Six grandes menaces pour la santé qui pourraient marquer 2026, selon les experts

Un nouveau document d’information de Gavi met en lumière six menaces immédiates pour la santé mondiale et régionale en 2026, ainsi que certains des outils, initiatives et solutions conçus pour nous en prémunir.

  • 16 mars 2026
  • 12 min de lecture
  • par Linda Geddes
Particules virales de Marburg colorisées. Photo : National Institute of Allergy and Infectious Diseases sur Unsplash
Particules virales de Marburg colorisées. Photo : National Institute of Allergy and Infectious Diseases sur Unsplash
 

 

La santé mondiale traverse une période difficile. Qu’il s’agisse des flambées épidémiques liées aux conflits, de l’essor de la mésinformation sur la santé, du changement climatique ou des réductions du financement de la santé mondiale, les risques pesant sur la santé de toutes et tous dans le monde se multiplient et peuvent donner le sentiment d’être dépassé.

Cela étant dit, et alors même que ces risques s’intensifient, les organisations œuvrant dans le domaine de la santé mondiale et leurs partenaires mobilisent la recherche, les ressources et les nouveaux outils pour renforcer nos défenses face à ces menaces.

Un nouveau document d’information publié par Gavi, l’Alliance du Vaccin examine six menaces immédiates pesant sur la santé mondiale et régionale en 2026, en quoi elles sont importantes et les initiatives et solutions destinées à nous en prémunir toutes et tous.

1. Flambées épidémiques liées aux conflits

Selon certaines estimations, la violence et les différends entre États et au sein des États approchent des niveaux les plus élevés atteints depuis la Seconde Guerre mondiale. Les conflits favorisent l’apparition et la transmission de maladies infectieuses du fait des déplacements de populations, des perturbations des services de soins de santé et de la rupture des chaînes d’approvisionnement en aliments, en eau salubre et en médicaments. Ils peuvent également accélérer la propagation de la résistance aux antimicrobiens.

La mesure dans laquelle les conflits contribuent aux flambées épidémiques dépend des conditions locales, selon Carrie Nielson, responsable de la vaccination à la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. « De nombreux facteurs interviennent, parmi lesquels les conditions environnementales, la capacité à assurer les services de santé pendant le conflit ou encore l’infrastructure sanitaire et la couverture vaccinale avant l’éclatement du conflit. »

Le choléra illustre comment les conditions liées aux conflits peuvent accélérer la propagation des maladies. Plus de 6 000 personnes sont mortes du choléra en 2024 – environ 50 % de plus qu’en 2023 – tandis que le nombre de pays touchés est passé de 45 à 60. La recrudescence actuelle a été aggravée par les perturbations de la surveillance et de la riposte dans les zones touchées par des conflits, notamment au Soudan et en République démocratique du Congo.

Cholera figure 1


Bien que de nombreux facteurs contribuent à cette recrudescence, l’eau salubre, l’assainissement et une prise en charge efficace des cas demeurent essentiels à la maîtrise de la flambée épidémique. « Dans les zones touchées par un conflit, lorsque des populations sont déplacées, il peut être difficile d’assurer les services essentiels et d’éviter que la maladie se propage », affirme Allyson Russell, de l’équipe Flambées épidémiques et Sécurité sanitaire mondiale de Gavi.

Malgré ces défis, les efforts visant à prévenir les flambées épidémiques et à les maîtriser s’amplifient. La production mondiale de vaccins anticholériques oraux est passée de quelque 30 millions de doses en 2022 à 80 millions en 2025, grâce au soutien des fabricants, des donateurs et des investissements accrus de Gavi en matière de prévention et de riposte face au choléra – y compris l’appui au stock mondial de vaccins oraux contre le choléra.

Dans une perspective d’avenir, Gavi accroît son soutien en faveur des populations touchées par des conflits ou d’autres situations de fragilité de plus de 15 % au cours de la période 2026-2030 par rapport à l’exercice quinquennal précédent, notamment par l’introduction d’un nouvel outil de financement agile – le Mécanisme de résilience de Gavi – conçu pour répondre rapidement aux situations d’urgence sanitaire et aux crises humanitaires inopinées qui ne sont pas couvertes dans le cadre des mécanismes existants.

2. Changement climatique et arbovirus

Le changement climatique redessine la géographie des arboviroses – ces maladies causées par les virus transmis par les moustiques et autres arthropodes.

Bien que les relations entre ces virus et le climat soient complexes, de plus en plus de données probantes montrent que la hausse des températures, l’évolution des régimes de précipitations et la fréquence accrue des inondations entraînent une expansion des habitats des moustiques. « Cela entraîne une augmentation des flambées de maladies comme le paludisme, la fièvre jaune, le chikungunya et la dengue », affirme Ignacio Esteban, cadre supérieur au sein de l’équipe Politiques de Gavi.

