Bundibugyo : ce rare virus Ebola provoque une flambée mortelle, sans vaccin disponible à ce jour

Les scientifiques cherchent désormais à déterminer si les vaccins existants contre Ebola pourraient offrir une protection, ou si un nouveau vaccin sera nécessaire.

  • 26 mai 2026
  • 7 min de lecture
  • par Priya Joi
Des agents de santé interrogent des habitants dans le cadre de la riposte à Ebola en République démocratique du Congo, lors de la flambée de 2018-2020. Crédit : Gavi/2019/Frederique Tissandier.
Des agents de santé interrogent des habitants dans le cadre de la riposte à Ebola en République démocratique du Congo, lors de la flambée de 2018-2020. Crédit : Gavi/2019/Frederique Tissandier.
 

 

À retenir

  • Le virus Bundibugyo, responsable d’une forme mortelle de maladie à virus Ebola observée pour la dernière fois lors d’une flambée majeure il y a plus de dix ans, est à l’origine d’une flambée dans l’est de la RDC qui a déjà gagné l’Ouganda ; il peut tuer jusqu’à 50 % des personnes infectées.
  • Le 17 mai 2026, l’OMS a déclaré que la situation constituait une urgence de santé publique de portée internationale — son plus haut niveau d’alerte formel.
  • Il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique contre le virus Bundibugyo. Les vaccins existants contre Ebola ciblent une autre espèce du virus, et les scientifiques évaluent désormais en urgence s’ils pourraient malgré tout jouer un rôle.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a tiré la sonnette d’alarme face à une nouvelle flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. 

L’OMS a confirmé que la maladie est causée par le rare virus Bundibugyo, dont le taux de létalité peut atteindre 40 %, et qui reste si mal connu qu’il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre lui.

L’OMS a reçu une première alerte concernant une « maladie inconnue à forte mortalité » le 5 mai 2026, mais il a fallu dix jours supplémentaires pour en confirmer la cause. Deux raisons expliquent ce délai : le virus est différent des virus Ebola Zaïre et Soudan, ce qui signifie que les tests rapides de terrain standard ne le détectent pas toujours ; et la flambée est survenue dans une région fragile, vulnérable et touchée par le conflit, où l’accès au diagnostic reste difficile. 

Le 17 mai 2026, le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré qu’il s’agissait d’une urgence de santé publique de portée internationale, soit le plus haut niveau d’alerte prévu par le Règlement sanitaire international.

Lundi 18 mai, les deux pays comptaient 528 cas suspects et 132 décès suspects, dont 131 en RDC. L’OMS a indiqué que « d’importantes incertitudes demeurent quant au nombre réel de personnes infectées et à l’étendue géographique de cet événement », notamment en raison d’une « compréhension limitée des liens épidémiologiques avec les cas connus ou suspects ».

Cette incertitude inquiète les experts. « Le nombre de cas suspects signalés avant la confirmation laisse penser que la transmission pourrait avoir été en cours pendant plusieurs semaines avant que la flambée ne soit officiellement reconnue », explique la Dre Daniela Manno, épidémiologiste clinicienne à la London School of Hygiene & Tropical Medicine. 

Le 19 mai, l’OMS a réuni des experts pour discuter des options vaccinales possibles, tandis que Gavi travaille en étroite collaboration avec l’OMS et la CEPI afin de comprendre comment les vaccins actuellement homologués, ou d’autres vaccins candidats, pourraient être mobilisés dans le cadre de cette riposte. 

En attendant qu’un vaccin puisse être déployé, explique Manno, la riposte devra « s’appuyer largement sur les mesures classiques de santé publique, notamment la détection rapide des cas, l’isolement, la recherche des contacts, la prévention et le contrôle des infections, les enterrements sécurisés et l’engagement communautaire ».

Qu’est-ce que le virus Bundibugyo ?

Bundibugyo est l’une des six espèces connues d’Orthoebolavirus, dont quatre sont connues pour provoquer la maladie à virus Ebola chez l’humain : le virus Ebola — anciennement virus Ebola Zaïre —, le virus Soudan, le virus Taï Forest et le virus Bundibugyo.

