Pour une nouvelle architecture de la santé mondiale

La 79e Assemblée mondiale de la Santé, qui se tient cette semaine, marque un tournant décisif pour la santé mondiale. Que défend Gavi, l’Alliance du Vaccin, lors de cette Assemblée mondiale de la Santé à Genève ?

  • 18 mai 2026
  • 3 min de lecture
  • par Pascal Barollier
A father and his daughter in Kigali, Rwanda. Credit: Gavi/2023/Issac Nkinzingabo Rudakubana
A father and his daughter in Kigali, Rwanda. Credit: Gavi/2023/Issac Nkinzingabo Rudakubana
 

 

La 79e Assemblée mondiale de la Santé marque un tournant décisif pour la santé mondiale. Si la coopération multilatérale a permis des avancées importantes au cours des dernières décennies — de l’allongement de l’espérance de vie aux progrès réalisés contre les maladies infectieuses —, un large consensus se dégage aujourd’hui : elle n’est plus adaptée aux défis actuels. La fragmentation et le manque de cohérence entre les institutions, les déséquilibres persistants dans la prise de décision et les récentes perturbations du financement freinent les progrès. Ces pressions se font sentir avec une acuité particulière dans les contextes fragiles et touchés par les conflits, où les capacités nationales de mise en œuvre sont les plus sollicitées.

Face à cette situation, une architecture mondiale de la santé renouvelée devrait donner la priorité aux fonctions essentielles liées aux biens publics mondiaux en santé, réduire la charge administrative qui pèse sur les pays, et renforcer leurs capacités de mise en œuvre ainsi que leur appropriation. Dans ce nouveau modèle, les pays doivent être aux commandes pour définir leurs priorités et assumer la responsabilité des résultats, tandis que les institutions régionales et mondiales se concentrent sur la fourniture de biens publics mondiaux essentiels en santé, notamment les normes techniques, la structuration des marchés, la sécurité sanitaire mondiale et des financements alignés sur les priorités des pays.

À travers sa propre transformation, le Gavi Leap, Gavi veille à ce que les pays soient aux commandes pour prioriser les vaccins à fort impact, optimiser les interventions et gérer les arbitrages grâce aux nouveaux budgets vaccinaux pour les pays. Gavi continuera de fournir des biens publics mondiaux essentiels, notamment en contribuant à la bonne santé des marchés des vaccins et en renforçant les mécanismes qui aident les pays à répondre aux flambées épidémiques, aux épidémies et aux pandémies. Au cours des cinq prochaines années, Gavi investira également près de 3 milliards de dollars US dans les contextes fragiles, avec en complément le Mécanisme de résilience de Gavi, destiné à répondre aux besoins imprévus dans les contextes fragiles et humanitaires qui ne sont pas couverts par les plans nationaux.

Les principales recommandations de Gavi, l’Alliance du Vaccin, pour les délibérations de l'AMS79

Point 12.3 de l’ordre du jour 
Maladies transmissibles

  • Renforcer la priorisation et l’optimisation des programmes de vaccination, en particulier pour atteindre les enfants zéro dose — c’est-à-dire ceux qui n’ont reçu aucun vaccin systématique.
  • Investir dans la vaccination afin d’accroître la couverture des vaccins contre les principales causes de mortalité évitables par la vaccination, et de préserver les avancées réalisées grâce au Grand rattrapage et au Programme pour la vaccination à l’horizon 2030.
  • Soutenir l’élaboration de la stratégie post-2030 contre la tuberculose et veiller à ce qu’elle soit alignée sur les efforts mondiaux, l’épidémiologie actuelle, les avancées scientifiques et l’appropriation par les pays.
Journée de vaccination contre le VPH dans une école primaire en Eswatini. Crédit : Gavi/2025/Svetlomir Slavchev.
Journée de vaccination contre le VPH dans une école primaire en Eswatini. Crédit : Gavi/2025/Svetlomir Slavchev.

Point 13 de l’ordre du jour 
Urgences de santé publique : préparation et riposte

  • Conclure les négociations sur le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages (PABS) prévu dans le cadre de l’Accord sur les pandémies, afin de permettre un accès équitable et rapide aux vaccins, aux produits de diagnostic et aux traitements lors des urgences de santé publique.
  • Soutenir et élargir les modèles de financement qui permettent d’agir rapidement et en fonction des risques lors des urgences sanitaires, notamment le Fonds de première riposte de Gavi et d’autres mécanismes de financement d’urgence, tout en mobilisant des financements mixtes associant ressources nationales et internationales.
  • Développer les capacités de production locales et régionales en réalisant des investissements de long terme qui renforcent les écosystèmes de fabrication, en s’appuyant sur les initiatives et partenariats existants, tels que l’Accélérateur de la production de vaccins en Afrique (AVMA).
Une agente de santé administre un vaccin contre la COVID-19 en Inde. Crédit : Gavi/2022/Benedikt v. Loebell.
Une agente de santé administre un vaccin contre la COVID-19 en Inde. Crédit : Gavi/2022/Benedikt v. Loebell.

Point 14.3 de l’ordre du jour 
Poliomyélite

  • Maintenir les investissements dans l’éradication de la poliomyélite et les systèmes de vaccination, en s’appuyant sur la campagne du Grand rattrapage, afin de protéger les acquis obtenus de haute lutte et de faire en sorte que le dernier kilomètre permette de renforcer des systèmes portés par les pays.
  • Promouvoir et accélérer la transition des fonctions essentielles liées à la poliomyélite et, plus largement, à la vaccination, en intégrant les ressources financées par la lutte contre la polio dans les systèmes de santé nationaux existants.
  • Garantir une approche intégrée pour atteindre les enfants zéro dose grâce à la vaccination et aux interventions de soins de santé primaires, en particulier dans les contextes humanitaires et les situations d’urgence complexes.
Un agent de santé administre des gouttes contre la poliomyélite à un enfant au Pakistan. Crédit : Gavi/2020/Asad Zaidi.
Un agent de santé administre des gouttes contre la poliomyélite à un enfant au Pakistan. Crédit : Gavi/2020/Asad Zaidi.

Point 20 de l’ordre du jour 
Collaboration au sein du système des Nations Unies et avec d’autres organisations intergouvernementales

  • Soutenir le processus conjoint mené par l’OMS sur la réforme de l’architecture mondiale de la santé, afin de faire progresser un écosystème de santé mondiale plus cohérent, plus efficace et plus résilient, réellement inclusif et piloté par les pays.
  • Garantir une architecture mondiale de la santé simplifiée, qui donne la priorité aux fonctions essentielles liées aux biens publics mondiaux, aux besoins des contextes en transition, ainsi qu’aux États fragiles et touchés par les conflits.
  • Associer les initiatives mondiales en santé et leurs conseils d’administration à l’évaluation des avantages comparatifs des différentes organisations, afin de définir une répartition plus claire des rôles et de renforcer la collaboration dans la future architecture de la santé.