Manœuvres défensives : quand l’armée développe des vaccins
Les vaccins assurent une excellente ligne de défense, les généraux des armées l’ont compris depuis des siècles. D’ailleurs, de nombreux vaccins modernes trouvent leurs origines dans des programmes de recherche dirigés par des militaires. Pour mieux comprendre ce que l’on peut retenir des travaux de recherche et développement menés à tambour battant durant la Seconde Guerre mondiale, VaccinesWork s’est entretenu avec la docteure Kendall Hoyt.
- 19 mai 2026
- 14 min de lecture
- par Maya Prabhu
En bref
- Dans la majorité des conflits qui ont ponctué la plus grande partie de notre histoire, les maladies ont fait plus de victimes que les armes parmi les soldats. Voilà déjà plusieurs siècles que les responsables militaires considèrent la vaccination comme une précieuse stratégie de défense.
- Les programmes de recherche militaires ont joué un rôle crucial dans la mise au point ou l’amélioration de nombreux vaccins. L’investissement de l’armée américaine en faveur de la recherche et du développement des vaccins durant et après la Seconde Guerre mondiale, notamment, reste dans les mémoires pour les succès sans précédent qu’il a permis d’obtenir.
- Comment expliquer ces accomplissements ? D’après la docteure Kendall Hoyt, chercheuse, cette réussite repose dans des travaux de recherche et développement axée sur des missions.
On ne gagne jamais vraiment une guerre. Elle est plutôt synonyme de pertes : il s’agit d’en infliger autant que possible tout en s’en préservant du mieux que l’on peut. Tout ce qui permet de se protéger des explosions, des tirs ou de la maladie constitue une défense efficace.
Ce dernier point, surtout, est important. La maladie a plus d’une fois réduit à néant ou inversé l’avantage que confère une puissance de feu supérieure.
C’est le paludisme qui a fini par renverser Alexandre le Grand, mettant un frein à sa conquête destructrice du monde quelque part dans la région actuelle du Pendjab. La fièvre jaune s’est quant à elle fait l’alliée des esclaves rebelles de Haïti, non dénués de compétences stratégiques[1], mais peu armés au départ, les aidant à chasser de leurs terres les soldats professionnels des armées impériales française, britannique et espagnole. En Russie, la Grande Armée de Napoléon, la plus grande force militaire que l’Europe ait jamais connue à l’époque, a été annihilée par le froid et une offensive menée par trois bactéries.
C’est un fait : dans tous les conflits majeurs rapportés jusqu’à au moins 1870[2], les pathogènes ont tué plus de combattants que les armes, et souvent de très loin[3]. Cela n’a rien d’étonnant, car les baraquements et les lignes de front créent les conditions idéales pour que des épidémies s’y développent. Des foules d’hommes dont le système immunitaire est affaibli se retrouvent entassées dans des environnements exigus et généralement peu hygiéniques, souvent loin de l’écosystème pathogène qui a façonné les défenses naturelles de leur organisme.
Source : Wellcome Collection.
Au fil du temps, la balance de la mortalité a commencé à pencher plus fréquemment vers les blessures[4]. L’art de la guerre s’est modernisé : les armes ont gagné en pouvoir de destruction, tandis que les scientifiques et les médecins militaires parvenaient de mieux en mieux à sauver les gens de la maladie.
Immunité stratégique
Les chefs militaires ont commencé assez rapidement à comprendre l’utilité de la vaccination.
Ils avaient là une technologie susceptible d’éliminer complètement la menace de certaines épidémies, de réduire le nombre de victimes et de lever les contraintes tactiques liées à la convalescence des soldats.
De fait, en 1777, près de 20 ans avant qu’Edward Jenner ne découvre le vaccin contre la variole, le général George Washington, après avoir pesé les risques, ordonna que tous les soldats de l’Armée continentale soient soumis à la variolisation – une procédure bien plus dangereuse que la vaccination, car elle consistait à utiliser le virus de la variole à l’état pur comme agent immunisant. Il écrivait à l’époque : « Si ce désordre venait à se propager naturellement au sein de l’armée et à faire rage avec sa virulence habituelle, nous aurions davantage à le redouter que la lame de l’ennemi. »
De nos jours, la plupart des armées exigent que leurs troupes soient vaccinées contre certains pathogènes. Les programmes de défense de plusieurs pays ont investi – et continuent d’investir – d’importantes sommes dans la mise au point de vaccins afin de renforcer leur préparation contre des menaces d’origine naturelles, mais aussi contre des armes biologiques. Plusieurs vaccins de cette première catégorie ont fini par être mis à la disposition du grand public, pour le bien de toutes et tous.
