En Afrique de l’Ouest, la fièvre de Lassa n’est pas diagnostiquée et menace de se propager à l’échelle mondiale
Une nouvelle étude publiée dans The Lancet révèle que les infections non diagnostiquées de cette maladie, similaire au virus Ebola, mettent en danger les patients en Afrique de l’Ouest, mais également au-delà.
- 12 mai 2026
- 5 min de lecture
- par Priya Joi
En bref
- La fièvre de Lassa, une maladie hémorragique similaire au virus Ebola, n’est souvent pas diagnostiquée : une nouvelle étude menée au Libéria montre que 11 % des personnes présentant une fièvre que l’on ne suspecte pas être une fièvre de Lassa étaient en réalité atteintes de cette maladie, les enfants représentant 43 % des cas.
- Les patients décédés affichaient des niveaux nettement plus élevés du virus dans le sang et une production d’anticorps plus faible, mettant en évidence une fenêtre thérapeutique étroite durant laquelle le diagnostic précoce et la prise en charge rapide sont d’une importance capitale.
- Des cas récents signalés chez des voyageurs originaires des États-Unis et d’Afrique du Sud soulignent le risque d’une propagation de la maladie hors des régions où elle est actuellement endémique.
La fièvre de Lassa fait des milliers de victimes chaque année en Afrique de l’Ouest, mais souvent, aucun diagnostic n’est posé avant qu’il ne soit trop tard.
Cette maladie hémorragique semblable au virus Ebola commence à faire son apparition dans les hôpitaux de l’Iowa, de Johannesburg ou de Beijing et représente désormais une menace au-delà des frontières de l’Afrique de l’Ouest.
Une nouvelle étude menée au Libéria et publiée par The Lancet Infectious Diseases révèle que 11 % des personnes présentant une fièvre à leur admission à l’hôpital sans que l’on suspecte qu’il s’agisse de la fièvre de Lassa étaient en fait infectées.
D’après les auteurs de l’étude, ce chiffre suggère qu’il est urgent de mieux comprendre la symptomatologie de la maladie et d’améliorer sa détection et son traitement.
Une menace mortelle dissimulée au grand jour
La fièvre de Lassa est une maladie hémorragique virale transmise principalement par les rongeurs. On sait qu’elle est endémique dans certaines régions du Nigéria, du Libéria, de Sierra Leone et dans des pays voisins.
Cependant, des voyageurs qui se rendent en Afrique de l’Ouest peuvent aussi ramener la maladie chez eux à leur retour. En 2022, un homme de retour en Afrique du Sud après un voyage au Nigéria a contracté la fièvre de Lassa et en est mort. En 2024, un homme originaire de l’Iowa a été infecté après s’est rendu au Libéria. Il est décédé peu après son retour aux États-Unis.
On peut attraper la maladie en consommant des aliments ou en utilisant des objets qui ont été contaminés par l’urine ou les déjections d’un rongeur. Une fois qu’une personne est infectée, elle peut transmettre le virus autour d’elle par contact avec son sang ou d’autres liquides organiques.
Souvent, la maladie passe inaperçue, car les patients présentent des symptômes que les équipes cliniques ont l’habitude de voir des dizaines de fois par jour : fièvre, maux de tête, fatigue importante, parfois une toux ou un mal de gorge.
C’est seulement une fois que l’état des patients commence à se détériorer que le personnel de santé peut suspecter une fièvre de Lassa. Cependant, à ce stade, la fenêtre fatidique permettant encore une intervention précoce pourrait déjà être en train de se refermer.
« Avant de prescrire le test, encore faut-il suspecter que la fièvre de Lassa pourrait être à l’origine de la maladie du patient », explique le docteur David Wohl, professeur de médecine à l’Université de Caroline du Nord.
