Pourquoi les enterrements peuvent devenir des moments de tension lors des épidémies d’Ebola

Quand un dernier geste d’amour peut propager Ebola — et comment réduire les risques.

  • 19 juin 2026
  • 4 min de lecture
  • par Linda Geddes
Des agents de santé mènent des entretiens dans le cadre des efforts d’éradication d’Ebola en République démocratique du Congo, pendant l’épidémie d’Ebola de 2018-2020. Crédit : Gavi/2019/Frederique Tissandier.
Des agents de santé mènent des entretiens dans le cadre des efforts d’éradication d’Ebola en République démocratique du Congo, pendant l’épidémie d’Ebola de 2018-2020. Crédit : Gavi/2019/Frederique Tissandier.
 

 

En un coup d’œil

  • Les personnes décédées d’Ebola peuvent encore porter de grandes quantités de virus actif. Laver, habiller, toucher ou embrasser le défunt peut donc exposer les personnes endeuillées à un risque d’infection.
  • Pendant l’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, les funérailles ont été identifiées comme une source importante d’infection. Des personnes ayant assisté aux funérailles de défunts morts d’Ebola ont été contaminées, puis le virus s’est propagé à leur tour parmi leurs proches et au sein de leurs communautés. 
  • Aujourd’hui, les équipes de riposte à Ebola travaillent de plus en plus avec les familles, les représentants des communautés et les responsables religieux afin de trouver des moyens de réduire la transmission tout en préservant la signification culturelle et spirituelle des funérailles.

Les épidémies d’Ebola ne font pas que coûter des vies. Elles peuvent aussi bouleverser les rites qui aident les familles et les communautés à traverser le deuil. Lors de précédentes épidémies, les funérailles sont devenues d’importantes sources d’infection, transformant ces gestes d’attention et de mémoire en l’un des aspects les plus sensibles de la riposte à Ebola. 

Les enseignements tirés des épidémies passées ont toutefois permis d’adapter les pratiques funéraires afin de réduire le risque de transmission, tout en préservant la dignité, le respect et la possibilité de faire son deuil.

Pourquoi les funérailles ont-elles joué un rôle aussi important dans les épidémies d’Ebola ?

Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée, notamment la salive, la sueur, l’urine, les vomissures et le sang. Il est également possible d’être contaminé en touchant des objets souillés par ces fluides, comme des vêtements ou de la literie. Contrairement à de nombreuses maladies infectieuses, les personnes décédées d’Ebola portent souvent encore de grandes quantités de virus actif dans leur corps. Cela signifie que des gestes comme laver, habiller, toucher ou embrasser le défunt peuvent exposer les personnes endeuillées à un risque d’infection. 

Pendant l’épidémie d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, les funérailles ont été identifiées comme une source importante d’infection dans les communautés touchées. 

Les funérailles d’un pharmacien influent à Moyamba, un district de Sierra Leone où l’incidence d’Ebola était jusque-là faible, ont été liées à 28 cas confirmés et huit décès dans les jours et les semaines qui ont suivi. Vingt et une de ces personnes, soit 75 %, ont déclaré avoir touché ou porté le corps de l’homme pendant les funérailles, tandis que 16, soit 57 %, avaient eu un contact direct avec lui avant sa mort. Les contacts ultérieurs avec des personnes ayant assisté aux funérailles ont été associés à huit cas supplémentaires et à un décès, illustrant la façon dont une seule cérémonie funéraire peut déclencher plusieurs chaînes de transmission. 

Des schémas similaires ont été observés ailleurs. En Guinée, les enquêteurs ont établi un lien entre une seule cérémonie funéraire et 85 cas confirmés d’Ebola, ainsi que 63 décès. Bien que seules 18 des personnes infectées aient assisté aux funérailles, le virus s’est ensuite propagé parmi les familles et les communautés, entraînant au final des dizaines d’infections supplémentaires. 

Les funérailles ne sont toutefois pas le seul contexte dans lequel le virus se propage. Une revue systématique des épidémies causées par Ebola et des filovirus apparentés a montré que les risques les plus élevés étaient associés aux soins apportés aux patients malades, aux contacts étroits avec des personnes aux stades avancés de la maladie, ainsi qu’à la préparation des défunts peu après leur décès en vue de leur inhumation. 

Comment adapter les pratiques funéraires pour les rendre plus sûres ?

L’un des principaux enseignements tirés des précédentes épidémies d’Ebola est que les mesures de santé publique ont davantage de chances de fonctionner lorsque les communautés participent à leur élaboration. Au début de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, certaines familles craignaient que, si elles signalaient un décès suspecté d’être lié à Ebola, le corps soit emporté et enterré sans les rites habituels. Elles choisissaient donc de préparer le corps elles-mêmes. Fait important, beaucoup faisaient ce choix tout en comprenant le risque d’infection.

Ces expériences ont enseigné une leçon importante aux autorités sanitaires : les efforts visant à prévenir la transmission d’Ebola doivent être conciliés avec le respect des traditions culturelles et religieuses.

Aujourd’hui, les équipes de riposte travaillent de plus en plus avec les familles, les représentants des communautés et les responsables religieux afin de trouver des moyens de réduire la transmission tout en préservant la signification culturelle et spirituelle des funérailles. Selon les coutumes locales, cela peut passer par l’adaptation des rites funéraires, la limitation des contacts physiques directs avec le défunt, ou la possibilité pour les membres de la famille d’observer certaines cérémonies et d’y participer à distance, dans des conditions sûres. 

Les proches ne sont généralement pas autorisés à laver ni à préparer physiquement les corps des personnes décédées d’Ebola, en raison du risque d’infection. Toutefois, les procédures d’« enterrement sûr et digne » encouragent les équipes de riposte à Ebola à préserver autant que possible les pratiques culturelles et religieuses. 

Concrètement, cela signifie que les familles peuvent être consultées sur l’organisation des funérailles, choisir les vêtements ou le linceul du défunt, participer aux prières et à d’autres rites religieux, assister à l’enterrement et se rendre ultérieurement sur la tombe. Dans certains cas, des responsables religieux formés peuvent aussi être autorisés à accomplir certains rites en portant un équipement de protection approprié.

Il est tout aussi important que les familles soient tenues informées tout au long du processus. Les équipes chargées des enterrements expliquent ce qui va se passer et répondent aux questions. L’objectif est de réduire le risque d’infection tout en permettant aux proches de faire leur deuil et de se souvenir des personnes qu’ils ont perdues.