À Madagascar, la stigmatisation complique la riposte contre l’épidémie de mpox

Alors que l’épidémie de mpox s’est étendue à la quasi-totalité du pays, les équipes de santé à Madagascar font face à un double défi : prendre en charge les patients et surmonter la peur et la stigmatisation. L’arrivée des vaccins vient renforcer une riposte déjà en cours sur le terrain.

  • 28 avril 2026
  • 6 min de lecture
  • par Rivonala Razafison
À Maintirano, dans la région de Melaky, une équipe de santé publique mène une séance de sensibilisation en plein air pour freiner la propagation de la mpox à Madagascar. Crédit : DRSP Melaky.
À Maintirano, dans la région de Melaky, une équipe de santé publique mène une séance de sensibilisation en plein air pour freiner la propagation de la mpox à Madagascar. Crédit : DRSP Melaky.
 

Au Centre de traitement et d’isolement (CTI) d’Andohatapenaka, à Antananarivo, les patients atteints de mpox sont pris en charge à l’écart du reste du monde. Sans visites, ils passent de sept jours à trois semaines isolés, en contact avec l’extérieur uniquement par leurs téléphones.

C’est là qu’une patiente raconte, sous couvert d’anonymat, ce qui l’a le plus marquée depuis son diagnostic.

« Lorsque vous êtes déclarée positive, les agents de santé viennent en masse vous chercher en ambulance chez vous. À ce moment-là, les yeux de tout le quartier sont braqués sur vous comme si vous étiez la personne au comportement le plus exécrable de l’univers. »

Pour elle comme pour d’autres, ce regard des autres est parfois plus difficile à supporter que la maladie elle-même. Mais la maladie elle-même reste éprouvante.

« J’ai senti des gonflements sur mes parties intimes la nuit. Je les ai grattés et cela a provoqué des éruptions qui ont envahi mon entrejambe. Des plaies qui me font mal se sont ainsi déclarées », témoigne un jeune homme de 21 ans. Il marche avec difficulté et ne peut porter ni sous-vêtement ni pantalon. Il reconnaît toutefois que la douleur s’est atténuée après la prise des médicaments prescrits.

Le 14 avril, VaccinesWork a été autorisé à s’introduire dans ce centre, ouvert le 10 janvier et qui ne s’est jamais désempli depuis. Médecins, paramédicaux et agents de surface sont les seules personnes que les patients côtoient durant leur séjour.

Une épidémie en expansion, une riposte en adaptation

Apparue en décembre dans le Nord-Ouest de Madagascar, l’épidémie de mpox s’est rapidement étendue. Entre le 18 décembre 2025 et le 22 avril 2026, 1 156 cas ont été confirmés dans 51 districts.

Dès les premiers cas identifiés à Mahajanga, les autorités ont déclenché un plan d’urgence. Sur le terrain, la riposte s’organise progressivement autour de plusieurs axes : prise en charge des patients, isolement des cas, diagnostic, suivi des contacts et sensibilisation des communautés.

Au CTI d’Andohatapenaka, cette organisation se traduit par un rythme soutenu pour les équipes.

« L’âge de la plupart des victimes tourne autour de 20 ans. Mais nous avons déjà traité un bébé de cinq mois et une personne âgée de 68 ans », explique la Dre Andriarimanana Soaniaina Mampionona, point focal du centre.

Chaque jour, de nouveaux patients, autoréférés ou orientés par des médecins, se présentent.

« Ils viennent ici parce qu’ils souffrent tant au niveau des régions génitales. Tant que c’est supportable, ils évitent le milieu hospitalier », observe-t-elle.

La stigmatisation, un frein majeur à la prise en charge

Dans ce contexte, la stigmatisation apparaît comme un obstacle central.

Au-delà des symptômes, la maladie reste mal comprise. La mpox se transmet principalement par contact étroit avec une personne infectée — notamment par les lésions cutanées, les fluides corporels ou des objets contaminés — et non exclusivement par voie sexuelle. Elle peut également se transmettre dans des contextes du quotidien, notamment au sein du foyer ou lors de soins prodigués à un proche.

« Ce n’est pas forcément par les rapports sexuels que l’on peut avoir cette maladie. Des enfants aussi sont infectés », souligne une jeune mère.

Pourtant, la suspicion persiste et peut affecter la vie sociale et familiale. Certains patients redoutent les conséquences de leur diagnostic sur leur couple ou leur réputation. Dans les faits, cette perception contribue à retarder la prise en charge et complique le suivi des patients ainsi que le traçage des contacts.

Professeur Jean de Dieu Mamy Randria.
Crédit : Rivonala Razafison

« Beaucoup de personnes ont déjà contracté le virus sans le savoir. Seuls ceux qui viennent à l’hôpital sont identifiés », estiment certains malades.

Des équipes qui s’adaptent en continu

Face à ces difficultés, les équipes de santé ajustent en permanence leur organisation. Au début de l’épidémie, les délais d’attente pour les résultats pouvaient atteindre 48 heures. Dans un contexte de forte affluence, des adaptations ont été nécessaires.

 

L’introduction d’appareils GenExpert, permettant d’obtenir des résultats en quelques heures, a ainsi contribué à améliorer la prise en charge. Mais les équipes doivent encore composer avec des comportements liés à la peur.

« Le temps de préparer l’annonce des résultats, les gens sont déjà repartis. Quand ils apprennent qu’ils sont positifs, certains prennent la fuite car ils ont peur », explique la Dre Mampionona.

Renforcer l’adhésion des populations

Au-delà des structures de soins, la riposte dépend étroitement de l’adhésion des communautés.

 

« Les gens s’interrogent sur la véracité de l’existence de la mpox . Certains pensent qu’elle relève de la légende urbaine, d’autres la confondent avec la varicelle », explique le professeur Jean de Dieu Mamy Randria, infectiologue et Incident Manager à la tête du Centre d’opérations d’urgence de santé publique à Madagascar.

Pour aller plus loin

Dans un contexte marqué par les contraintes du quotidien, les messages de prévention peinent parfois à s’imposer.

 

La vaccination, un levier supplémentaire

C’est dans ce contexte que Madagascar a reçu, le 5 mars, 30 000 doses de vaccin pour renforcer la riposte contre l’épidémie. Cette phase s’inscrit dans une réponse coordonnée entre les autorités nationales, avec l’appui de partenaires internationaux tels que l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé.

La vaccination a d’abord ciblé les populations les plus exposées, notamment les agents de santé en première ligne et les groupes à risque, avant d’être progressivement ouverte au grand public à partir d’avril, dans une logique de déploiement progressif.

Elle vient compléter les autres mesures déjà en place, dans une approche intégrée visant à réduire la transmission et à protéger les populations les plus vulnérables.

À la date du 23 avril, près de 30 000 doses avaient été administrées, y compris dans certaines populations à forte exposition comme les milieux carcéraux.

Une riposte toujours en cours

À ce jour, la mpox a causé trois décès, dont celui d’une fillette de 3 ans. Plus de 880 malades sur 1 156 cas confirmés sont guéris.

Mais sur le terrain, la riposte continue de se jouer autant contre le virus que contre la peur et la stigmatisation qui l’accompagnent.

Avec l’amélioration des capacités de diagnostic, le déploiement progressif de la vaccination et les efforts de sensibilisation, les équipes de santé espèrent toutefois renforcer progressivement le contrôle de l’épidémie.