Des scientifiques ont identifié une cause possible du noma, la maladie qui ravage le visage des enfants
À terme, cette découverte pourrait aider à détecter et traiter le noma à un stade précoce.
- 21 octobre 2026
- 5 min de lecture
- par Linda Geddes
En bref
- Le noma est une maladie gangreneuse de la bouche et du visage qui évolue très rapidement. Il touche principalement les enfants souffrant de malnutrition âgés de deux à six ans en Afrique subsaharienne. Sans traitement, la maladie est mortelle dans environ 90 % des cas, et les enfants qui y survivent gardent souvent un visage gravement défiguré.
- Bien que l’on ne connaisse pas la cause précise du noma, une nouvelle étude a identifié une espèce jusque-là inconnue de bactéries semblant fortement associées à cette maladie. Des échantillons de salive d’enfants infectés ont également révélé d’importantes perturbations de l’équilibre normal des microbes dans la bouche.
- Ces découvertes pourraient permettre un diagnostic plus précoce, une amélioration des traitements et une meilleure compréhension de l’une des maladies les plus négligées au monde.
Le noma apparaît souvent comme une infection buccale à première vue mineure. Mais en quelques jours, il peut se propager au reste du visage de l’enfant, dévorant ses joues, ses lèvres et ses os. La maladie tue jusqu’à 90 % des enfants non traités.
Durant des décennies, la cause précise du noma est restée un mystère. Aujourd’hui, une nouvelle étude a identifié une espèce jusque-là inconnue de bactéries semblant fortement associées à cette maladie.
Ces découvertes pourraient permettre un diagnostic plus précoce, une amélioration des traitements et une meilleure compréhension de l’une des maladies les plus négligées au monde.
Qu’est-ce que le noma ?
Le noma tire son nom du mot grec « nomē », qui signifie « dévorer ». Cette affection gangreneuse à évolution rapide commence généralement par une gingivite avant de se propager aux tissus faciaux voisins.
« La maladie est généralement liée à une pauvreté abjecte et à la malnutrition », décrit le professeur Adam Roberts, de la Liverpool School of Tropical Medicine (Royaume-Uni), qui a participé à la nouvelle étude. « [Le noma] était bien plus répandu à une époque. Durant la Première Guerre mondiale, on observait une affection proche, qu’on a surnommée la bouche des tranchées. La présence du noma a également été constatée dans les camps de concentration, par exemple à Auschwitz, au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Avec l’amélioration générale des conditions de vie, du moins dans le monde occidental, c’est une maladie désormais largement oubliée. Mais dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, et particulièrement en Afrique subsaharienne, le noma perdure et est encore assez courant. »
Pour aller plus loin
D’après l’Organisation mondiale de la Santé, près de 140 000 personnes contractent chaque année le noma, bien que la charge de morbidité réelle de la maladie reste incertaine, car de nombreux cas surviennent dans des communautés éloignées n’ayant qu’un accès limité aux soins de santé. Le noma touche principalement les enfants souffrant de malnutrition âgés de deux à six ans.
Bien qu’il soit souvent possible de mettre un frein à la maladie à l’aide d’antibiotiques, d’un soutien nutritionnel et d’une meilleure hygiène buccale quand on la détecte assez tôt, environ 90 % des cas non traités ont une issue fatale.
Les enfants qui survivent souffrent souvent de graves défigurations faciales qui peuvent entraver leur capacité à s’alimenter, à parler et à respirer, tout en les exposant à une stigmatisation et à une exclusion sociale qui dureront toute leur vie.
Quelles sont les causes de cette infection défigurante ?
Le noma résulterait d’une interaction complexe entre une infection, la malnutrition, un système immunitaire affaibli et de mauvaises conditions de vie.
« Le noma est l’une des manifestations les plus apparentes de l’extrême pauvreté et des inégalités sanitaires dans le nord-ouest du Nigéria », affirme Michael Olaleye, épidémiologiste pour Médecins Sans Frontières basé au Noma Children’s Hospital de Sokoto, au Nigéria, et co-auteur principal de l’étude.
Et si les scientifiques suspectent depuis longtemps l’action des bactéries, étonnamment peu de travaux ont été effectués pour étudier les causes de nature microbiologique de la maladie.
