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Haïti : Vaccination en hausse malgré les troubles socio-politiques

Haïti se bat pour améliorer sa couverture vaccinale en dépit de la violence et des troubles socio-politiques qui rongent le pays depuis plusieurs années. Pourtant, des progrès notables ont été réalisés ces dernières années, avec une augmentation de 10% de la couverture vaccinale entre 2022 et 2023, selon l’UNICEF.

  • 3 juin 2024
  • 5 min de lecture
  • par Hadson Archange Albert
Hermeline Charles, directrice des soins infirmiers à l'Hôpital Bellevue La Montagne, discute avec un membre un personnel médical. Crédit : Hadson Archange Albert
Hermeline Charles, directrice des soins infirmiers à l'Hôpital Bellevue La Montagne, discute avec un membre un personnel médical. Crédit : Hadson Archange Albert
 

 

Hermeline Charles, directrice des soins infirmiers à l'Hôpital Bellevue La Montagne (HBLM) depuis trois ans, témoigne des défis et des progrès réalisés dans la vaccination en Haïti.

Situé à une trentaine de kilomètres du centre-ville de Pétion-Ville, l'Hôpital Bellevue La Montagne dessert une dizaine de localités dans une section communale dépourvue de services et d'infrastructures de base. Depuis son implantation dans la localité de Loiseau en 2019, l'hôpital a lancé une campagne de vaccination pour les enfants et les femmes enceintes, palliant l'absence de centre de vaccination dans la zone.

Les hôpitaux ne peuvent plus compter sur l'Électricité d'État d'Haïti pour alimenter leurs besoins énergétiques. Pour assurer la conservation des vaccins et maintenir la chaîne de froid, l'Hôpital Bellevue La Montagne a développé sa propre source d'énergie solaire. L'Hôpital Eliazar Germain, quant à lui, utilise des réfrigérateurs solaires pour stocker ses vaccins.

« Avant, la section communale ne disposait d’aucun centre de vaccination. Nous avons recruté des agents de santé afin d’informer les habitants que l’hôpital dispose d’un centre de vaccination. Nous avons aussi parlé aux parents et aux femmes enceintes de la nécessité de se faire vacciner », explique-t-elle.

Tous les mois, l’Hôpital Bellevue la Montagne réquisitionne une centaine des vaccins subventionnés par le ministère de la santé publique auprès de son bureau communal à Pétion-ville. La réaction de la population est très positive. La demande est souvent supérieure à l'offre, et certains vaccins, comme ceux contre le rotavirus et la poliomyélite orale, sont parfois indisponibles en raison de la crise socio-politique qui affecte le pays.

Malgré ces difficultés, l'hôpital maintient son programme de vaccination, en vaccinant tous les derniers samedis du mois.

Un engagement partagé pour la vaccination

Un constat similaire est dressé à l'Hôpital Eliazar Germain, situé au centre de Pétion-Ville. Sheilla Monfort Dessaint, responsable de la vaccination, confirme les ruptures de stock récurrentes de certains vaccins dues à la crise. « Mais, si nous n’avons pas un vaccin c’est que vous ne le trouverez nulle part dans la commune », déclare Mme Dessaint afin de manifester sa volonté à toujours vacciner la population.

L'hôpital vaccine les enfants et les femmes en âge de procréer cinq jours par semaine, du lundi au vendredi. L'équipe de vaccination se mobilise même dans les situations de violence les plus critiques. « Nous nous rendons sur place dès que nous pouvons », indique la responsable.

L’autre revers de la crise

Entre février et mai, des mouvements de violence perpétrés par des gangs ont plongé Haïti dans une grave crise de carburant. Les accès au terminal pétrolier de Port-au-Prince ont été bloqués par des rebelles armés, et selon l'ONU, les gangs occupent actuellement 80% de la zone métropolitaine de la capitale Port-au-Prince.

Face à ces défis, les hôpitaux ne peuvent plus compter sur l'Électricité d'État d'Haïti (EDH) pour alimenter leurs besoins énergétiques. Pour assurer la conservation des vaccins et maintenir la chaîne de froid, l'Hôpital Bellevue La Montagne a développé sa propre source d'énergie solaire. L'Hôpital Eliazar Germain, quant à lui, utilise des réfrigérateurs solaires pour stocker ses vaccins.

Malgré leur engagement et leurs solutions innovantes, les responsables des deux hôpitaux expriment leur préoccupation quant à la difficulté d'atteindre un plus grand nombre de personnes pour la vaccination. Leurs centres de vaccination respectifs manquent de mobilisateurs sanitaires, des acteurs essentiels pour sensibiliser la population à l'importance de la vaccination et encourager la participation aux programmes de vaccination.

Une amélioration…

Malgré les obstacles liés à la crise socio-politique, Haïti enregistre une progression encourageante de la vaccination des enfants et des femmes enceintes. Cette amélioration découle d'une collaboration active entre les hôpitaux, les centres de santé, le gouvernement et les organisations internationales.

En septembre 2023, une campagne de vaccination menée conjointement par le ministère de la Santé publique, l’OPS/OMS et d'autres partenaires a permis d'identifier plus de 5 461 enfants de 0 à 23 mois et 1 280 femmes enceintes non vaccinés ou incomplètement vaccinés dans les communes de Carrefour, Cité-Soleil, Pétion-ville et Port-au-Prince. Grâce à cette initiative, 839 enfants et 254 femmes enceintes ont pu recevoir les vaccins nécessaires jusqu’à décembre 2023. 72 mobilisateurs sanitaires ont été déployés dans le cadre de la campagne.

L'UNICEF a observé une augmentation de 10% de la couverture vaccinale de routine entre 2022 et 2023. Cette progression est attribuée à une combinaison de stratégies, notamment l'approche RED (Atteindre chaque district), une gestion efficace de la chaîne d'approvisionnement et des campagnes de sensibilisation accrues, selon l’UNICEF. L’organisme onusien salue la « résilience remarquable » d'Haïti dans son engagement à protéger la santé des enfants.

Dans un rapport publié en août 2023, le ministère de la santé publique affirme que son objectif est d’assurer la couverture vaccinale de 95% et pour tous les vaccins. En ce sens, une stratégie de renforcement de la vaccination routinière a été mise en place au profit des enfants de moins d’un an et des femmes enceintes. Les résultats préliminaires sont prometteurs, avec au moins 75% des enfants de moins d'un an ayant reçu le BCG et le vaccin contre la rougeole/rubéole dans certaines régions. Dans certains départements, ces taux dépassent même 100%, toujours selon le ministère.