Deux ans après l’introduction du vaccin antipaludique, le paludisme n’est plus une fatalité au Burkina Faso

Au Burkina Faso, les cas et les décès liés au paludisme ont fortement diminué en 2025, selon des données nationales. Sur le terrain, mères, soignants et agents communautaires décrivent l’effet combiné de plusieurs interventions : moustiquaires, chimioprévention saisonnière, prise en charge plus rapide des cas et vaccination antipaludique. Une dynamique encourageante, qui repose sur la poursuite des efforts.

  • 24 avril 2026
  • 7 min de lecture
  • par Abdel Aziz Nabaloum
Des mères attendent avec leurs enfants au centre de santé Cissin 17 à Ouagadougou, avant les séances de vaccination et de pesée. Crédit : Abdel Aziz Nabaloum
Des mères attendent avec leurs enfants au centre de santé Cissin 17 à Ouagadougou, avant les séances de vaccination et de pesée. Crédit : Abdel Aziz Nabaloum
 

 

Le 20 avril 2026, à Ouagadougou, Antonia Konditamdé reçoit une dose de vaccin contre le paludisme. Pour sa mère, Florence Kayendé, qui vit à Bonheur-Ville, un quartier populaire de la périphérie sud de la capitale, cette vaccination représente d’abord un soulagement. Dans un pays où le paludisme accompagne depuis longtemps les saisons des pluies et l’inquiétude des familles, l’idée de mieux protéger son enfant change déjà beaucoup. « Mon enfant a été vacciné lorsqu’elle avait 5 mois, puis à 6 mois aussi. Je trouve que le vaccin est très efficace. J’apprécie énormément ses effets sur ma fille », dit-elle.

Comme beaucoup de mères burkinabè, Florence parle du paludisme à partir de l’expérience. Dans sa famille, la maladie a longtemps signifié nuits d’angoisse, consultations répétées et dépenses difficiles à absorber. Elle se souvient encore d’un précédent épisode de paludisme chez un autre enfant, qui avait nécessité plusieurs jours de prise en charge. Aujourd’hui, elle encourage les autres mères à faire vacciner leurs enfants et à les faire dormir sous moustiquaire.

Pour Rihanata Kouanda, mère du petit Mohamed Sanfo, l’amélioration tient justement à l’accumulation de plusieurs mesures. Dans son quartier, les agents de santé à base communautaire passent régulièrement pour sensibiliser les familles à garder leur cadre de vie propre, à détruire les gîtes larvaires et à administrer aux enfants, pendant la saison de forte transmission, les doses mensuelles de chimioprévention saisonnière. Son fils a également été vacciné. « Nous avons bénéficié gratuitement de toutes ces mesures de lutte. Le vaccin contre le paludisme est dans la vaccination de routine. C’est une chance pour nous les mamans. Pour bien protéger mon enfant, je n’ai pas hésité à le faire vacciner », raconte-t-elle.

Une séance de vaccination au centre de santé Cissin 17 à Ouagadougou.
Crédit : Abdel Aziz Nabaloum

Au-delà du soulagement, elle insiste aussi sur l’impact économique. Selon elle, le recul des épisodes de paludisme a permis à sa famille d’éviter des dépenses de soins qu’elle supportait difficilement auparavant. « Cela nous a permis d’économiser notre peu d’argent. Imaginez l’argent qu’on allait dépenser pour le soigner, à chaque crise de paludisme », dit-elle.

Une baisse qui se voit dans les chiffres

Au niveau national, les autorités évoquent un recul sans précédent. Lors d’un point de presse en février 2026, le ministre de la Santé, Robert Kargougou, a indiqué que le nombre total de cas notifiés de paludisme était passé de 10 805 020 en 2024 à 7 329 278 en 2025, soit une baisse de 32 %. Dans le même temps, le nombre de décès est passé de 3 523 à 1 979, en recul de 44 %. Chez les enfants de moins de 5 ans, les cas ont diminué de 39 %, tandis que la mortalité a baissé de plus de 40 %.

Mais au-delà des chiffres nationaux, les soignants disent voir cette évolution dans leur pratique quotidienne.

Boubakaré Sawadogo, major au centre de santé et de promotion sociale (CSPS) Cissin 17, dans son bureau.
Crédit : Abdel Aziz Nabaloum

Au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) Cissin 17, à Ouagadougou, les mères attendent devant la salle de vaccination et de pesée, un bébé dans les bras. Plusieurs disent avoir vu reculer les épisodes de paludisme chez leurs enfants grâce à une meilleure prévention. « Mon dernier enfant a reçu gratuitement les comprimés contre le paludisme lors des campagnes de chimioprévention saisonnière du paludisme (CPS). C’est une chance pour notre pays de disposer de ces produits », témoigne Assita Traoré, qui dit également constater moins de cas dans son entourage parmi les familles dont les enfants ont bénéficié des différentes mesures de prévention.

