Au Mali, un an après, l’approche hybride du vaccin antipaludique commence à produire ses premiers effets
Au Mali, un an après l’introduction du vaccin antipaludique, les soignants disent observer des signes encourageants, tandis que l’approche hybride choisie par le pays révèle son défi le plus concret : faire revenir les familles, dose après dose.
- 15 mai 2026
- 6 min de lecture
- par Aliou Diallo
En bref
- Au Mali, le vaccin antipaludique a été introduit en avril 2025 dans 19 districts prioritaires, en adpotant une approche hybride qui combine vaccination de routine et doses saisonnières avant la période de forte transmission.
- Un an plus tard, les soignants décrivent une forte adhésion des familles et disent observer de premiers signes encourageants chez les enfants vaccinés.
- Le défi est désormais de faire revenir les familles pour toutes les doses, afin que le vaccin s’ajoute pleinement aux autres moyens de prévention, comme les moustiquaires imprégnées et la chimioprévention saisonnière.
Une forte adhésion dès le lancement
Dans son bureau du Centre de santé de référence de Kalaban Coro, le Docteur Issa Guindo, médecin-chef du district sanitaire, se souvient encore de l’ampleur du lancement du vaccin contre le paludisme, un an plus tôt. Mais dans son récit, c’est surtout le poids quotidien de la maladie qui revient. Le choix de Kalaban Coro, district densément peuplé en périphérie de Bamako, n’avait rien d’anodin. « La prévalence est importante ici. C’est une maladie qui pèse lourdement sur les ménages et sur l’économie », dit-il.
À l’introduction du vaccin en avril 2025, l’adhésion a été rapide. Pour le Dr Guindo, cette mobilisation ne s’explique pas seulement par la visibilité politique du lancement. « La présence des autorités a rassuré les gens. Et surtout, tout le monde connaît les ravages du paludisme. Les gens attendaient ce vaccin », explique-t-il. L’affluence a même dépassé les prévisions initiales. « Les femmes sont venues nous voir pour dire : vous nous avez demandé de venir massivement avec nos enfants, mais le vaccin a manqué », se souvient-il.
Crédit : Aliou Diallo
À Kalaban Coro, Mohamadou Kébé, point focal paludisme et vaccination, dit avoir constaté le même phénomène. « La communauté a très vite adhéré. Même des populations venant de districts où le vaccin n’était pas encore disponible se déplaçaient pour en bénéficier », explique-t-il. Selon lui, plus de 67 000 enfants avaient reçu au moins une première dose dans le district entre le lancement et la fin mars 2026.
Pour beaucoup de parents, le vaccin représente d’abord un espoir très concret face à une maladie redoutée. « Si cela peut éviter à mon enfant de tomber gravement malade, je préfère qu’il reçoive toutes les doses », confie Maimouna Coulibaly, ménagère à Sénou.
Le défi du parcours vaccinal complet
Les chiffres venus d’autres districts montrent eux aussi cette montée en charge. À Mopti, le médecin-chef du Centre de santé de référence, Hassane Haïdara, indique que plusieurs milliers de doses ont déjà été administrées. Selon les données communiquées localement le 23 avril 2026, plus de 20 000 premières doses, plus de 11 000 deuxièmes doses et plus de 7 000 troisièmes doses avaient été injectées dans son district. Ces écarts entre les doses disent à la fois le bon démarrage du programme et la difficulté qui apparaît ensuite : faire revenir les familles à chaque étape du parcours vaccinal.
Un an après l’introduction du vaccin, le principal défi n’est donc plus seulement l’adhésion, mais la continuité. « Beaucoup de parents pensaient qu’il s’agissait d’une dose unique. Mais comme il y a cinq doses, certains ont du mal à revenir pour les rappels », explique le Dr Guindo. C’est là que le programme se joue désormais : dans la capacité à faire comprendre que la protection dépend d’un parcours complet, étalé dans le temps.