« Bien que l’on connaisse l’existence de la fièvre de Lassa depuis des dizaines d’années, on ne comprend pas encore pleinement toutes les formes sous lesquelles elle se manifeste. »
Objet de l’étude menée au Libéria
Afin de mieux cerner la fréquence à laquelle la fièvre de Lassa n’est pas diagnostiquée, l’équipe de l’étude PREPARE (Prévalence, Pathogenèse et Persistance), dirigée par des chercheurs de l’Institute for Global Health and Infectious Diseases de la faculté de médecine de l’Université de Caroline du Nord, à Chapel Hill, a mené une étude dans deux hôpitaux du centre du Libéria entre 2018 et 2024.
Parmi les personnes admises à l’hôpital pour une fièvre sans suspicion clinique de Lassa, 11 % se sont avérées infectées par le virus. Les enfants et les adolescents âgés de 5 à 17 ans représentaient environ 43 % des cas confirmés.
L’équipe de recherche a recruté 435 patients âgés de cinq ans et plus admis à l’hôpital soit parce qu’ils présentaient une fièvre, soit parce que les médecins suspectaient déjà une fièvre de Lassa.
Plutôt que de dépister uniquement les patients présentant les signes typiques d’une fièvre de Lassa, les chercheurs ont dépisté l’ensemble des patients en les soumettant à un test de diagnostic de réaction en chaîne par polymérase (ou test PCR). Ils ont ensuite réalisé le suivi des patients dont l’infection était confirmée durant leur séjour à l’hôpital et jusqu’à un an après leur sortie.
Parmi les personnes admises à l’hôpital pour une fièvre sans suspicion clinique de Lassa, 11 % se sont avérées infectées par le virus. Les enfants et les adolescents âgés de 5 à 17 ans représentaient environ 43 % des cas confirmés.
Pour aller plus loin
L’équipe a constaté que les patients décédés affichaient généralement des niveaux nettement plus élevés du virus dans leur sang et une production d’anticorps plus faible que les patients ayant survécu, ce qui semble indiquer que le dépistage et le traitement précoces des infections pourraient être essentiels pour sauver des vies.
Échouer à reconnaître un cas, c’est mettre la vie du patient en danger, mais si ce patient infecté sans qu’on le sache est pris en charge dans une unité de soins médicaux généraux, le personnel de santé et les autres patients qui s’y trouvent peuvent eux aussi être exposés à la fièvre de Lassa, car les précautions nécessaires n’auront pas été prises.
Les auteurs de l’étude PREPARE évoquent des recherches menées au Libéria et au Nigéria sur les flambées épidémiques, qui montrent avec quelle rapidité l’existence d’un seul cas non détecté peut entraîner la nécessité d’assurer le suivi d’un grand nombre de membres du personnel de santé ayant été en contact avec lui.
Mieux prévenir la fièvre de Lassa
La fièvre de Lassa figure déjà sur les listes des priorités mondiales pour la mise au point de vaccins et de traitements. D’après l’équipe de recherche, obtenir de meilleures données issues de zones endémiques – notamment pour comprendre qui sont les personnes les plus à risque et quand survient le pic de charge virale – pourrait contribuer à orienter la conception de futurs essais cliniques et la composition des groupes cibles.
Les vaccins expérimentaux contre la fièvre de Lassa en sont aux premières phases d’essais cliniques, et les auteurs soulignent qu’une amélioration des méthodes de diagnostic et une meilleure compréhension clinique seront essentielles pour mener des essais à plus grande échelle ou pour un futur déploiement dans les communautés à haut risque et parmi le personnel de santé.
Fournir aux hôpitaux les outils de dépistage nécessaires pourrait faire toute la différence, selon les chercheurs. En mettant en place des tests PCR en temps réel pour dépister la fièvre de Lassa dans un hôpital régional d’une zone rurale du Libéria, l’équipe a été en mesure de détecter des infections que l’on aurait autrement attribuées au paludisme ou à une autre cause courante de fièvre.
« Ces résultats nous montrent à quel point il est facile de manquer des cas durant le dépistage clinique de routine », précise le docteur Wohl. D’après nos données, il est clair que si nous n’élargissons pas notre champ de diagnostic pour aller au-delà des hypothèses diagnostiques habituelles, nous risquons de manquer un nombre important d’infections par le virus de Lassa. »
Davantage de Priya Joi
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