Les vaccins contre le paludisme marchent. Il ne faut surtout pas casser cette dynamique.

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, nous pouvons saluer l’une des introductions vaccinales les plus rapides et les plus réussies de l’histoire. L’enjeu, désormais, est de maintenir ces progrès.

  • 27 avril 2026
  • 4 min de lecture
  • par Sania Nishtar
Des mères sont assises avec leurs enfants lors d’une séance de vaccination contre le paludisme au Burkina Faso. Crédit : Gavi/2024/Arnauld Yalgwueogo
Des mères sont assises avec leurs enfants lors d’une séance de vaccination contre le paludisme au Burkina Faso. Crédit : Gavi/2024/Arnauld Yalgwueogo
 

 

Depuis des milliers d’années, le paludisme pèse sans relâche sur la vie de millions de familles, emportant chaque année des centaines de milliers de jeunes enfants et imposant une charge considérable aux systèmes de santé. Et si, ces dernières décennies, la perspective d’un vaccin contre le paludisme laissait entrevoir un nouvel outil pour inverser la tendance face à cette maladie ancienne, les progrès restaient jusqu’ici désespérément lents.

En 2024, un tournant s’est opéré. Depuis, 25 pays africains ont introduit les vaccins contre le paludisme dans leurs programmes de vaccination de routine avec le soutien de Gavi, l'Alliance du Vaccin, faisant de ce déploiement le plus rapide de son histoire pour un vaccin de routine. Plus de 50 millions de doses ont déjà été administrées à des enfants vivant dans certaines des régions les plus touchées au monde.

Il s’agit d’une étape historique, non seulement parce qu’un vaccin contre le paludisme existe, mais parce qu’il est désormais déployé à grande échelle, via les systèmes nationaux de vaccination, auprès des communautés qui en ont le plus besoin.

Les vaccins contre le paludisme font-ils une différence ?

Les données issues des pays qui utilisent déjà ces vaccins sont particulièrement encourageantes.

Les premiers retours du Kenya, du Malawi, du Ghana et du Cameroun montrent une baisse significative des cas graves de paludisme et des hospitalisations chez les enfants vaccinés. Ces résultats confirment les données des programmes pilotes antérieurs, qui montraient que les vaccins de première génération – RTS,S et R21 – dépassaient 70 % d’efficacité pour prévenir les cas durant la première année, lorsqu’ils sont administrés avant les saisons de forte transmission.

Cette efficacité reste inférieure à celle d’autres vaccins soutenus par Gavi. Mais compte tenu du poids du paludisme sur le continent africain, on estime que 180 000 vies d’enfants pourraient être sauvées d’ici 2030 grâce à ces vaccins.

L’impact apparaît encore plus nettement à l’échelle nationale. Au Burkina Faso, l’introduction et l’extension du vaccin contre le paludisme, combinées aux autres mesures de lutte déjà en place, ont contribué à une baisse de 32 % des cas entre 2024 et 2025.

Chez les enfants de moins de cinq ans, les plus vulnérables face au paludisme, les baisses sont particulièrement marquées. Globalement, les décès liés au paludisme ont diminué d’environ 50 %.

Ce sont des résultats que les acteurs de la santé mondiale poursuivent pendant des décennies — et qu’ils obtiennent rarement aussi rapidement.

Pourquoi les vaccins de première génération sont-ils si importants ?

Les vaccins RTS,S et R21 sont souvent qualifiés de vaccins de « première génération ». Cette expression est essentielle.

Ils ne constituent pas l’aboutissement de la prévention contre le paludisme. Mais ils représentent un maillon décisif entre des décennies de recherche et un avenir où des vaccins de seconde génération pourront offrir une efficacité plus élevée, une protection plus durable et des schémas vaccinaux plus simples.

Investir dans ces premiers vaccins permet d’agir sur deux fronts à la fois. D’une part, ils sauvent des vies dès aujourd’hui en réduisant le poids considérable de la maladie et de la mortalité chez les enfants les plus exposés. D’autre part, ils contribuent à produire des données, à renforcer les capacités de déploiement et à créer une visibilité sur la demande — autant d’éléments qui stimulent l’innovation pour demain. La demande pour les vaccins contre le paludisme reste élevée.

Sans un déploiement soutenu des vaccins RTS,S et R21, le développement des vaccins de nouvelle génération risque de ralentir plutôt que de s’accélérer.

En santé mondiale, les avancées ne surgissent presque jamais d’un seul coup. Elles se construisent étape par étape, en s’appuyant sur des réussites antérieures qui montrent ce qui est possible.

Qu’a accompli Gavi et que risque-t-on aujourd’hui ?

Le programme de vaccination contre le paludisme de Gavi compte parmi ses déploiements les plus réussis. Au cours des cinq prochaines années, l’Alliance du Vaccin prévoit d’aider les pays à vacciner pleinement 50 millions d’enfants supplémentaires.

Mais cette ambition se heurte désormais à une contrainte majeure. Gavi n’a pas encore atteint son objectif de financement et fait face à un déficit d’environ 30 %. En conséquence, des arbitrages difficiles ont dû être faits.

Nous priorisons notre soutien aux pays à plus faible revenu, en garantissant un approvisionnement suffisant en vaccins contre le paludisme pour couvrir jusqu’à 70 % des enfants éligibles, en ciblant les zones de transmission modérée à élevée. En revanche, pour les pays qui se préparent à sortir du soutien de Gavi,, nous ne pouvons pas offrir les mêmes garanties. Dans ces contextes, le déploiement pourrait ralentir, l’accès aux vaccins se dégrader et la dynamique s’essouffler.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que le changement climatique étend les zones de transmission du paludisme et accentue les risques saisonniers.

Pourquoi est-il crucial de maintenir cet élan aujourd’hui ?

En santé mondiale, l’un des plus grands risques est le succès suivi d’un relâchement.

Le déploiement rapide et remarquable des vaccins contre le paludisme a montré ce qu’il est possible d’accomplir lorsque volonté politique, science et financements sont alignés. Mais les progrès contre le paludisme n’ont jamais été linéaires. L’histoire montre que des avancées durement acquises peuvent être remises en cause dès que les investissements faiblissent.

Avec un financement complet, Gavi pourrait aller plus loin : étendre la couverture, soutenir l’ensemble des pays qui en ont besoin et faire en sorte que les succès d’aujourd’hui nourrissent les innovations de demain. À la clé : des millions d’enfants et des communautés entières épargnés par les conséquences du paludisme.

En cette Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le message est simple : nous sommes enfin en train de faire reculer l’une des maladies les plus anciennes de l’humanité. Il faut maintenant tenir bon, précisément au moment où une victoire devient envisageable.