La nouvelle étude a exploité le séquençage métagénomique de l’ADN, une technique permettant d’analyser l’ensemble du matériel génétique d’un échantillon et d’y détecter aussi bien des micro-organismes connus que des micro-organismes jusqu’alors inconnus.
L’équipe de recherche a également pu obtenir des échantillons provenant de 19 enfants traités pour le noma dans un hôpital du nord-ouest du Nigéria, à travers une collaboration avec Médecins Sans Frontières et des médecins locaux.
En comparant les bactéries présentes dans ces échantillons avec des ensembles de données accessibles au public issues de sujets sains, les scientifiques ont découvert des différences marquées dans le microbiome buccal des enfants atteints du noma.
« Nous avons découvert que la composition des bactéries dans l’organisme des enfants atteints du noma est totalement perturbée. Certaines bactéries semblent plus communes, tandis que d’autres qui sont souvent le signe d’une bouche en bonne santé sont quasiment absentes », décrit le Dr Richard Goodman, co-auteur principal de l’étude travaillant également à la Liverpool School of Tropical Medicine. « Ce déséquilibre nous offre des indices importants sur la manière dont apparaît et progresse la maladie. »
Parmi les microbes identifiés se trouvait une espèce jusque-là inconnue de bactéries Treponema, une famille connue pour accueillir la bactérie responsable de la syphilis. Cette espèce était présente chez la plupart des patients atteints du noma étudiés, mais pas chez les personnes en bonne santé, et a également été détectée dans des échantillons prélevés sur des patients atteints du noma dans le Niger voisin. L’étude a été publiée dans le journal PLOS Neglected Tropical Diseases.
Que représente cette découverte pour les enfants atteints ?
Les scientifiques rappellent que ces résultats ne prouvent pas encore que les nouvelles bactéries identifiées sont responsables du noma.
Il faudrait mener des études de plus grande ampleur faisant participer des centaines voire des milliers de patients à travers plusieurs pays afin de confirmer ce lien et déterminer si le microbe joue un rôle dans l’apparition de la maladie.
Pour autant, cette découverte d’une signature microbienne consistante pourrait avoir d’importantes implications cliniques. « Cela pourrait nous aider à détecter plus tôt la maladie, à la traiter à temps, mais aussi à la prévenir », projette le doctorant Angus O’Ferrall, co-auteur principal de l’étude.
À l’heure actuelle, le diagnostic repose principalement sur la détection des symptômes visibles, ce qui signifie que de nombreux enfants sont diagnostiqués uniquement une fois que leur visage est considérablement atteint.
D’après le professeur Adam Roberts, les médecins pourraient à l’avenir être en mesure de se baser sur certains marqueurs microbiens pour reconnaître les enfants plus exposés au risque de contracter le noma, avant que la maladie ne progresse.
« L’idéal serait de disposer d’un outil de diagnostic qui pourrait déceler, par exemple, une gingivite, mais également la présence de cette bactérie Treponema, susceptible de causer le noma », explique-t-il.
Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient aussi permettre de mettre au point des traitements plus ciblés. Bien que le noma réponde habituellement bien aux antibiotiques, quand il est pris à temps, les traitements actuels reposent sur un large spectre de médicaments.
Mettre le doigt sur les microbes précis associés à la maladie pourrait aider les chercheurs à développer des approches plus ciblées tout en réduisant potentiellement le risque d’une résistance aux antimicrobiens.
À l’avenir, il pourrait même être possible de mettre au point des probiotiques ou d’autres traitements agissant sur le microbiome afin de restaurer les bactéries bénéfiques dans la bouche des enfants, réduisant ainsi le risque que le noma se développe ou progresse, poursuit le professeur Adam Roberts.
« Le noma est une maladie évitable qui sévit particulièrement là où les enfants pâtissent d’un manque d’accès aux soins de santé essentiels, à la nutrition et aux services de vaccination », précise Michael Olaleye. « Avec de meilleurs outils de diagnostic, associés à des systèmes de soins de santé primaires plus solides, nous pourrions veiller à ce que les enfants les plus vulnérables soient identifiés à temps et qu’ils bénéficient de la prise en charge nécessaire avant que la maladie menace leur pronostic vital. »
Davantage de Linda Geddes
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