Dans les coulisses de l’une des chaînes d’approvisionnement les plus complexes d’Afrique

Comment Gavi et ses partenaires misent sur les données en temps réel, les drones et les logisticiens privés pour acheminer davantage de vaccins jusqu’aux communautés les plus difficiles à atteindre.

  • 3 juillet 2026
  • 6 min de lecture
  • par Priya Joi
Nexleaf Analytics
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En bref

  • La nouvelle stratégie de Gavi pour les chaînes d’approvisionnement en vaccins précise comment l’Alliance entend faire parvenir davantage de vaccins aux enfants zéro-dose et aux communautés mal desservies dans plus de 50 pays au cours des cinq prochaines années.
  • Déployés dans 43 pays, les dispositifs de suivi en temps réel de la chaîne du froid ont permis de réduire les pertes de vaccins jusqu’à 80 %. En Éthiopie, le recours à des entreprises privées pour assurer la livraison du dernier kilomètre a plus que doublé la disponibilité des vaccins, tout en réduisant le coût par mile.

Entre la sortie d’un vaccin de la chaîne de production et son administration à l’enfant qui doit recevoir cette dose potentiellement vitale, le trajet est souvent long et complexe. 

Gavi soutient les chaînes d’approvisionnement vaccinal dans plus de 50 pays, dont certains abritent les communautés les plus reculées et les plus difficiles à atteindre au monde. L’Alliance du Vaccin se retrouve ainsi confrontée à quelques-uns des défis logistiques les plus complexes qui soient. Cette semaine, elle lance une nouvelle stratégie destinée à faire parvenir davantage de vaccins à davantage de personnes, plus efficacement.

L’objectif : s’appuyer sur les progrès importants réalisés au cours des cinq dernières années. 

Fin 2025, 82,5 % des points de distribution décentralisés — ces segments fragiles de la chaîne du froid qui prolongent les dépôts principaux de vaccins jusqu’au plus près des communautés — déclaraient disposer de l’ensemble des vaccins essentiels dans les pays soutenus par Gavi. 

Mais cela signifie qu’environ un point de distribution sur six reste confronté à des approvisionnements irréguliers. Alors que Gavi et ses partenaires ouvrent ce nouveau chapitre, un constat s’impose : la livraison du dernier kilomètre demeure le défi le plus persistant, en particulier dans les contextes fragiles ou touchés par les conflits. Garantir l’accès aux vaccins partout, de manière fiable, est littéralement une question de vie ou de mort.

« Les vaccins ne sauvent des vies que lorsqu’ils parviennent aux populations au bon endroit, au bon moment et dans de bonnes conditions », explique Thabani Maphosa, directeur général des programmes pays chez Gavi. « Cette stratégie vise à garantir cette régularité en renforçant l’ensemble du système, avec une attention claire portée à la disponibilité, à l’efficacité et à l’équité, ainsi qu’à une intégration et une coordination plus solides au dernier kilomètre, là où les différents systèmes doivent fonctionner ensemble pour atteindre efficacement les communautés. »

Communiqué de presse (en anglais) : Gavi lance une nouvelle stratégie pour renforcer la disponibilité des vaccins et atteindre les communautés les plus reculées

Gavi, l’Alliance du Vaccin, a dévoilé une nouvelle stratégie pour les chaînes d’approvisionnement en vaccins, afin d’aider les pays à faire parvenir les vaccins aux populations de manière fiable, dans les délais requis et en particulier dans les communautés mal desservies.

Lire le communiqué de presse

Voici cinq enseignements sur lesquels s’appuie la nouvelle stratégie pour les chaînes d’approvisionnement, afin d’améliorer durablement la portée et l’efficacité des programmes de vaccination.

1. Le suivi en temps réel a permis de réduire les pertes de vaccins jusqu’à 80 %, et peut encore faire davantage

Si la température des flacons de vaccins descend en dessous ou dépasse la plage recommandée — pour la plupart des vaccins, entre 2 et 8 °C — les doses qu’ils contiennent peuvent perdre leur pouvoir protecteur. Il est donc essentiel que les systèmes de santé sachent rapidement quand la chaîne du froid fonctionne mal. C’est un défi sur lequel les innovateurs technologiques réalisent des progrès par étapes depuis plusieurs décennies.

Entre 2021 et 2025, Gavi a soutenu le déploiement, dans 43 pays, de dispositifs de suivi à distance de la température de nouvelle génération, appelés ColdTrace et développés par Nexleaf Analytics. Cette entreprise est issue du programme INFUSE de Gavi — Innovation for Uptake, Scale and Equity in Immunisation — qui identifie et accompagne le passage à l’échelle d’innovations prometteuses venues du secteur privé.

Ces dispositifs ColdTrace ont eu un impact significatif : jusqu’à 80 % de pertes de vaccins en moins, une réduction de 63 % du temps d’indisponibilité des équipements et l’équivalent de 1,7 milliard de dollars de vaccins suivis chaque année. 

Selon les estimations de Gavi, un enfant sur six dans le monde bénéficie désormais de cette technologie. La prochaine étape consistera à consolider ces acquis — puis à aller plus loin.

