Même la chaleur et l’humidité extrêmes ne suffisent pas à dissuader les mères et les pères de la province de Bắc Giang, au Vietnam, d’emmener leurs enfants dans les centres de santé locaux pour leurs visites de contrôle et de vaccination. Le jour de ma visite au centre communautaire de Yên Thế, des familles faisaient la queue devant la clinique, attendant patiemment que leurs enfants soient vaccinés contre des maladies telles que la coqueluche et la rougeole qui faisaient des ravages dans le pays.

Avant de partir pour le Vietnam, j’étais curieux. Comment un pays ravagé par de longues années de guerre, de conflit politique et de pauvreté a-t-il atteint des taux de vaccination égaux, voire supérieurs, à la couverture vaccinale de certains pays plus riches ? La plupart des réponses à mes questions m’ont été fournies par le ministre de la Santé, Nguyen Thi Kim Tien, mais l’une d’elles m’a paru évidente pendant que j’écoutais les parents qui attendaient devant le centre communautaire de Yên Thế : la confiance du public dans le système de santé.

La couverture vaccinale élevée du Vietnam a été réalisée grâce à des séances de vaccination régulières dans les établissements de santé locaux. La sensibilisation est limitée aux zones les plus inaccessibles. Cela garantit une administration extrêmement fiable et aussi que les familles ne se déplaceront pas pour rien en raison d’un manque de vaccins ou de vaccinateurs. Les séances de vaccination dans les centres de santé locaux sont supervisées par une équipe de médecins, toute manifestation averses post-immunisation (MAPI) étant étroitement surveillée. C’est cette régularité et cette qualité qui ont suscité la confiance des Vietnamiens dans leur système de vaccination – et suscité également la demande dans des endroits comme Yên Thế. 

The author with parents at the community clinic. Photo: Gavi 2017/ Đạt Nguyễn.
The author with parents at the community clinic. Photo: Gavi 2017/ Đạt Nguyễn.

L’enregistrement et le suivi de la vaccination constituent un défi de taille dans la plupart des pays bénéficiant du soutien de mon organisation, c’est-à-dire Gavi. Au Vietnam, cependant, chaque centre de santé que j’ai visité utilisait systématiquement les carnets de vaccination des enfants pour enregistrer les vaccinations, chacun comparé à la liste complète des enfants attendus. Il s’agissait d’un exemple type de la façon dont l’enregistrement des données en temps réel peut permettre de faire des estimations officielles plus précises de la couverture. 

Il y a d’autres avantages techniques. Le Vietnam possède son propre Institut d’hygiène et d’épidémiologie qui sert d’épicentre de soins préventifs, ce qui contraste nettement avec les pays qui accordent peu d’attention à la formation de professionnels et de gestionnaires de la santé publique. Le Vietnam m’a fait penser à l’État de Tamil Nadu dans mon pays d’origine qu’est l’Inde, pays largement reconnu pour son succès en matière de santé publique et ses faibles taux de mortalité maternelle et infantile. À l’instar du Vietnam, l’État de Tamil Nadu dispose d’un groupe dédié de professionnels de la santé publique auquel le crédit de l’impressionnante performance de la province en matière de santé publique est souvent accordé.

Le Vietnam a également pris l’initiative de mettre en place un réseau de centres provinciaux de surveillance et de lutte contre les maladies, associant la surveillance en laboratoire à des activités de prévention des maladies dans tout le pays.  Un système de chaîne du froid étendu permet de conserver les vaccins à la bonne température, comme en témoigne l’exceptionnelle évaluation de gestion efficace des vaccins (GEV) supérieure à 80%.

Chacune de ces réussites repose sur les mêmes bases solides : le fort engagement politique du ministre de la Santé et d’autres parties prenantes, l’indéfectible résolution en matière de prévention et de promotion de la santé et des professionnels de la santé publique qualifiés. Tout ceci est soutenu par un vaste réseau d’agents de santé communautaires, essentiellement des volontaires travaillant au niveau de base pour rapprocher les communautés du système de santé national.

Mon voyage sera toujours un rappel des progrès impressionnants qui peuvent être réalisés dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile, ainsi que contre les maladies infectieuses lorsqu’un gouvernement national privilégie les soins préventifs et promotionnels et investit dans les soins de santé primaires. 

Le Vietnam est l’un des 20 pays bénéficiant du soutien de Gavi, l’Alliance du Vaccin, qui devraient faire leur transition hors de celui-ci entre 2016 et 2020.  Alors que le gouvernement déploie son nouveau régime national d’assurance maladie, il sera plus impérieux que jamais de poursuivre les progrès en investissant dans la prévention. Le jour de mon arrivée, le premier ministre Nguyễn Xuân Phúc a approuvé le budget alloué à la vaccination, garantissant un financement national accru aussi bien pour les vaccins que pour la chaîne du froid jusqu’en 2020. J’espère que le pays pourra consacrer davantage de ressources à l’introduction de nouveaux vaccins importants comme les vaccins contre le virus du papillome humain, le rotavirus et le pneumocoque, tout en protégeant les familles contre les décès, la souffrance et le fardeau financier évitables qui les accompagnent. 

J’ai quitté Hanoï sans qu’il ne subsiste en moi le moindre doute sur la manière dont le Vietnam a atteint et maintenu une couverture vaccinale de base de 96%, ce qui est une réussite phénoménale. Compte tenu de l’approche systématique du Vietnam en matière de promotion de la santé communautaire, j’espère voir ce beau pays poursuivre sur cette lancée et atteindre de nouveaux sommets.

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