Une vaste étude confirme que le vaccin contre le paludisme sauve des vies et réduit les hospitalisations
Au Ghana, au Kenya et au Malawi, l’évaluation du vaccin RTS,S confirme les premiers signaux observés depuis son introduction : la vaccination réduit les décès d’enfants et les hospitalisations graves, ouvrant une nouvelle étape dans la lutte contre le paludisme en Afrique.
- 21 mai 2026
- 4 min de lecture
- par Priya Joi
En bref
- Une nouvelle étude publiée dans The Lancet confirme que le vaccin antipaludique RTS,S a réduit de 13 % la mortalité toutes causes confondues chez les enfants dans le cadre de programmes pilotes menés au Ghana, au Kenya et au Malawi, soit environ un décès sur huit évité.
- Cet impact a été observé alors que seuls 71 % des enfants avaient reçu trois doses et 40 % la quatrième, ce qui atténue les inquiétudes initiales selon lesquelles une couverture très élevée serait indispensable.
- Des données antérieures issues du même programme avaient déjà montré une baisse de 32 % des hospitalisations pour paludisme grave et contribué à la recommandation de l’OMS en 2021. Cette nouvelle analyse est la première à mesurer l’impact sur la mortalité sur l’ensemble des quatre années d’évaluation.
En 2024, le paludisme a tué environ 438 000 enfants en Afrique. La plupart n’avaient pas encore atteint leur cinquième anniversaire.
La majorité de ces décès surviennent dans des régions où la maladie compte parmi les principales causes de mortalité depuis des générations, et où les familles s’appuient depuis longtemps sur les moustiquaires, les répulsifs et les antipaludiques pour faire face à un parasite qui s’adapte plus vite que les outils utilisés pour le combattre.
L’arrivée du vaccin antipaludique RTS,S a marqué une étape majeure : le Ghana, le Kenya et le Malawi ont été les premiers pays au monde à le proposer à leur population dans le cadre d’un projet pilote lancé en 2019, avant que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ne le recommande pour un usage élargi en 2021.
Les premières études avaient fait état d’une baisse de 13 % de la mortalité toutes causes confondues. Une nouvelle étude complète, portant sur les quatre années de déploiement du vaccin et publiée dans The Lancet, confirme désormais ce chiffre. Cela correspond à environ un décès sur huit évité.
« Ces données apportent une preuve très solide du potentiel des vaccins antipaludiques pour modifier la trajectoire de la mortalité infantile en Afrique », a déclaré la Dre Kate O’Brien, directrice du Département Vaccination, vaccins et produits biologiques de l’OMS, et coautrice de l’évaluation, dans un communiqué de l’OMS.
Mesurer l’impact
L’étude a suivi 158 groupes répartis dans les trois pays : 79 zones ont introduit le vaccin en 2019, tandis que 79 autres ont servi de zones de comparaison avant de le recevoir plus tard. La surveillance reposait sur un réseau de plus de 26 000 rapporteurs locaux, chargés de signaler aux chercheurs les décès d’enfants dans leurs communautés, avant des visites à domicile destinées à en confirmer les détails.
Les résultats sont particulièrement solides en raison de la manière dont l’étude a été conçue. Les groupes ont été assignés de façon aléatoire, leurs caractéristiques de départ étaient comparables, et la couverture d’autres interventions — notamment les moustiquaires, les vaccins de routine et le recours aux soins en cas de fièvre — est restée similaire dans les zones de mise en œuvre et de comparaison pendant les quatre années.
Pour aller plus loin
Cela signifie, selon les chercheurs, que la baisse des décès peut être « attribuée avec certitude » au vaccin lui-même, plutôt qu’à d’autres évolutions dans la prise en charge du paludisme.
Dans les pays pilotes, 1,29 million d’enfants ont reçu la première dose pendant la période d’évaluation, 1,07 million ont reçu la troisième dose et 436 527 la quatrième. Le bénéfice en matière de mortalité a été observé chez les filles comme chez les garçons, sans différence significative entre les sexes.
Les hospitalisations pour paludisme grave ont également reculé de 22 %, sans que soient observés les signaux de sécurité — excès de cas de méningite, de paludisme cérébral ou de décès chez les filles — qui avaient été relevés lors de l’essai initial.
Un succès malgré une couverture inégale
À la fin de l’évaluation, 71 % des enfants éligibles avaient reçu trois doses du vaccin et 40 % avaient reçu la quatrième. Les années précédentes, certains craignaient que l’impact de RTS,S sur la santé publique dépende de l’administration complète des quatre doses.
Les nouvelles données suggèrent le contraire.
Même avec une couverture modérée, et alors qu’un nombre important d’enfants n’avaient pas reçu la quatrième dose, le vaccin a permis de réduire nettement le nombre de décès.
Les auteurs jugent ces résultats rassurants, avec des implications directes pour les 25 pays africains qui ont désormais intégré les vaccins contre le paludisme à leur calendrier de vaccination infantile. Beaucoup de ces pays connaissent une charge palustre plus élevée que les zones pilotes.
Selon l’OMS : « L’impact positif devrait être aussi élevé, voire plus élevé, dans les autres pays africains qui proposent désormais les vaccins contre le paludisme aux jeunes enfants dans les zones de forte transmission. »
L’étude souligne également un point sur lequel l’OMS insiste depuis le début : l’introduction du vaccin contre le paludisme ne se fait pas au détriment des autres interventions de santé infantile.
Le recours aux vaccins de routine et l’utilisation des moustiquaires sont restés stables. En réalité, une proportion significative d’enfants qui ne dormaient pas sous moustiquaire imprégnée d’insecticide ont tout de même reçu le vaccin antipaludique, augmentant ainsi la part d’enfants bénéficiant d’au moins une forme de prévention contre le paludisme.
Le schéma à quatre doses crée aussi de nouveaux points de contact avec le système de santé, qui pourraient, selon les auteurs, être mis à profit pour administrer d’autres vaccins, de la vitamine A ou des moustiquaires lors des mêmes visites.
Les auteurs notent que, « dans de nombreuses régions où les vaccins contre le paludisme sont les plus urgemment nécessaires, leur administration se heurte souvent à la faiblesse des systèmes de santé, à la méfiance et aux conflits ».
Ils ajoutent néanmoins : « Nos résultats montrent que des réductions substantielles des décès chez les jeunes enfants sont possibles même lorsque seuls des niveaux modérés de couverture vaccinale contre le paludisme peuvent être atteints. »
Davantage de Priya Joi
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