RDC : à Bulape, les leçons d’une épidémie d’Ebola maîtrisée en trois mois

Au cœur d’une zone de santé isolée en RDC, une riposte d’urgence alliant détection des cas, engagement communautaire et vaccination — appuyée par la réserve mondiale de vaccins contre Ebola — a permis d’endiguer l’une des maladies les plus létales.

  • 17 février 2026
  • 5 min de lecture
  • par Patrick Kahondwa
Agents de santé en équipements de protection individuelle lors d’une opération de désinfection dans la zone de santé de Bulape, pendant la riposte à l’épidémie d’Ebola. Crédit : Dr Jean Paul Mbantshi
Agents de santé en équipements de protection individuelle lors d’une opération de désinfection dans la zone de santé de Bulape, pendant la riposte à l’épidémie d’Ebola. Crédit : Dr Jean Paul Mbantshi
 

 

Dans la zone de santé de Bulape, à une trentaine de kilomètres de Tshikapa, chef-lieu de la province du Kasaï dans le centre de la République démocratique du Congo, le calme est progressivement revenu. Le 1er décembre 2025, les autorités congolaises ont officiellement déclaré la fin de l’épidémie de maladie à virus Ebola, après 42 jours sans nouveau cas enregistré depuis la guérison du dernier patient, le 19 octobre.

Déclarée le 4 septembre 2025, cette flambée était due à la souche Ebolavirus Zaïre, la plus virulente. Elle a affecté 64 personnes, dont 53 cas confirmés et 11 probables, et a entraîné 45 décès. Cela correspond à un taux de létalité particulièrement élevé. L’épidémie a durement frappé cette région rurale, caractérisée par un accès limité aux infrastructures de santé et par des contraintes logistiques qui favorisent la propagation rapide des maladies infectieuses tout en compliquant le déploiement de la riposte.

Une population figée par la peur

Au début de l’épidémie, Bulape s’est arrêtée. Les écoles et les églises ont fermé, les activités économiques ont ralenti, et les déplacements se sont faits rares.

« Nous vivions dans la peur. Chaque jour, il y avait des morts. On ne savait plus comment continuer à vivre normalement », confie un habitant de Bulape, dont le frère a succombé à la maladie.

Agnès Mbuyi, mère de famille, se souvient elle aussi de cette période : « Des nouveaux cas étaient signalés presque chaque jour. J’avais peur pour mes enfants. Je les gardais à la maison. Pour nous, dehors, c’était Ebola. »

Des structures de santé sous pression

À l’hôpital général de Bulape, la peur de la contamination a eu un impact immédiat sur la fréquentation des services. « Les patients ne venaient plus se faire soigner par crainte de la maladie », explique le Dr Jean-Paul, médecin-chef de zone. La situation s’est aggravée lorsque le centre de traitement Ebola a été installé à l’intérieur de l’hôpital.

Agents de santé en équipements de protection individuelle à l’hôpital général de Bulape, lors de la riposte à l’épidémie d’Ebola.
Crédit : Dr Jean Paul Mbantshi

« Lorsque le centre de traitement a été déplacé vers un site distinct, à une centaine de mètres de l’hôpital, les gens ont progressivement recommencé à venir se faire soigner », précise-t-il. Pour les équipes médicales, l’épidémie a aussi été marquée par la perte de deux collègues dès le début de la riposte.

Une riposte rapide et coordonnée

Dès la confirmation des premiers cas, les autorités sanitaires congolaises ont engagé une riposte d’urgence avec l’appui de partenaires nationaux et internationaux. L’Organisation mondiale de la Santé a déployé 112 experts et intervenants de première ligne et acheminé plus de 150 tonnes de fournitures et d’équipements médicaux afin de soutenir les équipes locales et protéger les communautés.

Cette mobilisation rapide a permis de stabiliser la situation dans une zone pourtant difficile d’accès, aux infrastructures routières et de télécommunications limitées.

Vaccination : un tournant rendu possible par la réserve mondiale

Les premières doses de vaccin contre Ebola ont été administrées en octobre 2025. Contrairement aux précédentes flambées survenues dans la province du Kasaï, la RDC disposait cette fois-ci de vaccins en quantité suffisante pour contenir la propagation du virus.

Une campagne de vaccination ciblée a d’abord concerné les contacts directs des cas confirmés et les agents de santé, avant d’être élargie aux communautés de Bulape et des zones avoisinantes. Au total, plus de 47 500 personnes ont été vaccinées au cours de la riposte.

Cette mobilisation rapide s’est appuyée sur le mécanisme de la réserve mondiale de vaccins contre Ebola, financée par Gavi, l’Alliance du Vaccin, depuis 2021. Conçue pour garantir un accès rapide et équitable aux doses en situation d’urgence, cette réserve maintient en permanence un stock international d’environ 500 000 doses, principalement du vaccin rVSV-ZEBOV. Coordonné par le Groupe international de coordination (ICG), ce dispositif permet aux pays confrontés à une flambée d’obtenir rapidement des vaccins et un appui opérationnel, sans dépendre de financements mobilisés dans l’urgence.

En RDC, ce mécanisme a permis le déploiement accéléré de plus de 48 000 doses, facilitant le lancement rapide de la vaccination autour des cas confirmés et contribuant à freiner la transmission du virus.

Au-delà de la fourniture des doses, le soutien de Gavi a également contribué au financement des activités de vaccination, au maintien de la chaîne du froid et au renforcement des capacités logistiques, éléments déterminants dans une zone difficile d’accès.

Ces efforts combinés — vaccination, surveillance, prise en charge des cas et suivi des contacts — ont permis de rompre la chaîne de transmission en l’espace de trois mois.

Marie Tonda (nom d’emprunt), infirmière et première patiente déclarée guérie à Bulape, témoigne : « J’avais des maux de tête, des douleurs abdominales et des diarrhées sanglantes. J’ai été placée en isolement et soignée pendant 21 jours. Aujourd’hui, je suis en vie. »

Mobilisation communautaire et prévention

La riposte ne s’est pas limitée aux soins médicaux. Aux points d’entrée de Bulape, des équipes ont été déployées pour contrôler la température corporelle des voyageurs, assurer le lavage des mains et la désinfection des véhicules.

Des volontaires de la Croix‑Rouge se sont également mobilisés pour la sensibilisation, la surveillance communautaire, l’assistance psychosociale et l’organisation d’enterrements dignes et sécurisés. Pendant l’épidémie, 118 inhumations sécurisées ont été réalisées afin de limiter les risques de transmission.

Après l’épidémie, une vigilance maintenue

À Bulape, la fin de l’épidémie ouvre désormais une phase de surveillance renforcée de 90 jours. Les équipes sanitaires poursuivent le suivi des survivants et maintiennent les dispositifs de détection précoce.

Dans cette région rurale durement touchée, la vie reprend progressivement. Les structures de santé retrouvent leur fréquentation, tandis que les communautés restent marquées par l’expérience des derniers mois.

Cette flambée, la seizième enregistrée en RDC depuis 1976, laisse à Bulape l’empreinte d’une épreuve brutale, mais aussi celle d’une riposte rapide où vaccination, coordination et mobilisation communautaire ont contribué à rompre la chaîne de transmission.