Aux Comores, vacciner, tracer, convaincre pour contenir la mpox

Après les premiers cas et le lancement d’une vaccination ciblée, les autorités sanitaires comoriennes cherchent à éviter que la mpox ne s’installe durablement dans l’archipel. Sur le terrain, la riposte repose autant sur la recherche des cas, le suivi des contacts et la sensibilisation que sur le vaccin lui-même.

  • 25 juin 2026
  • 6 min de lecture
  • par Natidja Adabi Soilihi
Au district sanitaire d’Ouzioini, en Grande Comore, des agents de santé communautaire sont réunis le 20 mai pour le lancement de la campagne de vaccination ciblée contre la mpox. Crédit : Ali Khaled
Au district sanitaire d’Ouzioini, en Grande Comore, des agents de santé communautaire sont réunis le 20 mai pour le lancement de la campagne de vaccination ciblée contre la mpox. Crédit : Ali Khaled
 

 

Ce matin de mai, au district sanitaire d’Ouzioini, au sud de l’île de Ngazidja (Grande Comore), un homme d’une quarantaine d’années attend debout à l’entrée. Dans son T-shirt rouge à manches courtes, Ali Mouhsine Mchinda guette son tour. Il ne fait pas partie des profils ciblés par la campagne. Mais il tient une boutique et un restaurant dans l’enceinte de l’hôpital.

« On m’a bien expliqué que cette vaccination concerne des profils de personnes bien choisis, mais comme je travaille dans cet hôpital, j’estime que je suis exposé à cette maladie. Je veux donc m’assurer de ne pas amener cette maladie à la maison. Surtout qu’il y a des enfants en bas âge », confie-t-il.

Au district sanitaire d’Ouzioini, en Grande Comore, Ali Mouhsine Mchinda, debout au centre en T-shirt rouge, s’informe sur la vaccination ciblée contre la mpox, le 20 mai.
Crédit : Ali Khaled

Aux Comores, où seules quelque 10 000 doses sont disponibles, il n’a jamais été question de vacciner massivement. L’objectif est ailleurs : mettre à l’abri les plus exposés, retrouver rapidement les personnes en contact avec des cas confirmés et éviter que le virus ne trouve l’opportunité de s’installer.

Protéger les premières lignes

À Ouzioini, professionnels de santé et agents communautaires se succèdent au poste de vaccination. Kalathoumi Abdoulhamid, vaccinatrice chevronnée, pique, rassure, enchaîne. « Tu verras, ça ne fait pas mal du tout », murmure-t-elle aux 25 personnes attendues ce jour-là. Puis elle laisse percer sa propre inquiétude : « Chaque fois qu’une épidémie est signalée, je vis avec la peur de la ramener à la maison. »

Pour beaucoup, se faire vacciner, c’est aussi pouvoir continuer à aller vers les autres. Fahamwe Ali Asma, 51 ans, passe ses journées à sensibiliser les habitants, parfois jusqu’à une trentaine de maisons. « Vaccinée, je serai immunisée et, ainsi, je protégerai mes enfants et mes petits-enfants », dit-elle.

À Mitsamihouli, au nord de la Grande Comore, une trentaine de personnes ont été vaccinées le lundi 25 mai. Parmi elles, Moussa Athoumani, un « pair leader », dit avoir d’abord hésité. « Au début, j’étais réticent, surtout à l’idée de me retrouver à côté de cas suspects, de crainte d’exposer mes enfants. Désormais, je suis satisfait et soulagé », raconte-t-il.

À Ouzioini, la sage-femme Allaouia Saïd Hassane y voit aussi une question d’exemplarité. « Être parmi les premières à recevoir ce vaccin sert d’exemple au moment de sensibiliser les citoyens. Sans compter que je ne risque pas d’exposer des proches », explique-t-elle.

