« Mon travail en tant qu’agent de santé communautaire commence avant même que je ne quitte la maison à 07 h 30 »
L’agente de santé communautaire Madeleine Biniwe Teou travaille dans le cadre d’un programme d’Integrate Health afin de fournir des soins de santé primaires intégrés dans le district de Kozah, au nord du Togo.
- 24 février 2026
- 5 min de lecture
- par Integrate Health
À Adabawere, dans le district de Kozah, le nom de Madeleine Biniwe Teou est bien connu. Agent de santé communautaire soutenu par Integrate Health, elle consacre depuis plus de dix ans son énergie et son engagement au service de sa communauté, voyant évoluer les pratiques et les besoins tout en restant fidèle à sa mission : rapprocher les soins de santé des populations.
Nous l’avons rencontrée un jeudi matin au centre de santé d’Adabawere. Aux côtés du personnel infirmier, elle participait à une journée de vaccination : attentive aux mères, rassurante avec les enfants et toujours disponible pour répondre aux préoccupations des familles.
Question : Avec les autres agents de santé communautaire (ASC), à quoi ressemble votre quotidien – vos interactions avec les centres de santé et les communautés ?
Madeleine Teou : En tant qu’ASC, nous travaillons presque tous les jours. Le matin, quand je me réveille, des femmes viennent chez moi pour des conseils de planification familiale ; d’autres amènent leurs enfants qui ne se sentent pas bien. Je les soigne à domicile avant de partir sur le terrain vers 07 h 30. Sur le terrain, je fais de la recherche active de cas. Je m’occupe des enfants de moins de cinq ans pour le paludisme, la pneumonie, la malnutrition et la diarrhée. Pour les femmes enceintes, nous assurons un suivi : nous leur apprenons à reconnaître les signes de danger et vérifions leurs consultations prénatales. Si une femme a un test de grossesse positif, j’explique l’importance de commencer les consultations prénatales. Si elle n’est pas enceinte, je propose la planification familiale. Nous orientons les cas graves vers le centre de santé.
Nous entretenons une bonne collaboration avec le chef du centre de santé et son équipe. Nous pouvons appeler directement le chef de l’établissement ou la sage-femme. Le lundi, lors de nos réunions hebdomadaires, le chef de l’établissement vient souvent nous voir pour nous encourager. Nous lui remettons nos rapports. Lors des campagnes de distribution, il fait appel à nous pour faire avancer le travail. Nous aidons aussi le personnel infirmier au centre de santé chaque jeudi pour vacciner les enfants. Nous remplissons les carnets de vaccination, enregistrons les enfants qui doivent être vaccinés, planifions les rendez-vous, et ainsi de suite. Nous sommes formés, donc nous savons ce que nous faisons. Pendant ces journées, nous saisissons l’occasion pour encourager les gens à parler entre eux et à s’informer afin que chacun puisse vraiment se faire vacciner.
Nous sommes fiers de soutenir le centre de santé, car c’est nous qui retrouvons les enfants ayant manqué leurs vaccinations. Et comme il y a un grand nombre de patients, nous intervenons pour que, lorsque les femmes arrivent pour leurs vaccinations, elles puissent être reçues rapidement.
Question : Le programme communautaire de renforcement du système de santé relie patients, centres de santé et ASC, pour que personne ne soit laissé de côté. Que pensez-vous de l’efficacité de ce système ?
Madeleine Teou : Le programme a apporté des soins gratuits. Grâce à ces soins gratuits, les mères n’hésitent plus à amener leurs enfants au centre de santé. En conséquence, le centre est très fréquenté. Le centre s’est développé, notamment grâce à la maternité qui a été construite. Avant, quand des femmes accouchaient, la situation était pénible : il n’y avait pas d’espace, et certains bébés restaient par terre. Le programme est efficace. Avant, c’était sérieux.
Pour aller plus loin
Lorsqu’on a commencé, je rencontrais de nombreux cas de maladie, notamment de méningite. Autrefois, on pouvait amener un enfant au monde, mais il n’atteignait pas son cinquième anniversaire. Aujourd’hui, les femmes enceintes connaissent les signes de danger, ce qui permet d’éviter des pertes de grossesse. Les enfants ne tombent plus malades comme avant. Les femmes ici me disent souvent que l’argent qu’elles dépensaient autrefois pour les soins, elles peuvent maintenant en garder une partie pour leur ménage. C’est le programme qui rend cela possible. Moi-même, j’en suis concernée. Grâce à ce travail d’ASC, je peux prendre soin de mes enfants. Mes enfants vont à l’école.
Question : Vous êtes le lien entre les patients et le système de santé. À quoi cela ressemble-t-il concrètement au quotidien ?
Madeleine Teou : Les mères nous trouvent très importants pour elles. On le ressent à leur réaction, à la façon dont elles nous accueillent lors de nos visites à domicile. Par exemple, lorsqu’une jeune femme devient enceinte, elle vous appelle. Nous avons donné nos numéros de téléphone aux ménages. Elle appelle pour dire : « Maman, demain j’aimerais que vous veniez pour que vous puissiez faire tel ou tel examen pour moi. » Vous la rassurez. Parfois, c’est pour un test de grossesse, ou parce que l’enfant est malade. Sans nos interventions, beaucoup de mères n’auraient pas amené leurs enfants au centre de santé, par ignorance ou négligence. Nous les encourageons. Certaines viennent même directement chez nous. Nous pouvons voir qu’elles ont vraiment besoin de nous. Si nous n’étions plus là, le nombre de patients et la fréquentation du centre de santé diminueraient.
Le lundi, nous nous réunissons au centre de santé. Nous sommes sept ASC. Nous travaillons sur nos rapports hebdomadaires. Tout ce que nous avons fait pendant la semaine – planification familiale, nombre de femmes enceintes suivies, enfants dépistés, suivis des patients, recherche active de cas, visites à domicile, et ainsi de suite – nous le compilons. Nous partageons la compilation avec notre superviseur.
Lors de ces réunions, nous partageons nos difficultés, que nous consignons dans un carnet. Les difficultés tournent souvent autour de notre équipement. Lorsque nos gilets, nos sacs ou nos balances s’usent, il faut longtemps pour les remplacer. Pourtant, ces gilets nous permettent d’être clairement identifiables dans la communauté : quand on passe, les gens peuvent vous voir de loin et vous appeler : « Oh, voilà la maman, la maman qui s’occupe de nos enfants et de nos femmes enceintes, elle est dans le secteur. »