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Profil vaccinal : le vaccin contre la dengue

La moitié de la population mondiale est exposée au risque de dengue, maladie virale transmise par les moustiques, autrefois confinée aux tropiques. Comme il est difficile de lutter contre le moustique, il est urgent de pouvoir disposer d’un vaccin.

  • 11 juin 2024
  • 4 min de lecture
  • par Personnel de Gavi
Illustration numérique du virus de la dengue. Ce modèle a été construit à partir des données sur la structure macromoléculaire virale fournies par la Protein Data Bank (PDB 3J 27).
Illustration numérique du virus de la dengue. Ce modèle a été construit à partir des données sur la structure macromoléculaire virale fournies par la Protein Data Bank (PDB 3J 27).
 

 

Fiche d’information sur la dengue

  • Agent responsable : Virus – Quatre sérotypes différents sont responsables de la maladie chez les humains
  • Symptômes : Jusqu'à 80 % des cas sont asymptomatiques, mais les principaux symptômes sont une forte fièvre, des maux de tête, des courbatures, des nausées et des éruptions cutanées. En cas de dengue grave, les malades peuvent vomir du sang, saigner des gencives et/ou avoir des maux d'estomac intenses.
  • Taux de mortalité : Jusqu’à 13 % en l’absence de traitement
  • Nombre annuel de cas : 400 millions, selon les estimations, mais probablement encore plus
  • Nombre annuel de décès : 21 000
  • Répartition géographique :Principalement en Asie, mais le virus se propage dans le monde entier.

Il y a environ 5 000 ans, le moustique Aedes Aegypti, vecteur de la dengue, de la fièvre jaune, du chikungunya et du Zika, vivait dans les forêts et se nourrissait sur les animaux. Aujourd'hui, ce moustique est à l'origine de centaines de millions d'infections chez les humains.

Plusieurs événements successifs ont conduit à cette spectaculaire domination mondiale. Tout d'abord, une sous-population de moustiques a évolué jusqu’à piquer préférentiellement les humains. Ensuite, la mondialisation a servi de catalyseur à sa propagation.

La maladie se propage au-delà des tropiques. Le changement climatique a étendu l'habitat d'Aedes Aegypti, comme il l'a fait pour de nombreux autres insectes vecteurs de maladies, au point que la moitié de la population mondiale est maintenant exposée au risque de dengue.

Si la dengue est une maladie ancienne, mentionnée dès l'an 992 dans une encyclopédie médicale chinoise, le colonialisme et la traite des esclaves à travers l’Atlantique ont permis aux moustiques A. Aegypti d’essaimer à partir de l'Afrique de l'Ouest. Passagers clandestins des navires négriers, ils se sont implantés dans les Amériques, puis en Asie où ils sont arrivés, avec les virus qu’ils hébergeaient, à la faveur de la Seconde Guerre mondiale.

La croissance urbaine explosive de l’Asie a entraîné une promiscuité favorable au développement du moustique. Dans les bidonvilles, l’absence d’infrastructures adéquates en matière d'approvisionnement en eau, d'assainissement et d'hygiène, la défaillance des réseaux d'égouts et de la gestion des déchets créent les conditions idéales pour la prolifération des moustiques.

Plusieurs pays asiatiques, dont l'Inde, l'Indonésie, le Myanmar, le Sri Lanka et la Thaïlande, figurent parmi les pays où le paludisme sévit le plus à l’état endémique. Et la maladie se propage au-delà des tropiques. Le changement climatique a étendu l'habitat d'Aedes Aegypti, comme il l'a fait pour de nombreux autres insectes vecteurs de maladies, au point que la moitié de la population mondiale est maintenant exposée au risque de dengue.

L'Europe et les États-Unis voient le nombre de cas augmenter chaque année. Le scientifique en chef de l'OMS, Jeremy Farrar, a prévenu que la dengue allait probablement « décoller » dans le sud des États-Unis, le sud de l'Europe et de nouvelles régions d'Afrique au cours de cette décennie, car le réchauffement de la planète crée les conditions propices à la propagation d'A. Aegypti.

Une explosion d’épidémies

La dengue est une infection virale qui provoque un syndrome grippal grave et peut être mortelle en cas de dengue hémorragique. Les principaux symptômes sont une forte fièvre, des maux de tête, des courbatures, des nausées et une éruption cutanée. Les personnes atteintes peuvent également souffrir de spasmes musculaires graves, raison pour laquelle la dengue était autrefois appelée « fièvre des os cassés ».

L'incidence de la dengue a été multipliée par 30 au cours des 50 dernières années, selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le nombre de cas signalés à l'OMS est passé de 500 000 en 2000 à 5,2 millions en 2019, avec environ 40 000 décès. Des épidémies ont explosé ces dernières années en Afrique, en Asie et dans les Amériques.

Il n'existe pas de traitement spécifique de la dengue, mais des soins médicaux précoces peuvent limiter la gravité de la maladie et prévenir les décès. La lutte contre le vecteur est essentielle mais difficile. La vaccination est probablement le meilleur moyen d'enrayer la transmission.

Le pipeline de vaccins

Alors que le développement de vaccins progresse bien avec plusieurs candidats dans le pipeline, le déploiement d'un vaccin contre la dengue a connu un revers en 2017 lorsque le seul vaccin disponible - Dengvaxia - a été associé à un risque accru d'hospitalisations et de maladies graves chez les personnes qui avaient été vaccinées mais n'avaient jamais été infectées par la dengue auparavant.

En effet, c'est la deuxième infection par la dengue qui est généralement associée à un risque beaucoup plus élevé de maladie grave, les anticorps développés lors d'une primo-infection pouvant faciliter l'infection postérieure par un autre sérotype du virus de la dengue. Chez une personne qui n'a jamais été infectée par le virus de la dengue, la vaccination par Dengvaxia peut agir comme une première infection, le vaccin qui cible les quatre sérotypes du virus n’induisant qu’un taux d’immunisation partiel. Si la personne vaccinée est ensuite exposée au virus, le système immunitaire va réagir comme s'il s'agissait de la « seconde » infection.

Néanmoins, le vaccin offre une protection accrue aux personnes séropositives et peut conférer un avantage en termes de santé publique dans les pays où la séroprévalence est élevée. Selon les nouvelles recommandations du Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) sur la vaccination émises en 2018, il faut pratiquer un dépistage avant l’administration de Dengvaxia, pour vacciner uniquement les personnes pouvant apporter la preuve d'une infection antérieure.

Deux nouveaux vaccins, TAK-003 et TV003/TV005 - tous deux des vaccins tétravalents vivants-atténués - ont maintenant obtenu des résultats de phase III, montrant une bonne efficacité et une bonne sécurité. Le TAK-003 est déjà homologué par l'Agence européenne des médicaments (EMA) et par différents pays, et l'Indonésie s'apprête à le mettre à la disposition de la population générale. Il devrait obtenir la préqualification de l'OMS au début de l’année 2024, ce qui permettrait son déploiement à l’échelle mondiale.

Le SAGE recommande d’utiliser le vaccin TAK-003 chez les enfants âgés de 6 à 16 ans, dans les zones où la charge de morbidité et l'intensité de la transmission de la dengue sont élevées. Dans cette tranche d'âge, le vaccin devrait être introduit environ 1 à 2 ans avant l'âge auquel surviennent la plupart des hospitalisations dues à la dengue. Pour le TV003, la préqualification de l'OMS devrait être achevée d'ici novembre 2024. Il est important de noter que ces deux vaccins protègent contre les quatre sérotypes de la dengue.