Le choix d’une approche hybride
Au Mali, le vaccin R21/Matrix-M n’a pas été introduit comme une campagne ponctuelle. Il a été intégré à la vaccination de routine, selon un schéma en cinq doses pour les enfants de 5 à 36 mois. Le pays a aussi choisi une approche hybride : les trois premières doses sont administrées selon l’âge de l’enfant tout au long de l’année, puis les quatrième et cinquième doses sont données en mai ou en juin, avant la période de forte transmission. Le dispositif a été lancé dans 19 districts prioritaires répartis dans les régions de Kayes, Koulikoro, Mopti, Ségou et Sikasso.
Crédit : Aliou Diallo
Pour Mohamadou Kébé, l’intérêt de cette approche tient justement à cette logique de combinaison. Au Mali, rappelle-t-il, le vaccin ne vient pas remplacer les autres moyens de lutte contre le paludisme : il s’ajoute à un ensemble d’interventions déjà en place, notamment la chimioprévention saisonnière pendant les périodes de forte transmission et la distribution de moustiquaires imprégnées. « Ce sont des efforts combinés qui ont montré des résultats satisfaisants », affirme-t-il.
Cette complémentarité est essentielle dans un pays où le paludisme continue de peser très lourd. Selon l’OMS, le Mali figurait en 2023 parmi les 11 pays au plus lourd fardeau palustre au monde, avec 8,15 millions de cas et 14 328 décès liés à la maladie. L’approche malienne illustre aussi la synergie entre l’appui du Fonds mondial, qui soutient notamment des interventions comme la chimioprévention saisonnière et les moustiquaires imprégnées, et celui de Gavi, engagé dans l’introduction du vaccin antipaludique.
Pour aller plus loin
Pour les soignants, le vaccin représente donc une avancée importante, mais pas une solution unique. « La vaccination seule ne suffit pas. Il faut continuer à dormir sous moustiquaire, améliorer l’hygiène et participer aux campagnes de prévention », insiste le Dr Guindo.
Premières observations sur le terrain
Sur le terrain, les premiers effets mentionnés par les soignants restent prudents mais significatifs. « On constate que les enfants ayant reçu le vaccin font moins de formes graves de paludisme », observe Mohamadou Kébé.
Le Dr Issa Guindo replace cette observation dans la réalité du district. « C’est une maladie qui entraîne des hospitalisations fréquentes, de l’absentéisme et parfois des formes graves comme le paludisme cérébral », rappelle-t-il. Si les cas graves reculent, même modestement, l’effet peut être important pour les familles comme pour les structures de santé.
À Mopti, Hassane Haïdara dit lui aussi observer une évolution encourageante, mais refuse d’aller trop vite dans les conclusions. « Nous observons une évolution satisfaisante dans la tranche d’âge ciblée. Mais il faudrait plus de temps pour mesurer clairement l’efficacité du vaccin, notamment dans cette approche hybride », explique-t-il. Pour lui, les progrès visibles jusqu’ici doivent être lus à la lumière de l’ensemble du dispositif : « La chimioprévention, les moustiquaires imprégnées et l’introduction du vaccin dans une partie de la population. »
Adapter la vaccination aux réalités locales
Les équipes doivent aussi composer avec des réalités locales très différentes. Dans le district sanitaire de Kalaban Coro, certaines populations vivent dans des contextes particulièrement exposés, notamment sur les sites d’orpaillage de Tourela dans la commune de Sanankoroba, dans les campements bozo le long du fleuve Niger, ou parmi les populations déplacées internes. « Nous allons vers ces populations. On ne leur demande pas de venir à nous avec leurs enfants pour se faire vacciner », explique Mohamadou Kébé.
« Il ne faut pas que les gens oublient ce vaccin. Il faut continuer à informer et à mobiliser », insiste le Dr Guindo. Dans un pays où le paludisme reste une menace quotidienne, l’impact réel de cette approche hybride se jouera dans la durée et dans la capacité à faire tenir ensemble tous les outils de protection.
Davantage de Aliou Diallo
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