Ainsi, lorsque des chercheurs de l’Imperial College London et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont procédé à une modélisation des cas de fièvre jaune en Afrique, ils ont constaté que le nombre de décès pourrait augmenter de 11 à 25 % d’ici à 2050.

Il ressort d’une autre étude que la population exposée au risque de maladies transmises par les moustiques dans le monde augmentera d’environ un demi-milliard pour atteindre 6,5 milliards de personnes d’ici à 2050. Les cartes de risques actualisées publiées en 2025 montrent par ailleurs que la dengue, le chikungunya, le Zika et la fièvre jaune s’étendent à des altitudes plus élevées, notamment au Mexique, en Europe et au Moyen-Orient.

La température est un facteur clé à cet égard. Les moustiques – en particulier les espèces Aedes aegypti et Aedes albopictus – sont les principaux vecteurs de la dengue, du Zika et du chikungunya. « Lorsque les températures augmentent, les moustiques arrivent à maturité plus rapidement et la période d’incubation des virus dont ils sont porteurs est plus courte, ce qui augmente la vitesse de transmission de ces virus aux humains », explique Diana P. Rojas, épidémiologiste des maladies infectieuses du Programme mondial sur les arbovirus de l’OMS et coresponsable de l’Initiative mondiale de lutte contre les arbovirus.

La chaleur record se traduit d’ores et déjà en nombres records de cas de maladies. En 2024 – année la plus chaude jamais enregistrée – plus de 14,4 millions de cas de dengue ont été signalés dans le monde, soit plus du double du nombre de cas enregistrés au cours du pic précédent de 2023.

Les conditions météorologiques extrêmes aggravent les risques. Les scientifiques avertissent que les inondations, les sécheresses et les fortes pluies peuvent accroître l’exposition humaine aux moustiques et autres vecteurs. « Après une saison des pluies, lorsqu’il y a des inondations ou lorsque les personnes stockent l’eau en raison de la sécheresse, davantage de sites de reproduction s’offrent aux moustiques, et ces endroits sont ensuite plus susceptibles de connaître des flambées de dengue ou d’autres maladies à arbovirus », explique la Dre Rojas.

La charge pèse de manière disproportionnée sur les pays à faible revenu et les groupes vulnérables, notamment les enfants, les femmes et les populations déplacées.

En réponse à cela, les efforts déployés à l’échelle mondiale pour faire face à cette menace s’intensifient. L’Initiative mondiale de lutte contre les arbovirus de l’OMS vise à renforcer la surveillance, la préparation et la lutte antivectorielle, tandis que le World Mosquito Program met en œuvre des interventions consistant à libérer des moustiques porteurs de la bactérie Wolbachia dans le but de réduire leur capacité de transmission des virus. Gavi prévoit par ailleurs d’investir 2,2 milliards de dollars US dans les vaccins contre les maladies sensibles au climat, y compris le choléra, l’encéphalite japonaise, le paludisme, la méningite A, la typhoïde et la fièvre jaune.

3. Réductions du financement de la santé mondiale

Les fortes réductions de l’aide des pays à revenu élevé aux pays à faible revenu en 2025 ont entraîné des perturbations des services de santé essentiels, de la surveillance des maladies et de la vaccination aux soins maternels et à la préparation aux situations d’urgence.

L’ampleur des réductions menace déjà les progrès sanitaires durement acquis dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, et la pleine mesure de leurs répercussions se précisera en 2026 tandis que les pays chercheront à mobiliser d’autres financements.

Selon les prévisions de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’aide publique au développement, c’est-à-dire les fonds octroyés par les États pour promouvoir le développement économique et l’amélioration des conditions de vie dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, devrait accuser un recul de 9 à 17 % en 2025, qui viendra s’ajouter à la baisse de 9 % enregistrée en 2024. L’OMS avertit pour sa part que l’aide extérieure en faveur de la santé pourrait diminuer de 30 à 40 % en 2025 par rapport à 2023, ce qui exercerait une pression immédiate sur les services de santé essentiels.

D’après les données d’une enquête de l’OMS auprès de 108 pays à revenu faible ou intermédiaire, les réductions du financement ont entraîné une réduction des services essentiels atteignant 70 % dans certains pays, provoquant des pertes d’emplois parmi les agentes et agents de santé ainsi que des perturbations des programmes de formation. Ces pressions viennent s’ajouter à l’inflation, à l’incertitude économique, aux contraintes budgétaires nationales et à la charge croissante de la dette.

