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En Haïti, l’accès au vaccin contre le VPH reste un défi

Le virus du papillome humain est responsable en majeure partie du cancer du col de l’utérus. Cette pathologie est l’une des principales causes de décès chez les femmes en Haïti. Tandis que plusieurs pays dans la région caribéenne et en Amérique font vacciner leur population afin de prévenir le cancer du col de l’utérus, Haïti n’a toujours pas entamé de campagne nationale de vaccination contre le VPH.

  • 11 juillet 2022
  • 5 min de lecture
  • par Laura Louis
Mireille Desrose et Benita Albert ont participé à la campagne de dépistage du cancer du col de l'utérus. Crédit : Laura Louis
Mireille Desrose et Benita Albert ont participé à la campagne de dépistage du cancer du col de l'utérus. Crédit : Laura Louis
 

 

En 2014, un groupe d’étudiants de Duke University en Caroline du Nord ont mené une étude en Haïti sur la réceptibilité du vaccin contre le papillomavirus humain. L’étude portait sur un échantillon de 475 femmes et hommes vivant à Port-au-Prince, la capitale du pays, et Léogâne, une ville située à l’entrée sud de cette capitale. Seulement 23% des personnes interrogées avaient déjà entendu parler du VPH. Pour ces derniers, la majorité d’entre eux avaient déjà contracté une infection sexuellement transmissible donc ils avaient possiblement entendu parler du papillomavirus humain d’un prestataire de santé. Seulement 10% des parents avaient entendu parler du virus, cependant 96% étaient d’accord pour faire vacciner leurs filles contre le papillomavirus si le vaccin était disponible.

L’Organisation mondiale de la santé recommande le vaccin contre le virus du papillome humain pour des enfants principalement des filles de 9-14 ans (avant le premier rapport sexuel). Le vaccin permet de réduire considérablement les risques de cancer du col de l’utérus. En Haïti, ce vaccin n’est pas disponible dans le calendrier national de vaccination, c’est-à-dire qu’il n'est pas disposé gratuitement à la population comme c’est le cas pour le vaccin contre la COVID-19.

Pourquoi le vaccin n’est pas disponible ?

Selon le gynécologue Batsch Jean Jumeau, président de la Société haïtienne d’Obstétrique et de gynécologie, le ministère haïtien de la santé publique a dans le passé déjà entrepris des démarches en vue de rendre le vaccin disponible gratuitement à sa population. « Puisque nous sommes partenaires du ministère, nous savons qu’il y avait un plan pour que le vaccin soit accessible. Cependant, les démarches n’ont pas abouti parce que le vaccin coute cher ». En 2021, un vaccin contre le papillomavirus coûte en moyenne 4000 dollars américains sur le marché international.

Seulement 10% des parents avaient entendu parler du virus, cependant 96% étaient d’accord pour faire vacciner leurs filles contre le papillomavirus si le vaccin était disponible.

Haïti a le support de Gavi dans le cofinancement de plusieurs vaccins notamment le rotavirus. Selon Gavi, le pays n’a pas encore fait la demande formelle, ce qui permettrait de partager le coût du vaccin avec l'organisation internationale via un accord de co-financement. Mais en Haïti les moyens ne suffisent pas à financer un tel vaccin. « Le ministère haïtien de la santé dispose d’un très faible budget qui ne lui permet pas de répondre à tous les besoins de la population en termes de vaccins », déclare l’épidémiologiste Jean Hugues Henrys, le président de l’Association médicale haïtienne.

La prévention est vitale

Vu qu’il n’y a pas de vaccin contre le VPH, pour prévenir le cancer du col, la Société haïtienne d’Obstétrique et de gynécologie priorise l’éducation de masse et le dépistage. « Quand les femmes sont informées de l’existence de la maladie, elles peuvent mieux se protéger. Le cancer du col prend 15-20 ans pour se développer. Une personne atteinte qui se fait soigner à temps, a de grandes chances de sauver sa vie », souligne Jean Jumeau Batsch.

Pour permettre aux femmes de se protéger, chaque mois de mai, qui est la période de célébration de la fête des mères en Haïti, des cliniques, hôpitaux et centres de santé organisent des frottis cervicaux gratuitement à l’intention des femmes adultes qui ont déjà eu des rapports sexuels.

Mireille Desrose et Benita Albert sont deux mères qui ont participé à cette campagne en mai dernier. Elles ont effectué un frottis pour la deuxième fois au seul hôpital communautaire de leur zone. Pour les deux dames, le résultat à VPH est négatif.

« Le cancer du col de l'utérus prend 15-20 ans pour se développer. Une personne atteinte qui se fait soigner à temps, a de grandes chances de sauver sa vie »

« C’est un test que nous prenons à cœur », dit Mireille Desrose, âgée de 55 ans. « Je l’ai fait pour la première fois en 2015 parce qu’une amie me l’avait conseillé. »

En cette période, le médecin avait découvert le virus dans l’organisme de Desrose. « J’ai fait un traitement qui m’a coûté une énorme somme d’argent mais heureusement j’ai pu sauver ma vie », se réjouit la dame.

Pour sa part, Benita Albert avait également effectué son premier frottis en 2015 et elle a toujours eu des résultats négatifs au VPH. « Je reste quand même prudente parce que deux membres de ma famille sont décédés du cancer du col de l’utérus », affirme la dame de 61 ans.

Mireille Desrose et Benita Albert n’ont jamais entendu parler du vaccin contre le papillomavirus humain. Pour Mireille Desrose, ce vaccin aiderait à réduire la mortalité chez les femmes. Force est de rappeler que le vaccin contre le virus du papillome humain a été introduit depuis 2017 en République dominicaine, le pays qui partage la même ile avec Haïti.

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