Les vaccins sauvent des vies. Grâce à la confiance, ils atteignent chaque enfant
Au Pakistan, combattre la rougeole ne se résume pas à la vaccination. Jhpiego travaille avec les communautés pour construire la confiance et limiter les effets de la maladie.
- 6 février 2026
- 4 min de lecture
- par Jhpiego Pakistan
La rougeole continue de coûter inutilement la vie à des enfants.
Rien qu’en 2025, le Baloutchistan — la plus vaste province du Pakistan — a recensé plus de 1 700 cas. À l’échelle nationale, plus de 57 % des quelque 16 000 cas enregistrés concernaient des enfants totalement non vaccinés. Et ce, alors même que le vaccin contre la rougeole et la rubéole (RR) est gratuit et accessible à tous les enfants pakistanais.
Ce n’est pas seulement regrettable : c’est un signal d’alerte.
La vaccination contre la rougeole est très efficace — les deux doses recommandées offrent environ 97 % de protection contre l’infection. Ces flambées ne sont donc pas le signe d’un virus insaisissable, mais bien celui d’un affaiblissement de la couverture vaccinale.
Si la rougeole passe entre les mailles du filet, d’autres maladies évitables par la vaccination risquent de suivre la même trajectoire. L’enjeu est considérable : chaque enfant non vacciné s’expose à une maladie grave, voire — dans de nombreux cas — à la mort.
Relever ce défi exige plus que des vaccins. Il faut de la confiance, de l’engagement et des stratégies construites avec les communautés.
Pourquoi l’engagement communautaire est indispensable
L’engagement des communautés n’est pas un simple complément : il est au cœur de la réduction des écarts de vaccination, de l’atteinte des enfants zéro dose et de la protection de l’ensemble de la population. Les données montrent que lorsque les personnes qui s’occupent des enfants comprennent les enjeux, font confiance aux programmes et y participent activement, la couverture vaccinale progresse nettement — et des vies sont sauvées.
Ces dernières années, Jhpiego Pakistan en a fait l’expérience directe.
À Quetta, dans la province du Baloutchistan, le projet « Men’s Engagement » de Jhpiego, soutenu par Gavi, a formé des acteurs de la société civile à travailler directement avec les pères et autres hommes en charge des enfants, afin de promouvoir la vaccination et l’égalité de genre.
L’implication réelle des pères a transformé les décisions prises au sein des familles en matière de santé infantile, se traduisant par une hausse de la couverture vaccinale et un sentiment d’appropriation renforcé au niveau communautaire. De la même manière, le programme CDS-III (COVAX Delivery Support) a recensé des bonnes pratiques et des enseignements clés, montrant que la construction de la confiance au sein des communautés améliore l’adhésion à la vaccination et réduit l’hésitation vaccinale, offrant ainsi une feuille de route pour étendre ces interventions à d’autres districts et provinces.
Le coût du renoncement à la vaccination
L’importance de ces approches est apparue encore plus clairement lors d’un récent déplacement à Quetta, où j’ai rencontré le Dr Aftab Hussain Kakar, coordinateur provincial du PEV (Programme élargi de vaccination) au Baloutchistan. Nous avons évoqué la surveillance épidémiologique, la polio, la campagne nationale rougeole-rubéole de 2025 et les programmes de vaccination de routine. Mais ce sont surtout les récits du terrain qui m’ont marquée.
Évoquant l’un de ces drames, le Dr Kakar a raconté : « Dans un quartier près de Qilla Abdullah, une zone appelée Shamshozai, nous avons perdu deux frères et sœurs à cause de la rougeole, simplement parce qu’ils n’avaient jamais reçu leurs vaccinations de routine. »
Les parents avaient renoncé aux doses, les jugeant inutiles, alors que « les enfants des foyers voisins, qui étaient vaccinés, sont restés en parfaite santé ».
Être témoin direct de cette tragédie, a-t-il expliqué, l’a profondément marqué. Plus frappant encore, « ces mêmes parents sont ensuite devenus parmi nos plus fervents défenseurs », a-t-il ajouté, racontant comment ils ont à leur tour encouragé d’autres familles de leur communauté à faire vacciner leurs enfants.
Pour aller plus loin
Montrer pour convaincre
Ces récits mettent en lumière une réalité essentielle : les chiffres, à eux seuls, ne suffisent pas à rendre compte de l’ampleur du défi. L’engagement communautaire porte une dimension émotionnelle et culturelle forte. Les familles saisissent souvent le sens de la vaccination de manière plus concrète lorsqu’elles en voient les conséquences — qu’il s’agisse du coût des doses manquées ou de la protection qu’elle offre.
Les stratégies qui fonctionnent sont celles qui associent des solutions techniques à un travail de terrain attentif aux contextes culturels, fondé sur la confiance et des messages adaptés.
Le programme provincial de vaccination du Baloutchistan illustre à la fois les obstacles à surmonter et les perspectives à venir. En 2025, la province a dû faire face à une flambée de rougeole tout en formant plus de 140 000 agents de santé dans le cadre de la campagne nationale rougeole-rubéole, destinée à 35,4 millions d’enfants âgés de 6 à 59 mois.
Ces efforts de prévention sont indispensables, mais ils doivent s’accompagner de stratégies centrées sur les communautés, capables de répondre à l’hésitation vaccinale, à la désinformation et aux obstacles d’accès.
Comment construire la confiance
L’engagement communautaire est le plus efficace lorsque données, stratégie et savoirs locaux se rejoignent. La stratégie « zéro dose » de Jhpiego pour le Baloutchistan, élaborée en 2023 en étroite concertation avec les responsables sanitaires des districts, en est une illustration concrète.
En identifiant les populations zéro dose, en donnant la priorité aux zones les plus marginalisées et en combinant interventions techniques et actions de proximité, cette stratégie propose une feuille de route pragmatique pour combler les écarts de vaccination dans l’ensemble de la province.
La leçon est claire : les vaccins, à eux seuls, ne suffisent pas. Protéger les enfants contre les maladies évitables par la vaccination suppose de s’engager auprès des personnes qui s’en occupent, d’écouter les communautés et de bâtir une relation de confiance.
Des partenaires comme Gavi, Jhpiego et les autorités provinciales doivent poursuivre ce travail conjoint pour déployer ces approches de manière efficace. Leur mise à l’échelle permettra non seulement de réduire les flambées de rougeole, mais aussi de renforcer l’ensemble du système de vaccination, à l’heure où de nouveaux vaccins — au-delà de la petite enfance — sont introduits.
Comme me l’a confié le Dr Kakar : « Nous mettons tout en œuvre pour atteindre chaque enfant, et des partenaires comme Gavi et Jhpiego font une réelle différence en nous aidant à atteindre le dernier enfant avec des vaccins qui sauvent des vies. » Ses mots rappellent la force de la collaboration et de l’action portée par les communautés. L’avenir des enfants du Pakistan repose sur cette combinaison : des vaccins dans les flacons, certes… mais aussi la confiance entre les mains des familles et des communautés.
L’engagement communautaire n’est pas une tâche de plus sur une liste : c’est le cœur battant d’un succès durable en matière de vaccination. Lorsque la confiance s’installe et que le dialogue s’ouvre, chaque échange devient un pas de plus vers un avenir où chaque enfant au Pakistan peut grandir en bonne santé, en sécurité et avec toutes les chances devant lui.