Bundibugyo a été identifié pour la première fois en 2007, après une flambée dans le district de Bundibugyo, dans l’ouest de l’Ouganda, à la frontière avec la RDC. Une deuxième flambée a suivi dans la Province Orientale, en RDC, en 2012, avec 59 cas et 34 décès. Lors des deux flambées précédentes, les taux de létalité se situaient entre 30 % et 50 %.

Comme les autres virus Ebola, le virus Bundibugyo est à l’origine d’une zoonose, les chauves-souris frugivores étant considérées comme son réservoir naturel probable. 

Une fois transmis à l’humain, il se propage par contact direct avec le sang, les sécrétions, les organes ou d’autres liquides biologiques de personnes infectées, ainsi qu’avec les surfaces et matériaux contaminés par ces liquides. Les personnes deviennent contagieuses dès l’apparition des symptômes ; la période d’incubation varie de 2 à 21 jours.

Les premiers symptômes, notamment la fièvre, la fatigue, les douleurs musculaires, les maux de tête et les maux de gorge, ne sont pas spécifiques et peuvent être difficiles à distinguer du paludisme ou d’autres maladies provoquant de la fièvre. Les formes les plus graves peuvent entraîner des symptômes gastro-intestinaux, un dysfonctionnement des organes et des saignements hémorragiques.

Pourquoi cette flambée est particulièrement préoccupante 

L’OMS a souligné plusieurs facteurs qui rendent cette flambée particulièrement difficile à contenir. 

L’épicentre, situé autour de la ville minière de Mongbwalu, dans la province de l’Ituri, est un important carrefour commercial très fréquenté. Cela signifie que lorsque des personnes infectées se sont déplacées vers Rwampara et Bunia à la recherche de soins médicaux, le virus s’est déplacé avec elles. L’Ituri est frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, ce qui accroît le risque d’une propagation régionale.

Ce risque est déjà en train de se concrétiser. Au 15 mai, deux cas importés avaient été confirmés à Kampala, la capitale densément peuplée de l’Ouganda. 

Le conflit en cours en Ituri restreint les déplacements des équipes de surveillance, limite le déploiement des équipes d’intervention rapide et entrave le transport sécurisé des échantillons de laboratoire. La province accueille également plus de 270 000 personnes déplacées, tandis que 1,9 million de personnes ont besoin d’une aide humanitaire.

La professeure Emma Thompson, directrice du MRC–University of Glasgow Centre for Virus Research, explique : « Les infections chez les soignants constituent un signal d’alerte sérieux dans toute flambée de filovirus, car elles indiquent une transmission non détectée dans les établissements de santé et des lacunes dans la prévention et le contrôle des infections. » 

Un virus familier, mais une espèce différente

Deux vaccins, le rVSV-ZEBOV à dose unique de Merck et le schéma à deux doses Zabdeno/Mvabea de Johnson & Johnson, sont désormais homologués et utilisés pour lutter contre la maladie à virus Ebola causée par l’espèce Zaïre. Gavi, l’Alliance du Vaccin, a soutenu la création d’un stock mondial d’urgence qui a déjà contribué à combattre des flambées d’Ebola en RDC.

Tous deux ont toutefois été développés spécifiquement contre le virus Ebola Zaïre. Le virus Bundibugyo en est un proche parent, mais les deux virus possèdent un matériel génétique et des protéines de surface différents, ce qui signifie qu’une réponse immunitaire dirigée contre l’un ne protège pas automatiquement contre l’autre.

Actuellement, le portefeuille de vaccins en développement contre la maladie à virus Bundibugyo comprend deux candidats mis en avant par l’OMS : 

  • Un vaccin candidat utilisant la plateforme rVSV — la même que celle du vaccin de Merck — mais ciblant le virus Ebola Bundibugyo. Aucune dose de ce candidat n’est actuellement disponible pour des essais cliniques, et la production de doses destinées à ces essais pourrait prendre, selon les estimations, de six à neuf mois. 
  • Un vaccin candidat utilisant la plateforme ChAdOx — employée pour des vaccins contre la COVID-19 homologués — et ciblant le virus Bundibugyo. La production de ce vaccin est en cours, avec un calendrier actuellement estimé à deux ou trois mois. Toutefois, il n’existe pour l’instant aucune étude animale ou humaine sur ce vaccin, ni aucune donnée concernant son utilisation contre le virus Bundibugyo.

