Une application aide les femmes enceintes à se protéger de la chaleur
L’application MotherHeat Alert, qui est actuellement testée en Afrique du Sud, en Suède et au Zimbabwe, fournit des alertes et des conseils adaptés aux femmes les plus vulnérables face aux épisodes de forte chaleur.
- 5 août 2026
- 5 min de lecture
- par Priya Joi
En bref
- Une nouvelle application pour smartphone, baptisée MotherHeat Alert, est en cours de développement. Son but ? Envoyer des alertes canicule aux femmes enceintes, aux femmes en post-partum, aux mères de nourrissons et aux agentes et agents de santé qui prennent soin d’eux.
- Ce système fait actuellement l’objet d’une évaluation en Afrique du Sud, en Suède et au Zimbabwe. Dans les zones rurales du Zimbabwe, ce sont les agentes et agents de santé communautaires qui transmettent les alertes aux femmes ne disposant pas de téléphone.
- L’objectif principal est de réduire les naissances prématurées, que des études ont associées à la hausse des températures, ainsi que d’autres complications liées à la chaleur.
Lorsqu’une alerte canicule s’affiche sur un téléphone, elle s’adresse généralement à l’ensemble de la population. Que vous soyez un adulte en bonne santé en route pour le travail ou une femme enceinte de sept mois vivant dans une maison en tôle où la chaleur s’accumule rapidement : le seuil est le même et les recommandations sont les mêmes.
Pourtant, les femmes enceintes sont bien plus vulnérables à la chaleur extrême que les autres adultes. Leur organisme doit déjà fournir davantage d’efforts pour réguler sa température, et l’exposition à des températures élevées a été associée à des naissances prématurées, des mortinaissances, une insuffisance pondérale à la naissance et d’autres complications.
Une équipe de chercheurs issus de différents pays d’Europe et d’Afrique a mis au point une application pour smartphone baptisée MotherHeat Alert, spécialement conçue pour alerter les femmes enceintes, les femmes en post-partum et les agentes et agents de santé qui prennent soin des mères et des nouveau-nés vulnérables. Lorsque les conditions de chaleur locales deviennent dangereuses, l’application leur indique les mesures à prendre pour atténuer les risques.
L’objectif principal est de réduire les effets néfastes de la chaleur sur la santé, notamment les naissances prématurées, que de nombreuses études ont associées à la hausse des températures.
L’application, qui fait actuellement l’objet d’une évaluation, a été développée dans le cadre du projet HIGH Horizons ; un projet de recherche financé par l’Union européenne consacré aux effets du changement climatique sur la santé maternelle, néonatale et infantile. Le docteur Chuansi Gao, professeur agrégé à l’Université de Lund, en Suède, dirige les travaux sur ce système d’alerte précoce. Il explique que l’objectif est de traduire les connaissances scientifiques relatives à la chaleur et à la grossesse en mesures suffisamment concrètes pour pouvoir être mises en œuvre partout : à la maison, au travail, au marché ou dans un centre médical.
Une application conçue pour les personnes les plus à risque
« Par rapport aux prévisions météorologiques générales et aux alertes classiques, ce système est beaucoup plus ciblé », déclare le docteur Chuansi Gao à VaccinesWork. « Tout d’abord, il s’adresse à des groupes de populations vulnérables : les femmes enceintes, les femmes en post-partum, les mères de nourrissons et les agentes et agents de santé qui prennent soin d’eux. Ensuite, si l’on veut émettre une alerte précoce, il faut définir un seuil permettant de déterminer à partir de quel niveau de stress thermique elle doit être déclenchée. Et les seuils de l’application ont été spécifiquement définis pour les groupes de populations vulnérables ciblés. »
Ces seuils ont été déterminés par les épidémiologistes du consortium de projet, qui ont étudié le lien entre les températures et leurs conséquences sur la grossesse. Ils ont identifié les températures au-delà desquelles les risques pour la santé commencent à augmenter et l’application MotherHeat Alert utilise ces valeurs, plutôt que celles employées pour les alertes générales de canicule.
Pour aller plus loin
Les seuils retenus ne reposent pas uniquement sur la température de l’air. L’application utilise l’indice universel de climat thermique (UTCI), un indicateur qui prend en compte la température, l’humidité, le vent et le rayonnement thermique, et qui permet de mieux mesurer la façon dont le corps humain ressent réellement la chaleur.
