Mpox : comprendre les changements de trajectoire pour mieux maîtriser les flambées

Un nouveau modèle montre comment le virus de la mpox peut passer d’une transmission entre adultes à une transmission chez les enfants au cours d’une flambée. Nos réponses devront peut-être s’adapter.

  • 14 avril 2026
  • 5 min de lecture
  • par Linda Geddes
Virus de la mpox
Virus de la mpox
 

 

En bref

  • Les scientifiques cherchent depuis longtemps à comprendre pourquoi, dans certains contextes, les cas de mpox se concentrent chez les adultes et sont associés à des contacts sexuels, tandis que dans d’autres, les infections sont plus fréquentes chez les enfants et se propagent au sein des foyers.
  • Une nouvelle étude apporte un début d’explication. En intégrant des données réelles sur les contacts et la transmission, les chercheurs ont modélisé la propagation de la mpox de clade Ib : une souche à l’origine de récentes flambées en Afrique centrale et de l’Est. Leurs résultats suggèrent que les flambées peuvent évoluer naturellement d’un mode de transmission dominant à un autre, sans modification du virus ni des comportements humains.
  • Ces résultats pourraient avoir des implications pour la réponse de santé publique aux flambées de mpox. Ils soulignent la nécessité d’une surveillance continue et d’interventions capables de s’adapter à l’évolution des modes de transmission, afin que les mesures de contrôle restent en phase avec la dynamique de propagation.

Les flambées de mpox ne suivent pas toujours une trajectoire unique et prévisible. De nouvelles recherches, fondées sur des épidémies récentes liées à la souche de clade 1b, suggèrent que le virus peut se propager par différentes voies à différents stades d’une flambée.

Cela peut se traduire, au fil du temps, par un passage d’une transmission sexuelle chez les adultes à une propagation par contacts rapprochés au sein des foyers et des communautés.

Cette analyse permet de mieux comprendre les évolutions observées récemment dans les modes de transmission et pourrait influencer la manière dont les autorités sanitaires surveillent les flambées et ciblent les interventions, y compris la vaccination.

Alors qu’au début d’une flambée la majorité des infections concerne les jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans, le modèle suggère qu’avec le temps une part croissante des cas pourrait survenir chez les enfants.

« Nos résultats mettent en évidence la nécessité critique d’adapter les stratégies d’intervention à la dynamique évolutive des flambées de mpox », indiquent les chercheurs.

Pourquoi les flambées de mpox sont-elles si différentes ?

Depuis des années, les scientifiques qui étudient la mpox peinent à expliquer pourquoi les flambées peuvent varier autant selon les périodes et les régions.

Dans certains contextes, les cas se concentrent chez les adultes et sont liés à des contacts sexuels, tandis que dans d’autres, les infections touchent davantage les enfants et se propagent au sein des foyers.

Plusieurs hypothèses ont été avancées, notamment des mutations du virus, une diminution de l’immunité liée aux anciennes vaccinations contre la variole, ou encore des changements de comportements. Les virus de la mpox sont également divisés en différents clades, ce qui pourrait contribuer à ces variations.

Une nouvelle étude propose une autre manière de comprendre ces évolutions. Alors que les modèles traditionnels se sont souvent concentrés sur une seule voie de transmission à la fois, comme les contacts sexuels ou la transmission aérienne, il est de plus en plus admis que de nombreuses maladies peuvent se propager de plusieurs façons.

En modélisant la propagation de la mpox à travers des réseaux de contacts à la fois sexuels et non sexuels, les chercheurs ont montré que les flambées peuvent évoluer naturellement au fil du temps d’un mode de transmission dominant à un autre, sans modification du virus ni des comportements humains.

Le Dr Fuminari Miura, de l’Institut national de santé publique et de l’environnement à Bilthoven, aux Pays-Bas, et ses collègues se sont intéressés à la mpox de clade Ib, à l’origine de récentes flambées en Afrique centrale et de l’Est.

