Frappé par des inondations, le Mozambique déploie avec force sa stratégie de vaccination préventive contre le choléra
Les stocks mondiaux de vaccin anticholérique étant plus élevés que jamais, le Mozambique peut enfin déployer une campagne de vaccination préventive pour garder une longueur d’avance sur le choléra.
- 11 mai 2026
- 7 min de lecture
- par Winile Ximba
Malgré les reculs causés par de graves inondations, la campagne de vaccination préventive contre le choléra a connu de nombreux succès.
Le Mozambique est le premier pays du monde à relancer la vaccination préventive avec le soutien de Gavi. En 2022, une recrudescence mondiale du choléra a épuisé les stocks de vaccins, qui ont été utilisés pour endiguer les flambées épidémiques. Une des conséquences de ces campagnes de vaccination réactive a été l’arrêt, pendant quatre ans, des efforts de vaccination préventive. Aujourd’hui, Gavi redémarre ce travail essentiel, afin de prévenir les flambées épidémiques au lieu de les combattre.
« Au total, 1 788 408 personnes ont été vaccinées contre le choléra lors des deux premières phases de notre campagne de vaccination préventive actuelle », a confié à VaccinesWork le docteur Leonildo Nhampossa, directeur du programme élargi de vaccination du Mozambique.
Crédit : UNICEF Mozambique
La première phase de la campagne d’administration préventive du vaccin anticholérique oral s’est déroulée du 4 au 8 février. Elle visait les personnes âgées d’un an et plus dans les villes de Pemba, de Quelimane et de Beira, ainsi que dans les districts de Lago et Metuge, a expliqué à VaccinesWork Guy Taylor, responsable de la sensibilisation, des communications et des partenariats d’UNICEF Mozambique. Ces localités avaient été préalablement identifiées comme les zones d’endémie du choléra les plus à risque de flambées épidémiques.
Qu’est-ce que la réserve d’urgence mondiale de vaccin anticholérique oral ?
La réserve mondiale de vaccin anticholérique oral est hébergée dans un seul entrepôt en périphérie de Séoul, en Corée du Sud.
Créée en 2013, cette réserve (à l’instar des autres réserves d’urgence de vaccins) est financée par Gavi et gérée par le Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins, un comité d’experts composé de représentants de quatre organisations membres : la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Médecins Sans Frontières, l’UNICEF et l’OMS (qui assure le secrétariat du Groupe).
Le choléra est une maladie qui se propage à une vitesse fulgurante. Les systèmes de santé doivent avoir les moyens de riposter tout aussi rapidement, ce qui est possible lorsqu’ils ont des vaccins à leur disposition.
Un solide approvisionnement en vaccins ouvre la possibilité de prendre un pas d’avance sur une flambée épidémique. Une campagne judicieuse de vaccination préventive dans une zone à risque très élevé de flambée épidémique sauve des vies et ménage les ressources des systèmes de santé.
Toutes les doses de vaccins, qu’elles soient destinées à la riposte aux flambées épidémiques ou à la vaccination préventive, sont demandées formellement par les pays, attribuées par le Groupe international de coordination et payées par Gavi.
Les vaccins ont été administrés dans des cliniques et par des équipes mobiles nouvellement déployées dans des lieux d’achalandage élevé, comme des marchés et des plaques tournantes de transport, ainsi que dans les cliniques qui desservent habituellement les communautés.
Au moment où les doses préventives étaient distribuées et la campagne était lancée, le choléra faisait rage dans le pays : 5 661 cas et 71 décès avaient été enregistrés depuis le 3 octobre 2025.
Parallèlement aux campagnes préventives planifiées, une campagne de vaccination réactive contre le choléra est en cours pour endiguer la transmission dans trois districts des provinces de Tete et de Nampula, a expliqué Florence Erb, responsable des relations extérieures d’OMS Mozambique.
Crédit : World Vision
Gavi a financé la mise en œuvre de ces campagnes et fourni les vaccins à partir du stock d’urgence. Une deuxième série de vaccins a été allouée à la riposte à une flambée épidémique dans un troisième district de la province de Nampula, pour un total à ce jour de 3 337 000 doses de vaccins d’urgence.
Une catastrophe météorologique
Les inondations survenues en janvier et en février au Mozambique ont été catastrophiques, autant pour les personnes que pour les infrastructures de santé.
En date de février, 700 000 personnes avaient été touchées, dont 112 000 sont devenues des personnes déplacées internes. La situation continue d’évoluer.
Pour aller plus loin
Dans deux provinces gravement touchées (Gaza et Maputo), 135 centres de santé ont été affectés, et la principale route reliant Maputo au nord du pays a été coupée. Le ministère a déplacé son centre d’intervention d’urgence dans la ville de Xai-Xai, province de Gaza.
Crédit : OMS Mozambique
La logistique est un problème de taille : en raison des dommages aux infrastructures, il a fallu mobiliser des embarcations et des avions pour le transport des fournitures d’urgence. Les bris de routes par les eaux torrentielles ont causé des pénuries d’approvisionnements.
Comme la bactérie causant le choléra est transportée par l’eau, les inondations représentent une double menace : elles multiplient les risques de transmission, tout en affaiblissant la capacité de riposte des systèmes de santé.
