le pays le plus jeune du monde et l’un des plus fragiles, en proie à un conflit interminable.

    En vertu de sa nouvelle politique relative à la fragilité, aux situations d’urgence et aux réfugiés, l’Alliance a pu soutenir l’Ouganda à plusieurs égards, notamment en procurant des doses supplémentaires de vaccins essentiels pour les réfugiés, et en aidant l’UNICEF et le gouvernement à mener des campagnes de vaccination de rattrapage à grande échelle, ciblant tous les enfants réfugiés de moins de cinq ans. Ces campagnes, qui doivent débuter courant 2018, permettront de distribuer simultanément le vaccin pentavalent et les vaccins contre le pneumocoque et contre la rougeole, dans le cadre d'un effort coordonné visant à vacciner les réfugiés vulnérables contre une série de maladies.

    Cette aide a été étendue au Soudan du Sud lui-même, où la couverture nationale avec trois doses du vaccin diphtérie-tétanos-coqueluche (DTC3) s’est réduite à seulement 26% en 2017.

    Une subvention de Gavi au titre du renforcement des systèmes de santé (RSS) a permis de maintenir dans les zones de conflit des services de vaccination ainsi que d’autres services sanitaires de base et de les reconstruire dans les zones redevenues stables. En 2017, cette subvention a servi à former des partenariats et des plateformes communautaires impliquant plus de 700 écoles et 32 stations de radio. Elle a également permis à environ 2 500 mobilisateurs communautaires de faire du porte-à-porte, et ainsi faire profiter plus de 700 000 personnes de la vaccination systématique.

    Avec les grands mouvements de population comme ceux observés au Myanmar et en Ouganda en 2017, la sécurité sanitaire mondiale se trouve confrontée à des problèmes particulièrement aigus. Selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, au début de 2017, on comptait dans le monde plus de 65 millions de personnes déplacées, dont 22,5 millions de réfugiés.b La plupart des réfugiés quittent leur pays d'origine sans rien et souvent sans papiers. De ce fait, beaucoup se voient refuser l’accès aux soins préventifs de base dans leur pays d’accueil. L’existence de foules immenses vivant et se déplaçant ensemble crée également des conditions propices à la propagation rapide des maladies infectieuses.

    Assurer la vaccination dans les zones de conflit

    Le conflit syrien a dévasté le système de santé du pays. Bien que la Syrie ne soit pas éligible au soutien de Gavi, son Conseil d’administration, reconnaissant la grave crise humanitaire en cours, a approuvé en 2017 l’attribution d’un financement d’un montant annuel de près de 25 millions de dollars US pour la période 2017-2018, pour renforcer la chaîne du froid et la distribution de vaccin pentavalent, de vaccin inactivé contre la poliomyélite, et des vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole.

    Cette aide a permis à la Syrie de stabiliser son programme de vaccination, d’accroître la couverture vaccinale et d’éviter les ruptures d’approvisionnement en vaccins. Mais la couverture reste néanmoins faible et en 2017, la Syrie a connu des épidémies de rougeole et de poliomyélite d’origine vaccinale dans les zones où les services de vaccination avaient été interrompus depuis longtemps.

    Une autre preuve des problèmes rencontrés par les services de santé dans les zones de conflit est que le Plan d'intervention humanitaire des Nations Unies pour la Syrie, qui finance les opérations de vaccination pour l'OMS, l'UNICEF et d'autres partenaires, est à court de financement. Fin 2017, seulement 50% des fonds estimés nécessaires pour le Plan avaient été recueillis.

    Le Yémen a également été déstabilisé par les conflits armés. L’infection de près d'un million de Yéménites par le choléra en 2017 est venue douloureusement rappeler que la guerre constitue un environnement idéal pour la propagation des maladies. Plus de 2 000 personnes ont perdu la vie à cause de cette maladie, pourtant évitable. En réponse, Gavi et ses partenaires ont mis à disposition un million de doses de vaccin anticholérique provenant du stock mondial. Mais malgré son urgence, la campagne de vaccination n'a pas pu démarrer en 2017.

    Reconnaissant la situation de fragilité du pays, Gavi a continué à fournir une aide au Yémen tout au long de 2017, par l’intermédiaire de ses partenaires. L'Alliance a approuvé une demande de financement pour 2,1 millions de doses supplémentaires de vaccin pentavalent et accordé un soutien exceptionnel pour 7,7 millions de doses de vaccins contre la diphtérie et le tétanos. Le Yémen a également déposé une demande d’aide pour une campagne de vaccination de suivi contre la rougeole et la rubéole.

    Combattre le choléra dans les environnements fragiles

    Outre le soutien flexible apporté dans le cadre de sa nouvelle politique, Gavi finance des campagnes de vaccination d'urgence dans certains des pays les plus fragiles du monde. Par exemple, l’intervention rapide de Gavi et de ses partenaires a permis de contenir plusieurs épidémies de choléra en 2017.

    Les inondations et les glissements de terrain ont dévasté certaines parties de la Sierra Leone en août, rendant ainsi des millions de personnes vulnérables aux maladies d'origine hydrique, notamment au choléra. Quelques semaines après l'apparition des premiers cas, le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccin a fourni du vaccin oral contre le choléra provenant du stock mondial financé par Gavi en quantité suffisante pour protéger un demi-million de personnes dans ce pays qui n’avait pas encore fini de se remettre de l’épidémie d'Ebola.