L’âge d’or des programmes militaires de recherche et développement en vaccins
Dans le domaine de l’innovation vaccinale, l’armée américaine se distingue particulièrement. Mais si le Département de la Défense investit encore aujourd’hui dans le développement de vaccins, il lui sera difficile de reproduire la vague de succès obtenue par les programmes de recherche et développement en vaccins menés durant la Seconde Guerre mondiale.
La docteure Kendall Hoyt, professeure associée à la Geisel School of Medicine du Dartmouth College et auteure de Long Shot: Vaccines for National Defense, s’est plongée dans l’étude de cet âge d’or. D’après elle, la recherche militaire est à l’origine du développement de « nouveaux vaccins ou de vaccins améliorés pour 10 des 28 maladies évitables par la vaccination identifiées au 20e siècle ».
La nouvelle guerre récente qui touchait alors l’Europe a ramené l’attention sur les enseignements tirés de la pandémie de grippe espagnole de 1918, qui s’était déclarée à la fin du dernier grand conflit, faisant entre 50 et 100 millions de victimes à travers le monde. Les soldats américains n’avaient pas été épargnés : entre 20 et 40 % des hommes mobilisés sont tombés malades, et des dizaines de milliers de soldats et de marins sont décédés. Selon une estimation, ces pertes représenteraient plus de 80 % du total des victimes de guerre déplorées par l’armée américaine.
La crainte que survienne à nouveau une telle catastrophe a entraîné des dépenses massives. Entre 1940 et 1942, le budget consacré à la recherche médicale de l’armée américaine a augmenté de plus de 100 %.
Presque aussitôt, les programmes de recherche sur les vaccins menés par la Défense ont commencé à justifier un tel investissement en enregistrant des succès sans précédent. Il n’a fallu que 19 mois entre le lancement du programme de développement du tout premier vaccin contre la grippe et son approbation pour un usage militaire. Dans le meilleur des cas, à l’époque, développer un vaccin prenait habituellement quatre fois plus de temps.
Source : Wellcome Collection.
Les premiers vaccins contre la pneumonie à pneumocoques, la grippe, l’encéphalite japonaise et la toxine botulique émergeront de programmes semblables durant les années et décennies suivantes. Les programmes militaires ont produit des vaccins améliorés contre la fièvre jaune, le choléra, la peste, la variole et le tétanos, mais aussi un nouveau vaccin contre le typhus, qui est venu remplacer l’ancien, abandonné depuis.
Dans les années 1980, pourtant, cette vague d’innovation sans précédent a commencé à s’essouffler. Que s’est-il passé ?
Le bloc défensif
Reformulons plutôt la question : comment l’armée américaine est-elle parvenue, avant cela, à obtenir de tels succès ?
Les résultats exceptionnels obtenus dans le développement de vaccins sous l’impulsion du secteur de la défense après la Seconde Guerre mondiale, nous explique la docteure Hoyt lors de son récent entretien avec VaccinesWork, tenaient moins à une inspiration scientifique qu’à la mise en place d’un système d’innovation particulièrement efficace et axé sur des missions.
L’investissement dans les sciences fondamentales était une condition préalable. La première moitié du 20e siècle a vu l’émergence de nombreuses découvertes cruciales – on était déjà parvenu à tester divers principes visant à éliminer ou à affaiblir les agents pathogènes, mais aussi à isoler et cultiver avec succès un nombre croissant d’entre eux dans des laboratoires du monde entier – mais, dans bien des cas, ces avancées devaient encore être transformées en outils opérationnels.
L’armée s’est attaquée à ce défi principalement en créant plusieurs commissions au mandat très ciblé, telles que la commission sur les infections transmises par voie aérienne et la commission sur la rougeole et les oreillons.
Pour aller plus loin
Investie d’une mission claire de recherche et développement, la direction de chaque commission se voyait doter des ressources matérielles nécessaires et d’une grande liberté de décision verticale afin de remplir ses objectifs, et seulement ses objectifs. En 1945, James Conant, directeur sortant du National Defense Research Committee, la commission nationale de recherche pour la défense, résumait ainsi ce concept : « Il n’existe qu’une seule méthode éprouvée pour obtenir des résultats dans le domaine des sciences appliquées : choisir des hommes de génie, les soutenir abondamment et maintenir leur cap sur la cible choisie ».
Les « hommes de génie » en question n’étaient généralement pas de simples soldats. Si l’armée disposait effectivement de scientifiques en interne, qui ont joué un rôle essentiel dans les programmes de développement de vaccins, elle a recruté les meilleurs spécialistes des maladies infectieuses du pays pour diriger ses travaux de recherche.
