En Ouzbékistan rural, les nouveaux vaccins changent la donne

Les vaccins contre le pneumocoque et le rotavirus ne protègent pas seulement les enfants : ils renforcent aussi la confiance dans la vaccination, jusque dans les zones les plus reculées du pays.

  • 30 mars 2026
  • 6 min de lecture
  • par Umida Maniyazova
Children in the village of Gelon in the Kashkadarya region of Uzbekistan. Credit: Umida
Children in the village of Gelon in the Kashkadarya region of Uzbekistan. Credit: Umida
 

 

En bref

  • Il y a dix ans, le ministère de la Santé d’Ouzbékistan, en partenariat avec Gavi, a déployé deux nouveaux vaccins contre le rotavirus, cause de diarrhée, et le pneumocoque, responsable de méningites et de pneumonies. Ces deux agents pathogènes étaient à l’origine de milliers d’hospitalisations pédiatriques et de centaines de décès chaque année.
  • D’après les membres du personnel de santé, les effets de l’introduction de ces vaccins ont été radicaux. « Avant, nous voyions presque chaque semaine des infections graves. À présent, c’est rare », explique un membre du personnel de santé de Qo’rg’ontepa.
  • L’efficacité évidente des vaccins renforce la confiance des parents dans la vaccination. « Je pense que les vaccins contre le rotavirus et le pneumocoque sont particulièrement importants parce que, lorsqu’un enfant contracte une de ces maladies, s’il est vacciné, les manifestations sont plus bénignes et moins dangereuses », raconte une mère résidente de Qo’rg’ontepa.

Il y a une dizaine d’années, les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques figuraient parmi les principales causes d’hospitalisation et de décès d’enfants dans les villages parsemant les infinies plaines d’Ouzbékistan.

Les maladies pneumococciques, causées par la bactérie Streptococcus pneumoniae, conduisaient souvent à une pneumonie grave, à une méningite ou à des infections sanguines. Selon les estimations, le rotavirus aurait causé quelque 5 491 hospitalisations et 662 décès par an chez les enfants de moins de cinq ans entre 2005 et 2009.

Cependant, l’introduction de deux vaccins, le vaccin antipneumococcique conjugué et le vaccin antirotavirus, a considérablement changé la donne.

Le changement à l’œuvre

Le ministère de la Santé d’Ouzbékistan, en partenariat avec Gavi, a introduit le vaccin antirotavirus en 2014 et le vaccin antipneumococcique conjugué en novembre 2015.

Les recherches menées dans le pays avant l’introduction de ces vaccins confirment la lourde charge de morbidité de ces deux infections. Entre 2008 et 2013, par exemple, les cas de méningite pneumococcique enregistrés chez l’enfant avaient tendance à se présenter sous des formes avancées et hautement dangereuses : 83,3 % des jeunes patients présentaient une forme grave de la maladie, un sur trois (36,3 %) développait un syndrome convulsif, et 72,2 % développaient des complications potentiellement mortelles comme un œdème cérébral ou un syndrome de choc toxique.

La pneumonie pneumococcique avait elle aussi fréquemment de graves conséquences, 73 % des enfants présentant des complications, y compris des dommages aux poumons et une inflammation de la plèvre.

Le Dr Renat Latipov, spécialiste de l’OMS en Ouzbékistan, estime que le rotavirus était quant à lui responsable d’au moins 32 000 consultations auprès de prestataires de soins de santé primaires et de plus de 330 000 cas de diarrhée traités à domicile chaque année.

L’ampleur de la menace posée par le pneumocoque est confirmée par les données de suivi microbiologique relatives à la même période : la Streptococcus pneumoniae a été isolée chez près de la moitié (46,6 %) des enfants hospitalisés atteints de méningite purulente et 13,9 % de ceux atteints de pneumonie.

La propagation de souches résistantes aux antibiotiques courants, comme l’érythromycine (36,2 %) et l’association triméthoprime-sulfaméthoxazole (53,3 %), était une source d’inquiétude majeure, car elles rendaient le traitement particulièrement compliqué.

Les nouveaux vaccins ont rapidement gagné du terrain et la couverture vaccinale contre le rotavirus a augmenté de 52 % en 2014 à 90 % à 99 % au cours de la période 2017-2024. La couverture par les trois doses de vaccin antipneumococcique conjugué s’est stabilisée à 98-99 % entre 2021 et 2023, reculant ensuite à 94 % en 2024.

L’impact s’est rapidement fait sentir. « Avant la vaccination, les cabinets médicaux ruraux enregistraient en moyenne 20 cas de diarrhée par semaine ; après la vaccination, ce chiffre est tombé à cinq cas à peine par semaine », commente le Dr Latipov.

