Le Grand rattrapage a largement atteint ses objectifs — un impact qui pourrait s’inscrire dans la durée
La pandémie a fait reculer des décennies de progrès en matière de vaccination. Conçu pour rattraper les retards, rétablir et renforcer les programmes, ce programme est en train de faire évoluer les approches.
- 27 avril 2026
- 5 min de lecture
- par Alex de Jonquieres , Rita Kaali , Phionah Lynn Atuhebwe , Diana Chang Blanc
Au cours des 25 dernières années, des progrès remarquables ont été accomplis pour réduire les inégalités en matière de vaccination à l’échelle mondiale.
En 2000, près de la moitié des enfants nés dans des pays à faible revenu ne recevaient pas les vaccins de base que les familles des pays plus riches pouvaient tenir pour acquis.
Grâce à un effort historique, sans précédent, mené par les gouvernements, les organisations internationales, le secteur privé et la société civile – réunis sous l’égide de Gavi, l’Alliance du Vaccin – plus de 80 % des enfants dans ces pays sont aujourd’hui protégés.
C’est ce que nous entendons par équité vaccinale : l’idée que les chances pour un enfant de succomber à des maladies évitables ne devraient pas dépendre de son lieu de naissance.
Pourtant, dans de nombreux pays à faible revenu, la couverture vaccinale reste nettement inférieure à celle des pays à revenu élevé, et des millions d’enfants passent encore à côté des vaccins chaque année. Atteindre ces derniers enfants « zéro dose » reste notre défi le plus difficile.
Perturbations liées à la pandémie
Depuis 2016, nous concentrons nos efforts sur ces communautés encore laissées de côté. Elles peuvent être exclues en raison de conflits, de situations de fragilité ou de leur isolement géographique. Beaucoup vivent pourtant en zone urbaine, à proximité immédiate d’hôpitaux ou de centres de santé, mais ne recourent pas à la vaccination ou se heurtent à d’autres obstacles, liés notamment aux normes sociales et de genre.
Et comme la vaccination est l’intervention de santé qui atteint le plus largement les populations, une communauté qui n’y a pas accès est souvent aussi laissée de côté par le système de santé dans son ensemble, sans accès aux soins de base. Combler cet écart est une première étape essentielle vers la couverture sanitaire universelle.
Au lancement de cet effort en faveur de l’équité, les premiers résultats ont été encourageants. Entre 2016 et 2019, le nombre d’enfants zéro dose dans les pays partenaires de Gavi a reculé de près de 25 %. Des millions d’enfants ont reçu leurs premiers vaccins, et des communautés jusque-là invisibles pour les systèmes de santé ont enfin pu accéder à des soins, souvent pour la première fois.
Puis la pandémie est arrivée.
La COVID-19 a perturbé les services de santé essentiels partout dans le monde. Les activités de proximité ont ralenti, les agents de santé ont été sous pression, les chaînes d’approvisionnement ont été affectées, les campagnes ont été interrompues et les familles ont perdu l’accès à la vaccination de routine.
Les progrès durement acquis pour atteindre les enfants zéro dose ont marqué le pas et, dans de nombreux pays, ont même reculé, révélant des inégalités structurelles présentes de longue date mais jusque-là moins visibles. Le nombre d’enfants dans les pays à faible revenu n’ayant pas accès aux vaccins de base est passé de 9,3 millions en 2019 à 12,3 millions en 2021, entraînant une recrudescence de maladies mortelles comme la rougeole, la diphtérie ou la fièvre jaune.
Le Grand rattrapage
Pour y répondre, les pays et les partenaires de la santé mondiale ont lancé un effort sans précédent : le Grand rattrapage.
Lancée en 2023 pour combler les lacunes en matière d’immunité causées par la pandémie et relancer les progrès, cette initiative historique visait à atteindre des millions d’enfants qui avaient manqué la vaccination de routine pendant les années de pandémie. Trente-six pays y ont participé, représentant 60 % des enfants zéro dose dans le monde.
Près de trois ans plus tard, les résultats commencent à apparaître.
Prenons l’exemple de l’Éthiopie, qui figure parmi les cinq pays comptant le plus grand nombre d’enfants zéro dose au monde. La pandémie est venue aggraver des défis déjà existants, des catastrophes naturelles aux conflits, alors même que la couverture vaccinale était restée quasiment stable entre 2012 et 2019. Elle n’a fait que rendre les progrès encore plus difficiles.
Mais en 2024, le pays a pris des mesures décisives.
À la suite du lancement de l’initiative mondiale du Grand rattrapage, l’Éthiopie a reçu des doses supplémentaires de vaccins de la part de Gavi et a officiellement lancé sa campagne nationale. Les premiers résultats ont été encourageants, mais le véritable tournant est intervenu en février 2025, lorsque le ministère de la Santé et ses partenaires ont relancé la campagne, avec un engagement renforcé des autorités, une approche intégrée et une mise en œuvre locale consolidée.
Les objectifs étaient ambitieux, mais le gouvernement a été à la hauteur. Au cours de l’année écoulée, le ministère de la Santé a atteint près de 70 % des enfants qui n’avaient pas reçu leur première dose de vaccin contre la diphtérie, la coqueluche et le tétanos pendant la pandémie. Au total, plus de 2,5 millions d’enfants ont été protégés.
Pour aller plus loin
Un changement de paradigme
C’est une dynamique observée dans l’ensemble des pays soutenus par le Grand rattrapage, du Nigeria à Madagascar. À la fin de l’année 2024, 6,3 millions d’enfants avaient été rattrapés. Un an plus tard, ce chiffre avait triplé pour dépasser les 18 millions.
Alors que les pays ont poursuivi la mise en œuvre jusqu’en mars 2026, la plus vaste initiative de rattrapage jamais menée a permis d’administrer plus de 100 millions de doses de vaccins à des enfants. Avec de nombreux pays poursuivant encore le Grand rattrapage au cours des trois premiers mois de 2026, le programme est en bonne voie pour atteindre, ou s’approcher de, son objectif de 21 millions d’enfants.
Il s’agit d’un effort colossal, porté par des centaines de milliers d’agents de santé, de gouvernements et d’organisations mobilisés pour éviter aux familles la perte d’un enfant due à une maladie évitable, et pour réintégrer ces communautés dans le système de santé.
Cela pourrait également marquer un tournant pour la vaccination.
Jusqu’à présent, l’accent a toujours été mis, de manière légitime, sur la vaccination de routine : veiller à ce que les nourrissons et les jeunes enfants reçoivent leurs vaccins aux âges recommandés.
Cela doit bien sûr rester la priorité. Mais les enfants qui passent à côté de cette vaccination peuvent facilement être oubliés et venir grossir les rangs des enfants zéro dose, à mesure que les systèmes de santé se tournent vers les générations suivantes.
Le Grand rattrapage a montré ce qu’il est possible de faire lorsque l’on saisit chaque occasion d’éviter cela — pour que ces enfants ne soient pas oubliés. Pour qu’ils puissent rattraper leur retard.
Et les pays en ont tiré les leçons. Sur les 36 pays participant au Grand rattrapage, 32 prévoient d’intégrer ces activités de rattrapage à la vaccination de routine, en les inscrivant dans leurs stratégies nationales de vaccination, leurs politiques, leurs directives ou leurs procédures opérationnelles standard.
Alors que cette initiative touche à sa fin, que l’objectif soit pleinement atteint ou non, son héritage pourrait être celui d’un monde où beaucoup moins d’enfants sont laissés de côté en matière de vaccination. Un monde où des millions d’enfants ont la possibilité de grandir en meilleure santé.
Davantage de Alex de Jonquieres
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