Qu’est-ce que le hantavirus, ce virus rare impliqué dans une épidémie mortelle à bord d’un navire de croisière ?

Rare mais potentiellement fatal, le hantavirus a été mis en cause dans une flambée meurtrière survenue sur un bateau de croisière dans l’Atlantique Sud. Faut-il s’en inquiéter ?

  • 5 mai 2026
  • 6 min de lecture
  • par Linda Geddes
Photo d'Alonso Reyes sur Unsplash
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Trois personnes sont décédées et plusieurs autres sont tombées malades à la suite d’une épidémie suspectée à bord d’un navire de croisière, actuellement au mouillage au large du Cap-Vert, dans l’Atlantique.

Au moins un cas de hantavirus a été confirmé : une infection rare mais potentiellement mortelle, généralement liée à une exposition à des rongeurs infectés.

Le navire, le MV Hondius, était en mer depuis environ trois semaines lorsque des passagers ont commencé à présenter des symptômes. Or, avec une période d’incubation pouvant aller d’une à huit semaines, il pourrait s’avérer difficile de déterminer précisément où l’exposition au virus a eu lieu.

Qu’est-ce que le hantavirus ?

Le terme hantavirus désigne un groupe de virus généralement portés par des rongeurs, comme les rats et les souris, mais qui peuvent occasionnellement provoquer des infections graves chez l’être humain.

La contamination survient le plus souvent après un contact avec, ou l’inhalation de, particules provenant de leurs déjections ou de leur urine. Le virus ne se transmet généralement pas d’une personne à l’autre, même si cela a été observé dans de rares cas liés à certaines souches.

On distingue globalement deux grandes catégories de hantavirus. Les premiers, dits « de l’Ancien Monde », présents en Afrique, en Asie et en Europe, peuvent provoquer une fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), une maladie grave qui affecte les reins.

Les hantavirus dits « du Nouveau Monde », présents dans les Amériques, peuvent provoquer une maladie pulmonaire appelée syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH).

Les deux formes d’infection commencent généralement par des symptômes grippaux, avant d’évoluer, dans certains cas, vers des formes plus graves. Lorsque cela se produit, les conséquences peuvent être sévères : la FHSR présente un taux de létalité de 5 à 15 %, tandis que celui du SPH se situe entre 35 % et 50 %.

« Bien que ces formes puissent mettre en jeu le pronostic vital, la plupart des infections à hantavirus n’évoluent pas jusqu’à ce stade. Le risque est plus élevé chez les personnes ayant des problèmes de santé préexistants », explique le Dr Liam Brierley, du Centre de recherche sur les virus MRC–Université de Glasgow (Royaume-Uni).

« Certains hantavirus sont également moins sévères que d’autres. Mais il est encore difficile de tirer des conclusions, car nous ne savons pas précisément quelle forme de la maladie ni quel type de hantavirus ont touché les personnes à bord du MV Hondius. À ce stade, un seul cas a été confirmé positif au hantavirus. »

Comment les passagers ont-ils pu être exposés ?

Le MV Hondius est un navire battant pavillon néerlandais, parti d’Argentine il y a environ trois semaines pour une croisière comprenant des escales en Antarctique, aux îles Falkland et dans d’autres lieux. Environ 150 passagers se trouveraient à bord, ainsi qu’une soixantaine de membres d’équipage.

Si l’on suppose que tous les cas sont bien liés au hantavirus, plusieurs voies d’exposition sont possibles.

Une première hypothèse est que des passagers aient été exposés lors d’une excursion à terre, en particulier dans des zones où le contact avec des rongeurs ou leurs déjections est plus probable.

Une autre possibilité est que des rongeurs aient été introduits à bord via des cargaisons ou des approvisionnements, contaminant des espaces clos comme les zones de stockage ou les systèmes de ventilation.

L’infection survient le plus souvent par inhalation de particules virales issues de l’urine ou des déjections de rongeurs infectés, ou, plus rarement, par l’ingestion d’aliments contaminés.

« Il est important de rappeler que les hantavirus ne se transmettent pas d’une personne à l’autre, sauf dans des cas extrêmement rares, et uniquement pour un type spécifique appelé virus Andes, dans des situations de contact très étroit — par exemple entre partenaires sexuels ou entre un patient hospitalisé et du personnel soignant », explique le Dr Liam Brierley.

