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Les recettes du succès de Felicia, sage-femme à Madagascar, pour atteindre les enfants zéro dose

Felicia Diane Louise Razafy, sage-femme au sein du centre de santé de base (CSB) urbain de Tsihombe, a été honorée en tant que « Personnel de santé de l'année 2023 » par la direction régionale de la Santé publique (DRSP) d'Androy. Depuis juin 2022, elle assume le rôle de chef au sein du CSB tout en étant responsable du programme élargi de vaccination local. Son bilan de l'année écoulée est impressionnant. Elle partage sa recette du succès.

  • 8 février 2024
  • 5 min de lecture
  • par Rivonala Razafison
Felicia Diane Louise Razafy, sage-femme au sein du centre de santé de base urbain de Tsihombe au sud de Madagascar
Felicia Diane Louise Razafy, sage-femme au sein du centre de santé de base urbain de Tsihombe au sud de Madagascar
 

 

Mesurer la performance d'un CSB à travers ses réalisations en matière de vaccination offre un aperçu concret de son efficacité. En 2023, le CSB de Tsihombe s'est distingué par son dynamisme exceptionnel en la matière. Pour Felicia Diane Louise Razafy, en service depuis sa formation à Toliara en 2013, et son équipe, le taux d'administration du vaccin pentavalent (penta) 1, qui protège contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B et Hæmophilus influenzae de type b (Hib), dépasse les 90 %.

Le schéma de vaccination du penta consiste en trois doses, la première étant administrée 1,5 mois après la naissance, la deuxième quatre semaines plus tard, et la troisième également quatre semaines après.

L'engagement actif des agents communautaires joue un rôle crucial pour changer la donne. Ils travaillent en étroite collaboration avec les reny mpitarika (mères leaders), d'anciennes opposantes aux vaccins devenues ferventes défenseures de leurs bienfaits. 

Situé à la pointe sud de Madagascar, le district de Tsihombe est confronté à des crises multiples, notamment en raison des conditions difficiles résultant de la sécheresse persistante.

Dans ce contexte, il devient essentiel de localiser les enfants zéro dose et ceux sous-vaccinés afin de réduire les risques de flambées épidémiques. La mission du personnel de santé est compliquée. Néanmoins, identifier ces enfants revêt une importance capitale pour garantir une couverture vaccinale optimale. Le risque de perdre de vue ces enfants entre le penta 1 et le penta 3 demeure constant, soulignant l'urgence de cibler ces groupes vulnérables afin de prévenir toute éventuelle épidémie.

Une approche communautaire indispensable

L'équipe de Felicia Diane Louise Razafy a relevé le défi de maintenir une bonne couverture vaccinale avec brio, en vaccinant en moyenne 124 nourrissons par mois. Le CSB dessert environ 41 560 habitants répartis dans 110 fokontany (la plus petite unité administrative à Madagascar). « L'éloignement du CSB, à plus de 30 km de certains villages, constitue un obstacle majeur pour la population. Dans ce contexte, une approche communautaire s'avère plus qu'indispensable, » souligne la sage-femme.

La sage-femme Felicia Diane Louise Razafy fait une échographie à une femme enceinte. Crédit : Felicia Diane

Cependant, selon elle, la tâche la plus ardue est de persuader les mères d'adopter une nouvelle perspective. Ces dernières ont souvent tendance à mettre en avant leur propre expérience en tant qu'enfants et adolescentes pour justifier leur refus de faire vacciner leurs bébés. « Elles argumentent qu'elles n'ont jamais été vaccinées et n'ont jamais été malades, du moins selon leur perception. Une telle attitude complique les choses, » admet-elle.

L'engagement actif des agents communautaires (AC) joue un rôle crucial pour changer la donne et faire en sorte qu'il n'y ait pas d'enfants zéro dose. Ils travaillent en étroite collaboration avec les reny mpitarika (mères leaders), d'anciennes opposantes aux vaccins devenues ferventes défenseures de leurs bienfaits. Selon Felicia Diane Louise Razafy, « elles vivent au sein de la communauté, ce qui facilite grandement leur capacité à convaincre les autres mères. »

La municipalité elle-même participe activement. « La commune est le parrain direct du CSB. Notre collaboration est exceptionnelle, surtout lors des campagnes de vaccination où la sensibilisation s'étend jusqu'à la base dans les fokontany, » observe Christian Vontsoa, maire de la commune urbaine de Tsihombe, contacté par téléphone. L'élu confirme l'implication constante des AC et des mères leaders en faveur de la santé infantile et maternelle.

L'approche communautaire dans le secteur de Tsihombe s'accompagne d'une stratégie avancée, renforcée par la contribution financière d'organismes tels que le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), qui a permis à la sage-femme de maintenir une mobilisation constante de ses collaborateurs. Selon Felicia Diane Louise Razafy, « les agents communautaires parcourent quotidiennement toute la zone d'intervention du CSB pour repérer les enfants non encore vaccinés ou nécessitant un rappel. Nous planifions les dates et les lieux de vaccination en fonction de leurs informations. »

Objectif : aucun enfant zéro dose

Bien que le budget reçu soit loin de couvrir les besoins réels, la sage-femme, soutenue par le médecin-inspecteur qui privilégie la transparence, sait motiver efficacement son équipe, laquelle démontre une compréhension accrue en raison de la confiance établie. Le Dr Tsivahiny Paubert, directeur régional de la Santé publique d'Androy, souligne également la bonne gestion des cartes infantiles à l'aide de bacs à fiches, permettant un classement par fokontany et par rendez-vous, facilitant ainsi la recherche des enfants perdus de vue.

En plus de la malnutrition et de la fièvre (toutes causes confondues), les habitants de Tsihombe sont souvent touchés par les infections respiratoires aiguës, les maladies diarrhéiques et les maladies éruptives. La plupart de ces affections sont évitables grâce aux vaccins. Felicia Razafy, affichant un sourire, partage : « Notre ambition pour cette année est d'atteindre une couverture vaccinale de 100 %. »

Une initiative visant à soutenir la bonne gestion des registres communautaires pour orienter efficacement les actions sur le terrain est en cours. De plus, depuis deux ans, la Direction régionale de la sécurité publique (DRSP) d'Androy a mis en place un système de reconnaissance pour les employés méritants, basé sur trois critères : assiduité, efficacité/compétence et bonne moralité.


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