Le major du CSPS Cissin 17, Boubakaré Sawadogo, dit observer la même tendance dans son aire sanitaire. Chez les enfants de moins de 5 ans, le centre est passé de 2 699 cas suspects, dont 944 positifs, en 2024, à 2 072 cas suspects, dont 538 positifs, en 2025. Chez les femmes enceintes, les cas suspects sont passés de 1 231 à 733, et les cas positifs de 548 à 231.

« Souvent, lorsqu’on fait les statistiques des pathologies traitées dans la semaine, nous nous retrouvons avec aucun cas de paludisme chez les enfants et les femmes enceintes », affirme-t-il. Pour lui, cette évolution reflète bien un recul de la maladie.

Une combinaison d’interventions

À Cissin 17 comme ailleurs, les soignants insistent sur un point : cette baisse ne s’explique pas par une seule mesure. Elle résulte de plusieurs stratégies menées de front : chimioprévention saisonnière du paludisme, distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action, destruction des gîtes larvaires, pulvérisation, diagnostic rapide, disponibilité des traitements et gratuité des médicaments pour certains groupes vulnérables.

Dans cet ensemble, la vaccination antipaludique vient renforcer un dispositif plus large. Au Burkina Faso, la vaccination antipaludique est administrée en quatre doses, prévues aux 5e, 6e, 7e et 15e mois de vie.

« Avec toutes ces actions réunies, il y a un impact positif dans la réduction des cas. Le vaccin est venu encore booster la lutte contre la maladie », estime Boubakaré Sawadogo, qui décrit une forte demande de la part des familles dans son centre.

Les familles ont davantage intégré les gestes de prévention. [...] Les résultats observés ne pourront toutefois durer que si les efforts se poursuivent : continuer à dormir sous moustiquaire, assainir les abords des maisons, respecter les campagnes de prévention et faire vacciner les enfants.

Le responsable du Programme élargi de vaccination (PEV) du CSPS Cissin 17, Nebilbié Bayili, souligne lui aussi l’accueil favorable réservé à cette nouvelle protection. Selon lui, le poids du paludisme dans les dépenses et les inquiétudes des ménages a largement contribué à cette adhésion. « Comme le paludisme occasionne beaucoup de dépenses et de dégâts, entendre qu’un vaccin existe, les parents acceptent de vacciner leurs enfants », dit-il.

Moins de formes graves dans les services

Au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Pissy, dans l’arrondissement 6 de Ouagadougou, le constat est similaire. En pédiatrie, où sont orientés les cas graves, les soignants disent avoir vu la pression diminuer.

Clarisse Toé, surveillante de l’unité de pédiatrie au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Pissy, à Ouagadougou.
Crédit : Abdel Aziz Nabaloum

« Effectivement, on a noté de 2024 à 2025 une baisse des cas de paludisme grave. Habituellement, à la période hivernale, on s’attend à être débordé, mais cela n’a pas été le cas l’année passée », explique Clarisse Toé, ingénieure en soins infirmiers obstétricaux et surveillante d’unité de soins de la pédiatrie.

Selon elle, l’amélioration tient à la fois à la prévention et à une prise en charge plus précoce des cas simples, qui permet d’éviter de nombreuses complications. Lorsqu’ils reçoivent encore des enfants atteints de formes graves, ajoute-t-elle, il s’agit souvent d’enfants qui n’ont pas bénéficié de l’ensemble des mesures préventives.

Sur le terrain, les agents communautaires disent eux aussi percevoir un changement. Gilbert Ouédraogo, agent de santé à base communautaire, estime que les familles ont davantage intégré les gestes de prévention. Pour lui, les résultats observés ne pourront toutefois durer que si les efforts se poursuivent : continuer à dormir sous moustiquaire, assainir les abords des maisons, respecter les campagnes de prévention et faire vacciner les enfants.

Un progrès réel, mais encore fragile

Pour les responsables du programme paludisme, les résultats de 2025 sont encourageants, mais ils ne doivent pas conduire à relâcher l’effort. Le secrétaire permanent pour l’élimination du paludisme, Sidzabda Kompaoré, rappelle que la maladie reste un défi majeur de santé publique malgré les avancées enregistrées.

« Nous disposons aujourd’hui de moyens efficaces pour prévenir et traiter le paludisme. Il n’est donc plus acceptable d’enregistrer des décès liés à cette maladie », dit-il. Il souligne aussi que la vaccination antipaludique a désormais été étendue à l’ensemble des districts sanitaires du pays et appelle à saisir toutes les possibilités permettant de renforcer encore la prévention.

L’ambition affichée par les autorités est d’éliminer le paludisme d’ici à 2030. Mais sur le terrain, soignants et agents communautaires le savent : le recul observé en 2025 ne tient que parce que plusieurs outils sont utilisés ensemble, à grande échelle, et au plus près des familles. Autrement dit, le paludisme n’est plus tout à fait une fatalité au Burkina Faso — à condition que l’effort se poursuive.