À Madagascar, une sage-femme apporte des doses d’espoir dans son propre village
À Antsohihy, dans le district d’Ambatoboeny, la distance, le coût du transport et l’insécurité ont longtemps privé de nombreux enfants de vaccination. De retour dans son village natal, la sage-femme Germinah a ouvert un poste de santé communautaire pour identifier, suivre et vacciner les enfants zéro dose et sous-vaccinés.
- 2 juillet 2026
- 7 min de lecture
- par Luc Razafindrakoto , Guy Raveloson , Olivier Konan
Antsohihy, petite communauté du district d’Ambatoboeny, à Madagascar, se trouve loin de presque tout.
Le centre de santé communautaire le plus proche – l’un des deux seuls du district – est situé à 35 kilomètres. Dans la zone, les seuls transports motorisés disponibles sont les motos-taxis, qui facturent 250 000 ariary malgaches, soit environ 60 dollars US, pour un simple trajet jusqu’au centre de santé. Une somme hors de portée pour la plupart des habitants.
Pour la majorité des familles, la seule option est de s’y rendre à pied : quatre heures de marche par beau temps, jusqu’à six lorsque les pluies saisonnières transforment la route non bitumée en bourbier.
À ces difficultés logistiques s’ajoute une insécurité grandissante dans la région. Les familles qui possèdent du bétail sont régulièrement prises pour cible par un groupe armé de voleurs de zébus. Malgré la présence d’une brigade de gendarmerie, des troupeaux entiers sont systématiquement dérobés par ce groupe armé.
« Ce climat de violence dissuade de nombreux ménages de s’aventurer sur de longues distances, par peur de croiser leurs agresseurs », explique le Dr Azafindrakoto Jean Luc Hajanihaina, responsable du projet de vaccination VAKANA, mené conjointement par l’organisation internationale de la société civile Jhpiego et l’organisation locale Fikambanana Tanora Kristianina Miatrika Ny Ho Avy, plus simplement connue sous le nom de FTKMA.
Face à ces obstacles, la plupart des familles choisissent de rester chez elles. Résultat : pendant des années, les enfants de ce fokontany – terme local désignant une petite communauté comme Antsohihy – ont eu très peu accès aux soins de santé, y compris à la vaccination.
En 2025, le projet VAKANA a réalisé un recensement des ménages dans les cinq fokontany relevant de l’aire de santé d’Antsohihy.
Ce recensement a montré que le village d’Antsohihy concentrait le plus grand nombre d’enfants non protégés : 64 enfants zéro dose et 34 enfants sous-vaccinés, âgés de six semaines à 59 mois.
Le centre de santé de district avait fixé un objectif mensuel de sept vaccinations pour ce fokontany. Cet objectif était rarement atteint.
« La majorité des habitants soignent les maladies avec des feuilles médicinales, faute de pouvoir accéder aux services de soins de santé primaires. Peu de familles font le trajet. De nombreux enfants ne sont pas vaccinés ou n’achèvent pas leur calendrier vaccinal », explique le Dr Azafindrakoto.
La sage-femme qui a apporté l’espoir
Aujourd’hui âgée d’un peu plus de 30 ans, Andriarimalala Eliane Germinah est née à Antsohihy. Après ses études secondaires, elle a quitté le village pour se former au métier de sage-femme, avant de travailler pendant près de cinq ans comme bénévole au Centre de santé de base urbain de Mahajanga, la capitale régionale, située à plusieurs heures de route. La ville offrait ce que le village ne pouvait pas lui donner : des collègues, des possibilités de formation et des fournitures médicales suffisantes. Mais Germinah a choisi de revenir.
Elle est rentrée en 2026 et a ouvert le premier poste de santé communautaire d’Antsohihy. Elle n’occupe aucun poste dans la fonction publique : elle est bénévole. « J’ai choisi de revenir dans mon village pour exercer mon métier et me consacrer au service de ma communauté », explique Germinah.
Chaque matin, Germinah ouvre les portes du poste de santé local aux femmes du village.
Tandis que les femmes discutent entre elles sous le porche, Germinah et l’agent de santé communautaire Albert Razafimamonjy vérifient les carnets de vaccination de tous les enfants invités à la séance vaccinale.
« Avoir une structure de santé dans notre propre village, c’est comme un cadeau », affirme Velomiary, le chef d’Antsohihy.
Un système fondé sur la collaboration
Germinah travaille peut-être seule à Antsohihy, mais elle peut compter sur des soutiens plus éloignés.
Le Centre de santé de base urbain 2 de Madirovalo, situé à 516 kilomètres d’Antsohihy, assure la supervision, l’approvisionnement en vaccins et l’appui technique du poste de santé communautaire d’Antsohihy.
Le service public de santé du district d’Ambatoboeny, par l’intermédiaire du Centre de santé de base urbain 2 de Madirovalo, fournit au poste de santé de Germinah les vaccins ainsi que la supervision technique. Avant les journées de vaccination, des agents de santé communautaires de Madirovalo acheminent les vaccins jusqu’au village à pied, dans des glacières.
Deux agents de santé communautaires sont affectés au village. Ils ont été formés par l’équipe du projet VAKANA au calendrier vaccinal, à l’identification des enfants zéro dose et sous-vaccinés, ainsi qu’à la surveillance des maladies évitables par la vaccination. Ils disposent d’une feuille de route claire et reçoivent des incitations liées à leurs résultats.
