Les enfants reçoivent-ils leurs vaccins trop tard ?

De nombreux enfants sont vaccinés plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après l’âge recommandé, ce qui soulève des questions sur la manière de mesurer les programmes de vaccination et d’améliorer la vaccination en temps opportun.

  • 4 août 2026
  • 5 min de lecture
  • par Linda Geddes
Crédits photo : AMIT RANJAN sur Unsplash
Crédits photo : AMIT RANJAN sur Unsplash
 

 

Un enfant qui reçoit un vaccin tardivement est tout de même mieux protégé qu’un enfant qui n’en reçoit jamais. Pourtant, même un retard de quelques semaines peut le rendre vulnérable pendant une période critique où le risque de développer une maladie grave est le plus élevé.

Une nouvelle étude majeure a révélé que, dans des dizaines de pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, de nombreux enfants reçoivent leurs vaccins de routine plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après l’âge recommandé.

Les résultats de l’étude suggèrent que les taux nationaux de couverture vaccinale, traditionnellement utilisés pour mesurer la performance des programmes de vaccination, n’illustrent qu’une partie de l’histoire. Un enfant peut être considéré comme vacciné, même s’il a passé des semaines, voire des mois, sans la protection que le vaccin était censé lui apporter.

« Pour des infections telles que l’hépatite B, la coqueluche et la rougeole, des retards même minimes peuvent avoir un impact considérable sur la mortalité à l’échelle de la population », expliquent Oghenebrume Wariri de la London School of Hygiene & Tropical Medicine (LSHTM) et Natasha Crowcroft de l’Agence de la santé publique du Canada dans un commentaire faisant suite à l’étude.

« Les mesures de la vaccination en temps opportun, lorsqu’elles sont examinées conjointement avec celles de la couverture vaccinale, peuvent servir d’indicateurs précoces des faiblesses d’un programme, en mettant en évidence les populations qui restent exposées malgré une couverture apparemment élevée. »

Pourquoi le calendrier de vaccination est-il si important ?

Les vaccins ne sont pas programmés à des âges précis par hasard. Le calendrier recommandé pour chaque dose est soigneusement établi afin de protéger les enfants au moment où ils sont les plus vulnérables. Il est également conçu pour que leur système immunitaire soit suffisamment mature pour répondre efficacement au vaccin.

Autrement dit, une vaccination trop précoce et une vaccination trop tardive peuvent avoir des conséquences. Les vaccins administrés trop tôt peuvent entraîner une réponse immunitaire moins forte, tandis que ceux administrés trop tard exposent les enfants à des infections graves, voire mortelles, pendant une période plus longue que prévu.

Cela ne signifie pas pour autant qu’une vaccination retardée soit inefficace. « Les vaccins administrés trop tard (ou trop tôt) confèrent tout de même un certain niveau de protection et sont de loin préférables à une absence totale de vaccination », explique le professeur Andrew Clark de la LSHTM, auteur principal de l’étude.

Qu’ont révélé les études antérieures concernant le respect du calendrier de vaccination ?

En 2009, les professeurs Andrew Clark et Colin Sanderson, de la LSHTM ont publié l’une des premières analyses à grande échelle sur la vaccination en temps opportun dans 45 pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Cette étude montrait déjà que de nombreux enfants recevaient leurs vaccins plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après l’âge recommandé.

Depuis l’étude de 2009, de nouvelles données d’enquêtes nationales représentatives ont été recueillies, portant sur un plus grand nombre de pays et de vaccins. « Nous voulions mettre à jour cette analyse afin de dresser un état des lieux des connaissances actuelles », explique le professeur Andrew Clark.

Que révèlent les données récentes ?

Le professeur Andrew Clark et ses collègues ont analysé les données d’enquêtes nationales représentatives menées auprès des ménages, concernant plus de 460 000 enfants de moins de trois ans dans 91 pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Ils se sont intéressés non seulement au statut vaccinal de ces enfants, mais aussi au moment où chaque dose avait été administrée par rapport au calendrier de vaccination recommandé.

