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Regards d’un père et d’une mère – sur l’introduction du vaccin inactivé contre la polio en RDC

Alors que la RD Congo prend une mesure cruciale pour éradiquer le fléau de la polio, Evariste et Marie-Josée expliquent à Fred Tissandier de Gavi pourquoi le vaccin antipoliomyélitique inactivé est si important pour assurer un avenir en bonne santé à leurs enfants.

Marie-Josée Watusolele (52 ans) et son mari, Evariste Mputu (62 ans), s’assoient dans leur maison située dans le quartier Lemba de Kinshasa, en République démocratique du Congo. Marie-Josée gagne sa vie en fabriquant des poupées, comme celle que l’on peut voir sur la photo. Photo : Gavi/2015/Phil Moore

Aujourd’hui j’ai rencontré Evariste et Marie-Josée. Mariés depuis 29 ans, ils ont trois fils, écoliers et excellents élèves. La famille idéale, pourrait-on penser, et ils sont très heureux, il est vrai. Je découvre cependant, au fil de notre conversation, que leur véritable histoire est loin d’être parfaite. Evariste et Marie-Josée ont l’un et l’autre contracté la polio étant enfants : Evariste n’avait alors que trois ans, sa femme, huit ans. Il se déplace en chaise roulante, tandis que Marie-Josée a besoin de béquilles pour marcher. 

RÉALITÉ

Âgée de 52 ans maintenant, Marie-Josée se souvient encore de la douleur physique mais aussi du divorce de ses parents à cause de sa maladie. Elle se souvient que le voisinage avait raconté qu’un sort avait été jeté, car elle était la seule de la famille à avoir contracté la polio. Elle se remémore avec tristesse sa solitude en grandissant, ses jambes paralysées l’empêchant de mener une vie normale.

L’histoire d’Evariste est tout autre, son père l’ayant toujours soutenu, et sa famille, toujours respecté, en dépit de son handicap. Âiné de la famille, il était toujours écouté et obéi. Maintenant âgé de 63 ans et retraité, c’est avec fierté qu’il jette un regard en arrière sur sa vie. Il a travaillé et occupé de bons emplois ; personne n’a jamais vraiment prêté attention à ses jambes. 

En revanche, Marie-Josée ressent davantage d’amertume. Trouver du travail n’a pas été chose aisée pour elle. Elle a essayé d’obtenir un diplôme de couture, mais n’a jamais achevé la formation. De temps à autre, elle vendait des marchandises au marché, mais c’était difficile parce que les gens ne l’aidaient pas. L’argent faisait toujours défaut.

SUBSISTER

Aujourd’hui, Marie-Josée travaille encore, et vend des poupées de chiffon africaines qu’elle vend au marché au prix de 12 dollars chacune. Ce revenu lui permet de survivre sans pour autant être suffisant. En effet, deux de ses fils vont encore à l’école. Elle a également besoin d’acheter de nouvelles béquilles, les siennes lui faisant mal aux pieds. Evariste, lui, veut une nouvelle chaise roulante. La sienne date de 1963.

Marie-Josée montre ses béquilles orthopédiques en s’asseyant dans la cour de sa maison. Bien qu’elle puisse marcher avec les béquilles, elle explique qu’il est très douloureux de les porter longtemps. Photo : Gavi/2015/Phil Moore

DIEU MERCI

Sa rencontre avec Evariste dans leur église locale a été la concrétisation d’un rêve. Lorsque Marie-Josée évoque leur première rencontre, une étincelle brille dans ses yeux, identique à celle qui se reflète dans ceux d’Evariste. Ils ont appelé leur dernier fils, maintenant âgé de 15 ans, « Dieu Merci ». Evariste et Marie-Josée m’ont expliqué être reconnaissants pour tout ce qu’ils avaient reçu. Je leur ai demandé s’ils avaient un regret, et ils ont aussitôt répondu que c’était de ne pas avoir été vaccinés contre le fléau de la polio.

UN MOMENT IMPORTANT

Leurs enfants ont tous reçu le vaccin antipoliomyélitique oral et ils se font les champions constants de la vaccination. Ils considèrent comme un moment important l’introduction du vaccin inactivé contre la polio en RD Congo même s’ils n’ont pas pu voir les images de ce lancement à la télévision, leur quartier ne disposant pas d’électricité. « S’il y avait eu un vaccin lorsque nous étions jeunes,» explique Evariste, «nous n’aurions pas été confrontés à cette situation.»

Je tiens à remercier Handicap International pour son aide dans l’élaboration de cette histoire, le Réseau des comités de réadaptation (RCR) et Pauline Tshunza en particulier.  

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