Les études scientifiques ont quant à elles constaté un impact similaire. Les recherches sur l’efficacité du vaccin antirotavirus menées à Boukhara et Tachkent en 2015-2016 ont montré qu’il réduit de 51 % le risque d’hospitalisation des enfants infectés par le rotavirus et que son efficacité atteint 67 % contre les cas les plus graves nécessitant un traitement prolongé.

En ce qui concerne le vaccin antipneumococcique, en 2016, soit à peine deux ans après son introduction, le nombre de cas de pneumonie chez les enfants de moins de cinq ans avait diminué de 54 % par rapport à la période antérieure à la vaccination, et le taux de méningite pneumococcique confirmée dans les hôpitaux de Tachkent et de Samarcande avait été divisé par 2,6.

Rural girl from the highest village of Uzbekistan, Gelon. Credit: Umida Maniyazova
Une fille de Gelon, le plus haut village d’Ouzbékistan. Crédits : Umida Maniyazova

Dans les villages ruraux, la confiance dans la vaccination s’améliore

La transformation la plus radicale a peut-être eu lieu dans les zones les plus reculées du pays, où il est parfois difficile d’obtenir rapidement des soins curatifs, mais où le système de vaccination parvient tout de même à atteindre des taux élevés de couverture.

Ainsi, dans le village de Qo’rg’ontepa, niché dans les collines pittoresques de la province d’Andijan, les campagnes de vaccination ont permis de réduire considérablement le nombre d’hospitalisations d’enfants atteints de pneumonie et de maladies diarrhéiques graves.

« Avant, nous voyions presque chaque semaine des infections graves. Maintenant, c’est rare », explique Shaira, une agente de santé locale qui a administré le vaccin à des centaines d’enfants.

Elle explique que les parents sont plus enclins qu’avant à avoir recours à la vaccination : « Avant, dans les zones rurales, nous devions faire du porte-à-porte et essayer de convaincre les parents de jeunes enfants de venir les faire vacciner. Maintenant, les mères viennent d’elles-mêmes aux postes de santé ruraux avec leurs enfants pour demander quand ils doivent recevoir leur prochaine dose. »

Elle considère cela comme la réussite des intenses campagnes d’information menées par le personnel médical rural – et comme la preuve que les familles ont pu constater par elles-mêmes l’efficacité des vaccins et l’amélioration de l’état de santé de leurs enfants.

Mokhinur Sotvoldieva, résidente du village de Qo’rg’ontepa, dans la province d’Andijan, âgée de 28 ans et mère de deux enfants : « Je pense que les vaccins contre le rotavirus et le pneumocoque sont particulièrement importants parce que, lorsqu’un enfant contracte une de ces maladies, s’il est vacciné, les manifestations sont plus bénignes et moins dangereuses. Bien sûr, il peut y avoir des effets secondaires bénins, comme avec n’importe quel vaccin, mais le risque est bien plus faible que le risque posé par les maladies elles-mêmes. C’est pourquoi faire vacciner mes enfants dans les délais prescrits est pour moi une priorité. Maintenant qu’ils sont vaccinés contre le rotavirus et le pneumocoque, j’ai beaucoup moins peur de voyager avec mes enfants, cela m’a donné confiance, car je sais qu’ils sont protégés contre de nombreuses maladies graves. De cette manière, non seulement ils sont protégés, mais les gens autour d’eux aussi », explique Mokhinur.

Sa fille de cinq ans a ressenti une légère gêne après l’injection antipneumococcique, tandis que son fils de deux ans n’a eu presque aucune réaction. « Chaque enfant réagit différemment, donc les vaccinations doivent suivre un examen médical rigoureux, une recommandation médicale et le consentement parental », affirme Mokhinur.

Mokhinur Sotvoldieva resident of Qorg'ontepa village and mother of two. Credit: Umida Maniyazova
Mokhinur Sotvoldieva, résidente du village de Qo’rg’ontepa et mère de deux enfants. Crédits : Umida Maniyazova

Poursuivre l’expansion

Selon le ministère de la Santé, poursuivre l’expansion de la couverture vaccinale dans les zones rurales d’Ouzbékistan exige de renforcer les installations de soins de santé primaires, de déployer des équipes de proximité et de renforcer les systèmes logistiques et de la chaîne du froid afin de garantir la fiabilité de l’approvisionnement en vaccins pédiatriques essentiels au niveau des villages.

Il s’agit notamment des vaccins administrés gratuitement dans le cadre du programme national de vaccination, à savoir le vaccin antipoliomyélitique oral, le vaccin antipoliomyélitique inactivé, le vaccin antirotavirus, le vaccin antipneumococcique conjugué et les vaccins combinés contre l’Haemophilus influenzae type B, entre autres.

Les autorités sanitaires soulignent que, tant dans les centres urbains que dans les communautés rurales, ces vaccins sont aujourd’hui systématiquement en stock dans les cliniques publiques, permettant ainsi aux parents de tout le pays de faire administrer tous les vaccins requis à leurs enfants selon le calendrier prescrit.