Où en est la souche grippale « sous-clade K » qui inquiétait les scientifiques ?
Selon des scientifiques, mesurer l’immunité humaine en complément des méthodes existantes permettrait de mieux anticiper les risques liés à l’émergence de nouvelles souches grippales.
- 13 juillet 2026
- 6 min de lecture
- par Linda Geddes
En bref
- La grippe H3N2 de sous-clade K est un variant d’un virus de la grippe saisonnière humaine, apparu vers la fin de la saison grippale 2025 dans l’hémisphère Sud. L’accumulation rapide de mutations a fait craindre qu’il puisse échapper à l’immunité existante et réduire l’efficacité des vaccins.
- Toutefois, une étude portant sur des échantillons sanguins de 243 personnes de différents âges a montré que la plupart des participants possédaient déjà des anticorps capables de reconnaître la sous-clade K, et que le vaccin contre la grippe 2025-2026 avait encore renforcé leur réponse immunitaire.
- Ces résultats contribuent à expliquer pourquoi les prévisions d’une saison grippale particulièrement sévère ne se sont pas concrétisées. Ils suggèrent aussi que l’évaluation systématique de l’immunité humaine, en complément des méthodes existantes, pourrait permettre de mieux anticiper la menace posée par la grippe.
Lorsqu’une souche grippale présentant de nombreuses mutations a commencé à se propager dans le monde l’an dernier, les scientifiques ont craint qu’elle puisse échapper à l’immunité existante et réduire l’efficacité des vaccins antigrippaux. Mais une étude publiée en juillet 2026, fondée sur l’analyse d’échantillons sanguins de plusieurs centaines de personnes, suggère que ces inquiétudes ont peut-être surestimé le risque. Elle propose également une méthode plus précise pour évaluer les futures menaces grippales.
Détecté pour la première fois à la fin de la saison grippale 2025 dans l’hémisphère Sud et connu sous le nom de H3N2 de sous-clade K, ce virus était issu d’un virus saisonnier bien établi, qui circule chez l’être humain depuis des décennies. Toutefois, l’accumulation rapide de mutations a suscité des inquiétudes quant au niveau de protection que le vaccin antigrippal de l’hémisphère Nord pourrait offrir contre lui.
« Compte tenu de ce que nous savions à l’époque, il était raisonnable de s’attendre à ce qu’il pose un problème assez important : l’efficacité vaccinale risquait d’être faible, le nombre de cas potentiellement élevé, et la population plus vulnérable que face à un virus ne présentant que quelques mutations », explique la Dre Ruth Harvey, directrice adjointe du Worldwide Influenza Centre au Francis Crick Institute de Londres, qui a dirigé l’étude.
Pourtant, lorsque Ruth Harvey et ses collègues ont analysé des échantillons sanguins provenant de plusieurs centaines de personnes de différents âges à l’aide d’une nouvelle méthode de dépistage à haut débit, ils ont trouvé peu d’éléments indiquant une insuffisance de l’immunité. Au contraire, la plupart des participants possédaient déjà des anticorps capables de reconnaître et de neutraliser le virus, et le vaccin contre la grippe 2025-2026 a considérablement renforcé ces réponses immunitaires.
Ces résultats suggèrent qu’à l’avenir, la mesure directe de l’immunité au sein de la population pourrait compléter les méthodes existantes d’évaluation des nouvelles menaces grippales et en donner une image plus précise.
Comment les scientifiques prévoient-ils l’efficacité des vaccins contre la grippe ?
Dans le cadre de la surveillance mondiale de la grippe, les scientifiques analysent régulièrement les séquences génétiques des virus grippaux en circulation, à la recherche de mutations susceptibles d’influer sur la capacité de l’immunité existante ou des vaccins à les reconnaître.
Lorsqu’une souche paraît suffisamment différente, ils la testent généralement à l’aide d’anticorps provenant de furets infectés par une souche grippale connue ou vaccinés contre celle-ci. Si ces anticorps ont du mal à reconnaître le nouveau virus, cela peut indiquer qu’il sera moins bien reconnu par l’immunité existante, ou que les vaccins actuels offriront une protection moindre.
Cette méthode est au cœur de la surveillance mondiale de la grippe depuis des décennies et joue un rôle important dans le choix des souches à inclure dans les vaccins contre la grippe saisonnière.
Dans le cas de la sous-clade K, son profil génétique comme les expériences menées sur des furets indiquaient qu’elle différait sensiblement de la souche H3N2 utilisée dans le vaccin contre la grippe 2025-2026 destiné à l’hémisphère Nord. Cela a fait craindre une baisse de l’efficacité vaccinale.
Cependant, les furets ne sont généralement exposés qu’à une seule infection grippale ou à une seule vaccination, alors que la réponse immunitaire humaine est façonnée par des années d’infections et de vaccinations successives.
« À l’âge de 20 ans, le système immunitaire a déjà été confronté à la grippe un très grand nombre de fois, et sa réponse s’est développée et affinée au fil de ces expositions », explique Ruth Harvey.
