Avez-vous déjà entendu parler des vaccins conjugués ? Vous avez peut-être entendu parler d’un vaccin conjugué qui prévient l’une des principales causes de pneumonie (le vaccin conjugué contre le pneumocoque, VCP), ou peut-être de celui qui lutte contre un type de méningite (le vaccin conjugué antiméningococcique A, appelé MenAfriVac®). Cependant, que sont exactement les vaccins conjugués et pourquoi sont-ils importants dans la lutte contre des maladies telles que la typhoïde ?

Une brève revue de la vaccinologie

Les vaccins sont des agents pathogènes affaiblis ou morts (virus, bactéries ou parasites responsables d’une maladie humaine) ou une partie modifiée d’un agent pathogène. Bien que le vaccin ne provoque pas de maladie, il permet au système immunitaire de reconnaître l’agent pathogène et de développer une défense (immunité) contre celui-ci. Cette immunité peut être durable et devrait protéger contre une infection ou une maladie future.

Il est possible de transformer des agents pathogènes en vaccins de nombreuses façons. Par exemple, la typhoïde, qui est causée par une bactérie appelée Salmonella enterica, sérovar Typhi. Un type de vaccin contre la typhoïde, appelé vaccin polysaccharidique capsulaire Vi, contient des chaînes de molécules de sucre (polysaccharides) identiques à celles se trouvant à la surface de la bactérie Salmonella. Il s’agit d’un vaccin « sous-unitaire », car il ne contient pas l’agent pathogène en entier ; juste une partie suffisamment grande pour être reconnue par le système immunitaire.

Ces vaccins fonctionnent bien contre de nombreux types d’infection, mais chaque agent pathogène est unique et le même processus de modification peut ne pas fonctionner pour tous les agents pathogènes. En outre, notre système immunitaire change à mesure que nous grandissons. Cela signifie qu’un vaccin polysaccharidique, tel que les vaccins polysaccharidiques capsulaires Vi actuels contre la fièvre typhoïde, est efficace chez les enfants plus âgés et les adultes, mais pas tellement chez les nourrissons. Cela laisse une grande marge de protection, en particulier pour les infections qui surviennent généralement dans la petite enfance.

Une solution créative

Pour combler cet écart dans la protection chez les nourrissons, les scientifiques des années 1980 ont fait preuve de créativité. Un vaccin polysaccharidique contre le Haemophilus influenzae de type B (Hib), qui peut provoquer une méningite et une pneumonie, n’a pas été vraiment efficace chez les nourrissons, la population la plus vulnérable à l’infection à Hib. Cela a souligné la nécessité d’un nouveau vaccin capable de protéger les nourrissons. En réponse, les scientifiques ont créé le vaccin conjugué contre le Hib, le premier du genre. 

Alors, comment fonctionnent les vaccins conjugués ? Tout d’abord, le polysaccharide est fixé (ou « conjugué ») à une protéine plus complexe. La protéine transporte le polysaccharide vers certaines cellules du système immunitaire auxquelles il n’aurait pas pu accéder tout seul. Chez les nourrissons, ces cellules sont mieux à même de développer une protection immunitaire contre les agents pathogènes. Les polysaccharides seuls sont généralement trop faibles, trop monotones ou trop petits pour être détectés par ces cellules. Cependant, en se greffant sur un vecteur protéique, les polysaccharides peuvent accéder à des parties importantes du système immunitaire et se faire plus facilement remarquer.

Une application vitale

De nombreux vaccins conjugués ont été mis au point pour protéger les nourrissons et les jeunes enfants dont le système immunitaire est immature. Les vaccins conjugués contre le Hib ont été la première application réussie de cette technologie. Après que les vaccins contre le Hib se soient révélés sûrs et efficaces pour protéger les plus jeunes enfants, les scientifiques ont appliqué le même concept pour créer d’autres vaccins conjugués d’importance vitale, tels que le VPC, MenAfriVac®, et maintenant un nouveau type de vaccin appelé vaccin conjugué contre la typhoïde.

La fièvre typhoïde fait toujours peser une charge de santé publique importante et sous-estimée dans les pays à faible revenu, affectant plus de 12 millions de personnes et causant près de 150 000 décès par an. Contrairement aux vaccins actuellement disponibles, les vaccins conjugués contre la fièvre typhoïde ont la capacité de protéger les enfants de moins de deux ans contre la typhoïde avant qu’ils n’y soient exposés. Ils ont, en outre, une protection plus durable que les vaccins contre la fièvre typhoïde actuels et pourraient être inclus dans les programmes de vaccination de routine des enfants. C’est la raison pour laquelle mon équipe chez PATH fait partie du Typhoid Vaccine Acceleration Consortium (consortium pour l’accélération de la vaccination contre la fièvre typhoïde) (TyVAC), un partenariat récemment lancé pour accélérer l’introduction et l’accès aux vaccins conjugués contre la fièvre typhoïde. 

Ces vaccins ont déjà prouvé le pouvoir de l’innovation et de la créativité en matière de protection des vies. Les vaccins conjugués peuvent désormais nous aider à faire de grands progrès contre d’autres maladies infantiles telles que la fièvre typhoïde et à aider les enfants du monde entier à réaliser leur plein potentiel.

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