Reprendre le dessus
En plus de sauver des vies, la vaccination préventive allège le fardeau de systèmes de santé souvent au point de rupture.
Cet avantage est particulièrement important dans les zones d’endémie du choléra, a expliqué Allyson Russell, responsable principale du programme de Gavi pour les flambées épidémiques à fort impact.
« Année après année, le choléra revient dans les mêmes régions, dit-elle. Et quand il survient, il se propage à une vitesse fulgurante parmi les populations vulnérables, qui ont un accès limité à l’eau potable et aux sanitaires. Lorsque les informations à notre disposition nous permettent de prévoir dans quelles zones les flambées de choléra risquent d’apparaître, nous pouvons vacciner d’avance les personnes à risque qui y vivent. »
Depuis 2021, la demande mondiale pour le vaccin anticholérique oral a explosé, autant pour la riposte aux flambées épidémiques que pour la vaccination préventive. Gavi établit un nouveau record pour le nombre de vaccins achetés chaque année depuis 2013, année où la réserve d’urgence de vaccins anticholériques a été constituée, avec au départ 2 millions de doses.
Malgré tous ces efforts, la demande tend à dépasser l’offre ces dernières années. Bien que la priorité des vaccins de la réserve d’urgence soit la riposte aux flambées épidémiques, la vaccination préventive est essentielle si l’on souhaite bâtir un marché mondial stable et pérenne et accroître l’offre mondiale de vaccins.
En 2025, l’offre mondiale annuelle a atteint un sommet, soit 75 millions de doses, ce qui a permis de relancer les campagnes préventives.
Par exemple, le Mozambique et la République démocratique du Congo, qui avaient élaboré des plans pluriannuels de vaccination préventive dans le cadre de leurs plans nationaux multisectoriels de lutte contre le choléra, ont obtenu les premiers vaccins disponibles, a précisé Allyson Russell.
La première ligne
La campagne de vaccination préventive a été accueillie avec enthousiasme, selon Manuel Dondo, infirmier vaccinateur à l’hôpital central de Quelimane, capitale de la province Zambézie.
Comme lui, ses collègues sont hautement motivés : « Nous sommes la première ligne. Les inondations nous ont rendus encore plus alertes. »
« Nous ne voulons plus que nos communautés tombent malades d’abord, puis qu’on réagisse ensuite. Cette fois, nous faisons de la prévention », ajoute-t-il. Manuel et ses collègues ont un horaire très chargé. Il a vacciné 200 enfants et adultes par jour dans la semaine qui a suivi le lancement du programme.
Selon Eunice Mhandlane, une mère de 35 ans de Quelimane dont la maison de bois et d’argile a été détruite par les inondations, le vaccin a été bien reçu par les personnes déplacées comme elle, parce qu’elles savent ce qui est en jeu.
« Nous savons d’expérience qu’après l’eau vient la maladie de la diarrhée », dit-elle en employant le terme courant pour désigner le choléra dans sa communauté.
« Les infirmières et les agentes de santé communautaires nous ont dit que nous avions de la chance d’obtenir un vaccin préventif, parce qu’il y a eu une pénurie mondiale. On ne peut pas gaspiller cette chance. »
Crédit : OMS Mozambique
Selon Eunice, personne dans son entourage – enfants, mères, partenaires masculins, prophètes, pasteurs, vendeurs de rue – n’a hésité à se faire vacciner. « Avec de l’eau et de la nourriture contaminées qui circulent parfois, la prévention fait la différence entre rester en bonne santé et se remettre rapidement des inondations, ou subir les inondations en plus d’être clouée au lit par la maladie. »
Un travail d’équipe
Le gouvernement du Mozambique, qui s’était engagé à mettre en œuvre une stratégie de vaccination préventive dès 2023, a dirigé la campagne de vaccination, avec le soutien essentiel de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l’UNICEF et de Gavi.
La campagne complète les efforts déployés par le gouvernement pour améliorer l’accès à l’eau potable, aux sanitaires, à l’hygiène et aux services de santé dans les zones touchées par les inondations, a expliqué Guy Taylor, de l’UNICEF.
La plupart des zones couvertes par cette première phase de vaccination préventive étaient en milieu urbain, ce qui a facilité l’accès dans des conditions météorologiques difficiles. Toutefois, de fortes pluies ont causé des retards durant les premiers jours de la campagne dans le district de Lago (province de Niassa, au nord du pays).
Les projets du Mozambique en matière de vaccination préventive contre le choléra ne s’arrêtent pas là. Le pays est conscient que le choléra est une maladie à fort impact, comme le souligne Allyson Russel, de Gavi.
« Gavi a un nouveau modèle de financement. Au cours des cinq prochaines années, chaque pays disposera d’une enveloppe de financement de Gavi qu’il pourra utiliser pour acheter des vaccins et mettre en œuvre des activités de vaccination essentielles », a-t-elle expliqué.
« Ce sont les pays qui décideront quels vaccins sont les plus importants pour leur population et auront le plus grand impact. Le vaccin anticholérique fait partie de la gamme de vaccins disponibles, et sera un outil essentiel pour les pays qui connaissent des flambées épidémiques récurrentes. »
Davantage de Winile Ximba
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