On ne sait pas encore si ces déficits de financement pourront être comblés partiellement au moyen de financements bilatéraux et nationaux, toutefois, les premières données indiquent qu’il est possible que les systèmes affaiblis sapent la capacité des pays à prévenir les flambées épidémiques et à y riposter.

Dans le cadre de l’initiative Gavi Leap, le financement des vaccins sera simplifié pour donner aux pays davantage de souplesse dans leur gestion des programmes de vaccination. Gavi collabore également avec les banques multilatérales de développement en vue d’accroître le financement pérenne en faveur de la santé et de la vaccination.

En octobre 2025, une évaluation de GiveWell des programmes de vaccination à Madagascar, au Nigéria et en République démocratique du Congo a mis en lumière la diminution du nombre d’agentes et agents de santé communautaires, les problèmes de fiabilité concernant la livraison des vaccins, les ruptures de stock, les annulations de séances de vaccination et le déclin de la couverture vaccinale, en particulier en milieu rural. Les progrès s’agissant d’atteindre les enfants zéro dose sont en train de s’inverser, et les systèmes de données se détériorent.

Face à cette situation, les organisations actives dans le secteur de la santé mondiale étudient de nouvelles approches. Dans le cadre de l’initiative Gavi Leap, le financement des vaccins sera simplifié pour donner aux pays davantage de souplesse dans leur gestion des programmes de vaccination. Gavi collabore également avec les banques multilatérales de développement en vue d’accroître le financement pérenne en faveur de la santé et de la vaccination.

Parallèlement, l’initiative « 3 d’ici à 2035 » menée par l’OMS appelle les pays à augmenter les prix du tabac, de l’alcool et des boissons sucrées d’au moins 50 % d’ici à 2035 par le biais de la fiscalité, afin de contribuer à mettre en place des sources de financement nationales et pérennes à l’heure où l’aide publique au déplacement recule.

4. Mésinformation sur la santé

La mésinformation sur la santé est en train de devenir l’une des forces les plus déstabilisantes dans le domaine de la santé mondiale.

Elle érode la confiance, influence les comportements et affaiblit les systèmes de santé alors que des maladies évitables par la vaccination, comme la rougeole, connaissent une recrudescence et que le risque d’une nouvelle pandémie subsiste. En ce début 2026, une question centrale qui se pose est de savoir si les systèmes de santé sont en mesure de faire face à cette menace grandissante.

Cette inquiétude se profile de plus en plus dans les évaluations des risques dans le monde. Le Rapport mondial sur les risques 2024 de l’ONU et le Rapport sur les risques mondiaux 2026 du Forum économique mondial classent tous deux la mésinformation et la désinformation parmi les menaces les plus graves pesant sur le monde.

Les vaccins offrent un exemple clair des dommages que la mésinformation peut causer. Lorsque la confiance recule, les maladies évitables reviennent et la confiance dans les institutions s’effiloche davantage.

L’autorité de réglementation de la publicité du Nigéria a averti que des publicités générées par IA contenant des images et des voix clonées de personnalités religieuses et médiatiques bénéficiant de la confiance du public et dans lesquelles de faux remèdes sont vantés circulent sur les réseaux sociaux.

Les fausses allégations courantes portent sur la sécurité, notamment l’infertilité, les ingrédients toxiques et les effets secondaires graves, et sont souvent renforcées par des griefs historiques, un accès inéquitable et des idées fausses liées à la religion. Lors de la flambée épidémique de mpox qu’a connue le Niger en 2024, par exemple, les organisations internationales ont été accusées sur les réseaux sociaux d’avoir propagé le virus et de distribuer des vaccins nocifs.

Ce qui distingue 2026 des autres années, ce n’est pas la nouveauté de ces allégations, mais l’environnement dans lequel elles circulent de plus en plus. Le rapport spécial du Baromètre de la confiance Edelman sur la confiance et la santé de 2025 indique qu’un jeune adulte sur trois se méfie des vaccins pédiatriques et fait davantage confiance aux réseaux sociaux et à l’expérience personnelle qu’aux médecins ou aux données scientifiques.

L’intelligence artificielle accélère le problème. Le recours croissant aux hypertrucages dans la désinformation sur la santé montre avec quelle rapidité il est désormais possible de créer et diffuser de faux récits. Ainsi, en juillet 2025, une vidéo truquée a circulé sur Facebook, reproduisant supposément une conférence de presse de l’OMS au cours de laquelle une porte-parole déclarait que le traité sur les pandémies envisagé éliminerait les protections des droits humains et imposerait la surveillance de masse et la censure, ce qui est faux.

