Comment un producteur de sucre zimbabwéen aide à faire reculer le cancer du col de l’utérus
Géant de l’industrie du sucre, Tongaat Hulett dispose d’un réseau étendu, d’une grande influence et de son propre personnel de santé. Récemment, la société est montée au créneau en s’associant avec le ministère de la Santé pour intensifier les efforts nationaux de lutte contre le cancer du col de l’utérus.
- 21 octobre 2026
- 6 min de lecture
- par Progress Mwareya
Quand des centaines de femmes de Chiredzi, région semi-rurale du sud-est du Zimbabwe bien connue pour ses plantations de canne à sucre, se sont empressées d’aller se faire dépister pour le cancer du col de l’utérus, en janvier dernier, il est apparu que le messager comptait sans doute autant que le message dont il était porteur.
Cette campagne avait été annoncée dans les communautés par l’un de ses organisateurs, le producteur de sucre le plus ancien et le plus important du pays – et l’un des premiers employeurs de la région. Tongaat Hulett Zimbabwe, filiale de la société agroalimentaire sud-africaine, s’était en effet associée au ministère de la Santé et de la Protection de l’enfance zimbabwéen pour faire progresser les efforts de prévention contre le cancer du col de l’utérus. Au sein de cette alliance inédite, l’influence de la société s’est exercée jusqu’au dernier kilomètre en faveur de la santé publique.
D’après Dahlia Garwe, directrice des affaires commerciales de la société, cette campagne avait pour but de sensibiliser les femmes à l’importance du dépistage par frottis cervico-vaginal, et leur expliquer qu’en cas d’anomalie, elles seraient orientées vers les structures appropriées pour une colposcopie, une biopsie, voire une intervention chirurgicale.
« La récente initiative menée à Chiredzi pour le dépistage du cancer du col de l’utérus est le tout premier programme à avoir été mis en œuvre en partenariat direct avec le ministère de la Santé et de la Protection de l’enfance à l’échelle d’une ville », explique-t-elle, rappelant que le projet s’adressait à toutes les femmes éligibles, et non les seules employées de la société.
Crédit : Ministère de la Santé du Zimbabwe
Cela fait environ 10 ans que Tongaat Hulett propose un programme interne de dépistage du cancer du col de l’utérus dans l’ensemble de ses plantations de canne à sucre, principalement pour ses employées et leurs familles, explique Mme Garwe. Tongaat Hulet Zimbabwe emploie près de 1 030 femmes, ce qui représente environ 7 % de son effectif.
La collaboration mise en place actuellement avec le gouvernement a pour objectif d’atteindre une plus grande partie de la communauté. Le rôle de Tongaat Hulett consiste à fournir peu ou prou tout le nécessaire au projet, à l’exception des vaccins : solutions de transport et soutien logistique pour les équipes de proximité, fournitures médicales consommables et équipements de dépistage, ainsi que du personnel de santé et clinique en appui aux services de dépistage et pour mener des campagnes d’éducation sanitaire et de sensibilisation auprès des communautés.
« Bombarder » d’informations la population
Les gros employeurs tels que Tongaat Hulett disposent souvent de leurs propres infrastructures complètes de soins de santé, considérant que protéger la santé de la main-d’œuvre leur permet de maximiser la productivité. Le dispositif de santé du sucrier s’articule autour du centre médical Hippo Valley Estates, un hôpital de 50 lits qui accueille à la fois les employés (gratuitement) et la population locale (moyennant une modique participation). Les services de vaccination – entièrement gratuits – administrent des vaccins fournis par le gouvernement.
Au-delà des 162 membres du personnel de santé travaillant à Hippo Valley Estates, l’entreprise emploie des dizaines d’agentes et agents de santé communautaires, qui interviennent auprès des communautés vivant à proximité de ses plantations et usines les plus éloignées.
Autrement dit, la société jouit d’une influence colossale en matière de santé publique. Si Tongaat Hulett emploie directement entre 14 000 et 16 000 personnes à Chiredzi, le district de Chiredzi compte 300 000 habitants.
Pour aller plus loin
Edina Rukuni, infirmière et responsable de la santé maternelle et infantile à Tongaat Hulett Zimbabwe, a participé à la campagne de dépistage du cancer du col de l’utérus organisée en janvier. À cette occasion, se rappelle-t-elle, l’ensemble de l’équipe de santé a été déployée, principalement à Tshovani, la commune à faible revenu la plus peuplée du district de Chiredzi, en partenariat avec les équipes du ministère de la Santé du Zimbabwe.
« L’idée, c’était de bombarder la commune d’informations – nous avons donc apporté notre soutien au ministère pour sensibiliser le plus grand nombre de personnes possible au virus du papillome humain. Nous avons utilisé notre équipement, notre main-d’œuvre, afin d’atteindre le plus de femmes possible. Ici, à Hippo Valley, nous prenons en charge le virus du papillome humain dans les centres de santé de la société. Mais pour cette campagne, nous étions basés dans une polyclinique publique », poursuit-elle.
