La Zambie prépare le déploiement des nouveaux vaccins antituberculeux

Alors que la Zambie se prépare à inaugurer une nouvelle stratégie de lutte contre la tuberculose, les enseignements tirés d’un programme de soutien aux patients et du projet de recherche INTRO-TB-VAX laissent entrevoir un avenir plus sûr.

  • 7 octobre 2026
  • 6 min de lecture
  • par Fiske Nyirongo
La Dre Seke Muzazu, vêtue d’un gilet rose sur un haut noir, à l’extrême droite de la photo, se tient aux côtés d’une partie de l’équipe chargée de la collecte de données, dans un poste communautaire de terrain. Crédits photo : Seke Muzazu
La Dre Seke Muzazu, vêtue d’un gilet rose sur un haut noir, à l’extrême droite de la photo, se tient aux côtés d’une partie de l’équipe chargée de la collecte de données, dans un poste communautaire de terrain. Crédits photo : Seke Muzazu
 

 

Blessings Nzima se souvient de ce matin de 2020, où elle n’arrivait même plus à se préparer pour aller en cours.

« J’étais au lycée. Je n’arrêtais pas de tomber malade, et ça affectait mes études. Mais il a fallu attendre ce matin-là pour que ma famille prenne la situation au sérieux et m’amène à l’hôpital pour passer des tests », se remémore-t-elle.

Un lourd fardeau

Elle ne toussait pas, mais elle sentait un poids dans sa poitrine qui l’empêchait de respirer ou de se déplacer normalement. À 19 ans, on lui a diagnostiqué une tuberculose, et après l’échec des premiers traitements, on lui a prescrit un schéma thérapeutique composé de plusieurs médicaments destiné à traiter la tuberculose multirésistante.

« Le plus dur, c’était la nausée et les vomissements, souvent au moment de prendre mes médicaments. Ce n’était pas rare que je vomisse ce que j’avais mangé juste avant de les prendre, ce qui était éprouvant, car nous manquions de nourriture à la maison. »

La situation a changé quand Blessings a pu bénéficier du programme de soutien aux patients atteints de la tuberculose mené conjointement par la Banque mondiale et le ministère de la Santé, qu’elle a rejoint en 2021 dans le district de Chongwe, dans la province de Lusaka. Ce programme lui apportait une aide alimentaire mensuelle ainsi qu’une assistance pour le transport, afin de l’accompagner à ses fréquentes consultations à l’hôpital.

« Une infirmière venait me voir presque tous les jours pour m’aider à bien suivre mon traitement, mais aussi tout simplement pour discuter avec moi et me donner des conseils. Ça m’a permis de réaliser que mon pays se souciait de moi, et ça m’a donné de l’espoir. »

Dr Seke Muzazu
Dre Seke Muzazu

Blessings a fini par guérir, elle a terminé le lycée et a désormais un emploi. Elle envisage de poursuivre des études supérieures. Pourtant, la stigmatisation est toujours là : « Les gens vous regardent d’une certaine façon quand vous leur dites que vous avez eu ou que vous avez la tuberculose. Cela me rendait mal à l’aise au lycée, mais encore aujourd’hui, je n’en parle pas en public ou en dehors de mon cercle familial. »

Andrew Sakala, qui vit également dans le district de Chongwe, a été diagnostiqué en 2017 et rapporte les mêmes difficultés.

« Ça a été très compliqué d’obtenir un traitement. Le médicament passait mal, il me donnait des vertiges et des nausées, mais ce sont les vertiges qui m’ont fait perdre mon travail. »

Il a perdu sa stabilité et même son logement, avant de retrouver un emploi de sacristain. En 2020, il a rejoint le même programme de soutien aux patients atteints de la tuberculose, qui a maintenu ses activités durant la pandémie de COVID-19. Depuis, Andrew est guéri, mais il n’a pas oublié la précarité dans laquelle l’a plongé la maladie.