    En septembre, Gavi, l’OMS et leurs partenaires ont distribué plus de 900 000 doses de vaccin oral contre le choléra, ce qui a permis de vacciner toute la population à partir de l’âge d’un an, dans le but de stopper la propagation du choléra dans l’État de Borno, dans le nord-est du Nigéria.

    Reconstruction après l’épidémie d’Ebola

    Lorsqu’elles surviennent dans des pays déjà en situation de fragilité, les crises humanitaires entraînent souvent des épidémies, mais les épidémies elles-mêmes peuvent aussi plonger les communautés dans un état de fragilité. C'est ce qui s'est passé en Afrique de l'Ouest lors de l'épidémie d'Ebola de 2013-2015, qui a fait plus de 11 000 morts. Les trois pays les plus gravement touchés - la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone - ont pu compter sur l’aide de Gavi pour reconstruire leurs services de santé et de vaccination.

    Au Libéria, Gavi a aidé à remettre rapidement sur pied les services de santé essentiels, et à prévenir les épidémies d'autres maladies évitables par la vaccination. La couverture vaccinale de base a dépassé le niveau d’avant l’épidémie d’Ebola, pour atteindre 86% en 2017 (contre 76% en 2013), après s'être effondrée à 50% en 2014, au plus fort de l'épidémie d'Ebola.

    Au Libéria comme en Sierra Leone, nous avons collaboré avec le Fonds mondial pour harmoniser nos investissements en matière de renforcement des systèmes de santé.

    Parmi les partenaires du développement, Gavi a été l’un des premiers à répondre aux besoins urgents de la Guinée en matière de vaccination et de renforcement des systèmes de santé (RSS) après l’épidémie de maladie à virus Ebola. L’aide était en place à la mi-2015, soit six mois avant la déclaration officielle de la fin de l’épidémie dans le pays, et s'est poursuivie tout au long de l’année 2017. Nous avons aidé la Guinée à remettre en route son système de santé et de vaccination qui s'était totalement effondré. Notre soutien au titre du RSS a permis le recrutement de personnel de santé, la mise à disposition d'une assistance technique et la fourniture d’équipements de la chaîne du froid, de camions et de motocyclettes pour le transport des vaccins et les activités décentralisées de sensibilisation et de supervision.

    La République Démocratique du Congo (RDC) a connu une nouvelle épidémie d'Ebola en mai 2017. On était sur le point de faire appel aux 300 000 doses du stock d’urgence de vaccin expérimental contre le virus Ebola, constitué essentiellement grâce à Gavi. Mais d'autres mesures ont permis cette fois de maîtriser l'épidémie. L’Alliance s’est engagée à hauteur de 300 millions de dollars US pour l’achat de vaccins Ebola une fois que ce dernier aura été homologué, afin de prévenir à l’avenir de nouvelles épidémies de cette maladie mortelle.

    Les activités de Gavi dans les environnements fragiles soulignent l’importance des collaborations avec les partenaires. Nous réussirons à soutenir les programmes de vaccination dans certaines des situations les plus difficiles si nous travaillons en étroite collaboration et adoptons des approches flexibles. Dans ces environnements fragiles, où les besoins en matière de santé sont souvent aigus, le soutien de Gavi doit être rapide et efficace pour pouvoir offrir au plus grand nombre possible de personnes vulnérables les vaccins dont elles ont besoin.

    aEtats de fragilité 2016 : Comprendre la violence. Paris, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 2017 (http://www.oecd.org/fr/cad/conflits-fragilite-resilience/etats-de-fragilite-2016-9789264269996-fr.htm, consulté le 18 septembre 2018).
    b - Statistical yearbook 2016 [Annuaire 2016 des statistiques]. Genève, UNHCR, 2017. Disponible sur : unhcr.org/statistics/country/5a8ee0387/unhcrstatistical-yearbook-2016-16th-edition.html. Consulté le 17 août 2018. Voir aussi : Aperçu statistique : http://www.unhcr.org/fr/apercu-statistique.html  

  • L’égalité au niveau mondial

    Les secrets de la durabilité
    Transition et jumelage

    Dans le cadre d’une nouvelle initiative visant à aider les pays à réussir leur transition, le Timor-Leste, l’un des pays les plus jeunes du monde, a été jumelé avec le Sri Lanka qui jouit d’une excellente réputation dans le domaine de la vaccination.

    Dans un petit village du Timor-Leste proche de Suai, près de la frontière avec l’Indonésie, un agent de santé explique les avantages de la vaccination à un groupe de jeunes femmes, dont beaucoup portent un bébé sur la hanche. Il les exhorte à emmener leurs enfants se faire vacciner au dispensaire, tout en faisant défiler les feuilles de son dossier qui, par des diagrammes, montrent l’impact de chacune des maladies évitables par la vaccination. Son discours enflammé attire de plus en plus de monde tandis qu’il continue son exposé.

    Après quoi, sur toile de fond des habituels cris et larmes, les femmes amènent les enfants qui ont besoin d’être vaccinés. Tout cela se passe sous l’œil attentif d’un homme qui, sans être du pays, n’en est pas moins un véritable ami. Il s’agit du Dr Sudath Peiris, un médecin sri-lankais, expert de l'OMS en matière de vaccination. Le Dr Peiris est un des moteurs du programme parrainé par l'Alliance du Vaccin, qui vise à jumeler des médecins et des agents de santé du Timor-Leste avec leurs homologues du Sri Lanka. Le Dr Peiris est au Timor-Leste pour donner des conseils à ses confrères et leur faire des suggestions pour les aider à améliorer leurs services de vaccination.