« Vacciner dix enfants zéro dose, rattraper quinze enfants sous-vaccinés, effectuer dix visites à domicile par mois et tenir avec rigueur le registre communautaire mensuel : voilà leur mission », explique Guy Raveloson, coordinateur du projet VAKANA.
Albert Rasidimanana, l’un des deux agents de santé communautaires d’Antsohihy, raconte : « Pendant mes visites à domicile, j’identifie les enfants zéro dose en interrogeant les parents sur les derniers vaccins reçus. Je note ceux qui n’ont jamais été vaccinés et ceux qui n’ont pas terminé leur calendrier. La présence du poste de santé communautaire change beaucoup de choses. »
Il poursuit : « Les enfants qui n’ont pas terminé leur calendrier vaccinal sont suivis grâce aux cartes infantiles. Le registre communautaire permet aussi, entre autres, d’identifier les enfants en retard ou absents lors des séances. »
Pour soutenir la mobilisation communautaire et l’adhésion à la vaccination, les responsables locaux – chefs de village et figures religieuses – jouent un rôle central dans les activités de sensibilisation. Leur crédibilité et la confiance dont ils bénéficient au sein de la communauté contribuent à encourager les familles à faire vacciner leurs enfants.
Les jours de vaccination – dont la date est désormais connue à l’avance par toutes les familles du fokontany grâce au nouveau système – Germinah accueille les enfants au poste de santé : elle les vaccine, assure leur suivi et tient les registres.
À Antsohihy, le détail qui fait toute la différence, c’est la confiance. Germinah n’est pas une intervenante extérieure : elle est un membre reconnu et apprécié de sa communauté. Elle parle la langue locale, connaît les familles et est originaire du village. « Voir les mères me faire confiance et venir vers moi pour demander de l’aide, c’est ma plus grande satisfaction », dit-elle.
Un changement concret
Lors de la première séance de vaccination organisée à Antsohihy, en mars 2026, 15 enfants ont été vaccinés au poste de santé communautaire. Parmi eux figuraient six enfants zéro dose âgés de 12 à 59 mois, trois nourrissons de 0 à 11 mois qui n’avaient encore jamais été vaccinés, et deux enfants sous-vaccinés. Sans cette séance, tous ces enfants auraient probablement échappé à la vaccination.
Une deuxième séance, organisée deux mois plus tard, en mai 2026, a permis de vacciner 27 enfants, dont 16 enfants zéro dose et 11 enfants sous-vaccinés.
Ces chiffres restent modestes au regard de l’ampleur des besoins. Mais ils marquent un changement concret : le poste de santé communautaire offre une véritable alternative à un trajet de 35 kilomètres, qui reste le principal obstacle à l’accès au centre de santé communautaire.
« Le trajet était trop long. Maintenant, avec Germinah dans le village, mon fils Ralazy a été vacciné sans que j’aie à dépenser une fortune », témoigne Ketaka Raketamalala.
« Avoir une soignante dans notre propre village, c’est comme si le centre de santé communautaire venait jusqu’à nous. Nos enfants sont vaccinés et suivis, sans que nous ayons à aller loin », explique Sahondra Razanamalala, mère de Ginot.
Le chef Velomiary estime que le poste de santé communautaire tenu par Germinah réduit les barrières géographiques à l’accès aux soins de santé primaires. « Nous soutenons cette initiative parce qu’elle rapproche les soins des familles », dit-il.
L’exemple de Germinah en a inspiré d’autres. À plus de 200 kilomètres de là, dans le fokontany d’Ankeliroy, la communauté lui a emboîté le pas et a construit son propre poste de santé.
Pour aller plus loin
Et après ?
Jean-Luc Hajanihaina, responsable du projet VAKANA, estime que trois mécanismes complémentaires permettront d’assurer la continuité des services à Antsohihy après la fin du projet, prévue en décembre 2026.
D’abord, l’institutionnalisation : le poste de santé devrait progressivement obtenir une reconnaissance officielle du Centre de santé de base urbain 2 et de la direction de la santé publique d’Ambatoboeny.
Ensuite, la poursuite des visites de supervision conjointes pour les services de vaccination et de santé maternelle et infantile, afin d’assurer un suivi régulier et un appui technique.
Enfin, l’implication active des familles et des responsables locaux, indispensable pour maintenir, sur le long terme, la demande et l’adhésion aux services de vaccination.
Comment Gavi soutient ce travail
Pour contribuer à l’augmentation de la couverture vaccinale dans les pays à faible revenu, Gavi a lancé plusieurs dispositifs destinés aux organisations de la société civile, afin de leur permettre de mener des projets visant à atteindre les enfants zéro dose et les communautés sous-vaccinées par l’intermédiaire de son gestionnaire du Fonds pour la société civile.
MannionDaniels, cabinet international spécialisé dans la santé mondiale et le développement social, travaille en consortium avec Oxford Policy Management (OPM) et assure actuellement ce rôle, en fournissant des services complets de gestion de subventions.
À Madagascar, VAKANA reçoit le soutien de Gavi par l’intermédiaire de ce mécanisme de financement. VAKANA signifie « Vakiny Antoky Ny Aina » en malgache, soit « la vaccination comme fondement de la vie ». Dirigé par Jhpiego, VAKANA est mis en œuvre en étroite collaboration avec FTKMA, une organisation malgache de la société civile.
FTKMA signifie Fikambanana Tanora Kristianina Miatrika Ny Hoavy, soit Association des jeunes chrétiens pour l’avenir. Cette organisation locale soutient les activités de mobilisation sociale et de sensibilisation communautaire, en étroite collaboration avec l’administration du district d’Ambatoboeny.