Dans la plupart des cas, ces spécialistes travaillaient depuis leur établissement habituel – souvent de grandes universités – à temps partiel. Cette alliance entre le monde universitaire et l’armée est donc devenue structurelle aux programmes de développement de vaccins.
Une troisième partie venait compléter cette alliance : l’industrie, qui a consacré des ressources considérables à la production de vaccins pour les forces armées, sans espoir de profit. Face à l’imminence de la guerre, elle n’avait d’autre choix que de répondre à l’appel. Les contrats avec les chercheurs et les entreprises ont été conclus de manière à n’entraîner ni gain ni perte. Ce sentiment de devoir patriotique a survécu à la Seconde Guerre mondiale : « Les sociétés pharmaceutiques considéraient leurs départements chargés des vaccins comme un service public, et non comme un moyen de générer d’énormes revenus », a déclaré le virologue Don Metzgar à la docteure Hoyt, en décrivant les accords conclus à l’époque de la guerre froide.
Une recherche affranchie, ciblée et rapide
L’urgence et, surtout, le caractère temporaire de la guerre ont graissé toutes sortes de rouages qui, dans d’autres circonstances, n’auraient pas manqué de grincer. Cette situation, ainsi que d’autres facteurs historiques, a contribué à l’émergence d’une « culture générative unique », selon les termes de la docteure Hoyt.
C’est à peine si l’on se posait la question de la propriété intellectuelle. Jusqu’à la loi Bayh-Dole votée en 1980, le gouvernement restait détenteur de toute propriété intellectuelle développée à l’aide de fonds fédéraux. Le dépôt de brevets, l’octroi de licences et les litiges associés ne posaient aucun problème. Il était courant, note Hoyt, que les scientifiques travaillant dans le cadre des programmes militaires et leurs amis du secteur industriel s’échangent des échantillons et les résultats de leur recherche.
Les hommes à qui l’on doit les réalisations de l’époque constituaient, ou ont fini par constituer, un cercle rapproché. Ils apparaissent dans les lettres qu’ils s’adressent les uns aux autres : collègues et amis, intelligents, impatients, grandioses et, surtout, libérés des nombreuses considérations qui rendent aujourd’hui la science plus sûre.
Lorsque Vannevar Bush, longtemps directeur de l’Office of Scientific Research and Development, le Bureau de recherches et de développement scientifiques, a été invité à rejoindre le Conseil d’administration de Merck après la Seconde Guerre mondiale, il griffonna en retour des paragraphes d’invectives caustiques contre l’éthique médicale : « Je suppose que nous n’aborderons pas beaucoup la question de l’éthique médicale ; je ne pense pas que le supporterais. J’ai eu la rougeole, la grippe et beaucoup d’autres maladies courantes, mais l’éthique, je ne l’ai jamais attrapée », écrivait-il. « Si vous pensez qu’il existe un risque d’infection, il vaut mieux que nous en restions là. »
Le passage de relais des vaccins contre le pneumocoque
Les scientifiques savaient depuis 1927 qu’un vaccin contre le pneumocoque, produit à partir de polysaccharides capsulaires pneumococciques purifiés, pouvait créer une immunité chez les souris. Dans les années 1930, des chercheurs de l’Institut Rockefeller avaient même démontré que ce nouveau type de vaccin pouvait immuniser les humains. Puis, en 1939, avec l’arrivée de la sulfapyridine, un antibiotique, il était soudain possible de traiter les maladies à pneumocoques. Le signe, pour la recherche et le développement en vaccins, de battre en retraite.
Mais pour l’armée américaine confrontée à une nouvelle guerre en Europe, il était plus logique vacciner contre la maladie plutôt que de la traiter. Le traitement prend du temps, et les arrêts dus à la maladie sont souvent autant de brèches sur le front de guerre. En 1942, la commission militaire des maladies à pneumocoques a donc pris le relais de la recherche.
En 1944, les laboratoires de la société pharmaceutique E.R. Squibb and Sons avaient produit suffisamment de lots de vaccins pour procéder à un essai. Quelque 17 000 hommes de l’école technique de l’armée de l’air de Sioux Falls, dans le Dakota du Sud, ont participé à un essai randomisé contrôlé par placebo. En 1945, à la fin de cet essai, le vaccin est officiellement une réussite, l’étude démontrant « que les épidémies de pneumonie à pneumocoques dans des populations fermées ont pu être stoppées en deux semaines », selon les termes de Michael Heidelberger, un scientifique de la commission.
