Epstein-Barr : un nouvel anticorps pourrait neutraliser un virus présent chez 95 % de la population

Le virus d’Epstein-Barr reste latent dans notre système immunitaire, avant de se réactiver parfois des décennies plus tard. De nouvelles recherches pourraient ouvrir la voie à une solution.

  • 10 juillet 2026
  • 4 min de lecture
  • par Priya Joi
Le virus d’Epstein-Barr, qui se transmet principalement par la salive, est l’un des virus humains les plus répandus au monde. (Crédits photo : Kateryna Kon / Dreamstime)
Le virus d’Epstein-Barr, qui se transmet principalement par la salive, est l’un des virus humains les plus répandus au monde. (Crédits photo : Kateryna Kon / Dreamstime)
 

 

En bref

  • Le virus d’Epstein-Barr (VEB) infecte environ 95 % des adultes dans le monde. Il est associé à quelque 358 000 nouveaux cas de cancer chaque année. À ce jour, il n’existe ni traitement ni vaccin.
  • Une équipe de chercheurs a mis au point des anticorps anti-VEB qui ont permis d’empêcher l’infection chez 100 % des 13 souris modèles reproduisant le système immunitaire humain, au cours de trois expériences distinctes.
  • Cette avancée pourrait s’avérer particulièrement importante afin d’empêcher la réactivation du virus chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli.

Il y a 95 % de chances que vous soyez porteur du virus d’Epstein-Barr.

Chez la plupart d’entre nous, il reste latent toute notre vie et nous ignorons même que nous en sommes porteurs.

Certains d’entre nous peuvent contracter la mononucléose infectieuse. Mais pour d’autres, le virus peut se réactiver et jouer un rôle dans l’apparition de maladies graves, comme la sclérose en plaques, le lupus, la polyarthrite rhumatoïde, ainsi que de divers cancers.

Les estimations mondiales les plus récentes indiquent que le virus d’Epstein-Barr est associé à environ 358 000 nouveaux cas de cancer et 209 000 décès chaque année. Pourtant, il n’existe toujours aucun vaccin ni traitement spécifique contre ce virus.

Une équipe composée de chercheurs du Fred Hutchinson Cancer Center et de l’Université de Washington à Seattle a mis au point un anticorps entièrement humain qui, chez des souris dotées d’un système immunitaire humanisé, est parvenu à bloquer l’infection chez tous les sujets auxquels le virus a été administré.

Leurs travaux ont été publiés dans la revue scientifique Cell Reports Medicine en février 2026.

Cette avancée pourrait s’avérer particulièrement importante afin d’empêcher la réactivation du virus chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli.

Empêcher le virus d’Epstein-Barr de s’installer

L’une des difficultés majeures avec ce virus tient à son mode de propagation.

Le virus n’infecte pas un type de cellules bien défini. Il se fixe à la quasi-totalité des lymphocytes B, les globules blancs qui sont à l’origine d’une grande partie de la réponse immunitaire. Cette particularité a longtemps rendu quasiment impossible l’identification des rares cellules immunitaires humaines capables de produire des anticorps efficaces sans risquer d’attaquer le système immunitaire lui-même.

L’équipe de Seattle a contourné cet obstacle grâce à une approche indirecte. Plutôt que d’isoler les bons anticorps à partir d’échantillons humains, les chercheurs ont utilisé des souris génétiquement modifiées capables de produire des anticorps humains.

Les souris ont été exposées à deux protéines clés présentes à la surface du virus d’Epstein-Barr : les protéines gp350 et gp42, qui permettent toutes deux au virus de se fixer sur nos lymphocytes B. Les chercheurs ont ensuite isolé dix nouveaux anticorps générés par la réponse immunitaire à l’infection.

Puis ils ont mené trois expériences distinctes au cours desquelles les souris ont reçu une dose unique de l’un des anticorps candidats, avant d’être infectées par le virus le lendemain. Les souris ont ensuite été observées pendant environ trois mois afin de détecter la présence éventuelle du virus.

L’un des anticorps gp42 s’est révélé particulièrement efficace. Sur l’ensemble des trois expériences, aucun signe d’infection n’a été détecté chez les 13 souris ayant reçu cet anticorps. Dans le groupe témoin, en revanche, 10 souris sur 12 présentaient une charge virale détectable.

L’anticorps principal ciblant gp350 a obtenu des résultats plus contrastés. Il a empêché l’hypertrophie de la rate chez toutes les souris ayant reçu l’anticorps, mais n’a pas systématiquement empêché le virus d’atteindre cet organe.

Selon les auteurs, cela s’expliquerait par le fait que le virus d’Epstein-Barr peut infecter les lymphocytes B même en l’absence de la protéine gp350 et que cet anticorps disparait également plus rapidement de la circulation sanguine ; il se pourrait donc que les souris aient tout simplement épuisé leur réserve d’anticorps avant la fin de l’expérience.

Les patients qui pourraient en bénéficier en premier

Environ 128 000 personnes rien qu’aux États-Unis subissent chaque année une greffe d’organe solide ou de moelle osseuse. Pour éviter que leur organisme ne rejette le tissu greffé, les receveurs reçoivent des traitements qui affaiblissent leur système immunitaire.

Ces traitements les rendent vulnérables aux infections, et le virus d’Epstein-Barr figure parmi les plus dangereuses. Chez certains receveurs, le virus latent présent dans les cellules du donneur peut se réactiver et proliférer de manière incontrôlée, provoquant un cancer agressif appelé « syndrome lymphoprolifératif post-transplantation ».

Les enfants en attente d’une greffe sont particulièrement exposés, car beaucoup d’entre eux n’ont encore jamais été infectés par le virus Epstein-Barr, et ne disposent donc d’aucune immunité préalable si le virus est transmis par le donneur.

Selon Dre Rachel Bender Ignacio, spécialiste des maladies infectieuses au Fred Hutchinson Cancer Center et à l’Université de Washington (non impliquée dans l’étude), empêcher la réplication de l’EBV chez les patients transplantés pourrait considérablement réduire l’incidence du syndrome lymphoprolifératif post-transplantation et limiter la nécessité de réduire l’immunosuppression, permettant ainsi de préserver la fonction de l’organe transplanté. Elle souligne que la prévention efficace du virus d’Epstein-Barr chez les patients receveurs reste un besoin majeur non satisfait en médecine de la transplantation.

L’équipe collabore avec un partenaire industriel afin de faire progresser la recherche sur ces anticorps en vue d’un traitement potentiel. La prochaine étape consistera à réaliser des essais cliniques de sécurité chez des volontaires adultes en bonne santé, avant d’envisager des essais cliniques chez des patients transplantés.

« Après de nombreuses années de recherches pour trouver un moyen efficace de se protéger contre le virus d’Epstein-Barr, il s’agit d’une avancée majeure pour la communauté scientifique et pour les personnes les plus à risque de complications liées à ce virus », déclare Andrew McGuire, co-auteur de l’étude au sein de la division des vaccins et des maladies infectieuses du Fred Hutchinson Cancer Center.