La prochaine pandémie : le hantavirus ?

Transmis des rongeurs aux humains, les hantavirus de l’Ancien et du Nouveau Monde sont désormais endémiques sur plusieurs continents. Mais les rares cas de transmission interhumaine observés jusqu’à présent suffisent-ils à faire craindre un potentiel pandémique ?

  • 13 mai 2021
  • 5 min de lecture
  • par Personnel de Gavi
Représentation 3D du hantavirus
Représentation 3D du hantavirus

 

 

Transmis des rongeurs aux humains, les hantavirus de l’Ancien et du Nouveau Monde sont désormais endémiques sur plusieurs continents. Mais les rares cas de transmission interhumaine observés jusqu’à présent suffisent-ils à faire craindre un potentiel pandémique ?


En avril 1993, les inquiétudes liées à une mystérieuse épidémie secouent une région amérindienne située à la frontière entre l’Utah, le Colorado, l’Arizona et le Nouveau-Mexique. Après les décès inexpliqués d’un jeune couple navajo au Nouveau-Mexique, les autorités sanitaires peinent à identifier la cause, mais parviennent à relier les symptômes à une douzaine d’autres cas dans cette région. On découvre plus tard qu’une nouvelle espèce de hantavirus a émergé : le virus Sin Nombre (« sans nom » en espagnol), qui finira par coûter la vie à 13 personnes. Cette épidémie, aujourd’hui connue sous le nom de « flambée des Four Corners de 1993 », a suscité des inquiétudes quant à l’évolution des hantavirus.

Les orthohantavirus constituent un genre viral capable de provoquer des maladies chez l’humain. Ils se transmettent par inhalation d’aérosols provenant des excrétions de rongeurs infectés et provoquent divers symptômes hémorragiques et pulmonaires. Certaines espèces, comme l’orthohantavirus Hantaan et l’orthohantavirus Dobrava-Belgrade, circulent probablement dans certaines régions du monde depuis des siècles, tandis que le virus Sin Nombre et le virus Andes n’ont été identifiés que dans les années 1990. Cette distinction entre les virus de l’Ancien et du Nouveau Monde est importante en raison des différences de morbidité et de mortalité, mais aussi de leur potentiel pandémique. La transmission interhumaine des hantavirus reste très rare, mais les épidémies demeurent une préoccupation de santé publique, notamment en raison du risque de transmission au sein des foyers et de propagation nosocomiale, c’est-à-dire dans les hôpitaux et les cliniques.

MALADIE : Hantavirus

Où circule-t-il ? Les hantavirus sont présents de manière endémique dans une grande partie du monde. La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) liée aux hantavirus circule depuis des siècles, principalement en Europe et en Asie. Cependant, en 2006, une espèce appelée virus Sangassou a été isolée chez une souris sylvestre en Guinée. D’autres études de séroprévalence — qui permettent de déterminer combien de personnes possèdent des anticorps contre un agent pathogène et ont donc probablement été exposées — suggèrent également sa présence en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo, bien qu’aucun cas n’y ait été signalé. À l’inverse, le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) ou syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (SCPH) est considéré comme une maladie du Nouveau Monde, car il n’a été isolé qu’à partir des années 1990. Depuis, il est devenu endémique en Amérique du Nord et du Sud, certaines espèces comme le virus Andes suscitant une inquiétude particulière au Chili et en Argentine.

Menace pandémique : Faible. Chaque année, environ 200 000 cas et symptômes apparentés aux hantavirus sont signalés dans le monde. Toutefois, la longue période d’incubation, combinée à l’émergence d’espèces du Nouveau Monde responsables du syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), suscite des inquiétudes croissantes. De même, des épidémies de transmission interhumaine du virus Andes en Argentine et au Chili suggèrent qu’il pourrait évoluer vers une transmission durable entre humains.

Comment se transmet-il ? Les rongeurs peuvent être infectés par le virus sans développer la maladie. Le virus se transmet le plus souvent à l’humain par contact avec des aérosols provenant de la salive, de l’urine ou des excréments de rongeurs infectés. Par ailleurs, lors de petites épidémies survenues en 1996, 2006 et 2018, des données épidémiologiques ont établi un lien avec une transmission interhumaine.

Taux de létalité : Les taux de létalité de la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) varient généralement entre 5 et 15 %, contre 35 à 50 % pour le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH).

Période d’incubation : La période d’incubation des hantavirus varie de deux à quatre semaines. Cette longue incubation peut permettre à davantage de personnes d’être infectées avant que des mesures de prévention ne soient mises en place pour limiter la propagation de la maladie.

Symptômes : Les premiers symptômes ressemblent généralement à ceux de la grippe : fièvre, douleurs musculaires et vomissements. La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) provoque des hémorragies internes pouvant entraîner un dysfonctionnement rénal, tandis que le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH) est associé à des symptômes respiratoires, notamment une accumulation de liquide dans les poumons, susceptible de provoquer un choc cardiovasculaire.

Diagnostic : Les hantavirus peuvent être détectés par réaction de polymérisation en chaîne après transcription inverse (RT-PCR) à partir de tissus pulmonaires, de caillots sanguins ou de cellules sanguines nucléées. Des tests immunologiques permettent également d’identifier la présence d’anticorps pendant l’infection, notamment grâce aux tests ELISA (enzyme-linked immunosorbent assay) ou aux tests rapides par immunoblot (RIBA). Il est probable que de nombreux cas passent inaperçus, les symptômes pouvant être confondus avec ceux d’autres infections. Dans un cas, une femme du Colorado pensait avoir contracté le SARS-CoV-2 après un séjour en camping, avant d’être testée positive au hantavirus.

Existe-t-il des vaccins, des traitements ou des recherches en cours ? En 1976, un médecin sud-coréen nommé Ho Wang Lee fut le premier à isoler le virus Hantaan et développa un vaccin contre la FHSR en 1990. Ce vaccin inactivé à virus entier n’a toutefois été approuvé qu’en Chine et en Corée du Sud, en raison de preuves limitées concernant son efficacité. Il n’existe actuellement aucun vaccin contre le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), mais quatre candidats vaccins sont en développement : trois en phase 1 d’essais cliniques et un en phase 2a. Les traitements reposent principalement sur la prise en charge symptomatique, comme l’assistance respiratoire, ainsi que sur l’utilisation fréquente de la ribavirine, un médicament antiviral. Les études évaluant l’efficacité de la ribavirine restent limitées, ce qui pourrait expliquer les taux de létalité élevés.

Comment réduire le risque d’une future pandémie ?

À l’échelle individuelle, il est important de limiter les risques d’exposition en conservant les aliments dans des contenants fermés et en maintenant un logement propre. En cas d’infestation de rongeurs, il est essentiel de mettre en place des mesures de contrôle et de nettoyer les excréments afin d’éviter l’inhalation d’aérosols contaminés. Comme pour toutes les maladies émergentes ou réémergentes, la surveillance génomique et sérologique joue un rôle clé pour suivre l’évolution des mutations et prévenir la propagation d’espèces de hantavirus plus infectieuses. Dans les zones exposées au virus Andes, les systèmes de santé doivent également être prêts à mettre en œuvre des stratégies visant à limiter la transmission interhumaine afin de protéger les patients et les soignants.