    « Il faut que les agents de santé aillent sur le terrain auprès des communautés, c’est très important », explique le Dr Peiris. « Nous avons progressé un peu à ce niveau et maintenant, ils commencent à aller chercher les enfants au sein des communautés et à mettre en route leurs vaccinations. »

    Des jumelages pour aider les pays à devenir autonomes

    Le Timor-Leste (anciennement connu sous le nom de province indonésienne du Timor oriental) a été jumelé avec le Sri Lanka, pays connu pour maintenir depuis longtemps une couverture vaccinale élevée. Ce jumelage s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle initiative visant à aider les pays à se passer du soutien de Gavi. Ce processus nécessite parfois un peu d’imagination et un certain degré de flexibilité.

    Le Timor-Leste a rapidement atteint le niveau de revenu national brut par habitant qui déclenche le début du processus de transition. Pour certains pays, cela peut poser des problèmes, en particulier s’ils n’ont pas eu suffisamment de temps pour mettre en place un système de vaccination solide.

    Dans le cas du Timor-Leste, la solution proposée consistait à le jumeler avec un pays récemment émancipé de l’aide de Gavi et qui avait réussi à maintenir des taux de couverture vaccinale élevés. Les gouvernements des deux pays ont établi un protocole d’accord détaillé qu’ils ont signé en septembre 2017, et le programme adopté a été activement soutenu par l'OMS avec un financement de Gavi.

    Le jumelage en action

    Le programme de jumelage fonctionne ainsi : d’abord, un groupe de hauts responsables de la santé du Timor-Leste s’est rendu au Sri Lanka pour étudier l’organisation et la gestion des différentes parties de son système de santé, notamment au niveau des centres de logistique et d’approvisionnement. Quelques semaines plus tard, des responsables sri-lankais sont arrivés à Dili pour voir si certaines de leurs pratiques pouvaient être utilisées pour améliorer les services au Timor-Leste. Ces visites réciproques ont jeté les bases de collaborations ultérieures, notamment avec la mise en place d’échanges au niveau local et l’élaboration d’un plan détaillé des activités visant à renforcer les systèmes de vaccination dans cinq domaines clés : élaboration des politiques, gestion des achats et de la chaîne d'approvisionnement, gestion des données, qualité et sécurité de l’approvisionnement en vaccins et surveillance des maladies.

    En Asie du Sud-Est et même au-delà, le Sri Lanka est considéré comme un exemple en matière de vaccination, les taux de couverture vaccinale de base atteignant constamment 99%. C'est aussi un pays qui depuis peu se passe de l’appui de Gavi, malgré les troubles civils qui l’ont agité récemment. Même si la comparaison s’arrête là, ces deux pays sont suffisamment proches pour que l’accord de jumelage soit considéré comme intéressant pour les deux parties.

    À propos du Timor-Leste

    Le Timor-Leste est un pays magnifique mais peu développé, qui se situe à l'extrême pointe de l'Asie du Sud-Est.

    En 2002, il a obtenu son indépendance vis-à-vis de l’Indonésie qui l’occupait depuis 1975, après des siècles de domination coloniale par le Portugal. S’appuyant sur la manne que représentent les réserves en pétrole de la mer de Timor, le pays cherche activement à développer ses infrastructures et son système de santé pour accéder au statut de nouveau pays émergent.

    La santé est un objectif politique crucial pour ce jeune pays où plus de 60% de la population a moins de 25 ans et où, depuis 2012, l’augmentation des taux de couverture vaccinale est une priorité du gouvernement, activement soutenue par Gavi. Mais étant donné que ceux qui vivent en dehors des villes et agglomérations sont dispersés dans de petites localités souvent isolées, il n’a pas été facile de s’assurer que tout le monde ait accès à la vaccination et aux autres services de santé. L'approche adoptée au Timor-Leste - fournir des soins de santé directement à domicile - commence à porter ses fruits.

    Chaque jour, de petites équipes d’agents de santé quittent les dispensaires et les centres de santé des villes et des villages pour se rendre dans les petites localités et auprès des communautés. Ils frappent à toutes les portes, vérifient qui en sont les occupants et s’ils ont des besoins en matière de santé. Les dossiers de vaccination des enfants sont examinés et les vaccinations manquées sont effectuées de suite. Le gouvernement espère ainsi améliorer les taux de vaccination et l’accès aux soins de santé dans ce petit pays dont une grande partie est néanmoins difficile d’accès.

    Ce programme de sensibilisation à la santé, dénommé Saude na Familia (Santé pour la famille), a été imaginé par Rui Maria de Araújo, alors Premier Ministre et ancien Ministre de la santé du Timor-Leste. M. de Araújo est un homme qui aime être sur le front ; chaque semaine, il rejoint des membres de son ministère qui effectuent des visites à domicile. Dans une des maisons, le ministre se trouve face à un nouveau-né de moins d’un mois. La coutume locale exige que les femmes accouchent à la maison (« au coin du feu ») et que les enfants ne sortent pas tant qu’ils n’ont pas atteint au moins l’âge d’un mois. Le message délivré par le programme de porte-à-porte du Timor-Leste est clair : même si l’on ne peut pas emmener les jeunes enfants au dispensaire, ce n’est pas une raison pour qu’ils échappent à la vaccination.

    Une bonne organisation logistique

    Dans des pays comme le Timor-Leste, tout est question de planification si l’on veut pouvoir disposer des vaccins dont on a besoin là où on en a besoin. La Dre Maria Odete Belo le sait mieux que personne - son travail consiste à gérer l’entrepôt central de logistique et de distribution des fournitures médicales à Dili. Cet entrepôt envoie des médicaments et des vaccins dans tout le Timor-Leste.