« Il est donc extrêmement probable que ces cas résultent d’une exposition unique et commune à des rongeurs. La longue période d’incubation rend difficile l’identification précise du moment et du lieu de cette exposition. »

De nombreuses incertitudes subsistent. Toutefois, « étant donné que le navire venait d’Amérique du Sud, il est plausible que la souche Andes du virus soit en cause dans cette épidémie », estime le Dr Michael Head, chercheur senior en santé mondiale à l’université de Southampton (Royaume-Uni).

Si tel est le cas, cela ne signifie pas nécessairement une transmission interhumaine. Bien que la souche Andes puisse, dans de rares cas, se transmettre entre humains, la majorité des infections restent liées à une exposition à des rongeurs infectés. Des tests PCR seraient nécessaires pour confirmer s’il s’agit bien de cette souche.

Quelle est la fréquence des épidémies de hantavirus ?

À l’échelle mondiale, on estime entre 100 000 et 200 000 le nombre d’infections à hantavirus chaque année. La majorité des cas survient en Asie, notamment en Chine. La plupart sont sporadiques ou apparaissent en petits foyers, généralement liés à un contact avec des rongeurs infectés.

« L’infection est le plus souvent associée au nettoyage ou au dépoussiérage de lieux restés inoccupés pendant l’hiver, où des rongeurs ont pu s’installer », explique le Dr Benjamin Brennan, également chercheur au Centre de recherche sur les virus MRC–Université de Glasgow.

Des épidémies de plus grande ampleur ont toutefois été observées à l’occasion. L’une des plus marquantes est celle des « Four Corners » en 1993, dans le sud-ouest des États-Unis, qui a contribué à établir les hantavirus comme cause de maladies humaines graves.

Lors de cette épidémie, environ 33 personnes ont été infectées et 13 sont décédées. L’origine a été attribuée à plusieurs espèces de rongeurs, en particulier les souris sylvestres, dont la population avait été multipliée par dix par rapport à l’année précédente.

Il n’existe pas de traitement spécifique ni de guérison pour le hantavirus : la prise en charge est donc principalement symptomatique. Une intervention médicale précoce peut toutefois améliorer les chances de survie.

Des rongeurs ont été retrouvés dans les habitations des victimes, et l’enquête a montré que ces personnes étaient plus susceptibles que la moyenne de nettoyer en profondeur leur logement ou de travailler dans leur jardin, ce qui a pu les exposer à de la poussière ou à de la terre contaminées.

C’est finalement un hantavirus jusque-là inconnu, baptisé virus Sin Nombre, qui a été identifié comme responsable.

En 1996, une autre épidémie de syndrome pulmonaire à hantavirus a été signalée dans la ville argentine d’El Bolsón, avec 16 cas liés entre eux et une propagation dans les zones environnantes.

Le virus en cause était connu — le virus Andes — mais cette épidémie a permis de mettre en évidence des indices de transmission interhumaine limitée.

Plus récemment, une analyse détaillée d’une épidémie survenue en 2018-2019, également en Argentine, a montré que le virus pouvait se transmettre entre personnes lors de contacts étroits, notamment dans des contextes sociaux où la promiscuité est importante.

Cela reste toutefois rare et nécessite des conditions particulières. La grande majorité des infections à hantavirus demeure liée à une exposition directe à des rongeurs infectés.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Compte tenu de la longue période d’incubation, il est possible que d’autres cas apparaissent dans les semaines à venir.

Hans Kluge, directeur régional de l’Organisation mondiale de la santé pour l’Europe, a indiqué que l’OMS agissait rapidement pour soutenir la réponse, en coordination avec les pays concernés, notamment sur les soins médicaux, les évacuations, les enquêtes épidémiologiques et l’évaluation du risque sanitaire.

Il n’existe pas de traitement spécifique ni de guérison pour le hantavirus, et la prise en charge repose essentiellement sur des soins de soutien. Une prise en charge précoce peut toutefois améliorer les chances de survie, notamment grâce à l’oxygénothérapie, à la ventilation mécanique ou, dans certains cas, à la dialyse.

Il n’existe actuellement pas de vaccin largement disponible contre le hantavirus. Des vaccins inactivés contre les virus Hantaan et Séoul — deux causes de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) — sont utilisés en Chine et en Corée du Sud, mais leur efficacité reste incertaine. Aucun vaccin n’est homologué à l’échelle mondiale pour l’ensemble des formes de la maladie, en particulier le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH).

À ce stade, les autorités sanitaires estiment que le risque pour le grand public reste faible. « Il n’y a pas lieu de paniquer ni d’imposer des restrictions de voyage », a déclaré Hans Kluge.