Le Cameroun active la réponse d'urgence pour éliminer la fièvre jaune

Depuis 2017, les cas de fièvre jaune ne cessent de croître au Cameroun. Mais le pays a déployé une panoplie de mesures pour enrayer la résurgence, notamment par l'organisation de campagnes de vaccination ciblées.

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Des membres d'un campement de Bororo dans la localité de Makak, à l'ouest Cameroun, brandissent leur carnet de vaccination contre la fièvre jaune. Crédit : Ishiak Grand Royal
 

 

Obligés d’être vacciné pour voyager

Persuader de nombreux Camerounais à recevoir le vaccin contre la fièvre jaune, une maladie virale aiguë, rencontrée dans les régions tropicales d'Afrique et d'Amérique, n’est pas toujours aisé. Mais l'obligation de présenter un test négatif pour se rendre dans la plupart des pays du monde vient progressivement à bout des réticences face au vaccin au Cameroun.

« Jusqu'à présent, je ne savais pas qu'il existait un vaccin contre la fièvre jaune », avoue Randy Nyi Che, un jeune footballeur camerounais, quelques instants après avoir reçu une dose de vaccin contre la fièvre jaune au Centre international de vaccination de Yaoundé. Che est en route pour le Sénégal, en vue d’un test de football.

Le Cameroun a enregistré du 1er janvier 2021 au 13 juin 2022, 49 cas probables de fièvre jaune. Toutes les régions du pays sont concernées.

« J'ai pris le vaccin parce que je devais voyager et on m'a fait comprendre que la vaccination fait partie des exigences. Hormis cette obligation, je ne vois pas vraiment la nécessité de prendre le vaccin », déclare Che. Paradoxalement, il dit éprouver un sentiment de protection après avoir reçu sa dose.

Che n'est pas un cas isolé. Nombre de camerounais sont contraints de se soumettre aux exigences liées aux voyages internationaux.

« Franchement si je ne voyageais pas, je n'allais pas me faire vacciner », avoue Péguy Kana Donwoung, peu après avoir reçu une dose de vaccin contre la fièvre jaune. L'étudiant de 19 ans effectue un déplacement pour la France pour les vacances. Ses réticences à l’égard du vaccin trouvent leurs fondements dans son contexte environnemental : « c'est très rare d'avoir un cas de fièvre jaune ici à Yaoundé », pense-t-il.

Péguy Kana Donwoung se sent lui aussi protégé, après avoir été vacciné. Un sentiment qui fait de celui qui était jadis réticent un ambassadeur du vaccin. Ainsi, il conseille à tout le monde de se faire vacciner pour tous les bienfaits que cela apporte. Car, « je sais que la fièvre jaune est une maladie mortelle ». D’où la nécessité d’attirer l’attention du public sur l’importance de la vaccination, étant donné que « beaucoup de gens ne la connaissent pas », explique-il.

Baisse de l’immunité collective

Le Cameroun a enregistré du 1er janvier 2021 au 13 juin 2022, 49 cas probables de fièvre jaune. Toutes les régions du pays sont concernées.

« Cette situation est d'autant plus préoccupante du fait de la présence de cas probables en zones urbaines avec les deux grandes villes du pays touchées : Yaoundé et Douala », confirme le Dr Djoko Jacques, consultant fièvre jaune à l’OMS Cameroun.

Selon le Dr Shalom Tchokfe Ndoula, secrétaire permanent du Programme Élargi de Vaccination du Cameroun, la résurgence de la fièvre jaune s’explique par « la baisse de l'immunité collective ».

D’autres facteurs sont à l’origine de la résurgence de cette maladie, en particulier les changements dans l'environnement qui permettent aux vecteurs de proliférer.

« La fièvre jaune est transmise par la piqure du moustique Aedes aegypti. Actuellement, il y a des zones au Cameroun où le vecteur est en prolifération ».

La récente vaccination contre la fièvre jaune a également ciblé les adultes au Cameroun. Crédit : PEV Cameroun
La récente vaccination contre la fièvre jaune a également ciblé les adultes au Cameroun. Crédit : PEV Cameroun

« Ajouté à cela, depuis la fin de la campagne de masse dans tous les districts, dont les derniers ont eu lieu en 2015, on n'a pas atteint une couverture suffisante pour les enfants dans la vaccination de routine. Ce qui fait que dans chaque cohorte de naissance, on a des enfants non-vaccinés qui, avec le temps, atteignent un nombre suffisant pour baisser l'immunité au niveau de la population adulte » a-t-il expliqué.