« Les modèles animaux jouent un rôle essentiel, mais nous ne pourrions jamais reproduire chez eux une telle histoire immunitaire : elle est tout simplement trop complexe. La seule manière de savoir si un vaccin contre la grippe protégera la population humaine consiste à prélever des échantillons de sérum humain et à les tester directement contre le virus. »
Le sérum est la partie liquide du sang qui contient les anticorps. Jusqu’à récemment, tester un grand nombre d’échantillons de sérum contre les virus grippaux en circulation était un processus lent et exigeant en main-d’œuvre, ce qui limitait le nombre d’échantillons pouvant être analysés.
Pendant la pandémie de COVID-19, Ruth Harvey et sa collègue, la Dre Mary Wu, ont adapté et automatisé la méthode d’analyse du sérum dans le cadre de leurs travaux sur les réponses immunitaires au SARS-CoV-2. Mary Wu a depuis appliqué cette même méthode à haut débit à la grippe, ce qui permet désormais d’évaluer rapidement l’immunité de vastes groupes de personnes.
Que s’est-il passé lorsque les chercheurs ont appliqué cette méthode à la sous-clade K du virus H3N2 ?
Le Francis Crick Institute est l’un des centres collaborateurs mondiaux de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la grippe. À ce titre, il reçoit chaque année des échantillons de virus grippaux provenant de plus de 90 pays dans le cadre de la surveillance mondiale. Pour cette étude, les chercheurs ont sélectionné des virus représentatifs des principaux groupes de H3N2 en circulation en 2025, dont la sous-clade K, puis ont testé la manière dont les anticorps présents dans le sérum humain réagissaient à ces virus.
Pour ce faire, ils ont utilisé des échantillons de sérum conservés dans le cadre de plusieurs études menées au Royaume-Uni. Ceux-ci provenaient notamment de volontaires en bonne santé, de jeunes adultes et de résidents âgés de maisons de retraite ayant accepté un suivi à long terme de leurs réponses immunitaires aux virus respiratoires. Certains échantillons avaient été prélevés avant l’administration du vaccin contre la grippe 2025-2026, et d’autres après, ce qui a permis à l’équipe de mesurer à la fois l’immunité préexistante contre la sous-clade K et le renforcement de cette immunité après la vaccination.
Malgré le profil génétique préoccupant du virus, la plupart des participants possédaient déjà, avant la vaccination, des anticorps capables de reconnaître la sous-clade K. Cela témoigne de la mémoire immunitaire acquise au fil des infections et des vaccinations antérieures.
Le vaccin contre la grippe 2025-2026 a encore renforcé la réponse en anticorps contre la sous-clade K, jusqu’à des niveaux comparables à ceux observés contre la souche H3N2 incluse dans le vaccin.
« Les résultats étaient bien meilleurs que ce à quoi nous nous attendions, compte tenu des différences apparentes entre les virus », explique Ruth Harvey.
L’étude a été publiée dans la revue eBioMedicine.
Pour aller plus loin
Cette méthode pourrait-elle améliorer plus largement la surveillance de la grippe ?
Ces résultats pourraient contribuer à expliquer pourquoi les craintes que la sous-clade K provoque une saison grippale particulièrement sévère ne se sont pas concrétisées. Ils suggèrent également que l’analyse systématique de l’immunité humaine, en complément des analyses génétiques et des études sur les animaux, pourrait donner une vision plus complète de la menace représentée par les nouveaux virus grippaux.
Le processus utilisé par l’OMS pour sélectionner les souches à inclure dans les vaccins contre la grippe saisonnière tient déjà compte de données issues d’échantillons de sérum humain. Cependant, leur production étant lente et exigeante en main-d’œuvre, seuls des échantillons relativement peu nombreux peuvent être analysés. La nouvelle méthode à haut débit permettrait d’en tester beaucoup plus, dans différents groupes d’âge et différentes populations, et donc d’obtenir une image bien plus représentative du degré de protection que l’immunité existante peut offrir contre les nouvelles souches. « Ce sont tout simplement de meilleures données », résume Ruth Harvey.
Après avoir mis au point et validé cette méthode lors de l’émergence de la sous-clade K, Mary Wu estime que les futures évaluations pourraient être réalisées beaucoup plus tôt dans la saison grippale. Les autorités sanitaires disposeraient ainsi de davantage de temps pour apprécier la menace probable représentée par une nouvelle souche, éclairer les décisions de santé publique et communiquer les risques avec plus de précision.
« Nous savons désormais exactement de quels types d’échantillons nous avons besoin au début de la saison pour produire ces données très rapidement », explique-t-elle.
Cette méthode pourrait également se révéler utile face à une grippe pandémique. Dans le cadre d’une autre étude, Ruth Harvey, Mary Wu et leurs collègues ont récemment testé des échantillons de sérum de personnes vaccinées contre la grippe saisonnière face à des virus H5N1 isolés chez des vaches laitières infectées aux États-Unis. Ils n’ont observé qu’une immunité neutralisante croisée faible, voire inexistante, ce qui laisse penser que les vaccins saisonniers actuels offriraient probablement peu de protection si le virus H5N1 commençait à se propager largement chez l’être humain.
Ces résultats ont également montré que cette même méthode à haut débit pourrait permettre d’évaluer rapidement l’immunité existante face à de nouveaux virus, et ainsi contribuer à orienter les réponses de santé publique dès les premiers stades d’une éventuelle pandémie.