    Lors de sa visite au Sri Lanka, Dre Belo a vu par elle-même comment le pays gère son système d'approvisionnement en produits de santé et elle réfléchit maintenant à la manière dont certaines de ces approches pourraient fonctionner au Timor-Leste. Elle reprend son récit : « Ici, au Timor-Leste, nous utilisons un système fondé sur la demande. Nous distribuons les produits en fonction des besoins définis par les établissements de santé. Donc, nous ne bougeons pas, nous attendons et quand nous recevons leur demande, nous procédons à la distribution. De plus, nous ne livrons pas les articles au centre de santé. Ce sont eux qui viennent les récupérer. »

    « Au Sri Lanka, ils utilisent un système de réapprovisionnement automatique. Ils savent ce dont la structure sanitaire a besoin, ils connaissent leur emploi du temps et ils n’ont pas besoin d’attendre la nouvelle demande, ils savent déjà le nombre de vaccins et d’autres produits qui sont nécessaires. »

    Grâce au partenariat de jumelage, le Timor-Leste envisage maintenant d’instaurer un système similaire à celui utilisé au Sri Lanka.

    Réussir la transition

    Le soutien de Gavi a aidé le Timor-Leste à améliorer ses services de vaccination et à introduire de nouveaux vaccins, dont le vaccin pentavalent en 2012 et le vaccin inactivé contre la poliomyélite en 2015. Cet appui de Gavi s’est arrêté à la fin de l’année 2017.

    Tous les pays bénéficiant du soutien de Gavi doivent un jour ou l’autre financer eux-mêmes intégralement leur programme de vaccination. Il convient alors de veiller à ce qu’ils se préparent en amont à se passer durablement de cette aide, pour que les enfants continuent à être vaccinés - et protégés - contre les maladies infectieuses une fois le soutien de Gavi arrivé à son terme.

    Le jumelage semble être la bonne approche pour certains pays comme le Timor-Leste, mais d’autres pays ont besoin de stratégies différentes pour la préparation à l’autofinancement de leurs programmes de vaccination.

  • Couverture vaccinale et équité au niveau mondial

    Les absents

    Il est nécessaire de faire des progrès dans la collecte des données, dans la technologie et la formation pour permettre à un plus grand nombre d’enfants d’avoir accès aux vaccins.

    Il peut s’avérer difficile de retrouver juste un enfant absent. On peut alors imaginer ce que cela représente de tenter de retrouver des millions d’enfants qui manquent à l’appel, surtout quand aucun dossier officiel ne peut témoigner de leur existence. C’est le défi auquel Gavi doit maintenant faire face si elle veut continuer à améliorer l’accès aux vaccinations des tout petits et des jeunes enfants les plus pauvres du monde.

    Depuis 2000, année de la création de notre Alliance, la couverture vaccinale de base a régulièrement augmenté. Néanmoins, dans les communautés difficiles à atteindre il existe encore de grandes poches où la couverture vaccinale est faible, problème souvent masqué par des moyennes nationales élevées. Tant que nous n’arriverons pas à trouver ces enfants et à leur administrer les vaccins qui peuvent leur sauver la vie, les progrès risquent de stagner, et les inégalités en matière de vaccination continueront à se creuser.

    C’est pourquoi les données constituent un axe majeur pour Gavi dans cette période stratégique. Pour améliorer à la fois la couverture vaccinale moyenne et l’équité en matière de vaccination, nous avons besoin de données précises et en temps réel sur le nombre de vaccins expédiés, stockés et administrés. Nous devons également mieux répertorier les endroits où vivent les gens et, au niveau le plus élémentaire, nous assurer qu’il existe des documents officiels où sont enregistrées toutes les naissances.

    Au niveau mondial, une naissance sur trois n’est pas enregistrée. Sans certificat de naissance, ces enfants risquent d’être oubliés des autorités et privés du droit d’accès aux services vitaux de santé et d’éducation.

    Laissés sans défense face aux maladies infectieuses et négligés de tous, ils peuvent être durablement impactés et mis à l’écart de la société.

    Certains des enfants non recensés et les plus difficiles à atteindre vivent dans des zones rurales reculées. Mais tout aussi nombreux sont les enfants « manquant à l’appel » et vulnérables résidant dans les bidonvilles qui ne cessent d’enfler un peu partout dans le monde. Les enfants y passent tout aussi inaperçus et échappent à la vaccination. Plus que jamais, nous avons besoin de données fiables pour savoir qui ils sont, où ils vivent et de quels soins ils ont besoin.

    Alors que 86% des enfants reçoivent maintenant l’ensemble des vaccins essentiels, notre Alliance identifie déjà les moyens qui lui permettront d’atteindre un grand nombre des millions d’enfants manquants.

    En faisant le meilleur usage de la technologie moderne, nos efforts pour soutenir la vaccination commencent à donner des résultats. Ce n’est pas un hasard si les enfants qui possèdent une carte de vaccination sont maintenant plus nombreux que ceux qui possèdent une carte d’identité.

    Au cours des dernières années, plusieurs pays ont adopté différentes approches novatrices pour mieux collecter les données essentielles sur la vaccination. Parmi ces nouvelles approches figurent l’utilisation des téléphones portables pour suivre le mouvement et la gestion des vaccins le long de la chaîne du froid, et l’analyse des données de géolocalisation obtenues par satellite pour identifier les communautés délaissées.

