La rougeole fait des centaines de victimes au Bangladesh, mais une campagne de vaccination à grande échelle redonne de l’espoir

Le Bangladesh est confronté à une flambée de rougeole qui a fait plus de 600 victimes au cours des derniers mois. Alors qu’une campagne de vaccination d’urgence atteint une couverture massive, l’espoir grandit de voir la propagation du virus ralentir.

  • 18 septembre 2026
  • 5 min de lecture
  • par Mohammad Al Amin
Hôpital et Institut Shishu, Bangladesh. Crédits photo : Mohammad Al Amin
Hôpital et Institut Shishu, Bangladesh. Crédits photo : Mohammad Al Amin
 

 

Humayra, un bébé de six mois sous oxygénothérapie, une sonde d’alimentation dans le nez, repose sur les genoux de sa mère. Nous sommes fin mai, et le service dédié à la rougeole de l’Hôpital et Institut Shishu du Bangladesh (BSHI), à Dacca, offre un bien triste spectacle.

La mère d’Humayra, Tanjina Akter, originaire du village de Banglabazar dans le district de Noakhali, explique qu’elle et son mari ont emmené leur enfant à l’hôpital quelques jours plus tôt, le 19 mai.

« Après son admission dans cet hôpital, on lui a diagnostiqué une rougeole. »

Étant encore très jeune, Humayra n’avait pas encore été vaccinée contre la rougeole et la rubéole et était donc particulièrement vulnérable lorsqu’une flambée épidémique s’est propagée dans la région. « Nous avons manqué [son rendez-vous pour] la première dose du vaccin contre la rougeole et la rubéole parce qu’elle était malade », explique sa mère.

Le Bangladesh est confronté à une flambée de rougeole de grande ampleur : entre le 15 mars et le 9 juin, 66 170 cas suspects de rougeole ont été admis dans des hôpitaux à travers tout le pays. Quatre-vingt-douze personnes sont décédées des suites d’une rougeole confirmée, et 539 autres décès sont attribués à des cas suspects de rougeole. La transmission se poursuit : les hôpitaux ont enregistré 933 nouveaux patients au cours des dernières 24 heures qui ont précédé le 9 juin, à 8 heures du matin.

À lui seul, cet hôpital a pris en charge 1 133 patients atteints de la rougeole et a déploré 42 décès imputables au virus depuis janvier. Le 9 juin, plus de 100 patients occupaient encore le service. 

Jubayer Islam, le fils âgé de 14 mois d’Abul Kashem, chauffeur originaire du village de Char Rashi, dans le district de Noakhali, a été admis à l’hôpital le 19 mai, tout comme Humayra. « Mon bébé a la rougeole. Il n’a pas reçu la première dose du vaccin contre la rougeole et la rubéole. Par contre, il a bien reçu la deuxième dose grâce aux équipes mobiles de vaccination », déclare Kashem.

Des services surpeuplés

S’exprimant auprès de VaccinesWork sous couvert d’anonymat, une infirmière explique que le personnel de l’hôpital est débordé en raison de l’afflux de patients atteints de la rougeole.

« Des patients affluent vers cet hôpital depuis différentes régions du pays, 24 heures sur 24. « La plupart d’entre eux sont dans un état critique quand ils arrivent », poursuit-elle.

D’après le professeur et docteur Mirza Md. Ziaul Islam, directeur du BSHI, l’hôpital a ouvert trois services spécialisés supplémentaires en raison de la flambée épidémique qui sévit actuellement dans tout le pays, afin de garantir une prise en charge adéquate des patients atteints de rougeole.

Professor Dr Mirza Md. Ziaul Islam, Director of the BSHI. Credit: Mohammad Al Amin
Professeur et docteur Mirza Md. Ziaul Islam, directeur du BSHI
Crédit : Mohammad Al Amin

« Nous avons également ouvert une unité de soins intensifs de 14 lits afin d’assurer une prise en charge appropriée des cas critiques. Comme notre hôpital assure des services tertiaires, la plupart des patients dans un état critique sont envoyés ici depuis différentes régions du pays », affirme-t-il.

