Grâce au vaccin contre le VPH, les jeunes femmes ne meurent plus du cancer du col de l’utérus en Angleterre
Entre 2020 et 2024, aucune femme âgée de 20 à 24 ans n’est morte d’un cancer du col de l’utérus en Angleterre — une première depuis l’introduction du vaccin contre le virus du papillome humain (VPH).
- 23 juin 2026
- 5 min de lecture
- par Priya Joi
En bref
- Une analyse publiée dans The Lancet, portant sur les données nationales de mortalité en Angleterre, n’a recensé aucun décès par cancer du col de l’utérus chez les femmes âgées de 20 à 24 ans entre 2020 et 2024.
- Les chercheurs estiment que le programme de vaccination contre le VPH a déjà permis d’éviter environ 200 décès par cancer du col de l’utérus en Angleterre, et que de nombreuses autres vies devraient être sauvées à mesure que les femmes vaccinées avancent en âge.
- Toutefois, les experts alertent sur la baisse des taux de vaccination en Angleterre, désormais inférieurs au niveau que l’OMS juge nécessaire pour éliminer le cancer du col de l’utérus.
Une nouvelle étude estime que des centaines de décès ont déjà été évités grâce au programme national de vaccination contre le VPH en Angleterre, et que de nombreuses autres vies devraient être sauvées à mesure que les femmes vaccinées avancent en âge.
Au début des années 2000, environ 50 femmes de moins de 35 ans mouraient chaque année d’un cancer du col de l’utérus en Angleterre. Presque tous les cancers du col de l’utérus sont causés par le virus du papillome humain (VPH), et entre 2020 et 2024, grâce au vaccin contre le VPH, le nombre de décès dans la tranche d’âge des 20 à 24 ans est tombé à zéro.
La vaccination est essentielle car le VPH est l’une des infections sexuellement transmissibles les plus courantes ; environ 80 % des personnes le contracteront au cours de leur vie si elles ne sont pas vaccinées.
« Il est incroyable de penser qu’une seule injection puisse presque éliminer un type particulier de cancer », a déclaré à la BBC Peter Sasieni, chercheur principal de l’étude à la Queen Mary University of London.
Mais ces progrès dépendent du maintien de taux de vaccination élevés, qui sont en baisse en Angleterre. En 2024-2025, seules 76 % des filles étaient vaccinées à l’âge de 15 ans, un niveau nettement inférieur au seuil de 90 % que l’OMS juge nécessaire pour éliminer le cancer du col de l’utérus en tant que problème de santé publique.

Quel a été l’impact de la vaccination contre le VPH sur les décès par cancer du col de l’utérus ?
Sasieni et sa collègue Milena Falcaro ont examiné tous les décès par cancer du col de l’utérus enregistrés chez les femmes âgées de 20 à 34 ans en Angleterre entre 2001 et 2024. Elles ont réparti ces femmes en trois groupes d’âge — 20-24 ans, 25-29 ans et 30-34 ans — et utilisé un modèle statistique pour comparer les décès réellement survenus avec le nombre de décès qui auraient été attendus en l’absence du vaccin.
L’impact le plus important a été observé chez les femmes les plus jeunes. Celles qui avaient entre 20 et 24 ans entre 2020 et 2024 s’étaient vu proposer le vaccin lorsqu’elles avaient 12 ou 13 ans, et environ neuf sur dix l’avaient reçu. Aucune d’entre elles n’est morte d’un cancer du col de l’utérus. Sans le vaccin, les chercheurs estiment qu’environ 23 seraient décédées. Ces travaux ont été publiés dans The Lancet.
Pour aller plus loin
Le constat est similaire chez les femmes âgées de 25 à 29 ans, chez qui la vaccination a également fortement réduit le nombre de décès. Chez les femmes âgées de 30 à 34 ans, l’effet est plus limité et plus difficile à mesurer, en partie parce que la plupart d’entre elles se sont vu proposer le vaccin à la fin de l’adolescence, alors qu’elles avaient peut-être déjà été exposées au VPH. Le vaccin est le plus efficace lorsqu’il est administré avant toute exposition au virus.