Ils ont construit un modèle mathématique intégrant des données réelles sur les contacts et la transmission, leur permettant d’explorer l’interaction entre ces deux modes de propagation et de déterminer si cela pouvait, à lui seul, expliquer les évolutions observées lors des flambées récentes.

Les modes de transmission peuvent-ils évoluer au cours des flambées de mpox ?

L’étude, publiée dans Science Advances, montre que si la transmission sexuelle peut dominer au début d’une flambée, la transmission non sexuelle peut devenir de plus en plus importante avec le temps.

Ce basculement peut entraîner une diffusion plus large du virus, notamment au sein des foyers et parmi les groupes d’âge les plus jeunes.

Alors qu’au début d’une flambée la majorité des infections concerne les jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans, le modèle suggère qu’avec le temps une part croissante des cas pourrait survenir chez les enfants, en particulier les plus jeunes, avec un risque de mortalité plus élevé en phase avancée de l’épidémie.

« Nos résultats suggèrent que les dynamiques distinctes de transmission de la mpox de clade Ib peuvent s’expliquer par la coexistence de deux modes de transmission », indiquent les chercheurs.

« Le mode de transmission dominant peut évoluer au fil du temps des contacts sexuels vers des contacts non sexuels, ce qui entraîne des épidémies plus larges. Les groupes d’âge contribuant le plus aux infections et à la mortalité évoluent également, ce qui implique d’adapter les groupes cibles des interventions en conséquence. »

Suivre l’évolution des flambées dans le temps sera également essentiel, soulignent les chercheurs. Les changements de mode de transmission pourraient être détectés grâce à des indicateurs simples, comme l’âge des personnes infectées ou les types de contacts rapportés.

Le suivi de ces tendances pourrait aider les autorités sanitaires à repérer le moment où une flambée dépasse les groupes initialement à risque pour se diffuser plus largement dans les communautés, et à adapter leur réponse en conséquence.

« Si une augmentation de l’incidence chez les jeunes enfants est observée, cela peut indiquer que les groupes sexuellement actifs ne constituent plus les cibles optimales des interventions.

« À l’inverse, ces groupes peuvent rester pertinents dans les pays ou régions encore en phase initiale de flambée, ou qui n’ont pas encore été confrontés à des épidémies de mpox », précisent-ils.

Quelles implications pour le contrôle des flambées ?

Les chercheurs estiment que leur approche pourrait contribuer à l’évaluation des risques lors des flambées en cours, y compris dans les zones où plusieurs clades de mpox circulent.

Toutefois, davantage de données sont nécessaires pour confirmer si ces dynamiques se vérifient dans différents contextes, écrit le professeur Samuel V. Scarpino, de la Northeastern University à Boston (États-Unis), dans un Focus associé.

Les recherches futures devront également s’appuyer sur des données plus précises concernant les interactions et les mobilités humaines, ainsi que sur les caractéristiques du virus lui-même, afin de déterminer si des évolutions similaires se produisent ailleurs et d’écarter d’autres hypothèses.

La transmission par plusieurs voies est-elle plus fréquente qu’on ne le pensait ?

Au-delà de la mpox, ces résultats pourraient refléter une évolution plus large dans la manière dont les scientifiques envisagent les maladies infectieuses.

« Plus nous étudions ces phénomènes, plus il semble que la transmission par plusieurs voies soit la règle, et non l’exception, pour les agents pathogènes », affirme Scarpino.

« Des exemples bien établis comme le VIH ou l’hépatite C aux découvertes plus récentes, notamment les virus Zika, Ebola et mpox, la liste des agents pathogènes capables de se transmettre efficacement par au moins deux voies s’allonge rapidement. »

Des approches de ce type, combinées à des données de terrain plus riches et à de nouvelles techniques de modélisation, pourraient aider à éclairer des dynamiques complexes dans d’autres flambées — pas seulement pour la mpox, mais aussi pour des maladies comme Ebola ou Zika, qui peuvent également se transmettre de plusieurs façons. Cela pourrait, à terme, améliorer la conception des réponses sanitaires.