Entre-temps, l’autorité de réglementation de la publicité du Nigéria a averti que des publicités générées par IA contenant des images et des voix clonées de personnalités religieuses et médiatiques bénéficiant de la confiance du public et dans lesquelles de faux remèdes sont vantés circulent sur les réseaux sociaux.

Toutefois, les efforts visant à lutter contre ce phénomène s’intensifient. L’Alliance pour la riposte contre l’infodémie en Afrique de l’OMS surveille les tendances en matière de mésinformation et tient responsables de l’infodémie, communicateurs et professionnels de la santé publique au fait des principales informations trompeuses qui circulent dans la région, tandis que Gavi et l’OMS s’associent de plus en plus à des entreprises de technologie comme Google et Meta pour promouvoir les informations fiables en ligne.

Gavi investit par ailleurs dans des programmes visant à former et appuyer les agentes et agents de santé afin qu’ils soient mieux équipés pour répondre aux besoins des communautés en matière de vaccination, et à aider les pays à aller au-devant des rumeurs et des fausses informations concernant les vaccins, et à y répondre. Quoi qu’il en soit, la lutte contre la mésinformation sur la santé exige une action intersectorielle soutenue et s’étendant au-delà du secteur de la santé.

5. Maladie à virus Marburg

Il est peu probable que la maladie à virus Marburg soit à l’origine de la prochaine épidémie mondiale, néanmoins, elle demeure en 2026 une menace régionale grandissante dans certaines parties du continent africain.

Cette maladie illustre par ailleurs comment les perturbations écologiques peuvent accroître le risque que des agents pathogènes rares, mais mortels, se propagent aux humains, le bilan le plus lourd se faisant sentir dans les communautés où les systèmes de santé sont les plus faibles et où l’accès aux soins est tardif.

Selon les spécialistes, l’état de préparation – en particulier en ce qui concerne la détection précoce et les systèmes de santé résilients – déterminera si le nombre de cas pourra être maîtrisé ou se multipliera à l’avenir.

Le virus Marburg est un filovirus de la même famille que le virus Ebola, qui se propage principalement par contact avec les liquides corporels. Il cause des manifestations graves se caractérisant par une fièvre élevée, des douleurs musculaires, des symptômes gastro-intestinaux et, dans certains cas, des saignements internes et externes. Les taux de létalité dépassent souvent les 50 %, en particulier en cas de diagnostic et de soins de soutien tardifs.

« Selon les connaissances actuelles sur le virus, la maladie à virus Marburg ne constitue pas une menace mondiale en soi », affirme Anaïs Legand, fonctionnaire technique chargée des fièvres hémorragiques virales à l’OMS. Toutefois, les flambées épidémiques peuvent avoir de graves répercussions économiques et sociales dans les pays touchés.

Ces dernières années, la maladie à virus Marburg a été détectée dans un nombre grandissant de pays, notamment en Éthiopie, au Ghana, en Guinée, en Guinée équatoriale, au Rwanda et en Tanzanie. Bien que cela s’explique en partie par l’amélioration de la surveillance, il est probable que les pressions écologiques jouent également un rôle.

Marburg figure 2

Le réservoir naturel du virus – les roussettes d’Égypte, des chauves-souris frugivores – est largement réparti en Afrique orientale, centrale et occidentale. Le risque de transmission de l’animal à l’humain augmente à mesure que la déforestation, les changements d’affectation des terres et l’expansion de l’activité humaine amènent les humains en contact plus étroit avec les chauves-souris. La réduction de l’exposition et le renforcement de la détection sont des stratégies de prévention essentielles qu’il convient d’adopter plutôt que de s’en prendre aux populations de chauves-souris, qui jouent plusieurs rôles écologiques vitaux.

Le virus Marburg n’a à ce jour pas causé d’épidémie de grande envergure, toutefois l’expérience d’Ebola illustre les effets dévastateurs que les filovirus peuvent avoir sur les systèmes de santé fragiles. On pense que le virus Marburg est légèrement moins transmissible, néanmoins une flambée épidémique non détectée dans une zone densément peuplée est susceptible de s’aggraver rapidement.

« L’inquiétude tient au fait qu’à l’heure actuelle, nous ne disposons pas de données suffisantes pour savoir exactement quels sont les endroits à risque dans chaque pays où la roussette est présente, ce qui limite notre capacité à réduire l’exposition des humains aux chauves-souris et à prévenir toute transmission zoonotique », explique Mme Legand.