    L’expérience du Pakistan en particulier montre comment des systèmes de suivi et de surveillance efficaces peuvent remédier aux déficiences en matière d’équité, en augmentant considérablement la couverture vaccinale.

    Mais l’information doit circuler dans les deux sens. Nous devons innover pour améliorer la collecte d’informations sur la vaccination et nous devons trouver de nouvelles façons de parler à la population des bienfaits de la vaccination. Des individus, des familles ou même des communautés entières ignorent souvent l’impact positif des vaccins. Ce sont eux que nous devons cibler si nous voulons accroître la demande de vaccination et de services de santé connexes.

    Tout au long de l’année 2016, Gavi a soutenu des actions en ce sens. U-Report est une application textuelle automatisée de chatbot (robot conversationnel), développée par l’UNICEF pour les téléphones mobiles, qui recueille les commentaires de la communauté sur les campagnes de vaccination. D’après les données recueillies par l’application U-Report, l’utilisation de cette technologie a permis d’augmenter de 20% le taux de participation dans les centres de vaccination au Cameroun.

    Les données de U-Report ont également révélé que plus de la moitié des personnes interrogées au Cameroun ont entendu parler des campagnes de vaccination par des mobilisateurs communautaires chargés de promouvoir les avantages des vaccins dans leur quartier. Par comparaison, seulement 5% ont déclaré avoir obtenu leurs informations par les médias, canal traditionnel pour les activités de sensibilisation. Depuis lors, le gouvernement camerounais a concentré sur les mobilisateurs ses investissements en éducation pour la santé. Le système U-Report est maintenant utilisé dans 36 pays.

    Gavi travaille également en étroite collaboration avec les pays pour éliminer les goulets d’étranglement et les lacunes des chaînes d’approvisionnement en vaccins. Cela consiste notamment à remplacer tout équipement défectueux ou sous-performant utilisé pour le stockage et le transport des vaccins.

    Haïti fait partie des nombreux pays soutenus par Gavi qui comptaient habituellement sur des réfrigérateurs fonctionnant au kérosène pour stocker les vaccins à la bonne température. Mais le tremblement de terre dévastateur de 2010 et l’ouragan Matthew de 2016 ont gravement endommagé le réseau électrique déjà peu performant et la sécurité vaccinale s’est trouvée prisonnière d’un marché des carburants turbulent, contrôlé par des bandes de criminels. Avec la collaboration des partenaires de l’Alliance, le gouvernement remplace maintenant ces réfrigérateurs par de nouveaux modèles fonctionnant à l’énergie solaire. De même, les problèmes d’approvisionnement en bouteilles de gaz obligeaient les responsables de la chaîne du froid de la République démocratique du Congo (RDC) à parcourir fréquemment de longues distances pour acheter du carburant pour leurs réfrigérateurs, en payant souvent de leur poche. Pour résoudre ce problème et améliorer la sécurité de la chaîne du froid à travers le pays, le gouvernement a fourni plus de 2 500 réfrigérateurs fonctionnant à l’énergie solaire.

    Fin 2016, Gavi avait également financé la construction de 26 nouveaux centres de santé primaire dans des zones précédemment mal desservies de la RDC, et 14 autres sont prévus pour 2017. Dans des endroits tels que Bokuda, dans la province du Sud-Ubangi, cela a permis non seulement de combler les trous de la couverture vaccinale, mais aussi de progresser vers l’objectif à long terme de couverture sanitaire universelle. Les centres de santé primaires constituent aussi une plateforme pour toute une gamme d’interventions sanitaires, telles que les soins prénatals, la nutrition maternelle et infantile, les services de santé infantile et de santé reproductive, le planning familial, ainsi que pour d’autres activités de conseil.

    Les équipements de pointe et les centres de santé primaires n’ont d’impact sur la couverture vaccinale et l’équité que si des personnes compétentes peuvent les faire fonctionner. À cette fin, des formations se mettent en place dans tous les pays soutenus par Gavi. L’inauguration récente du Centre régional d’excellence pour les vaccins, la vaccination et la gestion de la chaîne d’approvisionnement en santé, situé à l’Université du Rwanda à Kigali, représente un exemple innovant en matière de cours de formation. Son programme de formation stratégique pour les cadres (STEP – Strategic Training Executive Programme) rassemble des universités de cinq pays africains pour encadrer les gestionnaires de la chaîne d’approvisionnement.

    Toutes ces initiatives aident Gavi à éliminer les trous dans la couverture vaccinale et à remplacer les maillons manquants ou défectueux de la chaîne d’approvisionnement en vaccins, et à atteindre ainsi deux de ses objectifs, lesquels sont étroitement liés l’un à l’autre. Il ne suffit pas en effet de trouver les millions d’enfants qui manquent à l’appel. Une fois que nous les avons trouvés, il nous faut disposer des systèmes adéquats pour faire en sorte que chacun de ces enfants reçoive la totalité des vaccins qui lui manquaient.

  • Couverture vaccinale et équité au niveau mondial

    Vaccination dans les bidonvilles du Pakistan : l’histoire de deux mégapoles

    Lahore et Karachi sont les deux villes les plus grandes et les plus dynamiques du Pakistan, dont la population se compte par dizaines de millions. Pourtant, à Lahore, le nombre d’enfants vaccinés contre les maladies infectieuses est beaucoup plus élevé. Connaître les raisons de cette différence peut s’avérer salutaire.

