En RDC, la prévention du choléra reprend l’initiative
Dans le Haut-Lomami (sud-est de la RDC), les équipes de vaccination traversent zones inondées et villages fluviaux pour administrer le vaccin oral contre le choléra avant le retour des flambées. Sur le terrain, la RDC remet la prévention au cœur de sa stratégie contre une maladie qui reste endémique dans plusieurs régions du pays.
- 7 mai 2026
- 6 min de lecture
- par Patrick Kahondwa
En bref
- La RDC déploie une stratégie de vaccination préventive contre le choléra dans les provinces les plus exposées, dont le Haut-Lomami, afin d’anticiper les flambées épidémiques.
- Financée par Gavi, la campagne s’appuie sur des équipes mobiles et des relais communautaires pour atteindre les populations isolées et renforcer l’acceptation du vaccin oral contre le choléra.
- La lutte contre le choléra en RDC combine vaccination, accès à l’eau potable, assainissement, surveillance épidémiologique et réponse rapide aux cas suspects.
Anticiper les flambées
Les inondations qui ont frappé le Haut-Lomami ont perturbé, fin mars 2026, le premier passage de la campagne de vaccination contre le choléra. Dans certaines zones, les prestataires ont prolongé leur intervention au-delà des cinq jours initialement prévus, dépassant parfois 10 jours afin d’atteindre les objectifs fixés.
A leurs côtés, les relais communautaires vont de porte en porte pour expliquer l’importance du vaccin et répondre aux hésitations. « Certaines personnes ignorent encore que le vaccin réduit le risque de contracter le choléra. En tant que relais communautaire, je prends le temps d’expliquer, de rassurer et surtout d’écouter », confie l’un d’eux.
Cette campagne locale s’inscrit dans une évolution plus large. La vaccination orale contre le choléra préventive (preventive oral cholera vaccination, pOCV) représente un changement stratégique majeur pour la lutte contre le choléra. Pour la première fois, Gavi a offert à des pays endémiques la possibilité de planifier des campagnes de vaccination préventives pluriannuelles, et non plus seulement de répondre aux épidémies au cas par cas. La RDC a été l'un des premiers pays à bénéficier de ce cadre, avec l'élaboration d'un plan pluriannuel ciblant progressivement les zones à plus haute endémicité.
C'est une évolution importante : elle marque le passage d'une logique de gestion de crise à une logique de réduction durable du fardeau du choléra, en combinant vaccination préventive, renforcement des systèmes de santé et réponse rapide. Ce modèle, qui place la prévention au cœur de la stratégie, est celui que Gavi cherche à consolider dans le cadre de sa feuille de route 6.0, malgré des contraintes budgétaires plus serrées.
Une première allocation de 20 millions de doses a été déployée pour trois pays prioritaires, dont 6,1 millions pour la RDC. Les doses sont financées par Gavi et achetées puis livrées par l’UNICEF.
Le choléra se transmet par l’eau et les aliments contaminés. Il provoque de graves diarrhées et une déshydratation rapide, parfois mortelle en l’absence de traitement. Le vaccin oral, recommandé à partir d’un an, offre une protection utile contre la maladie : une dose protège à court terme, tandis que deux doses peuvent protéger jusqu’à trois ans.
Crédit : PEV RDC
En RDC, où la maladie reste endémique, notamment dans les zones marquées par les déplacements de population et les difficultés d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, cette approche vise à agir plus tôt, avant les flambées.
Le Haut-Lomami figure parmi les provinces ciblées en raison de l’historique des flambées, de la densité de population, de l’accès limité à l’eau potable et des mouvements de population.
« Nous avons étudié le comportement des zones de santé dans les provinces endémiques ainsi que l’évolution des épidémies afin d’orienter efficacement les interventions. Cette analyse a montré que, sur les dix dernières années, il y a eu chaque année une recrudescence des cas de choléra dans ces zones de santé, souvent pendant la saison des pluies », précise le Dr Nanou Yanga, point focal des maladies émergentes au sein du Programme élargi de vaccination en RDC.
Des équipes mobiles jusque sur les voies fluviales
Pour atteindre les populations les plus exposées, les équipes adaptent les stratégies : points fixes dans les centres de santé, équipes mobiles dans les zones reculées, interventions ciblées dans les sites accueillant des populations déplacées. Dans certains endroits, les horaires sont ajustés ; ailleurs, la vaccination se fait en milieu fluvial afin de rejoindre les communautés plus isolées.
« Nous avons mené la vaccination principalement à travers des stratégies fixes, tout en intégrant d’autres approches complémentaires. Parmi celles-ci figurent des stratégies innovantes, telles que la vaccination en milieu fluvial ou encore l’adaptation des horaires en fonction des populations cibles. Autrefois, nos interventions se concentraient surtout lorsque l’épidémie était déjà déclarée. Aujourd’hui, nous cherchons plutôt à anticiper et à interrompre la chaîne de transmission avant même qu’elle ne s’installe », explique le Dr Nanou Yanga.
Malgré un accueil globalement favorable, certaines réticences persistent. Rumeurs, méconnaissance du vaccin ou méfiance envers les interventions extérieures peuvent freiner l’adhésion. Les relais communautaires jouent ici un rôle décisif.
Leur travail ne se limite pas à convaincre. Ils sensibilisent aussi aux mesures d’hygiène, repèrent les cas suspects et orientent les personnes vers les structures de prise en charge.
Pour aller plus loin
« Lors de nos visites dans les ménages, nous ne nous limitons pas à la sensibilisation. Nous identifions également les personnes présentant des symptômes évocateurs du choléra et les orientons vers les structures de prise en charge », ajoute le relais communautaire.
Leur proximité avec les habitants contribue à instaurer la confiance. « Au début, j’avais peur. Je ne comprenais pas pourquoi on venait nous vacciner. Après les explications des relais communautaires, j’ai accepté, pour me protéger et protéger mes enfants », raconte Marie Kasongo.
Prévenir le choléra sur plusieurs fronts
La vaccination préventive contre le choléra s'inscrit dans une réponse multisectorielle plus large, portée par la feuille de route mondiale du Groupe spécial mondial de lutte contre le choléra (Global Task Force on Cholera Control, GTFCC) pour 2030. Celle-ci repose sur trois piliers complémentaires : améliorer durablement l'accès à l'eau potable et à l'assainissement dans les zones les plus touchées ; renforcer les systèmes de surveillance et la capacité à répondre rapidement aux épidémies ; et vacciner en amont les populations vivant dans des zones où le choléra est ancré de longue date, pour réduire progressivement les cycles de transmission. C'est dans cette logique que s'inscrit le programme pOCV, non pas comme une solution miracle, mais comme un investissement de long terme, complémentaire aux efforts menés sur l'eau, l'assainissement et la réponse d'urgence.
« Le vaccin est un outil essentiel, mais il ne suffit pas à lui seul. Sans accès à l’eau potable et sans bonnes pratiques d’hygiène, le risque demeure. En complément de la vaccination, nous menons également des interventions WASH, nous renforçons la surveillance épidémiologique ainsi que la prise en charge précoce des cas », rappelle le Dr Nanou Yanga.
Dans le Haut-Lomami, cette campagne montre ce que permet le retour de la vaccination préventive : intervenir avant que l’épidémie ne s’installe, tout en l’inscrivant dans une stratégie plus large de prévention et de contrôle du choléra. C’est cette articulation entre vaccination, mobilisation communautaire et réponses sanitaires de base qui peut, à terme, réduire durablement l’impact de la maladie.
Davantage de Patrick Kahondwa
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