La fin de l’âge d’or
« Cette culture très générative a perduré pendant un certain temps. Puis les choses ont changé, me confie Hoyt. Ce glissement est lié à la démilitarisation qui a suivi la guerre du Vietnam et au transfert d’une grande partie des financements et du centre d’excellence de l’armée vers les National Institutes of Health (NIH) – les instituts nationaux de la santé – qui ne reposaient plus sur le travail d’équipe, mais sur la recherche dirigée par des chercheurs, ce qui représente une culture complètement différente. »
Une cohorte de scientifiques émérites qui avaient réalisé de grandes choses dans le cadre de programmes de recherche militaires se sont vu offrir un meilleur salaire dans l’industrie, et l’ont accepté. « Parallèlement, il y avait aussi la loi Bayh-Dole. Avec elle, les travaux du monde universitaire étaient désormais protégés par la propriété intellectuelle, et c’en était alors fini de cet esprit de liberté, de partage d’informations et de travail d’équipe pour mettre au point des vaccins. »
L’industrie s’est financiarisée. Face au risque de litige, les départements chargés des vaccins ne pouvaient plus se permettre de réaliser des marges bénéficiaires très faibles. « C’était une activité fragile, ce qui a entraîné une consolidation du secteur. On s’est désengagé des vaccins et on a commencé à détenir des monopoles sur des lignes de produits », explique Hoyt.
Le bouclier canadien contre Ebola passe au civil
Bien que les flambées épidémiques de grande ampleur se fassent de plus en plus fréquentes, Ebola reste encore relativement rare. Pour les fabricants de vaccins fonctionnant selon une logique de marché, investir dans ce créneau représente un risque commercial élevé. Mais c’est aussi une maladie terrifiante, ce qui lui vaut de figurer sur les listes de surveillance des armes biologiques de nombreux pays – et la sécurité nationale est une excellente alternative à la recherche du profit.
Au moment où l’épidémie a frappé en Afrique de l’Ouest, en 2014, un certain nombre de vaccins candidats étaient en cours d’élaboration dans le cadre de divers programmes de développement liés à la défense. L’un des plus avancés à l’époque était le rVSV-ZEBOV, mis au point par le Laboratoire national de microbiologie du Canada. Alors que la flambée prenait de l’ampleur, le gouvernement fédéral du Canada a fait don de son vaccin candidat pour qu’il soit utilisé en Afrique, en concédant une licence de fabrication à NewLink Genetics et Merck, Sharpe and Dohme (MSD).
En 2015, des doses de vaccin ont pu être testées en Guinée : 12 000 contacts de patients atteints d’Ebola ont été recrutés pour l’essai. L’efficacité mesurée du vaccin dans le cadre d’une stratégie de vaccination en anneau était de 100 %.
Pour autant, d’un point de vue commercial, il était encore peu attractif de faire passer le vaccin par les nombreuses et coûteuses étapes de l’homologation. Gavi est donc intervenu en promettant d’acheter des doses de vaccins homologués lorsque ceux-ci seraient prêts à être commercialisés, à condition que les fabricants acceptent de constituer une réserve de leur vaccin expérimental pour une utilisation d’urgence avant l’homologation.
MSD a accepté. En 2018, cette réserve de vaccin s’est avérée déterminante en République démocratique du Congo, où elle a fait ses preuves. Le vaccin a été préqualifié par l’Organisation mondiale de la santé en 2019. Désormais, il protège préventivement les agentes et agents de santé dans les zones à haut risque.
Peut-on reproduire cet âge d’or de la recherche et du développement ?
On ne peut rembobiner le fil de l’histoire. L’environnement économique, politique et juridique dans lequel nous vivons est tel qu’il est aujourd’hui, il n’y a pas de retour en arrière.
Toutefois, la docteure Hoyt affirme que « le moteur original » qui a alimenté la vague de développement de vaccins après la Seconde Guerre mondiale peut, dans des circonstances très spécifiques, être reproduit avec des pièces modernes.
Afin de reconstruire à rebours le modèle à l’origine de ce type d’innovation accélérée, Hoyt et ses collègues ont disséqué les programmes de développement de vaccins des années 1940-1960, mais aussi le projet Manhattan, le projet Apollo et l’opération Warp Speed, qui a permis de produire un vaccin contre la COVID-19 dans un délai qui aurait même impressionné Vannevar Bush.
« C’est ce qu’on appelle la recherche et le développement axés sur des missions », explique Hoyt. Pour être qualifié de « mission », le projet doit être un problème technique bien défini et limité dans le temps.
