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Notre architecture mondiale de la santé doit être réformée d’urgence : l’Accord sur les pandémies peut servir de catalyseur

Il existe peu de biens publics aussi essentiels qu’un dispositif efficace de réponse aux pandémies. L’Accord sur les pandémies pourrait porter ses fruits pour les générations futures, à condition de s’appuyer sur les forces, l’expérience et les avantages comparatifs de l’écosystème mondial de la santé actuel.

  • 2 avril 2026
  • 4 min de lecture
  • par Sania Nishtar
Une infirmière préparant des vaccins. Gavi/2022/Benedikt v. Loebell
Une infirmière préparant des vaccins. Gavi/2022/Benedikt v. Loebell
 


Dans la multitude de discussions sur l’avenir de notre architecture mondiale de la santé, un point fait consensus entre toutes les parties, intérêts et parties prenantes : la nécessité de passer à un écosystème qui ne soit pas marqué par la duplication, la fragmentation, l’élargissement incontrôlé des mandats ou la concurrence entre agences.

Ce principe de « mandats ciblés » constitue un pilier central du Gavi Leap, le processus de transformation organisationnelle de Gavi, dont j’ai soutenu qu’il pourrait également servir de modèle pour une réforme plus large de la santé mondiale. C’est aussi un principe qui devrait être au cœur d’un Accord sur les pandémies efficace.

Il existe peu de biens publics aussi essentiels qu’un dispositif efficace de réponse aux pandémies. Et c’est précisément pour cette raison que l’adoption de l’Accord sur les pandémies par les États membres de l’OMS a été saluée à juste titre comme une avancée majeure vers un système mondial plus équitable, plus complet et plus cohérent pour prévenir, se préparer et répondre aux risques pandémiques.

Ma préoccupation est qu’à mesure que les négociations sur le système d’accès aux agents pathogènes et de partage des avantages (PABS) de l’Accord sur les pandémies approchent de leur conclusion, les orientations prises sur des aspects opérationnels clés du PABS puissent sembler en décalage avec le principe de mandats clairs et ciblés, et aller à l’encontre de l’esprit de collaboration, de cohérence et de complémentarité qui doit être au cœur de la mise en œuvre de l’Accord.

Un Accord sur les pandémies efficace doit nécessairement s’appuyer sur les avantages comparatifs d’un large éventail d’acteurs, notamment des partenaires de mise en œuvre clés. 

Beaucoup de ces partenaires, tels que Gavi, CEPI et l’UNICEF, disposent déjà de capacités opérationnelles éprouvées et d’instruments financiers solides, qui pourraient et devraient être pleinement intégrés comme éléments structurants à la fois d’un mécanisme financier de coordination (CFM) et d’un réseau mondial d’approvisionnement et de logistique (GSCL) pour la prévention, la préparation et la réponse aux pandémies.

Bon nombre de ces capacités et instruments ont été développés en collaboration avec les pays et les bailleurs, et conçus à partir des enseignements tirés pendant et après la pandémie de COVID-19. 

Un exemple concret est la création et le lancement par Gavi, en 2024, du Fonds de première réponse de Gavi, qui a permis de sécuriser l’approvisionnement en vaccins contre la mpox à grande échelle en quelques jours seulement après leur préqualification par l’OMS. 

Des discussions sont en cours avec plusieurs partenaires afin de s’appuyer sur les mécanismes de liquidité qui soutiennent le Fonds de première réponse de Gavi , pour créer un dispositif de financement véritablement adapté à l’échelle d’une pandémie, avec un rôle potentiel pour les banques multilatérales de développement.

Le Fonds de première réponse de Gavi est un outil que Gavi a développé pour combler un manque essentiel dans l’écosystème de réponse aux urgences. À travers le Gavi Leap, nous continuons de renforcer les capacités de Gavi, en partant du principe qu’à l’avenir nous évoluerons au sein d’un écosystème global dans lequel chaque organisation agit selon ses avantages comparatifs : c’est précisément l’esprit du pilier des « mandats ciblés » du Gavi Leap.

Renforcer la coordination et la complémentarité est non seulement pertinent dans un contexte de ressources contraintes, mais cela permet aussi de garantir la rapidité, la prévisibilité et la flexibilité nécessaires pour répondre efficacement à une menace pandémique. 

S’appuyer sur des structures de gouvernance existantes permet également de réduire les risques d’exécution et la fragmentation, de limiter les délais et, par conséquent, d’améliorer la cohérence et l’efficacité.

À tout le moins, les négociations sur les aspects opérationnels de l’Accord sur les pandémies devraient aboutir à une clarification des mandats, ainsi qu’à la mise en place d’un dispositif de réponse pragmatique et flexible, reposant sur des mécanismes clairs et un séquençage précis pour la mobilisation des financements issus de différentes sources. 

Gavi a soutenu la création d’un mécanisme financier de coordination (CFM) dès les premières phases des négociations de l’Accord, mais il est essentiel que tout CFM soit conçu pour renforcer et améliorer des instruments financiers éprouvés, plutôt que de créer des structures parallèles ou d’évincer des mécanismes existants.

Nous ne pouvons pas attendre qu’une urgence soit déclarée pour mettre ces éléments en place. C’est à ce moment-là que le plan doit être activé, et non élaboré. En situation de crise, le temps est toujours la ressource la plus rare. La duplication et la fragmentation entre partenaires dans la réponse ne peuvent qu’entraîner des retards.

L’investissement en temps et en énergie des pays dans les négociations de l’Accord sur les pandémies montre qu’il existe toujours un fort appétit pour la coopération multilatérale. À ce titre, l’Accord est déjà un succès. 

Prendre le temps dès maintenant d’en affiner les modalités constituera un investissement qui portera ses fruits pour les générations futures.