Les résultats montrent que les retards de vaccination restent très fréquents. Seulement la moitié environ des doses du vaccin antirougeoleux et des troisièmes doses du vaccin contenant la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC3) ont été administrées au cours de la période recommandée.

Tous vaccins confondus, les retards moyens variaient d’environ trois semaines pour le BCG et la première dose du vaccin contenant la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC) à près de huit semaines pour la troisième dose du DTC.

L’étude, publiée dans The Lancet Global Health, a également mis en évidence des disparités importantes entre les pays et au sein même de ceux-ci. « Les pays de la région Amériques de l’OMS respectaient généralement davantage les calendriers de vaccination que ceux des autres régions, mais cela peut s’expliquer en partie par le fait que les âges recommandés pour la vaccination y sont plus avancés », explique le professeur Andrew Clark.

Quels sont les vaccins les plus touchés par les retards ?

Les résultats de l’étude mettent en évidence deux retards vaccinaux particulièrement préoccupants : la dose de naissance du vaccin contre l’hépatite B et la troisième dose du vaccin contenant la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC3).

L’hépatite B se transmet généralement de la mère à l’enfant lors de l’accouchement ou entre jeunes enfants pendant la petite enfance. Environ 95 % des infections contractées à ces âges deviennent chroniques et peuvent entraîner une cirrhose ou un cancer du foie plus tard dans la vie.

« L’administration d’une dose de vaccin contre l’hépatite B dans les 24 heures après la naissance réduit considérablement le risque de transmission du virus d’une mère infectée à son enfant. C’est pourquoi Gavi finance l’achat de doses de naissance du vaccin contre l’hépatite B et investit dans les infrastructures nécessaires à leur distribution », explique Taylor Holroyd, responsable principale de programme au sein de l’Équipe Mesure, Évaluation et Apprentissage de Gavi, l’Alliance du Vaccin.

Pourtant, les chercheurs ont constaté que les vaccins censés être administrés peu après la naissance l’étaient souvent plusieurs jours, voire plusieurs semaines plus tard. « Cette situation est particulièrement préoccupante pour la dose de naissance du vaccin contre l’hépatite B. L’OMS recommande d’administrer une première dose du vaccin dans les 24 heures suivant la naissance, mais seule la moitié des nourrissons ont été vaccinés dans ce délai », souligne le professeur Andrew Clark.

Le DTC3, quant à lui, est celui qui accusait les retards les plus importants : les enfants le recevaient en moyenne près de huit semaines plus tard que recommandé, contre moins de six semaines pour les autres vaccins pédiatriques essentiels analysés.

« Nous ne nous sommes pas penchés sur les raisons de ces retards, mais l’administration tardive du DTC3 pourrait avoir des conséquences importantes sur l’élaboration des calendriers de vaccination des nourrissons », déclare le professeur Andrew Clark.

Comment les pays pourraient-ils tirer parti de ces conclusions pour mieux protéger les enfants ?

Les chercheurs espèrent que leurs conclusions inciteront les programmes de vaccination à accorder davantage d’attention au respect des calendriers de vaccination pour les enfants.

« Les mesures actuelles de la couverture vaccinale nationale globale masquent d’importantes disparités dans la performance des programmes de vaccination existants », explique le professeur Andrew Clark. « En ne se limitant pas à ces indicateurs globaux, les pays pourraient trouver des opportunités pour améliorer la vaccination en temps opportun et renforcer l’impact des programmes existants. »

Il est toutefois plus complexe d’évaluer la vaccination en temps opportun que de mesurer la couverture vaccinale. Oghenebrume Wariri et Natasha Crowcroft soulignent qu’évaluer la vaccination en temps opportun nécessite des données fiables sur les dates de naissance des enfants et leurs antécédents vaccinaux, ainsi que des méthodes standardisées pour analyser et signaler les retards vaccinaux.

Selon eux, prendre en compte la vaccination en temps opportun dans le suivi des programmes de vaccination systématique permettrait de mieux repérer leurs faiblesses et d’identifier les populations qui restent vulnérables malgré une couverture vaccinale apparemment élevée.