« À température égale, selon que l’on se trouve au soleil ou à l’ombre, les effets sur notre organisme ne sont pas les mêmes », explique le docteur Chuansi Gao. « Lorsque le taux d’humidité varie, l’intensité de la chaleur varie également. L’indice universel de climat thermique prend en compte tous les facteurs susceptibles d’influencer la régulation thermique et les échanges thermiques de notre organisme. »
Des recommandations collaboratives
Une simple alerte ne suffit pas. Lorsque l’application déclenche une alerte, elle s’accompagne également de recommandations concrètes, comme éviter l’exposition directe au soleil, boire davantage d’eau pour prévenir la déshydratation, ou faire des pauses plus fréquentes en cas d’activité physique. Elle propose aussi diverses méthodes pour se rafraîchir, comme prendre des bains plus fréquents, tant pour les mères que pour les nourrissons.
Même si une partie de l’équipe de recherche travaillait dans le nord de l’Europe, où le climat est plus frais, les fonctionnalités et les recommandations ont été conçues pour s’appliquer à des régions où les températures sont plus élevées et où les familles disposent souvent de moins de ressources. Les chercheurs ont collaboré avec des femmes enceintes en Afrique du Sud et au Zimbabwe pour comprendre leurs réalités locales et déterminer les recommandations qu’elles seraient réellement en mesure de suivre.
Le docteur Chuansi Gao affirme qu’« en impliquant les utilisateurs finaux, les messages sont élaborés conjointement et les recommandations ont ainsi plus de chances d’être mises en pratique. »
Trois pays, trois réalités
L’application MotherHeat Alert est actuellement testée en Afrique du Sud, en Suède et au Zimbabwe. Dans chacun des trois pays, environ 200 participants ont pris part à la phase de test. Cette dernière a pris fin en août 2025 en Afrique du Sud et à l’automne 2025 en Suède, tandis que le Zimbabwe a terminé ses tests estivaux en janvier 2026.
En fonction de là où elles vivent, les femmes ne reçoivent pas les alertes de la même manière. En Afrique du Sud et en Suède, les participantes ont pu être alertées sur leur propre smartphone. Au Zimbabwe, cela n’a pas toujours été possible.
« Au Zimbabwe, comme le taux de pénétration des téléphones portables est plus faible, certaines utilisatrices ne possèdent pas leur propre téléphone, ou bien il n’est pas assez performant pour installer une application », explique le docteur Chuansi Gao. « Dans ces cas de figure, ce sont les agentes et agents de santé communautaires qui leur ont transmis les messages d’alerte précoce et les recommandations. Ils utilisent leur téléphone, reçoivent un message, puis vont voir les femmes enceintes pour leur transmettre ce message. »
L’objectif principal : réduire les naissances prématurées
Bien que l’analyse complète de ces tests soit toujours en cours, les premiers résultats sont prometteurs. Les participantes en Afrique du Sud et au Zimbabwe « apprécient l’application et la trouvent très utile », précise le docteur Chuansi Gao.
Au Zimbabwe, les chercheurs ont constaté une meilleure prise de conscience des effets de la chaleur sur la santé maternelle. Cette sensibilisation accrue a eu des retombées positives sur la santé, les participantes ayant davantage suivi les recommandations et largement diffusé les messages au-delà du groupe cible. Dans ce pays, les agentes et agents de santé communautaires ont également fait état d’une forte demande en faveur d’un accès plus large et plus direct à l’application.
En Suède, en revanche, l’application en elle-même a suscité moins d’intérêt. Toutefois, les messages diffusés se sont tout de même révélés utiles pour informer les femmes enceintes et les femmes en post-partum sur les effets de la chaleur sur leur santé.
L’objectif principal est de réduire les effets néfastes de la chaleur sur la santé, notamment les naissances prématurées, que de nombreuses études ont associées à la hausse des températures.
« Il est impossible d’observer une véritable réduction en si peu de temps », déclare le docteur Chuansi Gao. « Plutôt que de nous concentrer sur les effets à long terme sur la santé, nous mesurons plus généralement l’acceptabilité du système d’alerte précoce par les utilisatrices. Nous évaluons leur niveau de sensibilisation aux risques sanitaires liés à la chaleur, les connaissances qu’elles ont acquises grâce à l’application, et les changements de comportements qui en découlent. »
Par exemple : les femmes buvaient-elles plus d’eau lorsque l’application les y encourageait ? Se sont-elles davantage reposées ? Ont-elles modifié leurs habitudes quotidiennes ou recherché davantage d’ombre ? C’est la réponse à ces questions qui intéresse les chercheurs.
Si l’application MotherHeat Alert venait à être déployée à plus grande échelle, le docteur Chuansi Gao espère que des résultats plus concrets s’ensuivront. « L’objectif à long terme est, bien sûr, de prévenir les effets néfastes de la chaleur sur la santé des femmes enceintes et des nouveau-nés », explique-t-il. « Le premier d’entre eux est la prématurité. Nous aimerions voir une diminution du nombre de naissances prématurées liées à la chaleur. »