2. S’associer à des acteurs privés pour la livraison du dernier kilomètre peut doubler la disponibilité des vaccins tout en réduisant les coûts

Dans le cadre de sa précédente stratégie, Gavi a commencé à évaluer dans quelle mesure des entreprises privées de logistique pouvaient contribuer à améliorer la livraison des vaccins du dernier kilomètre, là où des systèmes publics sous forte pression peinaient à répondre aux besoins.

En Éthiopie, un modèle de livraison externalisé a plus que doublé la disponibilité des vaccins tout au bout de la chaîne d’approvisionnement, la faisant passer de 41 % à 95 %. Ce modèle s’est également révélé moins coûteux : le coût par mile est passé de 0,83 dollar à 0,64 dollar. Des programmes pilotes ultérieurs, reposant sur l’optimisation des itinéraires et des modèles de livraison intégrés, ont permis d’atteindre jusqu’à 100 % de disponibilité des vaccins dans les hubs, ainsi qu’une couverture de service supérieure à 97 %.

Au Nigeria, au Kenya, au Rwanda et au Ghana, Gavi a également élargi le recours aux drones pour la distribution des vaccins, afin d’atteindre des communautés auparavant inaccessibles par la route.

La nouvelle stratégie fait de ces partenariats un pilier central. Elle appelle à ce que Gavi désigne comme une « fusion au dernier kilomètre » : les chaînes d’approvisionnement, les plateformes de données et les itinéraires de livraison de la vaccination et des autres services de soins de santé primaires seraient rapprochés afin de fonctionner comme un système unique au point de prestation.

3. Le déploiement de 38 000 équipements de chaîne du froid entre 2021 et 2025 a nettement amélioré le fonctionnement des systèmes. D’autres extensions sont prévues.

Entre 2021 et 2025, Gavi a déployé près de 38 000 équipements de chaîne du froid. Le nombre de pays soutenus par Gavi pouvant faire état d’une fonctionnalité de leur chaîne du froid égale ou supérieure à 90 % est ainsi passé de 3 à 31. 

Au Soudan du Sud, la capacité d’entreposage a été portée de 2 700 m2 à 4 700 m2.

Une part croissante de ces infrastructures essentielles fonctionne désormais à l’énergie solaire. Le programme d’électrification solaire des établissements de santé de Gavi apporte une alimentation fiable à des structures situées dans des zones où le réseau électrique est absent ou instable, permettant ainsi de conserver les vaccins en toute sécurité dans des lieux qu’il était auparavant impossible de desservir.

La nouvelle stratégie appelle à passer de réparations réactives à une maintenance préventive, puis prédictive, en s’appuyant sur les mêmes données de suivi en temps réel qui contribuent déjà à réduire les pertes de vaccins.

4. Des outils de données plus efficaces lorsqu’ils fonctionnent comme un système unique

L’unification de systèmes de suivi des données jusqu’ici fragmentés devrait également permettre de nouveaux gains d’efficacité à l’échelle nationale. 

Des pays comme le Rwanda, la Tanzanie et le Nigeria ont commencé à connecter les systèmes qui suivent les stocks de vaccins, surveillent les températures de la chaîne du froid et rendent compte de la couverture vaccinale. L’objectif est d’intégrer les systèmes électroniques de gestion logistique, les systèmes d’information sanitaire et les dispositifs de suivi des températures dans un même écosystème numérique.

Une initiative conjointe de Gavi, du Fonds mondial et de la Division des approvisionnements de l’UNICEF soutient cette intégration, avec pour objectif de créer des plateformes nationales interopérables permettant aux données de circuler entre les différents systèmes.

La nouvelle stratégie appelle notamment à l’adoption de standards internationaux de données et au déploiement d’outils comme Thrive360 et les Data Control Towers, des plateformes conçues pour offrir aux responsables sanitaires une vue consolidée et en temps réel de la performance de leur chaîne d’approvisionnement. 

5. Ces cinq dernières années, 22 pays ont élaboré des stratégies nationales pour gérer les déchets médicaux. Les anticiper permettra de réduire les coûts et l’impact environnemental.

La vaccination génère des déchets : seringues, flacons, emballages, vaccins périmés et équipements mis hors service. Dans de nombreux pays à faible revenu, ces déchets sont brûlés dans des incinérateurs à ciel ouvert ou, pire, éliminés dans des conditions dangereuses. Une enquête menée auprès d’établissements de santé en Éthiopie a montré que 61 % d’entre eux présentaient de mauvaises pratiques de gestion des déchets.

Dans le cadre de sa précédente stratégie, Gavi a aidé 22 pays à élaborer des feuilles de route nationales pour la gestion des déchets médicaux. Une trentaine de pays soutenus par Gavi ont été initiés à des technologies de gestion des déchets plus respectueuses de l’environnement, et des accords de long terme ont été conclus avec les fournisseurs de ces technologies.

La nouvelle stratégie inscrit la question des déchets dans un engagement plus large en faveur de la durabilité environnementale. 

À mesure que les programmes de vaccination s’élargissent pour proposer davantage de vaccins tout au long de la vie, le volume de déchets augmentera lui aussi. Les pays qui ne disposent pas de systèmes sûrs pour les gérer risquent de voir les difficultés s’accumuler. Mettre ces systèmes en place dès maintenant, alors que les infrastructures sont encore en cours de développement, coûtera nettement moins cher que de devoir les adapter plus tard.