Étant donné que le nombre de cas de maladie à virus Marburg confirmés chez l’humain depuis 1967 ne dépasse pas les 800 cas, il n’est pas justifié de mobiliser d’importants investissements spécifiquement contre ce virus. Il convient en revanche d’intégrer la préparation dans les efforts plus larges de renforcement des systèmes de santé – de la surveillance et des capacités de laboratoire à la lutte anti-infectieuse et à la confiance des communautés – ce qui permet du reste d’améliorer les ripostes à d’autres menaces infectieuses.

Des essais portant sur des vaccins candidats et des traitements potentiels prometteurs sont en cours, tandis que l’OMS, les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies et divers partenaires investissent dans la recherche, les produits de diagnostic et les capacités d’intervention en cas de flambée épidémique afin d’améliorer la détection et la riposte.

6. Maladie X

Lorsque les spécialistes de la santé mondiale évoquent la « maladie X », ils ne prédisent pas un virus spécifique à une date donnée. Ce terme décrit le prochain agent pathogène, encore inconnu, susceptible de déclencher une grave épidémie ou pandémie internationale. L’année 2026 n’est certes pas intrinsèquement plus dangereuse que les autres, toutefois, plusieurs évaluations portent à croire que le monde aborde peut-être cette année moins préparé qu’au sortir de la pandémie de COVID-19.

La COVID-19 elle-même fut une maladie X : un coronavirus nouveau qui s’est propagé rapidement et a mis à nu les faiblesses en matière de surveillance, de préparation et de riposte. Ce siècle a déjà connu une pandémie de grippe – la H1N1 en 2009 – ainsi que des épidémies d’envergure de syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), de syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), de maladie à virus Ebola, de mpox et de maladie à virus Zika.

Les scientifiques pensent que la prochaine menace majeure surgira le plus probablement d’une des quelque 25 familles de virus dont on sait déjà qu’ils peuvent infecter l’être humain.

L’année 2026 n’est certes pas intrinsèquement plus dangereuse que les autres, toutefois, plusieurs évaluations portent à croire que le monde aborde peut-être cette année moins préparé qu’au sortir de la pandémie de COVID-19.

Les virus de la grippe demeurent une préoccupation clé. Bien que la grippe aviaire H5N1 soit surveillée de près, la Dre Maria Van Kerkhove, directrice par intérim du Département Prévention et Préparation aux épidémies et pandémies de l’OMS, met en garde contre le risque posé par la grippe zoonotique de manière plus générale – à savoir les virus de la grippe animale qui infectent occasionnellement des êtres humains et qui sont susceptibles d’évoluer et de déboucher sur des souches capables d’une transmission interhumaine durable.

Dans de rares cas, les virus de la grippe peuvent s’échanger du matériel génétique par réassortiment, produisant une souche virale face à laquelle l’humain aurait peu, voire pas d’immunité. « La possibilité qu’un tel réassortiment déclenche la prochaine pandémie est grande », affirme Mme Van Kerkhove.

Parmi les autres menaces hautement prioritaires figurent des coronavirus, des filovirus comme l’Ebola et des virus transmis par les moustiques, comme la dengue. Le risque réside non seulement dans l’émergence de tels virus, mais également dans une détection et une riposte tardives. Le Secrétariat international pour la préparation aux pandémies (IPPS) constate dans son Rapport 2024 sur la mise en œuvre de la Mission des 100 jours que l’état de préparation varie d’un agent pathogène à l’autre et que les produits de diagnostic et les traitements accusent un retard important par rapport aux vaccins.

L’évaluation 2025 des lacunes mondiales en matière de produits de diagnostic de l’IPPS fait le même constat, identifiant les produits de diagnostic comme étant le maillon le plus faible de la préparation aux pandémies et recommandant d’investir de manière pérenne dans des plateformes de dépistage flexibles, des centres régionaux d’évaluation et des procédures réglementaires mieux harmonisées.

Des efforts visant à combler ces lacunes sont en cours. Le plan stratégique de l’OMS pour la gestion des menaces liées aux maladies à coronavirus préconise l’intégration de la surveillance de la grippe, des coronavirus et des autres menaces respiratoires dans les systèmes de santé réguliers, au moyen de plateformes prenant en charge de multiples agents pathogènes, du séquençage génomique et de la surveillance des eaux usées.

La Mission des 100 jours de la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI) a pour objectif la mise au point de vaccins et de produits de diagnostic dans les 100 jours suivant l’identification d’une nouvelle menace, y compris grâce à des prototypes de vaccins contre des familles de virus à risque élevé.

Quoi qu’il en soit, les spécialistes avertissent que, sans un financement pérenne et un engagement politique, ces systèmes ne seront peut-être pas suffisamment solides lorsqu’apparaîtra la maladie X.