Un vaccin contre l’hantavirus bientôt disponible ?
Une seule injection d’un vaccin expérimental à ARN messager a permis de protéger totalement des animaux contre l’hantavirus des Andes, un virus mortel, même à une dose bien inférieure à la dose habituelle.
- 7 septembre 2026
- 5 min de lecture
- par Priya Joi
En bref
- Une nouvelle étude publiée dans The Lancet présente les résultats prometteurs d’un vaccin expérimental qui est parvenu à protéger entièrement des animaux contre l’hantavirus des Andes, l’un des rares hantavirus capables de se transmettre d’une personne à l’autre.
- Cette protection s’est maintenue même après une réduction de la dose initiale, ce qui pourrait permettre d’étirer des stocks potentiellement limités en cas de flambée épidémique.
- Aucun vaccin contre la souche des Andes n’est autorisé nulle part dans le monde, bien que des vaccins inactivés contre d’autres hantavirus soient utilisés en Chine et en Corée du Sud.
Lorsqu’un virus rare et mortel s’est propagé à bord d’un bateau de croisière en mai dernier, avant de se répandre dans une vingtaine de pays par l’intermédiaire de ses passagers, cela a mis en évidence une lacune préoccupante dans les systèmes de défense mondiaux : il n’existe ni vaccin ni traitement homologué contre l’hantavirus des Andes.
Des scientifiques de la faculté de médecine de l’Université du Texas annoncent désormais qu’une seule dose d’un vaccin à ARN messager a permis de conférer à des animaux une protection totale contre le virus.
D’après les résultats de cette étude, publiée dans The Lancet, il serait possible d’offrir une protection contre l’un des rares hantavirus capables de se transmettre d’une personne à l’autre.
« Tous les animaux vaccinés sont restés en parfaite santé et n’ont présenté aucun symptôme ni aucune perte de poids », a déclaré l’auteure principale, la docteure Michelle Meyer.
« Lorsque nous avons examiné les tissus des animaux vaccinés un mois après l’infection, le virus avait complètement disparu. »
Pourquoi la souche des Andes inquiète les scientifiques
La plupart des hantavirus se transmettent à l’humain par contact avec les excréments, l’urine ou la salive de rongeurs infectés.
La souche des Andes fait figure d’exception, car c’est le seul membre connu de la famille des hantavirus capable de se transmettre d’une personne à une autre par contact étroit avec des sécrétions respiratoires, comme la toux.
Cette capacité de transmission entre les personnes a déjà été à l’origine de foyers épidémiques alarmants, expliquent les auteurs.
Dans l’article, ils décrivent comment, lors de la flambée épidémique qui a touché Epuyén, en Argentine, en 2018 et 2019, quatre vagues successives d’infection, dont l’origine a pu être retracée jusqu’à un seul rassemblement social, ont entraîné 34 cas confirmés et 11 décès.
La flambée épidémique qui s’est déclarée en mai 2026 à bord du navire de croisière néerlandais MV Hondius, au départ de l’Argentine, a donné une dimension mondiale à cette menace. À ce jour, l’évènement a entraîné 13 cas signalés et trois décès. Mais ce qui inquiète davantage, c’est ce qu’il s’est passé ensuite.
Près de 150 passagers se sont retrouvés dispersés dans 23 pays, soumis à un ensemble hétéroclite de règles de quarantaine, le tout pendant une période d’incubation du virus pouvant aller jusqu’à 42 jours.
Puisque certaines personnes peuvent être porteuses du virus sans présenter de symptômes avant de tomber malades, retrouver tous les cas susceptibles d’avoir été exposés constitue une tâche colossale.
Des vaccins inactivés contre d’autres hantavirus sont utilisés en Chine et en Corée du Sud depuis des décennies.
Mais aucun d’entre eux n’offre de protection contre la souche des Andes, et aucun vaccin contre les hantavirus, quel qu’il soit, n’est autorisé ni en Amérique ni en Europe.
En l’absence de tout vaccin homologué par la Food and Drug Administration américaine ou l’Agence européenne des médicaments, une flambée épidémique de la souche des Andes correspond exactement au type de scénario auquel l’équipe de la faculté de médecine de l’Université du Texas s’efforce de se préparer de toute urgence.