« Des travaux expérimentaux menés chez des primates non humains suggèrent que le rVSV-ZEBOV pourrait offrir une protection hétérologue partielle contre le virus Bundibugyo, mais on ne peut pas supposer que cela se traduira par une protection fiable chez l’humain lors d’une flambée », explique Thompson. 

« En termes simples, nous ne disposons actuellement d’aucun vaccin éprouvé, homologué et spécifique au virus Bundibugyo qui puisse être utilisé pour contrôler une flambée, et des recherches urgentes supplémentaires sont nécessaires. »

Ce que fait Gavi pour accélérer l’accès aux vaccins

Gavi travaille avec ses partenaires afin d’identifier des moyens concrets de soutenir la riposte, tout en protégeant les services de santé plus larges, notamment la vaccination de routine, dans les zones touchées. 

L’une des questions centrales est de savoir si les vaccins Ebola déjà homologués, ou des vaccins candidats moins avancés dans le portefeuille de développement, pourraient jouer un rôle contre cette espèce distincte du virus. 

Le stock mondial d’urgence de vaccins Ebola financé par Gavi contient des doses préqualifiées par l’OMS ciblant le virus Ebola Zaïre, et non le virus Bundibugyo. Toute utilisation de ces doses dans la flambée actuelle dépendrait d’une demande d’un pays touché, des recommandations de l’OMS et d’une décision du mécanisme chargé de gérer ce stock.

La directrice exécutive de Gavi, la Dre Sania Nishtar, a indiqué qu’environ 2 000 doses de vaccin contre Ebola se trouvent déjà en RDC et pourraient être utilisées si les experts de l’OMS estiment qu’il existe des raisons de les employer dans le cadre d’un essai contre le virus Bundibugyo.

Gavi étudie également si son Fonds de première riposte, un mécanisme de financement conçu pour accélérer l’accès aux vaccins lors d’urgences de santé publique de portée internationale, pourrait contribuer à accélérer le développement et la livraison de vaccins.

Certaines de ces doses se trouvent déjà à proximité de la flambée. La directrice exécutive de Gavi, la Dre Sania Nishtar, a indiqué qu’environ 2 000 doses de vaccin contre Ebola sont déjà en RDC et pourraient être utilisées si les experts de l’OMS estiment qu’il existe des raisons de les employer dans le cadre d’un essai contre le virus Bundibugyo.

Et maintenant ?

L’OMS a appelé à renforcer la surveillance, la recherche des contacts ainsi que la prévention et le contrôle des infections dans les établissements de santé, tout en s’appuyant sur une mobilisation communautaire menée par les responsables locaux, religieux et traditionnels. 

Elle a exhorté les pays voisins à renforcer leur préparation, tout en mettant en garde contre la fermeture des frontières ou les restrictions commerciales.

Si la communauté mondiale de la santé a tiré d’importantes leçons des précédentes flambées d’Ebola, Manno souligne que : « Des progrès considérables ont été accomplis au cours de la dernière décennie dans la surveillance d’Ebola, les diagnostics, les systèmes de riposte aux flambées, les vaccins et les traitements. 

« Toutefois, la préparation reste inégale selon les différents filovirus, en particulier pour les virus plus rares pouvant provoquer la maladie à virus Ebola, comme Bundibugyo. »

Selon la professeure Trudie Lang, professeure de recherche en santé mondiale à l’Université d’Oxford : « Les priorités immédiates sont de mener de toute urgence un effort d’engagement communautaire localement piloté et mis en œuvre, afin de réduire la transmission, de renforcer la confiance et d’encourager le recours précoce aux soins ainsi que le signalement des cas. 

« Deuxièmement, les systèmes de laboratoire et l’accès aux capacités de détection doivent être renforcés afin de permettre une identification plus rapide des cas, une surveillance plus efficace et un meilleur suivi de la flambée. »

Lang ajoute : « Cette riposte dépend également d’une coopération solide, d’un partage transparent de l’information et de systèmes interopérables, afin que la situation puisse être comprise et gérée efficacement aux niveaux local, national et régional. 

« Une forte expertise locale et d’importantes capacités régionales sont déjà mobilisées dans la riposte. Africa CDC et l’OMS ont agi rapidement et sont très actifs ; la coordination et la collaboration autour de la riposte sont solides et déjà en cours. 

« Il sera essentiel de renforcer ces atouts et systèmes existants, et de mieux les connecter, pour parvenir à maîtriser la flambée. »