Il rassure cependant : « comparativement aux autres pays qui n'ont pas fait de campagnes de masse dans les années 2002-2015, le Cameroun a déjà couvert tous les districts. Donc le risque est gérable pour l'instant ».

Le Dr Djoko partage cette analyse. Il identifie deux facteurs à l'origine de la résurgence des cas de fièvre jaune au Cameroun.

« La couverture vaccinale de routine pour les enfants de moins d'un an est faible, en dessous de 80% depuis 2014, et depuis 2016, elle est en baisse passant de 78 à 70% », déclare-t-il. Cependant, a-t-il ajouté, il convient de noter que les enfants âgés de moins 1 an ne sont pas les seules cibles de la fièvre jaune.

« Les adultes ne se font vacciner que lors des campagnes de masse où lorsqu'ils sont dans le besoin de quitter le pays. Les campagnes de masse déjà reçues sont soit à titre préventif, soit en guise de riposte pour les cas confirmés », il observe.

« Etant donné que beaucoup de personnes ne vont pas à ces multiples campagnes de masse, elles constituent au sein de la population des cibles susceptibles et vulnérables, qui participent à l’entretien et à la propagation du virus, aidé par la présence du vecteur ». A cet effet, « il faut donc combiner la vaccination avec la lutte anti-vectorielle », a-t-il recommandé.

Vaccination ciblée

Une campagne de vaccination de riposte dans quelques districts affectés du Cameroun a eu lieu du 30 mai au 5 juin 2022. Un peu plus de 613.000 personnes âgées de 9 mois à 60 ans étaient concernées.

« On a atteint une couverture de 95% - ce qui est assez satisfaisant », se réjouit le Dr Tchokfe Ndoula.

Selon ce professionnel de santé, le renforcement de la surveillance a permis de détecter rapidement n’importe quel cas de maladie évitable par la vaccination, dont la fièvre jaune dans le pays.

Le vaccin anti-amarile extrêmement efficace, sûr et peu coûteux, permet de se protéger de la maladie : avec une seule dose, on est protégé à vie.

« Il est primordial de répondre très rapidement aux épidémies de fièvre jaune, qui naissent lorsqu’un cas est confirmé avec la présence du vecteur, et aussi d’augmenter la couverture de routine en plus de vacciner tous les voyageurs qui sortent et qui entrent au Cameroun. Ce que nous sommes en train de faire, c’est exactement cela ».

Devant la recrudescence des cas de fièvre jaune, de nombreuses actions sont menées. Le pays a activé le système de gestion de l’incident national le 24 mars 2022. Ajouté à cela, des réunions se tiennent pour orienter les actions, le plan d'action pour la gestion de l'incident a été élaboré, et enfin, le plan national de la réponse à l'épidémie est disponible. L’Organisation mondiale de la santé a également soutenu les efforts de réponse du pays.

Un agent de santé de l'OMS distribue des cartes de vaccination contre la fièvre jaune aux enfants d'un campement de Bororo dans la localité de Makak, à l'ouest Cameroun le 2 juin 2022(Ishiak Grand Royal)
Un agent de santé de l'OMS distribue des cartes de vaccination contre la fièvre jaune aux enfants d'un campement de Bororo dans la localité de Makak, à l'ouest Cameroun. Crédit : Ishiak Grand Royal

« L’OMS travaille au quotidien auprès du Ministère de la Santé Publique sur le volet planification, mise en œuvre, et évaluation des activités, en apportant non seulement des financements (avec d’autres partenaires), mais aussi, à travers le personnel qui travaille au quotidien pour améliorer la qualité de la surveillance épidémiologique », affirme le Dr Djoko.

« Il y a aussi la gestion des données avec du personnel travaillant à temps plein et aussi des consultants nationaux et internationaux », poursuit-il.

Le Dr Djoko révèle que le processus en cours pour éliminer la fièvre jaune appliquée au Cameroun est conforme à la stratégie mondiale pour l'élimination des épidémies de fièvre jaune (‎EYE)‎ 2017–2026.

L’OMS estime chaque année à 200 000 le nombre de cas de fièvre jaune et à 30 000 le nombre de décès dus à cette maladie dans le monde. Les symptômes sont les suivants : fièvre, céphalées, ictère, myalgies, nausées, vomissements et fatigue. Le vaccin anti-amarile extrêmement efficace, sûr et peu coûteux, permet de se protéger de la maladie : avec une seule dose, on est protégé à vie.