À quel point Ebola est-il mortel ?

Les premières données suggèrent que la flambée d’Ebola Bundibugyo en RDC et en Ouganda présente un taux de létalité d’environ 10 %. Voici pourquoi ce chiffre peut être trompeur.

  • 2 juin 2026
  • 6 min de lecture
  • par Linda Geddes
Le responsable WASH de l’UNICEF, Ciza Nyalundja, explique les mesures de prévention contre Ebola aux élèves de l’école primaire Epo-Ville, à Bunia, dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, le 22 mai 2026.  © UNICEF/UNI997637/Carmel Ndomb
Le responsable WASH de l’UNICEF, Ciza Nyalundja, explique les mesures de prévention contre Ebola aux élèves de l’école primaire Epo-Ville, à Bunia, dans la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo, le 22 mai 2026. © UNICEF/UNI997637/Carmel Ndomb
 

 

En bref

  • Le taux de létalité correspond à la proportion de personnes diagnostiquées avec une maladie qui en meurent. Bien qu’il soit largement utilisé pour estimer la gravité d’une maladie, son calcul peut être complexe si des cas ou des décès ne sont pas recensés, ou s’ils sont enregistrés de manière inexacte.
  • Une méta-analyse récente des flambées d’Ebola a fait état d’un taux de létalité moyen de 54 %, même si la plupart des études portaient sur des flambées causées par le virus Ebola Zaïre.
  • Les flambées historiques causées par le virus Bundibugyo ont fait état de taux de létalité d’environ un tiers, bien que la rareté des flambées passées limite les données disponibles, tandis que les flambées dues au virus Soudan ont présenté des taux de létalité moyens d’environ 50 %.

Lors de certaines flambées passées d’Ebola, jusqu’à 90 % des patients recensés seraient décédés, ce qui ferait de cette maladie l’une des plus meurtrières au monde.

Pourtant, de récents articles de presse consacrés à la flambée actuelle de maladie à virus Ebola Bundibugyo dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda évoquent un taux de létalité plus proche de 10 %. Alors quel chiffre est le bon ?

La réponse est qu’Ebola n’a pas un taux de mortalité unique et fixe, et que les premiers chiffres d’une flambée peuvent être profondément trompeurs, dans un sens comme dans l’autre.

Si les cas ne sont pas recensés avec précision, une maladie peut sembler plus meurtrière qu’elle ne l’est réellement, tandis que des décès non enregistrés peuvent la faire paraître moins meurtrière. 

La survie dépend de nombreux facteurs, notamment de l’espèce virale en cause, de la rapidité avec laquelle les patients reçoivent des soins de soutien, comme des perfusions et de l’oxygène, et du nombre réel d’infections identifiées et enregistrées.

Lors de flambées précédentes, entre 25 % et 90 % des patients atteints d’Ebola recensés sont décédés, tandis qu’une méta-analyse récemment publiée a estimé le taux de mortalité global à 54 % : soit environ un décès pour deux patients diagnostiqués.

Toutefois, la plupart des études incluses dans cette analyse portaient sur des flambées causées par le virus Ebola Zaïre, tandis que la flambée actuelle en RDC et en Ouganda est due au virus Bundibugyo, beaucoup plus rare.

Comprendre le véritable bilan humain d’Ebola s’avère donc bien plus complexe que de simplement diviser le nombre de décès par le nombre de cas. Des différences entre espèces virales aux difficultés du suivi des flambées dans des États fragiles, voici ce que les scientifiques savent — et ne savent pas — sur la létalité réelle d’Ebola.

Comment les scientifiques calculent-ils les taux de létalité ?

Le taux de létalité d’une maladie correspond à la proportion de personnes diagnostiquées qui finissent par en mourir. C’est un indicateur clé utilisé par les scientifiques pour évaluer la gravité des flambées.

Son calcul peut sembler simple : il suffit de diviser le nombre de décès recensés par le nombre de cas recensés, puis de multiplier le résultat par 100. Mais lors de flambées réelles, en particulier dans des zones de conflit ou des contextes aux ressources limitées, ce calcul peut rapidement se compliquer.

Comment Ebola se compare-t-il à d’autres maladies ?

MaladieTaux de létalité estimé
Rage~100 %
Ebola54 %
Nipah40 % à 75 %
Tétanos50 %
Hantavirus36 %
Variole, toutes formes confondues30 %
Méningococcie bactérienne10 % à 20 %
Typhoïde10 % à 20 %
Fièvre jaune7,5 %
Coqueluche chez les nourrissons~3,7 %
Rougeole1 % à 3 %
Poliomyélite~0,1 %

Tous les chiffres concernent des cas non traités et non vaccinés. Les taux de létalité sont approximatifs et peuvent varier considérablement selon les contextes et les milieux.

Si les cas ne sont pas recensés avec précision, une maladie peut sembler plus meurtrière qu’elle ne l’est réellement, tandis que des décès non enregistrés peuvent la faire paraître moins meurtrière. Des cas ou des décès peuvent passer inaperçus parce que les systèmes de santé sont fragmentés, que les équipes de surveillance ne peuvent pas accéder en toute sécurité à certaines communautés, ou que les données ne sont pas recueillies et déclarées de manière uniforme d’une région à l’autre.

