Ebola Bundibugyo : comment financer un vaccin quand le marché ne suffit pas
Alors que la RDC et l’Ouganda font face à une flambée d’Ebola Bundibugyo, aucun vaccin homologué n’existe encore contre cette espèce du virus. Pour accélérer le développement de candidats vaccins, CEPI et Gavi misent sur une stratégie de financement destinée à réduire à la fois les risques scientifiques et commerciaux.
- 9 juin 2026
- 5 min de lecture
- par Kate Kelland , Linda Geddes
La flambée meurtrière d’ébolavirus Bundibugyo qui touche actuellement la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda met en lumière un besoin mondial urgent : il n’existe aujourd’hui aucun vaccin homologué ciblant le virus Bundibugyo et, jusqu’à ce que cette flambée soit déclarée urgence de santé publique de portée internationale, aucun candidat vaccin n’était à un stade avancé de développement.
Cette absence d’outils médicaux contre une maladie virale qui tue une grande partie des personnes infectées ne s’explique pas par un manque de connaissances scientifiques ou par des limites technologiques. Elle illustre très clairement une défaillance du marché.
Bien que Bundibugyo soit une maladie extrêmement mortelle, les flambées restent rares et sporadiques. Elles peuvent dévaster des communautés et bouleverser des vies entières, mais elles ne créent pas de marché prévisible pour les développeurs de vaccins.
Les fabricants font donc face à un risque très élevé : investir dans la recherche et le développement pourrait leur coûter cher, sans demande certaine, sans acheteur garanti et sans perspective de retour commercial.
Résultat : les entreprises n’investissent pas. Et le monde se retrouve face à chaque nouvelle flambée avec le même manque de préparation que lors de la précédente.
Une solution de financement « push-pull »
Cette semaine, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) et Gavi, l’Alliance du Vaccin, ont lancé une stratégie de financement combinée « push-pull », conçue pour répondre à cette défaillance du marché grâce à un nouveau modèle de développement des vaccins contre les maladies à potentiel épidémique.
Le volet « push » correspond au rôle de CEPI. La coalition a annoncé plus de 60 millions de dollars US d’investissements urgents pour faire avancer un portefeuille de candidats vaccins contre Bundibugyo, reposant sur trois approches vaccinales distinctes.
Trois pistes pour développer un vaccin contre Ebola Bundibugyo
Les premiers candidats du portefeuille Bundibugyo de CEPI reposent sur trois plateformes vaccinales distinctes, qui seront associées à des éléments clés du virus afin d’apprendre au système immunitaire à reconnaître et combattre l’infection.
- Vecteur viral rVSV
Cette approche utilise la même plateforme vaccinale que celle qui a permis de développer le vaccin homologué très efficace contre l’ébolavirus Zaïre. Elle repose sur un virus de la stomatite vésiculaire recombinant modifié et inoffensif (rVSV), utilisé pour présenter la glycoprotéine de Bundibugyo au système immunitaire. À ce stade, cette option dispose des données précliniques les plus solides, même si aucun vaccin rVSV spécifique à Bundibugyo n’a encore été testé chez l’être humain.
- Vecteur viral ChAdOx
Cette approche utilise la même technologie que celle qui a servi de base au vaccin contre la COVID-19 d’Oxford/AstraZeneca et présente le plus fort potentiel pour une fabrication rapide et un passage à grande échelle. Les données précliniques spécifiques à Bundibugyo restent toutefois très limitées à ce jour, et des études clés sont actuellement en cours.
- Plateforme à ARNm
Cette troisième approche, validée pendant la pandémie de COVID-19 comme une technologie vaccinale sûre, rapide, flexible et adaptable à grande échelle, utilise une molécule synthétique appelée ARN messager pour indiquer aux cellules de l’organisme comment produire l’antigène. Elle offre elle aussi une voie très rapide entre la conception du vaccin et sa fabrication. Mais, comme pour la plateforme ChAdOx, les données restent limitées concernant son utilisation spécifique contre Bundibugyo.