Une dose pour une protection totale
Les chercheurs avaient déjà démontré que deux de leurs vaccins candidats à ARN messager pouvaient protéger les animaux contre la souche des Andes, mais uniquement après l’administration de deux doses espacées de plusieurs semaines.
Une flambée épidémique internationale qui se propage rapidement ne laisse que rarement ce luxe, l’équipe a donc cherché à déterminer si une seule injection suffirait.
Pour aller plus loin
Ce vaccin repose sur le même principe de base que celui des vaccins à ARN messager contre la COVID-19 : des instructions génétiques apprennent aux cellules de l’organisme à produire des fragments inoffensifs du virus, en l’occurrence deux protéines de surface qui entraînent le système immunitaire à reconnaître et à combattre le virus réel.
L’équipe a administré une seule injection du vaccin à 30 hamsters, puis les a exposés à une dose létale de la souche des Andes quatre semaines plus tard.
Le hamster est le seul modèle animal qui reproduise fidèlement la maladie pulmonaire fatale que le virus provoque chez l’humain, et l’infection est presque toujours mortelle : dans le groupe témoin non vacciné, au neuvième jour, quatre animaux sur cinq n’avaient pas survécu.
Chez les animaux vaccinés, en revanche, tous étaient protégés contre la maladie et, à la fin de l’étude, aucun virus capable de se répliquer n’a pu être détecté dans leurs tissus. Les injections ont entraîné l’apparition d’anticorps détectables en moins de 14 jours, un délai rapide par rapport à la plupart des vaccins.
Fait rassurant, le vaccin s’est révélé efficace, même à des doses réduites. L’équipe a testé trois niveaux de dose : 25, 5 et 1 mcg. La protection a été maintenue même à la dose la plus faible, qui a tout de même permis la production d’anticorps chez quatre animaux sur cinq.
Une telle capacité de protection avec une quantité aussi réduite de vaccin est importante car, en cas de flambée épidémique, le nombre de doses pouvant être tirées d’un stock limité peut déterminer le nombre de personnes qui seront protégées.
Protection post-exposition
La rapidité de la réponse immunitaire ouvre une deuxième possibilité : utiliser le vaccin non seulement pour prévenir l’infection, mais aussi pour l’enrayer chez les personnes qui y ont déjà été exposées.
La souche des Andes présente une période d’incubation médiane d’environ 18 jours chez l’être humain. Si un vaccin est capable de stimuler le système immunitaire en l’espace de deux semaines, il pourrait exister une fenêtre d’intervention entre le moment de l’exposition et l’apparition de la maladie.
« En administrant ces vaccins rapidement aux personnes ayant été en contact avec des cas à haut risque lors d’une flambée épidémique, comme ce fut le cas avec la souche des Andes sur le bateau de croisière, ils pourraient théoriquement stimuler le système immunitaire des cas contacts suffisamment vite pour intercepter le virus, l’empêcher de se répliquer et éviter ainsi qu’ils ne tombent malades ou ne propagent davantage le virus », a déclaré le docteur Alexander Bukreyev, qui dirige le laboratoire de pathogénie virale et de développement de vaccins de la faculté de médecine de l’Université du Texas.
Utilisée de cette manière, une injection rapide pourrait aussi servir d’outil d’urgence pour endiguer une flambée épidémique, même si les chercheurs précisent clairement qu’il s’agit là d’une hypothèse qui doit encore être vérifiée, et non d’une utilisation avérée.
Des hamsters aux humains
Ces résultats, aussi encourageants soient-ils, doivent être considérés avec les réserves qui s’appliquent à toute étude préclinique.
Ces travaux ont été menés sur des animaux, et non sur des êtres humains. L’équipe n’a mesuré la présence du virus que dans le foie, elle ne peut donc pas exclure sa présence ailleurs, par exemple dans les poumons, même si, dans ce modèle, les concentrations hépatiques correspondent de manière fiable à celles observées dans les poumons.
La prochaine étape décisive consiste à mener des essais cliniques chez l’humain. L’équipe de la faculté de médecine de l’Université du Texas indique qu’elle s’efforce, avec le soutien des Instituts nationaux de la santé américains, d’accélérer la mise au point des vaccins à dose unique en vue de leur expérimentation chez l’humain.