Lors de flambées qui évoluent rapidement, les estimations de létalité peuvent aussi varier fortement au fil du temps. Au début, les systèmes de surveillance détectent souvent les patients les plus gravement atteints, ceux qui arrivent à l’hôpital dans un état sévère ou qui décèdent, tandis que les infections plus bénignes peuvent passer totalement inaperçues. Cela peut gonfler artificiellement le taux de létalité.

Toutefois, dans les régions fragiles, touchées par un conflit ou difficiles d’accès, certaines personnes infectées peuvent mourir sans jamais atteindre un établissement de santé, et leur décès peut ne jamais être officiellement enregistré.

Il peut aussi y avoir un délai entre le diagnostic et le décès, ce qui signifie que certains patients comptabilisés comme cas ne sont pas encore guéris ni décédés. Ces deux facteurs peuvent conduire à sous-estimer le taux de létalité final.

Certains virus Ebola sont-ils plus meurtriers que d’autres ?

Historiquement, les flambées causées par le virus Ebola Zaïre ont eu tendance à afficher les taux de létalité les plus élevés, tandis que celles causées par les virus Soudan ou Bundibugyo ont été associées à une mortalité déclarée plus faible.

Toutefois, comparer ces virus n’est pas simple. Le virus Ebola Zaïre a causé les flambées les plus importantes et les plus étudiées, notamment l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, ce qui signifie que les scientifiques disposent de beaucoup plus de données sur son comportement. À l’inverse, le virus Bundibugyo n’a provoqué que deux flambées reconnues.

« Ces flambées [de Bundibugyo] de 2007 (Ouganda) et 2012 (RDC) ont fait état de moins de 200 cas au total. Le nombre relativement faible de cas recensés par le passé a limité la capacité à produire des données scientifiques sur ce virus », explique la Dre Anne Cori, professeure associée en modélisation des maladies infectieuses à l’Imperial College London.

Lors de ces précédentes flambées de Bundibugyo, les taux de létalité rapportés étaient de 32 % et 36 %. Pour le virus Soudan, le taux de létalité moyen rapporté est d’environ 50 %.

Une autre différence importante tient au fait que, s’il existe actuellement des vaccins et des traitements par anticorps autorisés contre le virus Ebola Zaïre, aucun vaccin ni traitement n’est approuvé contre le virus Bundibugyo — même si certains candidats sont en cours d’avancement vers des essais cliniques.

Pourquoi certaines flambées d’Ebola tuent-elles davantage que d’autres ?

Outre le type de virus et les imprécisions dans la déclaration des données, plusieurs autres facteurs peuvent influencer la létalité d’une flambée d’Ebola.

Un facteur essentiel est la rapidité et la solidité de la réponse de santé publique. Un diagnostic précoce, l’isolement rapide des patients, la recherche des contacts et l’accès à des soins de soutien, notamment des perfusions intraveineuses, de l’oxygène, le remplacement des électrolytes et le traitement des co-infections, peuvent tous améliorer les chances de survie d’un patient.

La rapidité avec laquelle les personnes consultent peut également faire la différence. Ebola commence souvent par des symptômes relativement peu spécifiques, comme de la fièvre, une faiblesse, des douleurs musculaires et des vomissements, si bien que les patients peuvent d’abord penser à un paludisme, à une typhoïde ou à une autre infection.

Si les chiffres restent incertains, l’enseignement plus général est que la survie ne dépend pas seulement du virus lui-même, mais aussi de la rapidité avec laquelle les flambées sont détectées, de l’efficacité avec laquelle les patients sont traités et de la résilience des systèmes de santé environnants.

Les retards dans la recherche de soins peuvent laisser les patients dangereusement déshydratés ou atteints de lésions organiques avant même le début des soins de soutien.

Ces facteurs peuvent contribuer à expliquer les variations considérables des taux de létalité observées d’une flambée d’Ebola à l’autre.

Comme le soulignent les auteurs de la nouvelle méta-analyse, les flambées différaient fortement en termes d’infrastructures de santé, de rapidité du diagnostic, d’accès aux centres de traitement, de soins de soutien et de saturation éventuelle des services de santé.

« L’épidémie d’Afrique de l’Ouest (2014-2016) a été associée à la mortalité la plus élevée, ce qui concorde avec la littérature décrivant une pression extrême sur les systèmes de santé, des retards dans la détection des cas et d’importants défis logistiques pendant cette période », écrivent-ils.

« À l’inverse, des flambées plus récentes en Afrique centrale ont montré une mortalité plus faible et plus homogène, reflétant probablement des améliorations dans l’organisation des soins, l’introduction de protocoles standardisés de soins de soutien et l’accès à des thérapies innovantes telles que les anticorps monoclonaux. »

L’état des patients à leur arrivée à l’hôpital, notamment le stade d’avancement de la maladie et le niveau atteint par leur charge virale, a aussi pu influencer leur survie, selon les auteurs.

La létalité exacte de la flambée actuelle d’Ebola ne sera peut-être connue que longtemps après sa fin. Mais si les chiffres restent incertains, l’enseignement plus général est que la survie ne dépend pas seulement du virus lui-même, mais aussi de la rapidité avec laquelle les flambées sont détectées, de l’efficacité avec laquelle les patients sont traités et de la résilience des systèmes de santé environnants.