Préparer le terrain pour l’avenir

La tuberculose reste un fardeau sanitaire majeur pour la Zambie, malgré les progrès accomplis. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, près de 60 000 Zambiens contractent la maladie chaque année, les provinces de Lusaka et de Copperbelt représentant la part la plus importante. Ces provinces sont les plus peuplées du pays et comptent davantage de zones résidentielles de forte densité, ce qui crée les conditions idéales pour une transmission rapide. À elle seule, Lusaka représentait 30 à 40 % des nouveaux cas en 2015, mais cette part est tombée à 20–25 % en 2025. Le plan national de lutte contre la tuberculose actuel de la Zambie (2022–2026) arrive à sa fin, et le pays prépare un nouveau plan pour 2027–2031.

Data collection team at a community collection site outside a bar in Lusaka. Credit: Seke Muzazu
L’équipe chargée de la collecte de données sur un site communautaire de collecte, devant un bar de Lusaka.
Crédit : Seke Muzazu

La vaccination devrait jouer un rôle plus important dans cette prochaine phase de la lutte contre la tuberculose.

Les vaccins font depuis longtemps partie de l’arsenal déployé contre la bactérie à l’origine de cette maladie infectieuse, qui reste encore aujourd’hui la plus meurtrière au monde. Le vaccin centenaire Bacille de Calmette et Guérin (ou vaccin BCG) est encore recommandé dans de nombreux pays, dont la Zambie, pour les nourrissons. Mais le vaccin BCG a ses limites. Il n’empêche pas la transmission de la tuberculose pulmonaire, et la protection qu’il apporte contre d’autres formes de la maladie décroît chez les adolescents et les adultes. C’est pourquoi la course est lancée pour développer un vaccin révolutionnaire encore efficace chez les populations plus âgées.

« Le [nouveau] vaccin constituera une solution de première ligne, c’est pourquoi il sera si utile », explique le Dr Angel Mubanga, coordinateur national de la lutte contre la tuberculose en Zambie. « Les solutions de deuxième ligne, comme les schémas de traitement préventif, ont fait leurs preuves, c’est vrai, mais il arrive que certains patients rechignent à les prendre, car ils les croient uniquement destinés aux patients séropositifs au VIH également atteints de la tuberculose, et on finit par les perdre de vue, ou peu s’en faut. » Il souligne notamment que la tranche d’âge la plus touchée est celle des 25 à 45 ans, une population qui représente une part importante de la force de travail contribuant à faire avancer la Zambie.

L’étude menée sur le nouveau vaccin, baptisée INTRO-TB-VAX, examine comment ces futurs vaccins – une fois prêts – pourraient être déployés de manière optimale en Zambie et dans d’autres pays partenaires.

« À ce stade, l’étude ne porte pas sur la mise en œuvre d’un vaccin, mais vise à anticiper le moment où ceux qui sont en cours de développement dans le cadre de divers essais cliniques à travers le monde seront prêts et déployés, afin de préparer les communautés et les différentes parties prenantes à cette mise en œuvre », explique la Dre Seke Muzazu, chercheuse principale de l’étude.

Data collection team at a community collection site at a bus station in Lusaka. Credit: Seke Muzazu
L’équipe chargée de la collecte de données sur un site communautaire de collecte, à un arrêt de bus de Lusaka.
Crédit : Seke Muzazu

D’après la Dre Seke Muzazu, l’objectif de cette étude transversale est de « comprendre dans quelle mesure les vaccins peuvent être déployés en recourant à une approche multisite ». Son équipe se rend ainsi dans différents lieux fréquentés chaque jour par la communauté – écoles, églises, marchés, bars et arrêts de bus – pour y recruter des participants. « Mais il s’agit aussi de recueillir les impressions des membres des communautés et des potentiels bénéficiaires d’un futur vaccin [concernant] les caractéristiques qu’ils recherchent avant tout dans un vaccin, notamment en ce qui concerne les méthodes d’administration. »

Générer les données qui seront utiles à la Zambie

L’équipe de recherche a collaboré avec le Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre tout au long de l’étude, depuis l’élaboration et la validation du protocole jusqu’à l’encadrement des actions de proximité dans les communautés des provinces les plus touchées.