Au total, l’étude estime que le programme de vaccination a déjà permis d’éviter environ 200 décès par cancer du col de l’utérus en Angleterre. Les chercheurs soulignent que ce n’est qu’un début. À mesure que davantage de femmes vaccinées atteindront la fin de la trentaine et la quarantaine, âges auxquels les décès par cancer du col de l’utérus commencent généralement à augmenter, le nombre de vies sauvées devrait croître rapidement au cours des deux prochaines décennies.
Les auteurs prennent soin de préciser que l’absence de décès dans le groupe d’âge le plus jeune reflète en partie le très faible taux de décès par cancer du col de l’utérus habituellement observé chez des femmes aussi jeunes. Malgré cela, la tendance plus large observée entre les différents groupes d’âge et au fil du temps confirme que le vaccin fonctionne bien.
Que signifie cette avancée pour les efforts d’élimination du cancer du col de l’utérus ?
La vaccination contre le VPH est la pierre angulaire du plan mondial de l’OMS visant à éliminer le cancer du col de l’utérus en tant que problème de santé publique. L’Angleterre a lancé son programme en 2008, en proposant le vaccin aux filles âgées de 12 et 13 ans, avec une campagne de rattrapage pour les adolescentes plus âgées.
Le vaccin agit en protégeant contre le virus du papillome humain (VPH), un virus courant transmis par contact peau à peau. La plupart des infections au VPH disparaissent d’elles-mêmes, mais certaines peuvent provoquer des changements cellulaires susceptibles d’entraîner un cancer des années plus tard. Deux souches, VPH16 et VPH18, sont responsables de la grande majorité des cancers du col de l’utérus chez les jeunes femmes.
Des études antérieures avaient déjà montré que le vaccin réduit le nombre de cas de cancer du col de l’utérus. Ce qui n’était pas encore établi, jusqu’à présent, était de savoir s’il permettait aussi de réduire les décès. Certains chercheurs craignaient que les cancers évités grâce à la vaccination soient surtout des cancers à un stade précoce, qui auraient de toute façon été détectés par le dépistage, tandis que les cancers plus avancés, responsables de la plupart des décès, resteraient inchangés. Cette étude montre que cette crainte n’était pas fondée.
Le cancer du col de l’utérus reste, à l’échelle mondiale, la deuxième cause de décès par cancer chez les femmes de moins de 65 ans. Environ 3 300 cas sont diagnostiqués chaque année au Royaume-Uni, et l’on estime que le VPH est à l’origine d’environ 99 % d’entre eux. Vacciner les adolescents avant qu’ils ne soient exposés au virus reste, de loin, le moyen le plus efficace de le prévenir.
« À mesure que les générations vaccinées avancent en âge, nous verrons beaucoup plus de vies sauvées du cancer du col de l’utérus », a déclaré Sasieni. « Ces nouvelles recherches montrent à quel point il est essentiel de maintenir des niveaux élevés de vaccination contre le VPH, afin de protéger davantage de personnes. »
Michelle Mitchell, directrice générale de Cancer Research UK, qui a financé l’étude, a qualifié ces résultats de « jalon extraordinaire », tout en alertant sur la baisse des taux de vaccination. « Il est essentiel que le gouvernement britannique et les systèmes de santé s’attaquent de toute urgence à ce problème, par des actions ciblées pour atteindre les communautés où la couverture vaccinale est la plus faible », a-t-elle déclaré à la BBC.
Ces résultats soutiennent l’objectif de l’OMS visant à éliminer le cancer du col de l’utérus en tant que problème de santé publique. Mais pour l’atteindre, les pays devront parvenir à obtenir, puis à maintenir, une couverture vaccinale élevée chez les jeunes adolescents, en Angleterre comme dans le reste du monde.
Davantage de Priya Joi
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