Le financement de CEPI soutiendra toute une série d’activités, depuis la production de lots de semence virale primaire — le matériel de départ nécessaire à la fabrication des vaccins — jusqu’aux essais précliniques, aux essais de phase 1 et à la fabrication simultanée de doses de qualité clinique, afin que les essais à un stade plus avancé puissent commencer immédiatement si les premières données sont prometteuses.
« Ce financement précoce, dit “push”, est essentiel pour réduire les risques scientifiques et techniques pour les développeurs », a déclaré Aurélia Nguyen, Directrice générale adjointe de CEPI.
Le soutien de CEPI permettra également d’activer des réseaux mondiaux de laboratoires pour tester et comparer les résultats, de mobiliser les autorités réglementaires afin d’anticiper la manière dont des candidats vaccins prometteurs pourraient être homologués pour une utilisation d’urgence, et d’associer des partenaires de fabrication pour que les vaccins efficaces puissent passer de la conception au déploiement aussi rapidement que possible.
Pour aller plus loin
Le levier « pull »
Si le financement « push » de CEPI vise à aider les développeurs à surmonter les obstacles scientifiques et techniques nécessaires pour faire passer un candidat vaccin du laboratoire aux essais chez l’être humain, le financement « pull » de Gavi vise à réduire les risques commerciaux qui empêchent souvent des produits prometteurs d’aller plus loin.
Gavi a approuvé jusqu’à 40 millions de dollars US issus de son Fonds de première riposte (FRF), qui pourraient aider les fabricants à investir dans des capacités de production avant même d’avoir la garantie qu’un vaccin atteindra finalement le marché.
Cela signifie que, dès que les essais cliniques produiront des résultats prometteurs, des doses pourraient être déployées rapidement pour soutenir la riposte à la flambée.
Le soutien de Gavi vise également à aider les candidats les plus prometteurs à progresser vers une autorisation d’utilisation d’urgence par l’OMS (Emergency Use Listing, EUL) et/ou vers la préqualification, deux étapes clés qui permettraient un déploiement plus large de tout vaccin contre Bundibugyo.
« Ce financement d’urgence vise à gagner en vitesse, en capacité et en accès », a déclaré Emanuele Capobianco, Directeur de la sécurité sanitaire mondiale chez Gavi. « Il garantit que, lorsque la science aboutira, de nouvelles doses de vaccin seront prêtes à être utilisées et que les pays pourront y accéder rapidement. »
L’objectif à plus long terme est encore plus ambitieux : créer un marché durable pour les vaccins contre Bundibugyo à l’avenir.
Gavi finance et gère déjà un stock mondial de vaccins contre Ebola, qui ne contient actuellement que des vaccins contre l’ébolavirus Zaïre.
Si un vaccin contre Bundibugyo se révèle sûr et efficace et obtient finalement une approbation réglementaire, il pourrait potentiellement rejoindre ce stock, donnant aux fabricants la certitude que la demande se poursuivra, tout en permettant au monde d’être mieux préparé aux futures flambées d’Ebola.
« Notre intervention financière vise à fournir un mécanisme qui donne aux candidats les plus prometteurs un partage des risques, ou une perspective de confiance, vers un modèle économique durable pour un vaccin homologué avec succès », a déclaré Dominic Hein, Directeur de la structuration des marchés chez Gavi.
Ensemble, ces engagements créent une stratégie de financement « push-pull » destinée à accélérer l’ensemble du processus de développement vaccinal, depuis les premières recherches jusqu’aux tests de sécurité, aux essais cliniques, à la fabrication à grande échelle et au déploiement rapide.
Des vaccins prêts pour les essais en quelques mois ?
Les calendriers sont toujours difficiles à prévoir dans le développement vaccinal, mais alors que la flambée de Bundibugyo continue de se propager, CEPI, Gavi et l’ensemble de leurs partenaires se sont engagés à avancer aussi vite que possible, tout en respectant les délais nécessaires pour garantir l’innocuité et l’efficacité de tout vaccin.
L’Organisation mondiale de la Santé a indiqué qu’il pourrait falloir six à neuf mois pour que des vaccins potentiels soient prêts à entrer en phase d’essais. L’espoir est que ce financement de riposte rapide permette de lancer les premiers essais cliniques en quelques mois.
Davantage de Kate Kelland
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