    Lahore

    Depuis 1998, la population de Lahore a presque doublé. Malgré cela, la couverture par trois doses de vaccin diphtérie-tétanoscoqueluche (DTC3) est passée de 24% en 2014 à 76% en 2016. Fait unique au Pakistan, le tétanos a été éliminé dans la province du Pendjab dont Lahore est la capitale. La dernière épidémie de rougeole est survenue en 2013.

    Ces succès sont dus à une conjonction de facteurs parmi lesquels un leadership fort, des collaborations et des efforts concertés pour localiser les enfants non vaccinés. « Nous n’avons rien fait de révolutionnaire, nous avons simplement amélioré le suivi et la surveillance », déclare le Dr Munir Ahmed, responsable du Programme élargi de vaccination (PEV) pour la province du Pendjab et désigné par beaucoup comme l’artisan de l’amélioration impressionnante de la couverture vaccinale.

    « Nous avons bénéficié d’un soutien sans faille au plus haut niveau. Le Ministre en chef du Pendjab s’est complètement investi. Nous avons fourni des solutions informatiques et élaboré un tableau de bord de surveillance qui est à la disposition de tous les districts et tous les partenaires », confie le Dr Ahmed. Autre étape importante, les vaccinateurs communautaires et le personnel de communication engagé par l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP) se sont mobilisés pour soutenir les efforts du PEV visant à atteindre les familles qui vivent dans les bidonvilles de Lahore et qui ne sont pas enregistrées. Fait important, la gestion du PEV et de l’IMEP a été confiée à une même équipe. « C’est notre force. Aucune autre province n’a été capable de le faire », ajoute-t-il.

    Ensemble, le PEV et l’IMEP établissent des cartes des bidonvilles de Lahore, ce qui permet de déceler les endroits où peuvent se trouver des enfants non vaccinés. Ils s’occupent également de doter en personnel les centres de vaccination communautaires et persuadent les parents hésitants que la vaccination systématique est bénéfique pour leurs enfants.

    Karachi

    La population de Karachi, à 1 000 km au sud-ouest de Lahore, a également connu une croissance rapide, gonflée par des migrants attirés par l’activité portuaire et la dynamique économique de la ville. La majorité d’entre eux se sont retrouvés dans des bidonvilles, dont la taille a doublé depuis 2000. En proie à la violence et à la criminalité, beaucoup de ces bidonvilles sont devenus des zones interdites aux agents de santé et aux organisations non gouvernementales (ONG) internationales.

    À Karachi, la conjonction des problèmes de sécurité et du manque de chiffres précis sur la population ont bloqué le taux de couverture du DTC3 à moins de 50%. Les vaccinateurs locaux ne sont présents que dans 125 des 986 bidonvilles de Karachi.

    « Tout le monde peut survivre à Karachi, il y a à manger pour tout le monde dans cette ville », affirme le Dr Muhammad Amjad Ansari, préposé provincial de l’UNICEF aux vaccinations. « Mais il n’y a aucun contrôle sur le nombre de personnes qui arrivent à Karachi. Personne ne connaît la population exacte ni la situation dans laquelle se trouvent ces personnes. Si vous ne connaissez pas la population, comment pouvezvous planifier des services comme la vaccination ? »

    Mais il y a un début de changement et l’équipe PEV de Karachi commence à être plus optimiste. Les difficultés rencontrées par les autorités locales dans le suivi des enfants non vaccinés vont pouvoir être surmontées grâce à un projet de cartographie des bidonvilles mené conjointement par CHIP, une organisation de la société civile locale et l’UNICEF, avec le soutien de Gavi et du PEV. L’approbation d’un nouveau financement à long terme de Gavi a également permis au gouvernement provincial de Sindh de doubler son investissement dans la vaccination de routine. Près de 200 employés supplémentaires ont déjà été embauchés et 1 000 vaccinateurs ont été demandés.

    Surtout, la nomination d’un nouveau directeur de projet du PEV, le Dr Agha Muhammad Ashfaq, est en train de créer une nouvelle dynamique qui ouvre la voie à l’amélioration du programme de vaccination systématique de la province.

    « Nous avons fait beaucoup au cours des deux dernières années », reconnaît le Dr Ashfaq. « Je crois que le prochain sondage montrera que la couverture du DTC3 est passée à 60%–65%. » C’est un progrès considérable, sachant que la couverture était de 45% en 2015.

    « La situation s’est beaucoup améliorée. Il y a eu de graves carences pendant beaucoup d’années, tant au niveau de la formation, que des activités de surveillance. Mais maintenant, grâce à Gavi et à l’excellente équipe de l’UNICEF ici présente, nous pouvons non seulement nous remettre debout, mais commencer à courir, » conclut-il.

  • Sécurité sanitaire mondiale

    Le risque croissant d’épidémies

    Les événements de 2016 soulignent la nécessité d’une action internationale pour lutter contre les risques nouveaux et émergents de maladies infectieuses.

    En février 2016, le monde a été confronté à une nouvelle crise sanitaire. Le virus Zika, déjà implanté au Brésil, a montré des signes de propagation vers de nouveaux continents. Plus inquiétant, le virus, dont on pensait auparavant qu’il ne causait que peu ou pas de symptômes, était à l’origine de milliers de cas de malformations congénitales ou de lésions nerveuses chez les nouveau-nés.

    Cette urgence de santé publique inattendue a suivi l’épidémie dévastatrice de maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, la plus importante de l’histoire. Entre 2014 et 2016, cette épidémie a tué plus de 11 000 personnes et en a infecté plus de 28 000.

