Au Burkina Faso, la vaccination marque le début du Hadj

Avant le Hadj — le pèlerinage annuel à La Mecque qui rassemble des millions de musulmans — il y a un geste simple : se faire vacciner. À Ouagadougou comme dans les provinces, des milliers de futurs pèlerins burkinabè passent par les centres de santé pour obtenir leur certificat international. Une étape qui rend possible un rassemblement massif tout en limitant les risques sanitaires.

  • 5 mars 2026
  • 5 min de lecture
  • par Abdel Aziz Nabaloum
Au centre hors PEV de Boulmiougou, à Ouagadougou, Sidiki Komi, un futur pèlerin, reçoit ses vaccins obligatoires avant le départ pour La Mecque. Crédit : Abdel Aziz Nabaloum
Au centre hors PEV de Boulmiougou, à Ouagadougou, Sidiki Komi, un futur pèlerin, reçoit ses vaccins obligatoires avant le départ pour La Mecque. Crédit : Abdel Aziz Nabaloum
 

 

Un passage obligé avant le départ

Le soleil commence à distiller ses premiers rayons sur Ouagadougou lorsque les portes du centre de vaccination hors PEV du district sanitaire de Boulmiougou s’ouvrent. Il est 8 heures. Dans la salle, les carnets internationaux de vaccination sont prêts, les doses soigneusement disposées. Les futurs pèlerins arrivent par petits groupes, parfois après plusieurs heures de route.

Sidiki Komi, boubou vert olive impeccablement ajusté, chechia bien fixée sur la tête, s’installe calmement sur une chaise. Venu de Titao, à plus de 200 kilomètres de la capitale, le sexagénaire accomplit aujourd’hui une étape essentielle de sa préparation au Hadj. Patricia Koidima et son collègue Romain Zongo l’invitent à retrousser sa manche. Le coton imbibé d’alcool glisse sur son épaule avant les injections. Dans son carnet jaune, les vaccins administrés — méningite, fièvre jaune, polio — sont soigneusement consignés.

Au centre de Boulmiougou, à Ouagadougou, Patricia Koidima remet les carnets internationaux de vaccination aux futurs pèlerins du Hadj.
Crédit : Abdel Aziz Nabaloum

Le geste est rapide. Il conditionne pourtant tout le reste.

Chaque année, le Hadj rassemble plusieurs millions de musulmans venus du monde entier à La Mecque. Pendant plusieurs jours, les pèlerins prient, marchent, dorment et se déplacent dans des espaces d’une densité exceptionnelle. La promiscuité, la chaleur et la fatigue créent un terrain propice à la transmission de maladies infectieuses. L’histoire du pèlerinage a d’ailleurs été marquée par des flambées épidémiques, ce qui a progressivement conduit les autorités saoudiennes à encadrer strictement les conditions sanitaires d’entrée sur leur territoire.

Aujourd’hui, ces règles sont clairement établies. Selon les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, tous les pèlerins âgés d’un an et plus doivent recevoir un vaccin quadrivalent contre la méningite (protégeant contre les souches A, C, Y et W), administré au moins dix jours avant l’arrivée en Arabie saoudite. Les voyageurs en provenance de pays où le poliovirus circule doivent également recevoir une dose de vaccin antipoliomyélitique. Pour les pays exposés à la fièvre jaune, un certificat de vaccination est exigé, valable à vie à partir de dix jours après l’injection. L’OMS recommande en outre que les pèlerins soient à jour de leurs vaccinations de routine, notamment contre la rougeole, la diphtérie ou la coqueluche.

Sans certificat international valide, l’entrée sur le territoire saoudien n’est pas autorisée.

Un dispositif mobilisé à travers le pays

Au Burkina Faso, près de 10 000 fidèles sont attendus pour le Hadj 2026. Pour répondre à ces exigences, des centres de vaccination ont été mobilisés dans les Centres hospitaliers universitaires, les Centres médicaux des arrondissements de Ouagadougou, ainsi que dans plusieurs chefs-lieux de région et provinces du pays.

Mais la vaccination ne constitue pas la première étape. « Il y a un parcours bien défini », explique Achille Banhoro, coordonnateur du centre de Boulmiougou. « Les futurs pèlerins passent d’abord par une visite médicale rigoureuse. Consultation, examens de routine, prise des constantes… À l’issue de cette évaluation, un certificat d’aptitude est délivré. Ce n’est qu’ensuite qu’ils viennent pour la vaccination. »

Au 26 février, plus de 600 pèlerins avaient déjà été vaccinés dans ce centre. L’affluence est régulière. « Nous n’avons pas de difficulté à convaincre », souligne Patricia Koidima. « Les pèlerins savent que c’est une condition pour leur départ. »

Aminata Sawadogo reçoit ses vaccins obligatoires au centre de Boulmiougou, à Ouagadougou, étape préalable à son départ pour La Mecque.
Crédit : Abdel Aziz Nabaloum

Certains ont parcouru de longues distances pour être en règle. Venu de Kongoussi, à plus de 100 kilomètres de la capitale, Mahamadi Sawadogo estime que la mesure est évidente. Dans un rassemblement d’une telle ampleur, dit-il en substance, chacun dépend des autres.

Aminata Sawadogo, qui rêve depuis l’enfance d’accomplir le Hadj, le formule avec simplicité : « Nous allons passer des semaines à vivre ensemble comme des membres d’une même famille. Il est important que chacun constitue une barrière contre les maladies pour l’autre. Nous partons pour prier. Revenir avec des maladies, ce ne serait pas bien. »

Garantir la qualité et la confiance

Au-delà du centre de Boulmiougou, c’est toute une organisation sanitaire qui se met en place en amont du pèlerinage. La confiance des pèlerins repose sur la qualité des vaccins administrés et sur le respect strict de la chaîne du froid.

« De la conservation jusqu’à l’injection, tout est bien suivi », assure Achille Banhoro. Les centres disposent de réfrigérateurs équipés de dispositifs de surveillance permettant de détecter toute variation de température. « Dès qu’il y a une anomalie, nous sommes alertés. La conservation est rigoureuse. Nous avons de bons vaccins. »

Dans un contexte où circulent parfois des rumeurs ou des hésitations liées aux vaccins, les responsables sanitaires insistent sur la fiabilité du dispositif. Pour les futurs pèlerins, cette garantie compte. Le Hadj représente souvent des années d’épargne et de préparation. Il mobilise des familles entières. La sérénité sanitaire fait partie intégrante de cette attente.

Carnet international tamponné en main, Sidiki Komi quitte le centre avec un sourire discret. « Maintenant, je suis protégé », confie-t-il. Protégé, mais aussi acteur d’une protection plus large.