« Nous dépistons tout le monde. Si nous détectons un cancer du col de l’utérus, nous orientons la patiente vers un hôpital public, où des chirurgiens prennent le relais », ajoute-t-elle.
Des partenariats public-privé
Au Zimbabwe, le gouvernement est aux commandes des soins de santé publique, mais il se repose sur un réseau de partenaires pour leur mise en œuvre.
C’est également le cas pour le programme national de vaccination contre le virus du papillome humain, lancé en 2018 dans le cadre de la prévention du cancer du col de l’utérus. Le gouvernement fournit les infrastructures de soins de santé primaires – à savoir les structures de santé et le personnel clinique – et les gros donateurs tels que Gavi et l’UNICEF financent les doses de vaccins et participent aux coûts de la mise en œuvre.
Tongaat Hulett n’est pas la seule grande société à s’engager et à prêter main-forte. Econet, géante des télécoms, a elle aussi participé aux efforts en apportant son soutien logistique et en proposant l’envoi gratuit et en masse de SMS dans les langues locales pour promouvoir le dépistage du cancer du col de l’utérus et du cancer du sein.
La société met également à disposition des lignes téléphoniques gratuites pour les structures médicales, afin que les femmes puissent contacter sans frais des organismes caritatifs médicaux tels que Population Services Zimbabwe pour toute question concernant les maladies comme le cancer du col de l’utérus et les différentes options de diagnostic et de traitement. L’opérateur a aussi collaboré avec certains programmes menés par des organisations comme Cancer Association of Zimbabwe et Cancer Care Network Zimbabwe.
D’autres grandes sociétés, comme Zimplats – le plus grand exploitant de métaux du groupe du platine au Zimbabwe – proposent également des dépistages médicaux à leurs employés, contribuent à la rénovation des hôpitaux publics et apportent un soutien ponctuel au gouvernement pour lutter contre des maladies telles que le VIH, le choléra et le cancer du col de l’utérus.
« S’il est actuellement difficile de mettre un chiffre sur la valeur financière que représente ce soutien, [les entreprises privées] investissent de manière déterminante et soutenue dans les systèmes de santé communautaire et complètent les programmes publics tels que les campagnes de vaccination », explique Mme Garwe, employée de Tongaat Hulett.
Juste à temps
Macy Hofa, 34 ans, de Hippo Valley, se dit reconnaissante. Elle a reçu un traitement après qu’on lui a décelé des anomalies cellulaires et des lésions précancéreuses au cours d’un dépistage assuré par le personnel médical de Tongaat Hulett en 2023, explique-t-elle. Aujourd’hui, elle est totalement guérie.
« C’est la première fois que j’en entendais parler [des lésions et des risques liés au cancer du col de l’utérus], mais mon mari voulait que l’on consulte des prophètes, car il me pensait frappée par des esprits maléfiques », se souvient Macy Hofa. Elle a préféré suivre les conseils des infirmières, qui l’ont orientée vers un grand hôpital public, où elle s’est fait opérer à temps.
« Tout s’est bien passé. Je viens à nouveau d’accoucher d’une petite fille, que j’amènerai se faire vacciner contre le virus du papillome humain dès qu’elle aura l’âge. Le personnel de santé de Tongaat Hulet a vraiment été d’un grand soutien », déclare-t-elle.
L’histoire de Hofa confirme les pensées de sœur Rukuni, selon qui le manque de « comportements de recours aux soins de santé » est la raison pour laquelle les femmes des districts semi-ruraux s’exposent inutilement à des risques.
« Il y a cette idée commune de se dire que si l’on n’est pas malade, pourquoi aller se faire dépister ? », explique-t-elle pour décrire le phénomène.
C’est pourquoi des sociétés telles que Tongaat Hulet disposent de leurs propres agentes et agents de santé communautaires, qui collaborent étroitement avec les agentes et agents de santé communautaires employés par l’État, en particulier dans les districts agricoles, afin d’informer à l’avance les familles, par l’intermédiaire de leurs enfants scolarisés, des prochaines séances de dépistage et de vaccination.
« Nous ne choisissons pas nos lieux d’intervention au hasard », déclare sœur Rukuni. « Nous travaillons main dans la main, les agentes et agents de santé communautaires employés par la société et ceux du public, dans les villages. »
Le Zimbabwe supporte une importante charge de morbidité liée au cancer du col de l’utérus : 2 318 décès ont été enregistrés en 2023 selon l’Observatoire mondial sur le cancer de l’Organisation mondiale de la Santé et le Centre international de recherche sur le cancer.
Le rôle central du secteur privé dans les efforts de vaccination menés au Zimbabwe répond aux stratégies nationales visant à décentraliser la prestation des soins de santé.
Davantage de Progress Mwareya
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