    Comme chacune de ces maladies s’est manifestée avec des comportements nouveaux, soit dans la façon de se propager soit dans la façon d’affecter la population, la communauté mondiale de la santé a été prise au dépourvu.

    Jusqu’ici, le virus Zika était considéré comme la cause d’une maladie asymptomatique ou pseudo-grippale relativement bénigne. L’épidémie du Brésil a changé cette perception au vu des preuves grandissantes d’un lien entre l’expansion de l’infection et un pic soudain du nombre d’enfants nés avec des têtes anormalement petites, syndrome connu sous le nom de microcéphalie. Le virus est transmis par le moustique Aedes aegypti, mais les scientifiques craignent qu’il ne se transmette aussi sexuellement.

    De même, pendant des décennies, la maladie à virus Ebola est restée confinée à de petites épidémies dans des régions rurales reculées et relativement peu peuplées d’Afrique, moyennant quoi elle avait un impact relativement faible. Les épidémies précédentes avaient été tellement agressives qu’elles immobilisaient et tuaient leurs victimes avant que le virus ne puisse se transmettre. Mais fin 2014, la maladie a atteint des zones urbaines densément peuplées où elle a pu se propager avec une extrême rapidité. Comme les épidémies d’Ebola et de Zika représentaient une menace pour les autres pays, l’OMS les a déclarées toutes deux urgences de santé publique de portée internationale et a lancé un appel à la communauté internationale pour mettre à exécution un plan de riposte.

    De telles épidémies sont déjà, à elles seules, très préoccupantes. Mais si l’on considère que ces événements récents peuvent devenir de plus en plus courants et avoir des conséquences encore plus catastrophiques, il y a vraiment de quoi s’inquiéter.

    Il existe un réel danger que le changement climatique et l’augmentation des déplacements massifs de populations humaines et animales disséminent les maladies et leurs vecteurs dans de nouvelles parties du monde. Du fait de l’augmentation de la population, de la dégradation des sols, des conflits armés et de la pauvreté qui alimentent la migration vers les zones urbaines, les virus auront de plus en plus d’occasions de proliférer dans les mégapoles à travers le monde. On pourrait voir réapparaître les grandes épidémies urbaines de maladies infectieuses mortelles.

    Comme les virus peuvent changer soudainement de comportement ou de mode de transmission, il est très difficile de prévoir les futures grandes menaces pour la santé publique. Cette situation, conjuguée à l’augmentation prévue du nombre et de l’ampleur des épidémies urbaines, mettra à l’épreuve notre capacité de riposte, en imposant des pressions sans précédent sur nos lignes de défense et nos stocks de vaccins essentiels.

    Des millions de personnes à risque

    L’été 2016 a été le témoin d’un autre avertissement sérieux pour la communauté sanitaire mondiale, lorsque la pire épidémie de fièvre jaune en 30 ans est survenue en Angola. Pendant des années, il s’était produit des épidémies relativement peu importantes de cette maladie transmise par les moustiques, épidémies qui étaient restées confinées dans les zones rurales d’Afrique et d’Amérique du Sud. Mais en 2016, l’épidémie s’est propagée à Luanda, la capitale de l’Angola, où les taux de couverture vaccinale antiamarile étaient faibles.

    Malgré la distribution de plus de 13 millions de doses de vaccin contre la fièvre jaune, le virus s’est également propagé à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC) voisine. Il a fallu 15 millions de doses supplémentaires pour réussir à contenir l’épidémie.

    Environ 90 millions de doses de vaccin contre la fièvre jaune sont produites chaque année dans le monde. Les stocks d’urgence s’élèvent à 6 millions de doses. Pour contenir l’épidémie en Angola et en RDC, il a fallu détourner les doses prévues pour des campagnes de prévention au risque d’apparition d’épidémies dans d’autres régions, et les stocks d’urgence se sont trouvés épuisés. Pour pouvoir vacciner plus de monde avec les vaccins disponibles, dans certaines régions, l’OMS et l’UNICEF ont préconisé de fractionner les doses, en administrant un cinquième seulement de la dose normale.

    La fièvre jaune tue déjà près de 60 000 personnes par an. À ce jour, elle ne s’est pas propagée en Asie où vivent plus de 1,8 milliard de personnes qui ne sont pas vaccinées et toute épidémie sérieuse pourrait être catastrophique. Personne ne sait pourquoi la fièvre jaune n’a pas réussi à s’établir en Asie, car le moustique Aedes aegypti, vecteur de la fièvre jaune ainsi que du virus Zika et de la dengue, est fortement endémique dans la région. En 2016, 11 cas sont survenus Chine, mais ils ont pu être circonscrits.

    Tout est dans la prévention

    Les stocks de vaccins contre la fièvre jaune n’ont pas été prévus pour faire face à de grandes épidémies urbaines. Mais le monde change. En 1950, les deux tiers de la population mondiale vivaient dans les zones rurales et un tiers en milieu urbain. D’ici 2050, cette répartition entre zones rurales et zones urbaines se sera probablement inversée. Et comme le nombre de mégapoles d’au moins 10 millions d’habitants augmente, nos stocks de vaccins d’urgence pourraient ne plus être suffisants.

    Ces nouvelles réalités ont contraint à une réévaluation des risques posés par les maladies infectieuses transmissibles de même que de l’approche actuelle pour la prévention des épidémies. En décembre 2015, l’OMS a réuni un groupe d’experts pour dresser la liste des 11 maladies pour lesquelles il n’existe actuellement aucun médicament ni aucun vaccin. La liste inclut la maladie à virus Ebola et d’autres fièvres hémorragiques telles que la maladie à virus de Marburg, la fièvre de Lassa, et la maladie à virus Zika.