Kalathoumi Abdoulhamid administre le vaccin MVA-BN contre la mpox au district sanitaire d’Ouzioini, en Grande Comore, le 20 mai.
Crédit : Ali Khaled

Même conviction chez Abidina Assoumani, agent de santé communautaire à Mitsamihouli : « Le fait que je sois vacciné et que je me sente très bien en forme me permettra d’expliquer aux autres que le vaccin n’est pas là pour nous faire du mal. »

Retrouver les contacts, agir vite

Quand son frère a contracté la mpox, Djamadar Abdousalam, 17 ans, a été identifié comme cas contact. Le jeune originaire d’Oichili a été orienté vers la vaccination. « Je me suis rendu compte que je devais le faire pour me protéger et protéger mon entourage. J’encourage tous les jeunes ciblés à vite faire de même », lance-t-il.

Le docteur Faouzouz Ben Aboubacar, responsable de la surveillance épidémiologique, résume la logique suivie par les équipes : « Ces 10 000 doses permettront de protéger entièrement un peu plus de 5 304 personnes, le protocole nécessitant deux injections. L’opération vise en priorité les cas contacts, ainsi que les professionnels de santé, les agents communautaires et les équipes d’intervention chargées de la recherche active. »

Dans un archipel où les moyens sont comptés, cette stratégie suppose d’aller vite : identifier, suivre, convaincre, puis intervenir.

Rassurer, convaincre, parfois insister

À Mbadjini-Ouest, Faouzia Mmadi raconte qu’il a souvent fallu reprendre les bases. « C’était compliqué d’expliquer aux gens qui confondaient la mpox avec une simple gale pour qu’ils prennent suffisamment la maladie au sérieux. On a dû leur montrer que pour la mpox, les lésions apparaissent même au niveau des aisselles, et qu’elles s’accompagnent souvent de violents maux de tête », explique l’agente communautaire.

En sillonnant 45 villages à travers les sept districts de l’île, Elhadad Mohamed a vu revenir une autre peur. « Il ne s’agissait pas nécessairement d’un déni de l’existence de la maladie, mais les gens refusaient de se rendre à l’hôpital de Samba, le site de prise en charge, qui marque encore fortement les esprits depuis la Covid-19. Certaines familles allaient jusqu’à cacher leurs malades », dit le chargé de communication à la direction régionale de la santé.

Face à ces résistances, les équipes sanitaires ont dû s’appuyer sur les autorités traditionnelles et politiques, préfets et chefs de village, venus prêter main-forte pour convaincre les plus réticents. À Ndzuani, où un patient hospitalisé à l’hôpital de Bambao Mtsanga avait pris la fuite, l’intervention des forces de l’ordre a même été nécessaire pour maintenir l’isolement et garantir la continuité des soins.

Une vigilance au-delà de l’épidémie

Selon le rapport épidémiologique national du 12 mai, 41 cas avaient été confirmés à la Grande Comore et un à Anjouan, dont 12 importés de Madagascar, sur un total de 149 cas suspects détectés depuis l’apparition du premier cas, le 23 janvier 2026. Le plus jeune cas confirmé était un nourrisson de 8 mois ; le plus âgé, un homme de 64 ans.

Le docteur Faouzouz Ben Aboubacar tient à saluer « l’implication » des professionnels et des agents de santé communautaire, engagés dans la recherche et la traçabilité des cas comme dans leur prise en charge, malgré le manque de motivation financière.

Avec 527 personnes vaccinées, dont 55 % de personnels en première ligne à la Grande Comore, et plus de deux périodes d’incubation — soit plus de 42 jours — sans nouveau cas signalé, les pouvoirs publics ont annoncé, le lundi 8 juin dernier, la fin de l’épidémie.

Mais dans cet archipel relié à Madagascar par les liaisons maritimes et aériennes, le risque de réimportation reste dans tous les esprits. Aux Comores, la réponse à la mpox ne se joue donc pas seulement dans l’injection d’un vaccin, mais dans la capacité des équipes à repérer vite, suivre les contacts et maintenir la confiance des communautés.


Davantage de Natidja Adabi Soilihi