Si la recherche et le développement axés sur des missions ne demande pas nécessairement que l’armée soit impliquée, il est vrai qu’elle exige un type de commandement martial et centralisé : « Il faut un leadership fort, et un niveau de coordination assez rare. Comme ce fut le cas pour Moncef Slaoui et le général Perna. On leur a donné carte blanche pour agir, avec l’autorité nécessaire pour intervenir au-delà des lignes budgétaires, des services et des secteurs. On leur a dit qu’ils avaient le droit à l’erreur, le droit de prendre des risques. »
Ensuite, ce type de recherche et développement demande d’énormes sommes d’argent : « Dans ce type de situation, l’idée n’est pas de compter chaque sou, le projet doit donc constituer une priorité nationale, presque existentielle. »
Quand on est prêt à y mettre les moyens, il est possible de déployer de nombreux efforts de manière simultanée. « Il faut tenter plusieurs tirs vers le même but, et gérer les risques dans le portefeuille », affirme Hoyt. L’opération Warp Speed a soutenu plusieurs vaccins candidats à la fois, et ces candidats comprenaient différentes plateformes vaccinales.
Enfin, pour parvenir à une dynamique fluide, la conduite des missions nécessite à la fois des incitations en amont, par exemple une subvention initiale, et des incitations en aval, comme la promesse d’une récompense en cas de réussite.
Ce n’est donc pas impossible. Mais ce n’est pas non plus bon marché, ni facile, ni applicable à chaque problème important. Et une fois son résultat atteint, la mission s’éteint. Que faut-il en conclure ?
Le vaccin de l’armée américaine contre l’encéphalite japonaise
Nous sommes au milieu des années 1940, et ce qui a commencé comme une guerre européenne s’étend désormais au Pacifique.
Avec ce nouveau théâtre de guerre surgissent de nouvelles menaces pathogènes. Dès le milieu des années 1930, au Japon, des scientifiques étaient déjà parvenus à isoler le virus de l’encéphalite japonaise, mortel et épidémique, pour l’étudier en laboratoire. En 1954, ils avaient autorisé la mise sur le marché d’un vaccin très efficace destiné à l’usage humain. Parallèlement, l’armée américaine se préparait à une invasion terrestre de l’Asie de l’Est : elle avait besoin de son propre bouclier, et vite.
Le commandant Albert Sabin – que l’on connaît davantage aujourd’hui pour son vaccin oral contre la poliomyélite – avait été désigné pour diriger la course américaine aux vaccins contre l’encéphalite japonaise. En l’espace de 15 mois seulement, lui et son équipe ont réussi à produire un vaccin, une solution à base de cerveau de souris infecté par un virus inactivé par le formol. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce vaccin avait été injecté à 250 000 militaires.
Ce premier vaccin a depuis été remplacé par de meilleures itérations, qui ont continué à protéger les soldats américains en Asie durant la guerre froide. Tout comme les vaccins contre la poliomyélite, les vaccins contre l’encéphalite japonaise ont été brandis dans la bataille d’influence destinée à conquérir les cœurs et les esprits, faisant l’objet d’une distribution aux populations civiles dans les territoires contestés.
Constituer un fonds de réserve
« La science fondamentale, c’est de l’argent à la banque, affirme Hoyt. Comme un fonds pour les mauvais jours. » Quand viendra la prochaine mission, cette réserve permettra d’exploiter les découvertes réalisées entre-temps.
« C’est sur cette notion que repose l’Initiative d’innovations en matière de vaccins, une idée que l’on doit à Barney Graham, du NIH, et qui est désormais menée par la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) », déclare Hoyt.
Nous connaîtrons d’autres pandémies. Afin de s’assurer que les scientifiques et les gouvernements qui auront pour mission de les vaincre disposent des outils nécessaires pour agir aussi vite que possible, la CEPI met au point des vaccins contre les agents pathogènes qui incarnent certaines ou la totalité des pires caractéristiques des familles virales à potentiel pandémique, tout en développant les essais cliniques et les réseaux de fabricants qui les soutiendront. « La CEPI est en train de préparer le terrain », explique Hoyt.
Tout général vous le dira : avoir une bonne défense, c’est avant tout éviter de ne pas être pris au dépourvu.
Le vaccin de guerre qui n’en était pas un
Quand Ludwik Fleck, microbiologiste juif, fut envoyé à Auschwitz en 1943, les nazis ont cru pouvoir le convaincre de fabriquer des doses du nouveau vaccin contre le typhus qu’il avait mis au point, afin de protéger les soldats allemands postés au front. Bien mal leur en a pris.
Découvrez l’histoire extraordinaire d’une singulière équipe de prisonniers d’un camp de concentration et leur brillante supercherie autour d’un vaccin qui n’en était pas un.
Davantage de Maya Prabhu
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