    Afin de contribuer au développement accéléré de vaccins capables d’induire une protection contre les 11 maladies figurant sur la liste de l’OMS, Gavi a participé à la création de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI, pour Coalition for Epidemic Preparedness and Innovation). Les partenaires fondateurs comprennent les gouvernements de l’Inde et de la Norvège, la Fondation Bill et Melinda Gates, le Wellcome Trust et le Forum économique mondial.

    En outre, à la fin de l’année 2015, le Comité exécutif de Gavi a approuvé un engagement d’achat anticipé (Advanced Purchase Commitment, APM), prévoyant 5 millions de dollars US pour les coûts de développement d’un vaccin candidat contre le virus Ebola. En échange, le Comité exécutif a demandé que 300 000 doses soient disponibles et que le vaccin soit homologué d’ici la fin de l’année 2017. Une fois le vaccin approuvé, un stock d’urgence sera créé.

    Cependant, l’augmentation des stocks d’urgence, y compris pour les nouveaux vaccins une fois qu’ils auront été développés, ne représente qu’une partie de la solution. Le meilleur moyen de prévenir les grandes épidémies consiste à empêcher qu’elles n’éclatent en investissant dans les infrastructures de santé publique.

    Avec des systèmes de santé solides, il sera possible à l’avenir de prévenir les épidémies en organisant des campagnes de vaccination préventives et en maintenant chez les enfants des niveaux élevés de vaccination. De tels systèmes seront également utiles pour améliorer la surveillance et la capacité des pays fragiles à identifier les épidémies et à riposter rapidement.

    Les évènements de 2016 ont fourni des leçons qui pourraient s’avérer salutaires. Au Brésil, la surveillance efficace exercée par les agents de santé publique a permis d’établir rapidement le lien entre l’augmentation du nombre de naissances d’enfants microcéphales et la propagation du virus Zika. En revanche, en Afrique de l’Ouest où les systèmes de santé sont moins performants et où la surveillance des maladies est plus limitée, il s’est passé au moins trois mois entre le premier cas d’infection par le virus Ebola et la confirmation en laboratoire de la propagation du virus.

    La situation est claire. En renforçant les systèmes de vaccination de routine dans les pays les plus pauvres, on contribue non seulement à sauver la vie de personnes vulnérables, mais aussi à rendre le monde plus sûr en atténuant les menaces croissantes qui pèsent sur la sécurité sanitaire mondiale.

  • Sécurité sanitaire mondiale

    Une nouvelle forme de fragilité

    Du point de vue de la santé mondiale, la crise humanitaire en Syrie a révélé une nouvelle forme de fragilité qui a nécessité un nouveau type de réponse.

    Depuis le début du conflit actuel en 2011, la couverture vaccinale de la Syrie a chuté et n’est plus actuellement que de 42%, ce qui la situe au troisième rang des niveaux les plus bas parmi les pays soutenus par Gavi, précédée seulement par la Somalie et le Soudan du Sud. À mesure de la diminution de la couverture vaccinale, le risque d’épidémies de maladies infectieuses augmente. Les cas de polio, de rougeole et de méningite sont également susceptibles de devenir plus fréquents.

    En décembre 2016, le Conseil d’administration de Gavi a réagi à la crise humanitaire en Syrie en promettant de verser jusqu’à 25 millions de dollars par an pendant deux ans pour soutenir les campagnes de vaccination d’urgence et fournir des équipements pour la chaîne du froid. L’objectif est d’aider l’UNICEF et ses partenaires à vacciner 3 millions d’enfants syriens de moins de cinq ans.

    La difficulté consistera à atteindre ces 3 millions d’enfants alors que plus d’un tiers de la population restée en Syrie a été déracinée de ses foyers. En sept ans de conflit, plus de 11,1 millionsa de personnes ont été déplacées. Beaucoup ont rejoint des camps humanitaires, mais il reste 4,9 millions d’habitants pris au piège dans des villes assiégées et dans des zones difficiles d’accès.

    Ceux qui sont concernés par un conflit sont souvent invisibles aux yeux des organisations humanitaires, mais ils sont en revanche très vulnérables aux maladies infectieuses. La concentration d’un grand nombre de personnes non vaccinées, avec un accès limité à l’eau et aux mesures d’assainissement, représente un terreau fertile pour les épidémies.

    Cette situation n’est pas unique à la Syrie. En 2008, environ 60% de l’ensemble des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays (PDI) se trouvaient dans des zones rurales, la majorité d’entre elles résidant dans des camps humanitaires. Aujourd’hui, près de 10 ans plus tard, à peu près le même pourcentage de personnes déplacées cherche refuge dans les zones urbaines alors que seulement 1% d’entre elles se réfugie dans des camps. Loin de fuir les villes, la plupart des 65 millions de personnes déplacées dans le monde semblent s’y cacher.

    Pour les organisations s’occupant de la santé mondiale, ce nouveau type de fragilité a de sérieuses conséquences. De nouvelles solutions sont nécessaires pour atteindre les personnes déplacées, qu’elles fuient les conflits, la persécution, le changement climatique ou la pauvreté. Pour commencer à aborder ces problèmes, Gavi a adopté une nouvelle politique relative aux états fragiles, qui offre à l’Alliance la possibilité d’adapter son soutien aux besoins individuels des pays.

    a – Sources : Rapport du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Organisation des Nations Unies, décembre 2016

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