« Parmi les patients admis dans notre hôpital, environ 60 % n’ont pas été vaccinés contre la rougeole et la rubéole », précise le professeur Ziaul Islam, qui supervise également le traitement des patients atteints de la rougeole à l’hôpital, en tant que médecin spécialiste. « Cet hôpital accueille les nouveau-nés ainsi que les enfants jusqu’à l’âge de 15 ans. » Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une grande partie de la portion restante n’a reçu qu’une des deux doses recommandées pour le vaccin antirougeoleux.

« Nos patients atteints de la rougeole peuvent souffrir de différentes complications, notamment de pneumonies, de diarrhées, d’infections cérébrales, de septicémies ou encore de problèmes cardiaques. Dans des cas exceptionnels, certains patients présentent encore d’autres symptômes. Nous administrons le traitement conformément au protocole national approuvé par le gouvernement », ajoute le professeur Ziaul Islam.

Le coût humain de la perte de l’immunité collective

D’après le docteur Benazir Ahmed, expert en santé publique, les causes de la flambée épidémique sont claires. « Les enfants n’ont pas été vaccinés à temps contre la rougeole et la rubéole, et l’immunité collective qui aurait dû se mettre en place ne s’est ainsi pas concrétisée, ce qui explique pourquoi cette maladie contagieuse se propage si rapidement cette fois-ci. Si on atteint un taux de vaccination de 95 %, on parviendra à l’immunité collective et la situation s’améliorera progressivement », affirme-t-il.

Le docteur Tajul Islam A. Bari, spécialiste en vaccins, explique à VaccinesWork : « Au niveau du district ou de l’upazila, il est essentiel d’atteindre une couverture annuelle de 95 % pour les deux doses du vaccin contre la rougeole et la rubéole, et ce taux doit être maintenu chaque année afin d’empêcher une flambée de rougeole. J’espère que les efforts de vaccination menés dans l’ensemble du pays joueront un rôle majeur pour enrayer ces flambées. »

« Des raisons multisectorielles sont en jeu derrière la flambée actuelle de rougeole dans le pays », confie le professeur et docteur Md. Halimur Rashid, directeur de la division Contrôle des maladies de la Direction générale des services de santé. « La rougeole se trouve désormais dans une situation figée au Bangladesh. »

Parallèlement, l’OMS explique le déclin de la couverture par l’existence de lacunes dans la vaccination systématique et l’absence de campagnes supplémentaires régulières à l’échelle du pays contre la rougeole-rubéole depuis 2020, deux causes aggravées par les pénuries de vaccins qui ont touché le pays entre 2024 et 2025.

Éteindre la flambée épidémique grâce aux vaccins

D’après le docteur Hasanul Mahmud, directeur adjoint du programme essentiel de vaccination (PEV) au sein de la Direction générale des services de santé, le PEV a cartographié, sous la houlette du ministère de la Santé, un microplan visant à stimuler la vaccination contre la rougeole et la rubéole dans l’ensemble du pays. « Nous avons mené une vaste campagne de vaccination afin qu’aucun enfant éligible ne soit exclu de la couverture vaccinale. Nous avons aussi invité des chefs religieux et des membres de la société civile à participer à cette initiative. »

« Nous avons lancé cette campagne spéciale de vaccination alors que nous étions au cœur de la flambée de rougeole, le 5 avril, et nous l’avons déployée en plusieurs phases jusqu’au 20 mai. Pour autant, les enfants qui auraient raté ce créneau peuvent, encore aujourd’hui, aller se faire vacciner dans nos centres permanents de vaccination », ajoute-t-il.

Pas moins de 110 000 centres de proximité et 700 centres permanents de vaccination du PEV à travers le pays ont proposé le vaccin aux enfants éligibles. « Mais nos équipes mobiles de vaccination et nos équipes de vaccination du soir ont aussi été mobilisées. Ainsi, nous avons inoculé 102 % des enfants compris dans notre cible. »

Après avoir officiellement réceptionné, le 23 mai, au Secrétariat du ministère, les fournitures médicales d’urgence fournies par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, Sardar Md. Sakhawat Husain peut affirmer que « en date du 20 mai, nous avions vacciné 18 431 149 enfants, 2 % de plus que la cible fixée ».

D’après lui, le gouvernement s’était initialement fixé d’atteindre 18 015 064 enfants au cours de cette campagne.