Le Dr Andrew Kerkhoff, l’un des principaux chercheurs de l’étude, apporte plus de détails.

« Compte tenu des différents vaccins antituberculeux candidats actuellement en essai clinique de phase III, notamment le très prometteur M72, la communauté internationale de lutte contre la tuberculose se montre prudemment optimiste quant à la possibilité de disposer, d’ici cinq ans, d’un vaccin sûr et efficace destiné aux adultes et aux adolescents, prêt à être mis sur le marché. Il est important de noter que le M72 et certains des candidats les plus prometteurs pourraient être plus efficaces chez les personnes ayant déjà contracté la tuberculose, et il est probable que les premières doses soient disponibles en nombre limité.

« Cette situation crée une difficulté fondamentale pour la mise en œuvre », ajoute-t-il. « Il sera essentiel de mettre en place des stratégies ciblées et basées sur des données probantes dès le premier jour afin de maximiser l’impact, mais tester chaque personne avant de la vacciner n’est probablement pas réalisable à grande échelle dans les contextes les plus touchés. Pour s’assurer d’être efficace et d’obtenir un impact potentiel, il pourrait être envisagé de cibler les sites et les populations où la prévalence de l’infection tuberculeuse est déjà susceptible d’être élevée, ce qui permettrait d’administrer le vaccin de manière priorisée sans dépister préalablement chaque personne. »

INTRO-TB-VAX : informations clés

Qui ? 9 000 adultes de trois pays (Zambie, Nigéria et Indonésie) participent à l’étude.

Quoi ? INTRO-TB-VAX n’est pas un essai clinique pour un vaccin candidat. Il s’agit d’un projet de recherche visant à déterminer comment distribuer le nouveau vaccin antituberculeux de manière optimale après son approbation.

Où ? L’étude est menée en Zambie, au Nigéria et en Indonésie par des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco, l’Université Johns-Hopkins, l’Université George-Mason, le Centre de recherche sur les maladies infectieuses de Zambie, le Centre de recherche Zankli au Nigéria, et l’Institut indonésien de mise en œuvre programmatique et de recherche en pneumologie. Le projet est financé par la Fondation Gates.

Quand ? Le recrutement des participants a commencé en juillet 2025. La collecte des données se poursuivra jusqu’en octobre 2026, et les résultats de l’étude sont attendus pour la fin 2027.

Le Dr Andrew Kerkhoff souligne l’objectif de l’étude : « INTRO-TB-VAX a été conçue précisément pour générer les données nécessaires à une prise de décision sur les questions suivantes : où trouver des adultes et des adolescents présentant une forte prévalence d’infection tuberculeuse, dans quelle mesure la mise en œuvre de la vaccination est-elle acceptable et réalisable dans ces lieux, et comment les différentes stratégies de mise en œuvre, notamment celles menées en milieu hospitalier et en milieu scolaire, se distinguent-elles sur le plan de l’impact prévu et du rapport coût-efficacité ? »

Il ajoute une mise en garde : « Comme nous l’a clairement démontré la pandémie de COVID-19, disposer d’un vaccin efficace ne suffit pas. Son déploiement peut être sérieusement compromis par une sous-estimation des risques, par la désinformation et la mésinformation, ainsi que par l’absence de stratégies de distribution accessibles et acceptables, parmi de nombreux autres facteurs. L’étude INTRO-TB-VAX a été spécialement conçue pour fournir des données spécifiques à chaque pays afin d’orienter ces décisions de mise en œuvre avant l’arrivée d’un nouveau vaccin antituberculeux. »